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Critiques en vrac

Page mise à jour le 19/07/2017

 

1895-1949 - 1950-1967 - 1968-1977 - 1978-1989 - 1990-2002 - 2003-2016
 

Les amants du Capricorne

Un film d'Alfred Hitchcock (1949) avec Ingrid Bergman et Joseph Cotten. On a je pense, parfaitement le droit d'être le maître du suspense mais de s'essayer à autre chose. Au commencement on ne sait pas où on s'embarque ! Une histoire d'adultère, un ménage à trois, un vague remake de Rebecca ? Ben, non ce n'est pas ça du tout, c'est le triomphe de l'amour fou ! Et c'est réalisé de façon splendide avec des acteurs au top (Cotten, et Bergman bien sûr mais aussi l'étonnant Michael Wilding, peu célèbre mais qui fut 5 ans le mari d'Elisabeth Taylor) dans un rôle étonnant. C'est beau, c'est flamboyant, c'est émouvant, c'est un chef d'œuvre… Et même si ce ne n'est pas un film de suspense la tension est par moment bel et bien là. Un mot sur la très belle musique, elle est de Richard Addinsell, l'auteur du Concerto de Varsovie.

Mission à Tanger

Un film d'André Hunebelle (1949). Un petit film d'espionnage sans réelles surprises, avec son lot de situations téléphonées, de facilités de scénario et d'invraisemblances. La touche d'humour qui saupoudre le film ne fonctionne pas, Raymond Rouleau est à la limite du supportable, mais la présence magique de la délicieuse Gaby Sylvia éclaire le film. Sinon la vraie/fausse révélation finale rend le film encore plus invraisemblable si elle est vraie et ne sert à rien si elle est fausse. Pas terrible.

Branquignol  

Un film de Robert Dhery (1949). C'est toujours un vrai plaisir de voir du non-sens parfaitement maîtrisé, et ici Dhery a mis le paquet. Les situations absurdes s'enchaînent à un rythme effréné. Tout le monde à l'air de bien s'amuser et les filles sont mignonnes. Dommage qu'à la fin Dhery en cow-boy tue le rythme avec un gag raté et interminable. C'est très bon même si on peut préférer "A nous les belles bacchantes" ou encore mieux "Hellzzpoppin".

Nous avons gagné ce soir   

Un film de Robert Wise (1949) avec Robert Ryan. Si le scénario est minimaliste, le traitement est prodigieux, ce film de 72 minutes est en temps réel à la minute près. Une contrainte folle proche de l'exercice de style, mais réussi car grâce à un montage très nerveux, on n'en a conscience (et encore !) que quand apparaissent des pendules à l'écran. C'est très noir, sans concession et assez briseur de rêves mais passionnant.

Monsieur Joe  

Un film de Ernest B. Schoedsack (1949) Considéré par certains comme un sous King Kong, il convient de le révaluer à sa juste valeur. Certes le produit est familial, exit donc l'érotisme sous-jacent de King Kong, mais il se garde de toute niaiserie, certes le scénario n'est qu'in fil rouge prétexte aux effets spéciaux, mais ces effets spéciaux là sont bluffants et parfaitement intégrés à l'histoire. Quant à la scène de l'incendie de l'orphelinat, en bistre, si elle arrive dans le récit comme un cheveu sur la soupe, elle reste néanmoins saisissante. Finalement c'est un très bon film de genre, bien réalisé et attachant.

Aux deux colombes  

Un film de Sacha Guitry (1949) On se demande au début si Sacha Guitry ne se moque pas du monde. Après un générique très original nous expliquant bien comme il faut que ce qui va suivre est bien du cinéma, nous nous retrouvons au théâtre dans une mise en scène quasi statique et une exagération verbale. Heureusement après une première demi-heure peu intéressante, le propos s'envole et Guitry sait à nouveau nous ravir de son talent. On remarquera l'éblouissante prestation de Marguerite Pierry (la première épouse un peu dingue) et la beauté de Lana Marconi (qui était Madame Guitry à l'époque du film)

Le troisième homme

Un film de Carol Reed (1949) avec Joseph Cotten, Alida Valli, Orson Welles. Ce film à sa légende et ne vaudrait que par son exceptionnelle musique et par la participation d'Orson Welles. Ben non, ce film prend le prétexte d'une enquête policière (qui n'a rien d'exceptionnelle) pour nous décrire la quête d'un anti héros (J. Cotten) plongé dans l'univers glauque de la Vienne d'après guerre. C'est traité tambour battant, avec une photographie impressionniste saisissante. Certaines scènes sont à couper le souffle, on reste scotché sur son fauteuil. Chef d'œuvre !

L'homme de la Tour Eiffel

Un film de Burgess Meredith (1949). Charles Laughton joue un étonnant et débonnaire Commissaire Maigret dans ce film qui souffre de l'inconsistance du scénario et perd complètement son intérêt à mi-film. La fin nous réveille un peu avec une amusante (à défaut d'être crédible) scène de poursuite sur les poutrelles de Tour Eiffel. Pas terrible, tout ça !

Occupe-toi d'Amélie !

Un  film de Claude Autant-Lara (1949) avec Danielle Darrieux, Jean Dessailly, Carette. Réalisé d'après la pièce de Georges Feydeau (1908). Le moins qu'on puise dire c'est que ça déménage ! Ça entre, ça sort, ça défile, ça hurle, ça se croise et les spectateurs quittent leur loge pour entrer dans la pièce (on a même droit à un entracte avec des encarts publicitaires et autres). D'une fantaisie entraînante et d'un amoralisme réjouissant, le scénario se moque de l'institution du mariage et choisit comme héroïne une "cocotte" remarquablement interprétée à la fois avec charme et pétulance par une Danielle Darrieux en pleine forme. La distribution et la direction d'acteur est très bonne, (à noter la présence dans le générique de Grégoire Aslan, dit Coco Aslan, dans le rôle du prince Nicolas de Palestrie, qui fut chanteur et batteur dans l'orchestre de Ray Ventura). La mise en scène est impeccable et souvent très inventive, la musique est bonne, les décors, les éclairages, tout est bon. Bref un chef d'œuvre méconnu.

Le Mystérieux Docteur Korvo  

Un film d'Otto Preminger (1949) avec Gene Tierney. Comme dans beaucoup de polars, l'installation de l'intrigue est passionnante et plutôt bien menée, ici le souci vient avec la seconde partie, qui non seulement est assez convenue sans surprise, ni suspense mais  lorgne du côté de la série Z. Au niveau distribution si Gene Tierney est bien (quoiqu'un peu figée) ainsi que José Ferrer, en revanche l'interprétation du mari (Richard Conte) est catastrophique. Un peu frustrant car on ne peut s'empêcher de penser que ça aurait pu (que ça aurait dû !) être bien mieux.

Une femme par jour  

Un film de Jean Boyer (1949) avec Jacques Pills et Denise Grey. La réalisation est bonne et avec une idée de départ farfelue et un panel de huit jeunes femmes adorables il y avait de quoi faire quelque chose. Mais ce n'est pas la faute de Boyer si le film est plombé par un moralisme poussif qui en devient pénible et par Denise Grey qui en fait des tonnes au point qu'elle en devient insupportable. Reste quelques numéros musicaux (mais pas tous) et le charme de ces demoiselles, mais ça ne fait pas le compte.

Le signal rouge

Un film de Ernest Neubach (1949) avec Eric Von Stroheim. Excellente surprise que ce film qui ne ressemble à aucun autre et où se mélange folie, jalousie, passion, meurtre. C'est parfaitement maîtrisé avec un Von Stroheim inquiétant au possible et une étonnante Denise Vernac qui joue à la perfection. Les retournements de situations sont très bien gérés et la fin du film joue avec nos nerfs. Bien qu'anecdotique le rôle de la danseuse n'est vraiment pas mal du tout. La photographie est très soignée, certaines scènes sont directement inspirées par l'expressionnisme allemand

Monseigneur

Un film de Roger Richebé (1949) avec Bernard Blier et Fernand Ledoux. Quand on croit que le film est fini, il n'est pas terminé, et alors qu'on avait un film léger au scénario inepte mais dont le côté farfelu n'avait rien de déplaisant, le film lève son voile avec cette scène d'un ridicule consternant au square Louis XVI. Sous la farce laborieuse mais sauvé par les deux acteurs vedettes se cachait donc un film de propagande royaliste. Le sachant, ça peut néanmoins se regarder comme un film purement anecdotique.

L'éventail de Lady Windermere

Un film d'Otto Preminger.(1949) avec George Sanders et Madeleine Carroll. Bien sûr le film est d'une belle élégance, la photo et les cadrages sont parfaits, Georges Sanders est toujours aussi raffiné, les femmes sont splendides. Mais c'est au niveau du scénario que ça ne va pas, le début est confus, quand on commence à comprendre on se dit "tout ça pour ça ?". A l'origine il s'agissait d'une pièce d'Oscar Wilde contre le mariage. Le film lui n'a rien de subversif, et se résume à un brillant drame mondain dont on se fout un peu..

Mademoiselle s'amuse  

Un film de Jean Boyer (1948) Avec Gisèle Pascal et l'orchestre de Ray Ventura. Du très bon Jean Boyer que cette comédie musicale jouée à 100 à l'heure avec l'orchestre de Ray Ventura totalement déchainé et une Gisèle Pascal complétement barré. C'est délirant, c'est amusant, c'est joyeux, c'est pétillant, c'est inventif, c'est n'importe quoi et la musique de Paul Misraki est fabuleuse (Ah ! Maria de Bahia !). Que du bonheur !

Key Largo

Un film policier de John Huston (1948) avec Humphrey Bogart, Lauren Bacall et Edward G. Robinson. Un quasi huit-clos étouffant, un climat d'angoisse qui s'installe rapidement et qui reste présent pendant toute la durée du film. Les trois acteurs principaux au top (même si Bacall, rayonnante de beauté est un peu trop sage). Côté second rôle si Lionel Barrymore est assez pénible, en revanche Claire Trevor en pocharde est excellente. Le dénouement, prévisible est remarquablement mis en scène sans longueurs inutiles. Un grand film noir

Mystère à Mexico  

Un film de Robert Wise (1948) avec Jacqueline White. Ça ne dure qu'un peu plus d'une heure, mais c'est très bien fait, bonne direction d'acteurs, belle photographie, un peu d'humour, Jacqueline White est adorable, du thriller bien mené et plutôt efficace, du bon Robert Wise.

La scandaleuse de Berlin  

Un film de Billy Wilder (1948) avec Jean Arthur et Marlene Dietrich. Ce très bon film de Billy Wilder souffre de deux défauts assez étranges. Le premier c'est que Wilder entrainé par le côté dramatique du fond de son récit a du mal à rester sur les rails de la comédie (c'est notamment très flagrant à la fin), le second c'est que Marlene semble assez peu concerné par son rôle, elle est lointaine, absente, y compris quand elle chante comme si le rôle qu'on lui avait attribué l'écrasait. Sinon, le film nous offre un véritable festival des talents de Jean Arthur dont la beauté est magnifiquement photographiée et qui crève l'écran. Le film peut aussi se voir comme un documentaire sur les ruines de Berlin et l'état de l'Allemagne après la défaite (un peu comme Berlin express de Jacques Tourneur, tournée la même année et qui lui est supérieur. )Très bon film malgré les réserves.

Le secret derrière la porte  

Un film de Fritz Lang (1948) avec Joan Bennett.(1948). La psychanalyse au cinéma est un sujet casse-gueule, et Lang se prend les pieds dans le tapis à ce point que le film finit par perdre tout son intérêt à partir de sa seconde partie. Pourtant la réalisation est soignée, bien cadrée, superbement photographiée et avec une Joan Bennett qui crève l'écran, mais que peut-on faire avec un scénario absurde et une dénouement final tellement tiré par les cheveux qu'il en devient ridicule ? Une déception.

La dame au manteau d'hermine

Un film d'Ernst Lubitsch et Otto Preminger (1948) avec Betty Grable, Douglas Fairbanks Jr, Cesar Romero. D'une opérette viennoise à la fois niaise, nunuche et compliquée, Lubitsch a su éviter le kitch et la guimauve, mais ça reste très mineur en raison d'une intrigue abracadabrante et d'une interprétation masculine juste passable. Betty Grable assure très bien. C'est une comédie musicale avec quelques chorégraphies qui vont du sublime (les pirouettes de Betty Grable dévoilant ses jambes) au ridicule (les personnages exécutant une farandole digne d'une cour de patronage)

Berlin express

Un film de Jacques Tourneur (1948). Le film d'espionnage possède ses codes et perdre pied à un moment dans les explications, ou accepter les facilités de scénarios font partie du genre. De ce point de vue Berlin-Express ne déroge pas à la règle tout en nous présentant une histoire plutôt bien enlevé et sans aucun temps morts. Mais comme toujours Tourner est aussi un cinéaste d'ambiance. Et quelle ambiance puisque ce sont les vraies ruines de Francfort et de Berlin qui constitue les décors naturels du film. La dernière scène d'action tournée dans les caves d'une brasserie en ruine est remarquable. La direction d'acteurs est très correcte, Robert Ryan et Merle Oberon en vedettes. Un très grand film, malgré l'optimisme un peu naïf (mais vu le contexte…)

La corde

Un film d'Alfred Hitchcock (1948) avec James Stewart. On a à juste titre loué la forme, époustouflante, il faut bien le dire. On a dit grand bien de la direction d'acteurs (même si Farley Granger surjoue). Mais si nous parlions du fond ? Dans ce dîner de cons macabre, tous les personnages sont antipathiques à l'exception de Joan Chandler (trop mignonne) et de Miss Wilson. Passons les têtes à claques de Mrs Atwater (volontaire) et de Douglas Dick (involontaire), passons aussi sur les deux assassins. James Stewart développe ouvertement des théories que l'on qualifiera soit de nietzschéennes soit de fachos suivant son humeur, Cedric Hardwicke est un lâche (certes il proteste quand il entend des propos inacceptables, mais il reste courtois alors que n'importe qui aurait foutu le camp…) Car dans cette histoire s'il faut chercher le vrai coupable, c'est bien Stewart ! Car c'est bien lui qui a inculqué des idées nauséabondes aux deux abrutis. Son personnage agace aussi par son côté fouille-merde (mais c'est voulu par le pitch). Le suspense du film se résume à deviner comment Stewart va démêler l'affaire… Or la résolution est faible, mais que dire de la scène finale… Un suicide de Stewart après avoir confondu les deux cinglés aurait eu de la gueule; mais il fallait que la fin soit morale, alors on nous montre James Stewart passer en trente secondes de Nietzsche à Voltaire, faut pas pousser non plus ! Un exercice de style assez malsain et atypique dans la carrière du grand Alfred.

Il marchait dans la nuit

Un film d'Alfred Werker et d'Anthony Mann (1948). Une série B assez plate. D'un manichéisme assez affligeant, le film se veut une glorification de la police (on a même droit à une justification des rafles de masse !) ces braves gens sont courageux, malins comme des singes, trouvent toujours les méchants et évidemment n'ont aucune brebis galeuse dans leur rangs. Les acteurs policiers n'ont dans ce film ni charisme ni intérêt. Le film s'enfonce parfois dans la lourdeur (la scène du portrait-robot). Reste le personnage du tueur à propos duquel on aurait aimé en savoir davantage. La scène finale dans les égouts est peut-être bien filmée mais manque cruellement de suspense, puisqu'on sait pertinemment comment tout cela va se terminer. A sauver la bonne idée de la voiture bloquant la sortie des égouts et le rôle du petit chien.

Le trésor de la Sierra Madre  

Un film de John Huston (1948) avec Humphrey Bogart et Walter Huston. Un peu long à démarrer, parfois bavard, le film brille par le jeu de ses acteurs (Bogart est excellent), par son analyse cynique de la nature humaine ("Dans les même circonstances j'aurais peut-être fait pareil", avoue Walter Huston), par la tension dramatique qui s'empare du groupe quand Bogart devient parano. Certaines scènes sont remarquables (la guérison du gosse, Bogart se désaltérant et apercevant des mexicains dans le reflet de l'eau), il y a même un peu d'humour macabre (le mexicain qui réclame son sombrero avant d'être fusillé), une excellente musique (Mas Steiner), mais aucune femme au générique ! On regrettera la fin, inutilement nunuche

La Valse de l'empereur

Un film de Billly Wilder (1948) avec Joan Fontaine et Bing Crosby. Le film a été à tort qualifié de mineur, il n'est pas mineur mais léger. Superbement réalisé avec un splendide technicolor, mêlant loufoquerie assumée et défense du métissage culturel et social. Le pitch est excentrique ; un voyageur de commerce accompagné de son chien veut vendre un gramophone à l'empereur François Joseph, le chien lui s'embrouillera avec le caniche royal de Joan Fontaine… Si la bande son n'a rien d'original elle accomplit l'exploit de mélanger habilement, la Valse de l'Empereur, le siffleur et son chien, "I kiss your hand , Madame" et quelques tyroliennes. Joan Fontaine et rayonnante et Bing Crosby s'en sort plutôt bien. Se déguste comme une friandise,

Le pirate

Un film de Vincente Minnelli (1948) avec Judy Garland et Gene Kelly. Une comédie musicale survitaminée bénéficiant d'un Gene Kelly en superforme et d'une excellente musique de Cole Porter. Le scénario est simpliste mais sympathique. Et puis le message final chanté et dansé à 100 à l'heure "Soyez clown" ne peut que plaire. Bonne réalisation le carton-pâte étant nettement assumé avec des couleurs splendides. Deux petites réserves, on aurait aimé davantage de chorégraphie et puis Judy Garland ne parait pas toujours vraiment motivée, mais ne boudons pas notre plaisir, on est très près du chef d'œuvre.

Dédée d'Anvers  

Un film d'Yves Allegret (1948) avec Simone Signoret, Marcel Dalio, Bernard Blier. Un film noir à la française, on pourrait même dire un film brumeux. L'intrigue est simple, d'ailleurs on croit en deviner l'issue mais on se trompe, c'est aussi un film d'ambiance, ça parle de prostitution et ça a le mérite de ne tomber ni dans le misérabilisme, ni dans l'angélisme. Blier à un rôle très complexe, il trafique, il est le patron et veut que ça se sache mais il est humain, un rôle difficile mais parfaitement assumé, pour Dalio c'est plus simple, c'est le vilain maquereau mais il fallait qu'il le soit ainsi pour l'intrigue, quant à Signoret, elle crève l'écran. Les trafics dont il est questions restent évasifs, on ne saura jamais de quoi il est question, parce que le savoir n'aurait rien apporté au film, Signoret l'ignore donc nous aussi. La scène finale tire le film vers le chef d'œuvre, ça nous cloue sur place, on savait grosso modo ce qui allait arriver, mais on ne pouvait pas deviner cette fin qui a quelque chose de grandiose dans sa futilité macabre. Quasi chef d'œuvre, quasi parce que on ne comprend pas grand-chose de ce que raconte Pagliero qu'on aurait sans doute mieux fait de post synchroniser. Un très très grand film

Bagarres

Un film d'Henri Calef (1948) avec Maria Casares et Mouloudji. Maria Casarés a beau avoir été auréolée de gloire, elle est franchement mauvaise dans ce film, inexpressive, monolithique et sans charme. A la limite Orane Demasis joue mieux qu'elle (un comble !) Mouloudji cabotine et nous saoule. Ce drame paysan avait pourtant du potentiel mais après un assez bon démarrage, il s'enlise et sombre dans une certaine confusion (certaines scènes ne sont pas claires du tout). Cependant le film n'est pas nul, il est raté ce qui n'est pas la même chose et peut se regarder ne serait-ce que pour ce regard sans concession porté sur le monde paysan.

Les passagers de la nuit  

Un film de Delmer Daves (1947) avec Humphrey Bogart et Lauren Baccall. Que le scénario de David Goodis soit abracadabrant n'a que peu d'importance (après tout nous sommes au cinéma) qu'il soit par moment incompréhensible est en revanche plus gênant car sans cela nous aurions tenu un chef d'œuvre. L'histoire est prenante, bien filmée, avec son lot de rebondissements, la photo est superbe et Lauren Bacall particulièrement bien mis en valeur. Le film est aussi une réflexion morale sur les conséquences de l'individualisme

La seconde Madame Carroll

Un film de Peter Godfrey (1947) avec Humphrey Bogart et Barbara Stanwyck. Le gros défaut de ce film réside dans sa prévisibilité, puisque le déroulé est contenu dans le prologue. Ça reste néanmoins très intéressant grâce à une progression narratrice efficace.  Barbara Stanwyck est éblouissante, Bogart en contre-emploi est très bon et la gamine passe plutôt bien. La musique est un peu trop démonstrative. Il y a une scène hallucinante, celle ou Bogart entre complètement halluciné, tel Dracula, par la fenêtre dans le chambre de sa femme On appréciera également l'humour noir surprenant qui conclut le film.

Né pour tuer   

Un film de Robert Wise (1947) avec Claire Trevor. Pas mal la performance consistant à prendre pour protagonistes principaux deux manipulateurs sans scrupules dont un tueur psychopathe. La belle Claire Trevor est véritablement excellente dans son rôle, la non moins belle Audrey Long qui elle a un rôle de gentille (ou de naïve) apporte une note de fraîcheur à ce film baigné de noirceur mais à la mise en scène élégante, très agréable et passionnant à visionner.

Quai des Orfèvres

Un film d'Henri-Georges Clouzot (1947) avec Louis Jouvet, Bernard Blier, Suzy Delair, Simone Renant. Tout est excellent, la mise en scène, le montage, le jeu des acteurs, la gouaille de Suzy Delair qui nous chante "mon petit tralala", Jouvet qui domine le film, Blier en jaloux obsessionnel, Simone Renant en lesbienne refoulée et même Charles Dulin en vieux cochon. L'intrigue policière est habile (en fait on est bluffé jusqu'au dénouement).  Deux critiques cependant : La musique un peu envahissante de Francis Lopez et le côté "Défense de la police" un peu trop appuyé (le coup du bébé barbu, une fois suffisait, mais deux fois…) On n'est pas passé loin du chef d'œuvre.

Un mariage à Boston

Un film de Joseph L. Mankiewicz (1947) Un peu théâtral mais remarquablement réalisé et interprété ce film qui nous dépeint une aristocratie bostonienne autiste aurait pu être un vrai petit bijou si la dernière partie avait été aussi acerbe que le reste. La nunuche qui se figure qu'il suffit de belles robes pour être moins nunuche, ça a du mal à passer, et le happy-end sucré avec la réconciliation entre le beau-père et le prétendant de la fille est vraiment de trop. Ça reste quand même du grand cinéma mais on a le sentiment qu'on est passé à côté de quelque chose de grandiose.

La dame de Shanghai  

Un film d'Orson Welles (1947) avec Rita Hayworth et Orson Welles. Une utilisation magistrale du langage cinématographique. Rita Hayworth est sans doute la plus belles de toutes les femmes fatales du cinéma (et pourtant il y en a eu). L'intrigue est certes (un peu) compliqué mais qu'importe. Le chassé-croisé entre les différents personnages est magique… et puis comme d'habitude chez Welles, certaines scènes restent gravés à jamais en mémoire comme la scène du tribunal (ou les gens se croient au spectacle) le théâtre chinois et surtout le labyrinthe au miroir. Chef d'œuvre !

Le printemps

Un film de Grigori Aleksandrov  (1947)) avec Nikolai Tcherkassov. Comment le réalisateur du génial "les joyeux garçons" en 1934 a-t-il pu commettre quelque chose d'aussi mauvais. Car si on met de côté la photographie et les éclairages ainsi que quelques chorégraphies, que sauver ? Le scénario tente en vain de nous intéresser à une très confuse  histoire de substitution de personnages avec une Lioubov Orlova ben fatiguée, c'est long, lourd, ponctué d'inserts de propagande absolument gratuit genre (je peux voir ce qu'il y a sur le plateau d'à côté , - Je vous en prie ! Et hop une scène de propagande !) Bref c'est consternant ce qui n'a pas empêché le film d'obtenir le prix du meilleur scénario à la Mostra de Venise en 1947 (mort de rire)

L'aventure de Madame Muir

Un film de Joseph Mankiewicz (1947) avec Gene Tierney, Rex Harrisson, George Sanders. Ce qui frappe d'emblée dans ce film c'est la présence de Gene Tierney, non seulement elle est splendide, mais elle joue magnifiquement et son rôle de "femme de tête moderne au sourire désarmant lui convient à merveille". Le réalisateur fait semblant d'hésiter entre jouer la carte du rêve ou celle du surnaturel, il choisit le seconde, il n'est pas alors interdit d'imaginer que le film eut été encore meilleur s'il avait choisi la première. Une scène est particulièrement forte et étonnante pour l'époque, celle où Gene Tierney découvre que Sanders est marié est se retrouve face son épouse. Cette dernière semble à la fois adorer son mari et n'être point dupe de sa conduite. (dommage que le dialoguiste  se cru obligé d'ajouter plus loin que ce couple a fini par éclater… le code Hays sans doute…) Ce film d'amour, car c'est bien de ça qu'il s'agit est un éblouissement pour les yeux et pour l'esprit, il est simplement dommage qu'il y ait quelques petites longueurs et quelques tirades par trop théâtrales.

La Maison rouge

Un film de Delmer Daves (1947) avec Edward G. Robinson. Un polar campagnard qui commence assez bien, puis qui patauge pas mal et qui finit en eau de boudin. Il faut dire que le scénario essaie de compenser sa pauvreté en mélangeant tout, l'angoisse psychologique, "le secret du bois maudit", et les romances adolescentes (assez peu convaincantes). Delmer Daves a réussi à poser un climat angoissant mais n'a pas su tenir la distance. Edward G. Robinson joue très bien mais c'est bien le seul. Ça se regarde quand même mais c'est bien mineur tout ça !

Les anneaux d'or

Un film de Mitchell Leisen (1947) avec Marlene Dietrich et Ray Miland. Il y a des films dont il est aisé de constater qu'ils n'ont rien de géniaux, mais qu'on ne peut s'empêcher d'aimer tellement ils attirent la sympathie. C'est le cas de ce film qui nous raconte une histoire complétement farfelue, dans laquelle Marlene Dietrich grimée en gitane à l'air de s'amuser comme une folle et nous démontre une nouvelle fois son immense talent. Ray Miland n'est pas en reste et joue parfaitement le jeu. Un film qui fait plaisir à voir.

Le procès Paradine

Un film d'Alfred Hitchcock (1947) avec Gregory Peck, Charles Laughton, Alida Valli, Louis Jourdan. Une déception, surtout après coup, parce que jusqu'à la fin on croit qu'il va se passer quelque choses, un retournement de situation, un truc, une astuce… non rien, tout cela est à la fois plat et compliqué (qu'on m'explique cette histoire de va-et-vient dans le couloir des chambres où a eu lieu le crime). Et puis la psychologie et le comportement des personnages frôlent l'incompréhensible. Que Peck se comporte de façon surprenante passe encore puisque c'est le sujet du film, mais ici tous les personnages principaux sont totalement imprévisibles que ce soit l'accusée, Jourdan ou la femme de Peck, le pompon étant atteint par Laughton dans une scène [spoiler]où il drague lourdement la femme de Peck dans le dos de celui-ci, [/spoiler]faut pas déconner non plus, on aurait aimé un peu plus de subtilité ! La direction d'acteurs est moyenne et si Peck et Laughton sont bons, Alida Valli est transparente et Jourdan carrément mauvais. Cela dit c'est de l'Hitchcock, techniquement c'est superbe et il sait nous éviter l'ennui, mais la technique à elle seul n'a jamais suffit à faire un bon film.

Sinbad le marin

Un film de Richard Wallace (1947) avec Douglas Fairbanks Jr, Maureen O'Hara, Anthony Quinn. C'est très mauvais, le film est plombé dès le départ par le jeu outrancier de Douglas Fairbanks Jr qui non content d'avoir autant de charisme qu'une sardines à l'huile, ne sait pas faire une scène sans gesticuler dans tous les sens en faisant des sourires idiots. Quant à Maureen O'Hara, elle a l'air de se demander ce qu'elle fait dans cette galère. Sinon ça blablate beaucoup et pour ne pas dire grand-chose. Le scénario arrive à être à la fois simpliste et confus (faut le faire) et rempli d'incohérences (il y a des moments ou Sinbad use de pouvoirs magiques, mais d'autres où il les a oublié à la maison, on ne fait pas avancer un bateau en fouettant les galériens avec une telle brutalité, et Quinn qui voit arriver une boule de feu vers lui et qui reste là comme une andouille…) Un beau gâchis dans des décors de carton pâtes.

Le café du cadran

Un film d'Henri Decoin (1947) signé Jean Gehret avec Bernard Blier. L'histoire est minimale mais ne sert que de prétexte à nous présenter une galerie de portraits et le moins qu'on puisse dire c'est qu'il serait vain d'y chercher un personnage positif. Entre Blier, beauf, faible et jaloux, sa femme d'une naïveté touchante, le journaliste véreux, le violoniste vieux beau, égocentriste et irresponsable, l'alcoolique redresseur de tort, l'amoureuse transie…. Tout le monde en prend pour son grade et on ne s'ennuie pas une seconde dans ce quasi-hui-clos parfaitement réalisé et à la direction d'acteurs impeccable (fabuleuse Blanchette Brunoy). On n'est pas loin du chef d'œuvre !

The Man I love

Un film de Raoul Walsh (1947) avec Ida Lupino. Ça commence dans la confusion et ça finit dans le mélodrame et la guimauve. Ça tourne en rond, c'est ennuyeux, les personnages ont des psychologies rudimentaires. Bref tout cela n'a pas grand intérêt si ce n'est de revoir Ida Lupino, ainsi que le très belle est trop rare Dolores Moran dans un rôle idiot, hélas.

Les Chouans

Un film d'Henri Calef (1947) avec Jena Marais, Madeline Lebeau, Madeline Robinson. La réalisation est sans faute malgré la fin trop emphatique La direction d'acteurs est impeccable, Jean Marais est bien dans son rôle (mais ce n'est pas le plus difficile) Madeleine Robinson est excellente en fanatique jalouse, Madeline Lebeau, plus chatte que jamais crève l'écran, Louis Seigner en curé de choc n'est pas mal non plus et puis il y a tous ces petits rôles excusez du peu Marcel Herrand, Pierre Dux et même Howard Vernon. Quant au scénario, il n'a rien d'invraisemblable, parfois l'amour rend idiot, et les romans d'espionnage parmi les meilleurs sont coutumiers de ces situations., mais surtout remercions les scénaristes (et Honoré de Balzac au passage) de remettre à leurs place les chouans à propos desquels certains nous bassinent encore aujourd'hui les oreilles

Antoine et Antoinette

Un film de Jacques Becker (1947). Il y a deux choses remarquables dans ce film la façon dont Becker film des petits riens de la vie quotidienne en rendant le film "vrai, l'autre est la façon avec laquelle il filme les femmes, et dans ce film Claude Maffei est superbe, mais Annette Poivre n'est pas mal non plus. Le film est lent à démarrer mais on ne s'ennuie pas ensuite tout est téléphoné mais ça n'a aucune importance, on se régale. Quelques défauts cependant, si on peut faire avec la caricature sociale trop manichéiste et la naïveté finale, il est cependant difficile d'adhérer à ce combat de boxe ridicule et bien trop long. Mais cela reste un très bon film !

La brune de mes rêves

Un film d'Elliott Nugent (1947). Bop Hope n'est pas drôle, Peter Lorre et Lon Chaney cachetonnent mollement, Dorothy Lamour n'est pas mise ne valeur, et non seulement l'histoire n'est pas drôle mais elle est inintéressante et ennuyeuse.

Boomerang

Un film d'Elia Kazan (1947) avec Dana Andrew et Arthur Kennedy. C'est un film de procès, bien réalisé (certaines scènes sont excellentes) et bien dirigé, le scénario plein de très bonnes intentions est malheureusement trop manichéiste (trop didactique même) et trop prévisible pour qu'on y adhère totalement. Et le "chantage au vécu".n'est en rien une excuse, la réalité est toujours infiniment plus complexe que son résumé cinématographique. Pas mal dira-t-on mais sans plus..

Gilda

Un film de Charles Vidor (1946) avec Rita Hayworth et Glenn Ford. Le scénario est quand même tiré par les cheveux et pas trop évident (d'autant qu'on apprendra qu'il est basé sur une coïncidence assez farfelue). On se dit peu importe, le puzzle va bien finir par se reconstituer, et en attendant on est pris par le tourbillon crée par le personnage de Rita Hayworth, véritable phénomène dans ce film, qui pique (mais ce devait être prévu) la vedette à Glenn Ford et qui nous émerveille de son jeu et de sa beauté. On n'est pas sûr de bien suivre ce curieux mouvement d'aller et retour haine/amour entre Hayworth et Ford, mais qu'importe ! La fin fait un peu bisounours mais on ne peut s'empêcher de penser que ce couple-là n'est pas trop bien parti… Si ce film a des défauts, on finit par ne plus les voir tellement on est ébloui… et puis, avoir pris comme héros du film une fille facile et un tricheur professionnel, il fallait le faire quand même !

Le criminel

Un film d'Orson Welles (1946) avec Orson Welles, Edward G. Robinson et Lauretta Lynn. Une véritable leçon de cinéma, tout juste pourrait-on critiquer l'argument de départ du scénario, mais tout le reste est parfaitement maîtrisé, la direction d'acteurs (à cet égard les trois acteurs principaux, possédant pourtant des jeux bien différents sont exceptionnels), la mise en scène exemplaire, la photographie, la montée de la progression dramatique, le final baroque. Chef d'oeuvre ! 

Les enchaînés

Un film d'Alfred Hitchcock (1946) avec Cary Grant, Ingrid Bergman et Claude Rains. Sans doute le plus beau noir et blanc du maître (quoi que Rebecca…) C'est Bergman qui porte le film, Grant étant réduit à jouer les faire valoir. Le rôle n'était pas évident, une aventurière très habilement manipulée par les services secrets qui s'en sort merveilleuse bien, en revanche son personnage commettra une gaffe, interviendra alors un suspense haletant. Chef d'œuvre.

Bedlam

Un film de Mark Robson avec Boris Karlov (1946). Plein de bonnes choses, ne serait-ce que l'ambiance très influencé par l’expressionnisme allemand, le sujet puisqu'il s'agit de la dénonciation des conditions de l'internement psychiatrique au XVIIème siècle en Angleterre, la qualité de l'interprétation : Karlov incarne magistralement un personnage infect, et la surprenante et très jolie Anna Lee . Côté négatif, tout cela fait un peu conte de fée et puis surtout le blabla du quaker de service est assez peu supportable. Au final un film intéressant mais sans doute surestimé.

L'Emprise du crime

Un film de Lewis Milestone (1946) avec Barbara Stanwick et Kirk Douglas. Un grand film noir dont l'objectif est de montrer que certaines motivations des protagonistes trouvent leur origine dans leur passé. Le déroulement de l'histoire est intéressant puisqu'il faut attendre un bon moment pour comprendre les motivations des uns et des autres (d'autant qu'il faut faire avec les retournements de situation) . Quelque part le film anticipe sur les obsessions de Woody Allen sur ce fameux sens du destin (qui justement n'existe pas) et qui n'est qu'un enchaînement de circonstances. L'ambiance polar est fort bien rendue (avec parfois un zeste d'autodérision). C'est très bien joué, Stanwick en tête, Kirk Douglas dont c'est le premier film est bon, quant au personnage très bien interprété par Lizabeth Scott, on ne saura jamais exactement qui elle est, sinon une inconnue liant son destin à celui de Van Helfin, le véritable héros de ce film qui n'omet pas une certaine critique sociale (la corruption des puissants, la manipulation de la justice).

Une nuit à Casablanca

Un film d'Archie Mayo (1946) avec les Marx Brothers. C'est très bon et complètement loufoque. Ça commence par l'un des gags visuels les plus célèbres de l'histoire du cinéma (Harpo qui soutient le mur d'une maison...) Le film contient deux scènes d'un délire absolu, celle de la préparation des valises et celle de la poursuite avec l'avion. les Marx sont toujours bien dans leurs rôles respectifs,toujours aussi foldingues, et les morceaux de piano (Chico) et de Harpe (Harpo) sont toujours aussi bien. On notera la présence au générique de Lisette Verea dont on se demande pourquoi elle n'a pas fait carrière dans le cinéma, avec son physique à la Ava Gardner.

Nuit et jour  

Un film de Michael Curtiz (1946) avec Cary Grant. Passons sur l'absurdité du sujet, puisqu'on est en 1946 et faire un "vrai" biopic de Cole Porter et donc aborder sa bisexualité était à l'époque impossible. Alors pourquoi le faire d'autant que Porter était toujours bien vivant en cette année-là et que quelques uns de ces meilleurs succès ne sont pas encore créées (Kiss me Kate…). Mystère ! On va donc dire qu'on est dans un monde parallèle dans lequel Porter a eu un destin plus conforme avec le politiquement correct hollywoodien. Alors le résultat ? Sachant ce qui précède on peut être un peu mitigée, il n'y a absolument aucune tension et Cary Grant n'est qu'à demi convainquant. Mais à côté de ça l'image est superbe, les femmes sont plus belles les unes que les autres et puis il y a la musique de Cole Porter qui nous enchante tout au long du film.

Sylvie et le fantôme

Un film de Claude Autant-Lara (1946) avec Odette Joyeux, Jacques Tati, Pierre Larquey, Jean Dessailly, François Perrier. Le film démarre avec deux handicaps, le premier c'est d'avoir un scénario aussi impossible que farfelu, le second c'est de faire jouer le rôle d'une gamine de 16 ans par Odette Joyeux qui à l'époque en avait 32 ! Pourtant le film est bon, mieux c'est un enchantement, c'est léger sans tomber dans la bouffonnerie, c'est très inventif (les scènes où Tati doit apprendre à se balader avec son suaire sont géniales), c'est bien joué, Larquey est très bon et Odette Joyeux supporte très bien son rôle pourtant pas évident. Charmant et succulent !

Le Train de la mort

Un film de Roy William Neill (1946) avec Basil Rathbone. Dans ce genre d'histoire, l'intérêt est d'essayer de deviner qui est le coupable. Un scénariste talentueux parsèmera son film d'imperceptibles indices rendant la solution difficile mais trouvable. Or ici c'est impossible, c'est totalement introuvable. De plus le métrage du film (60 mn) ne permet pas de s'appesantir sur les personnages, on est trimbalé de fausses pistes en fausses pistes et on est largué. Quant à la fin c'est carrément bâclé. Bref c'est pas terrible.

La clé

Un film de Roy William Neill (1946) avec Basil Rathbone. Mou, mal fichu, inintéressant, ridicule. De plus le sous-titrage est déficient.

Les tueurs

Un film de Robert Siodmak (1946) avec Burt Lancaster et Ava Gardner. Un film noir avec une narration complètement chamboulé (mais on s'y fait très vite). L'intrigue est assez banale, mais est illustré par quelques scènes assez fabuleuses (le hold-up, la fusillade dans le bar). Burt Lancaster (très bon) et Ava Gardner (trop belle) domine une distribution assez inégale. Très bonne musique de Miklos Rozsa. Un bon film noir, sans doute légèrement surestimé.

L'impasse tragique

Un film d'Henry Hathaway (1946) avec Lucille Ball. Un film noir dans la grande tradition, avec un détective qui tête de la bouteille, des belles nanas (mais pas de femmes fatales dans celui-ci) et des extérieurs nuits. Une touche d'humour (la conclusion de la course de voiture est bien trouvée), des personnages bien typés, de l'ambiance, des fausses pistes, c'est bien filmé, bien cadré et bien éclairé. On peut juste regretter les facilités de scénario du dénouement. Un excellent polar qui en vaut bien d'autres pourtant mieux côtés.

Scandale à Paris

Un film de Douglas Sirk (1946) avec George Sanders. Un biopic complètement fantaisiste de Vidocq. L'histoire nous est conté avec une si belle élégance dans le ton (George Sanders y est parfait) et dans la mise en scène qu'on en oublie le coté farfelu. Un petit bijou à redécouvrir !

Le dahlia bleu    

Un film de George Marshall avec Alan Ladd et Veronica Lake (1946). Un film à ranger au rayon des impostures policières. Certes le film se regarde en raison d'un assez bon rythme et à l'absence de temps morts, mais côté empathie on repassera, avec un Alan Ladd sans aucun charisme jouant au roi du coup de poing en costume cravate et un William Bendix horripilant. Quant à la très belle Veronica Lake, elle ne joue pas, elle minaude. Ces défauts auraient sans doute été atténuées si la fin avait su nous surprendre, mais nous avons au contraire un final en forme de gloubi-boulga aussi inepte d'incompréhensive et en plus décevant. Rétrospectivement après ce final lamentable on se demande à quoi on servi pendant tout le film ces rencontres, ces sous-intrigues, ces fausses pistes et ces morts inutiles, sinon à faire de l'esbroufe à bon marché.

Un revenant  

Un film de Christian-Jaque (1946) avec Louis Jouvet, Gaby Morlaix, Ludmilia Tcherina, François Perrier. Le film n'a qu'un seul défaut ce sont ses dialogues trop théâtraux, attention, ce ne sont les dialogues qui sont mauvais (c'est du Jeanson quand même) mais la façon dont ils sont dits n'est pas toujours très naturelle. Jouvet est impérial, Perrier surprenant, Tcherina moyenne mais très mignonne. Sinon le film taille une veste au mythe de l'amour éternel, l'histoire est noire, féroce, machiavélique, sans concession, mais elle n'est pas triste, c'est une leçon de vie.

Les portes de la nuit  

Un film de Marcel Carné (1946) avec Yves Montant, Raymond Bussière, Serge Reggiani. Que d'ennui ! A quoi se raccrocher ? L'intrigue ? Son intérêt est quasi nul puisque tout est dit d'avance par le personnage du Destin (incarné avec une lourdeur agaçante par Jean Vilar), quant aux scènes secondaires (la gitane) on se demande leur utilité. Le contexte ? Force est de constater qu'il est maladroit dans son manichéisme ? Les acteurs ? Ça manque considérablement de pointure, Montand n'est pas très bon, Reggiani fait ce qu'il peut mais est prisonnier d'un personnage trop chargé, Carette cabotine et Saturnin Fabre se croit au théâtre, quant à ces dames elles sont transparentes. Les dialogues ? Trop ampoulés, trop écrits, trop bavards, Prévert commettant les mêmes erreurs que pour "les Visiteurs du soir". L'ambiance ? Ben oui, il y a une ambiance, c'est indéniable, mais ça ne suffit pas à faire un film (idem pour la musique). Il faudra attendre "La Marie du port" pour retrouver le grand Carné.

La fille du diable

Un film d'Henri Decoin (1946) avec Pierre Fresnay et Fernand Ledoux. Un film d'une richesse remarquable, derrière le thriller sur le thème classique de l'usurpation d'identité se cache une peinture au vitriol de la vie de province avec ses notables véreux, ses faux bienfaiteurs et ses laisser pour compte. La force du film est d'éviter tout manichéisme, les crapules n'étant pas forcément ceux qui en ont plus l'air. Noir mais beau et excellente interprétation de Fresnay et de Ledoux.

L'affaire du collier de la reine

Un film de Marcel l'Herbier (1946) avec Vivianne Romance. Enorme succès au box-office à sa sortie, le film est aujourd'hui complétement oublié. On comprend pourquoi : Le film a eu des moyens (costumes figurants…) mais souffre de son académisme, voire même au début d'une certaine confusion. Le réalisateur dans la première partie préfère insister sur l'ambiance de la cour (il ay a d'ailleurs de fort jolis plans) plutôt que sur la précision de l'intrigue. De plus le rôle de Cagliostro joué par Pierre Dux frise le ridicule. Néanmoins la première heure du film reste tout à fait regardable d'autant que le charme de Viviane Romance fonctionne fort bien. Quand commence le procès, le film fait naufrage, la longue scène du procès est ratée tant sur la forme (il n'est qu'à comparer ce que font les américains en la matière) que sur le fond (on est jamais obligé de respecter la vérité historique mais il y a des limites tout de même…) quant aux dernières scènes : L'herbier en fait trop tirant son film vers la tragédie avec une lourdeur d'hippopotame. Sur le sujet on regardera les film "l'affaire du collier" de Charles Shyer (2001) qui raconte la même histoire de façon bien plus intéressante.

Les Dollys Sisters

Un film d'Irving Cummings (1945) avec Betty Grable. On voudrait bien aimer davantage ce joli technicolor d'autant que ces demoiselles sont charmantes et ont de belles gambettes, mais si les numéros musicaux sont bien vus côté costumes et montage, on ne peut en dire autant sur la qualité de la musique et de la chorégraphie. Quant à l'histoire amoureuse qui sous-tend tout ça, elle devient vite gavante (et même grotesque à la fin). Dommage, vraiment dommage !

Détour   

Un film d'Edgard G. Ulmer (1945). Un film fauché (ça se voit) et réalisé à la Corman (trois semaines ?) Et pourtant le résultat est bluffant. Nous avons là un portrait de femme fatale version teigne assez rarement vu au cinéma et remarquablement interprété par la troublante Ann Savage. L'histoire est simple mais fonctionne parfaitement, la photographie est très correcte et même très belle par instants. Si le film n'avait pas été brimé par son faible budget et par quelques débilités imposées par la censure on aurait tenu là un chef d'œuvre. On en est là néanmoins tout près.

My darling Clémentine (la poursuite infernale)

Un film de John Ford (1946) avec Henry Fonda et Victor Mature. Bonne mise en scène, les cadrages et la photographie sont magnifiques, il y a un doigt d'humour. Et puis il y a Linda Darnell, ça c'est pour les côtés positifs, sinon il faut bien avouer que ça se traîne un peu, que le film est encombré de scènes inutiles (la séquence "théâtrale") et que le final est expédié de chez expédié.

Monsieur Grégoire s'évade

Un film de Jacques Daniel-Norman (1946) avec Bernard Blier, Jules Berry, Yvette Lebon. Le début de ce vaudeville policier démarre sur les chapeaux de roue et se regarde avec un vrai plaisir d'autant que Jules Berry y est très bon. Hélas dans la seconde partie le film ne tient plus la distance jusqu'au final grotesque en forme de "victoire" de la morale alors qu'il fallait jouer la carte du cynisme (on meuble même avec une chorégraphie médiocre des Folies Bergère et avec un chanteur de bistrot catastrophique). Allez 4,5  pour la première partie, 1,5 pour la seconde, ce qui nous fera 3 de moyenne.

Le roman de Mildred Pierce

Un film de Michael Curtiz (1945) avec Joan Crawford. Ça commence comme un film noir, puis ça surfe à la limite du mélodrame dans lequel Curtiz à l'intelligence de ne pas s'enfoncer. Le côté cruel, dérangeant voire éprouvant de l'intrigue est remarquablement porté à l'écran. Joan Crawford, magnifiquement photographié y est sublime mais Ann Blyth ne démérite pas (Pourquoi avec ce talent, cette actrice n'a-t-elle pas fait une grande carrière ?), bien loin de là, dans un rôle on ne peut plus ingrat. Mise en scène d'une efficacité redoutable, photo somptueuse, bonne musique, scénario parfaitement maîtrisé. Chef d'œuvre !

Aventures en Birmanie

Un film de Raoul Walsh (1945) avec Errol Flynn. Si l'on enlève l'aspect "le chef a toujours raison", ce film de guerre (Objectif Burma, puisque le titre français est débile) est un chef d'œuvre. La progression de l'action est menée de façon magistrale magnifiquement photographiée, découpée, cadrée, dosée. Walsh réussit à diriger Errol Flynn de main de maître (on n'est pas dans Capitaine Blood) et il ne transforme pas les personnages secondaires en stéréotypes. Le film est spectaculaire au sens premier du terme, les scènes de combats, les scènes de progression dans la jungle prennent une dimension quasi-documentaire, le sommet étant atteint avec l'attaque de la colline à la fin. Un grand film de guerre.

Boule de suif

Un film de Christian-Jaque (1945) avec Micheline Presle. Le scénariste Henri Jeanson a fait un mix de deux nouvelles de Guy de Maupassant (Boule de suif et Mademoiselle Fifi). La réussite est complète malgré la posture très théâtrale des scènes de dialogues. C'est bien joué, bien réalisé et surtout bien vu. Micheline Presle dans le rôle d'une prostituée au grand cœur est sublime. Le choix de la musique, criarde et martiale n'est peut-être pas une très bonne idée, mais sinon nous avons là un chef d'œuvre !

La maison de la 92ème rue

Un film d'Henry Hathaway (1945). La couleur est affichée dès le début, le film sera à la gloire du FBI, un éloge sans nuances. Mais il faut croire que le FBI n'a pas eu les moyens de se payer un casting de premier choix, car ici la direction d'acteur est faible, souvent impersonnelle. Pourtant le film reste attachant d'une part par son côté rétro-documentaire (les méthodes d'observations et d'investigations de 1945), son ambiance et puis par l'intrigue qui ne manque pas d'intérêt. Pas de quoi s'affoler mais ça se regarde bien.

Le portrait de Dorian Gray  

Un film de Albert Lewin (1945) avec Georges Sanders. Le film est fascinant de par son sujet, de par son traitement et de par la présence de Sanders (qui incarne les idées d'Oscar Wilde et qu'on aurait tort de réduire à ses attitudes les plus cyniques) de plus il est esthétiquement superbe. Le fond est plus discutable puisque la lecture du film au premier degré est morale, il s'agit là d'une dérive par rapport au roman de Wilde qui lui est amoral (et non pas immoral). Le personnage de Lord Henry (joué par Sanders) est ambiguë, d'un côté on apprécie ses vannes propres à effrayer la bien pensance, de l'autre il est présenté comme une sorte de "pousse-au-crime". Si le roman s'achève sur la mort de Gray, le film y ajoute une scène où ses proches viennent constater le décès, tout ça afin d'entendre Sanders marmonner un "Mon Dieu, pardonnez-moi !" absolument déplacé. En fait Wilde expliquait que l'hédonisme n'était sans doute pas à la portée de tout un chacun et que la seule erreur de Sir Henry était d'avoir influencé Dorian qui n'était pas prêt pour ça ! Alors que dans le film on semble nous dire que l'hédonisme est une pente qui conduit à la déloyauté, à l'égoïsme et même au crime. Malgré ces réserves (il est probable que la dernière scène ait été imposé par la prod) le film reste remarquable.

Le récupérateur de cadavres  

Un film de Robert Wise (1945) avec Boris Karloff et Bela Lugosi. Ce film a été produit par Val Lewton et comme dans La Féline (Tourneur 1942), l'angoisse nait de la suggestion et non de la démonstration. On retiendra notamment ce chat qui miaule de peur tandis que Karloff et Lugosi en viennent aux mains. Le scénario est original et nous baignons dans une ambiance feutrée et volontairement malsaine avec une interprétation magistrale de Boris Karloff et un final d'anthologie. Une seule scène est ratée, celle de la guérison de la fillette, sinon nous avons là une perle du cinéma fantastique.

La cible vivante

Un film d'Anthony Mann (1945) avec Eric Von Strohem. Le problème de ce film c'est que le suspense fonctionne de travers, le "Que va-t-il se passer ?" n'ayant plus aucune raison d'être posé, est remplacé par "Ça va se passer quand ?". La chose se regarde néanmoins grâce à une mise en scène élégante, une prise de vue soignée, un Eric Von Strohem parfait et aussi une Mary Beth Hughes qui ne démérite pas dans son rôle de garce pourtant trop abrupte.

La maison du Docteur Edwardes

Un film d'Alfred Hitchcock (1945) avec Ingrid Bergman, Gregory Peck et Michael Chekhov. Ou quand la psychanalyse s'invite dans un thriller... autrement dit un beau sujet casse-gueule dont le père Hitchcock se sort fabuleusement bien,. Si les deux acteurs vedettes sont remarquablement dirigés, il faut aussi noter l'excellente et étonnante prestation de Michael Chekhov en Docteur Brulov ! Les rebondissements sont menés avec intelligence et rythmé par l'excellente musique de Miklos Rozsa. Quant au twist final, s'il peut paraître maladroit à la première impression, on comprend en fait qu'en lâchant un lapsus révélateur (on est vraiment en plein Freud), l'assassin met volontairement en marche sa propre destruction.

La rue Rouge

Un film de Fritz Lang (1945). Avec Edward G. Robinson et Joan Bennett. Un an après le succès du fabuleux "La femme au portrait", Fritz Lang en reprend les deux acteurs vedettes pour une nouvelle histoire de femme fatale mais en beaucoup plus noir (c'est le moins que l'on puisse dire) et sans atteindre la perfection de ce dernier film, celui-ci n'en constitue pas moins une fabuleuse réussite. Le thème du "brave mec" qui se laisse manipuler par une femme jusqu'à tomber dans la déchéance n'est pas nouveau mais là il est vraiment transcendé par les acteurs, la mise en scène méticuleuse, la musique, les plans, l'éclairage. Tout simplement parfait.

Le mystère Saint-Val

Un film de René Le Hénaff (1945) avec Fernandel et Pierre Renoir. Il est arrivé que certains scénarios absurdes soient transcendés par le jeu des acteurs et/ou la réalisation. Rien de tel ici, ça se traîne lamentablement, Fernandel n'est pas très bon et Pierre Renoir transparent. On s'intéresse malgré tout un petit peu à cette histoire bizarre avant que le soufflé retombe, le film se perd alors dans une série de twists absurdes qui finissent par nous faire demander ce qu'on est en train de regarder. Très mauvais.

Falbalas  

Un film de Jacques Becker (1945) avec Micheline Presle et Raymond Rouleau. Avec un tel scénario on aurait pu avoir une bluette insipide digne d'un roman photo de "Nous deux". Et bien Becker parvient à nous transcender tout ça et en faire un chef d'œuvre. La direction d'acteurs est impeccable, Raymond Rouleau est exceptionnel, Micheline Presle magnifique, et Jeanne Fusier-Gir n'a jamais été aussi bonne. Le milieu de la haute couture (que Becker connait bien) est particulièrement bien rendu sous tous ces aspects. Les personnages et leurs interactions sont intéressants et beaucoup plus complexes qu'on ne pourrait l'imaginer. Le personnage incarné par Rouleau est à cet égard très bien vu, on a d'abord de l'empathie pour ce dandy décontracté avant de s'apercevoir que c'est un mufle (et pas qu'un peu), puis de s'émouvoir de sa folie.

La femme au portrait

Un film de Fritz Lang (1944) avec Edward G. Robinson et Joan Bennett. Quelle maestria ! Avec Fritz Lang, rien ne traîne, on est tout de suite dans le ton et tout de suite dans le vif du sujet. Ça commence par un jeu subtil de séduction, Robinson sait qu'il a affaire à une prostituée mais joue le jeu. Joan Bennet sait qu'il est déjà tombé dans ses filets et l'aguiche avec une tenue dont le haut est quasi transparent (scène magique !). Puis ce sulfureux tête à tête est troublé par l'arrivée impromptue d'un troisième larron… Et le film bascule dans un suspense haletant qui ne nous quittera qu'à la fin ou presque. On est pris d'empathie pour les deux personnages alors que l'étau policier se referme sur eux, alors qu'un maître chanteur s'en mêle… Magnifiquement réalisé et interprété, photographie impeccable, musique de circonstance… Certains ont regretté la fin, oubliant que le cinéma reste de l'imaginaire, quelles que soient les formes qu'il prend. Un grand film noir. Un grand Fritz Lang. Un chef d'oeuvre

Le port de l'angoisse

Un film de Howard Hawks (1944) avec Humphrey Bogart et Lauren Bacall. Hawks avait fait le pari avec Hemingway d'adapter son plus mauvais roman.  Nous voilà donc avec un résultat hybride, un film dominé par l'interprétation de Bogart et de Bacall, (un film d'acteur, donc) dirigé par un réalisateur qui connaît bien son métier. Mais sinon ? L'intrigue est d'une pauvreté à peine croyable, il n'y a pratiquement pas de suspense, il y a beaucoup de blablas, Walter Brennan est insupportable, les intermèdes musicaux sont mauvais et inutiles, et puis (revenons à l'intrigue) on se demande comment le patron de l'hôtel (Dialo) va gérer la suite des événements… Mais Hawks s'en fout, Bacall suit Bogart en tortillant des hanches et le mot fin intervient alors qu'on ne l'attendait pas si tôt, nous laissant là, avec nos questions !

Ivan le terrible

Un film de Serge Eisenstein (1944) Il faut toujours relativiser les choses. Ce film contient des choses admirables, le montage, la photo, les jeux d'ombres et de lumières, des scènes inoubliables (le couronnement, la fête avec l'apparition de la couleur) des plans de folie (mais pas toujours logiques à l'instar de ces soldats qui zigzaguent pour aller tout droit), la musique sublime de Serge Prokoviev. Mais à côté de ça, il y a la façon de typer les acteurs qui non seulement surjouent jusqu'à l'excès mais sont tous caricaturaux tellement ils ont la gueule de l'emploi  (les méchants ont des tronches de méchants, les traîtres ont des tronches et des posture de traîtres, les gentils des bouilles de bisounours, quand à Ivan, il nous prend des poses genre "attention l'Histoire me regarde". Certes, on comprend rapidement que ces postures résultent d'un parti pris, mais on a le droit de ne pas le trouver judicieux (un film n'est pas un opéra) Tout cela est au service d'une l'histoire qui n'est que moyennement intéressante. Eisenstein est un maître du cinéma, mais n'est pas Shakespeare qui veut pour transcender un tel sujet. L'impression globale est donc mitigé.

Assurance sur la mort

Un film de Billy Wilder (1944) avec Fred McMurray, Barbara Stanwick, Edward G. Robinson. Sublime ! Tout est sublime, le scénario, la réalisation, le montage, la photo, la musique (Miklos Rosza) les acteurs. Barbara Stanwick est fabuleuse, c'est palpitant, le suspense et l'angoisse sont au rendez-vous, malgré le fait que l'on sache (volontairement) dès le début comment tout cela va se conclure. On déplore toutefois quelques bémols : le personnage de Nino n'a rien d'attachant et sa liaison avec Stanwick manque de crédibilité, de plus la courte scène, presque à la fin où McMurray donne un jeton de téléphone à Nino est assez puérile. Dommage car on n'est passé très près du chef d'œuvre.

La malédiction des hommes-chats

Un film de Robert Wise (1944) avec Simone Simon. Le titre est trompeur puisqu'il n'y a ni homme chat ni malédiction. Ce n'est pas non plus un film d'épouvante, ni un film sur les hallucinations d'une fillette mais bien un conte fantastique. Le film qui ne dure que 70 minutes semble avoir eu des soucis au montage parce que l'histoire secondaire des deux étranges femmes dans leur vieille maison n'est pas vraiment très claire. La direction d'acteurs est correcte d'autant que Wise a fait avec ce qu'il avait, mais Simone Simon est très bien et la petite fille s'en sort sans que l'on tombe dans la mièvrerie, c'est déjà énorme. Ajoutons-y une très belle photographie et nous avons là un petit Wise tout à fait regardable quoique vraiment mineur.

Laura 

Un film d'Otto Preminger (1944) avec Gene Tierney. Il faut toujours se méfier de ces films qui trimbalent une réputation de chef d'œuvre éternel. Certes, c'est très bon et les rebondissements fonctionnent bien malgré une intrigue policière assez faible (Clifton Webb, par ailleurs particulièrement agaçant, apparaît très tôt comme le coupable possible).  Gene Tierney est superbe, mais son rôle n'a rien d'un rôle de composition, Dana Andrews fait juste ce qu'il faut et Vincent Price n'est pas trop convainquant. Se laisse regarder avec grand plaisir mais surestimé.

Angoisse

Un film de Jacques Tourneur (1944) avec Hedy Lamarr. Ça commence vraiment très bien avec cette étrange rencontre dans le train. Mais les longueurs et les mondanités ne tardent pas à pointer le bout de leur nez, heureusement la beauté éclatante d'Hedy Lamarr va nous réveiller et tenter de nous tenir en haleine. Pas longtemps, puis que le film va faire trainer son intrigue poussive sans arriver à nous passionner. Avec un tel sujet Hitchcock aurait probablement pondu un chef d'œuvre, ici on en est loin, très loin.

Pin up Girl

Un film de Bruce Humberstone (1944) avec Betty Grable. Soyons clair le scénario n'est qu'une petite histoire sans aucune importance destinée à mettre en scène les numéros musicaux de Betty Grable de Martha Raye et de deux joueurs de claquettes et de ce point de vue c'est vraiment très réussi. C'est très alimentaire mais on n'a pas à rougir du résultat, la musique est bonne, la chorégraphie inventive, et puis voir Betty Grable en secrétaire à lunettes en train de loucher, c'est tout même quelque chose, non ?

Lifeboat

Un film d'Alfred Hitchcock (1944). Un Hitchcock atypique puisqu'il s'agit d'un film de propagande pour l'entrée en guerre des Etats-Unis. En ce qui concerne le déroulement dramatique, on regrettera une ellipse assez peu claire (avant que l'allemands se mette à ramer); quelques lourdeurs (le coup de la boussole cachée, une seule fois suffisait, ou le bracelet dont on se doute bien qu'il va rester dans l'eau) ainsi qu'une fin qui nous laisse sur notre faim. Quant à la galerie de personnages, le réalisateur peine à éviter la caricature, Malgré ses défauts ça reste intéressant et le jeu désabusé de Tallulah Bankhead est assez remarquable. Un Hitchcock mineur, on va dire, mais tout à fait consommable.

Mademoiselle Fifi  

Un film de Robert Wise avec Simone Simon (1944). Il y a deux façons de juger le film. Ou bien on ne connait pas les deux nouvelles de Maupassant dont est tiré la trame, et à ce moment-là on peut l'apprécier pour ce qu'il est, malgré ses défauts : un manichéisme trop prononcé, le jeune curé limite ridicule, l'invraisemblance des situations (on ne couche pas, on dîne ensemble !) et le "deus ex machina" finale. Disons que ça se regarde grâce à une mise en scène nerveuse mais sans plus. Maintenant si on a en tête les textes de Maupassant, c'est une trahison, n'ayons pas peur des mots, dans les deux récits de l'auteur, ce n'est pas une lingère qu'il met en scène mais une prostituée, et si Maupassant a voulu faire de la prostituée un personnage positif, ce n'est pas par hasard. Alors je sais on était en 1944, il y avait le code Hays ! Et alors ils manquaient à ce point de scénario à Hollywood au point d'aller dénaturer deux trésors de la littérature française ? L'année suivante Christian-Jaques reprendra le thème en lui rendant toute sa véracité et en faisant un chef d'œuvre (Boule de suif) Note : 3 pour la première option en tenant compte de la bonne interprétation de Simone Simon, 0 pour la seconde ce qui fait une moyenne de 1,5.

Vacances de Noël  

Un film de Robert Siodmak (1944) avec Gene Kelly. Qu'est-il arrivé à Robert Siodmak pour nous livrer pareille cuterie ? Certes, c'est bien filmé, mais ce scénario tient en trois lignes, alors on rallonge,  on traîne,  on bavarde, on filme des trucs inutiles (on a même droit à une messe de minuit bien gonflante), on ajoute des chansonnettes et un peu de Richard Wagner…  Ajoutons à cela une actrice principale médiocre qui a l'air de penser à autre chose et un jeune premier qui ne sait pas jouer. Reste Gene Kelly… à la limite. Et comme si ça ne suffisait pas, on a droit à un tissu d'absurdités imposées par le code Hays.  Raté, le film !

Le fantôme de l'Opéra

Un film d'Arthur Lubin (1943) avec Susanna Foster. Une excellente surprise. Le réalisateur a pris le parti d'accorder une grande place aux excellents numéros musicaux composés par Edward Ward (avec des arrangements sur la 4ème symphonie de Tchaïkovski). Et sans doute faut-il apprécier l'ambiance de l'Opéra (et un certain kitch)  pour les apprécier et donner ainsi toute sa saveur à la grande scène du lustre (une performance remarquable) Les décors sont très travaillés, l'interprétation est bonne, Susanna Foster tout à fait charmante et on ne s'ennuie pas une seconde. On remarquera que le réalisateur s'amuse à narguer les censeurs du code Hayes : le film est à deux doigts de se terminer par un ménage à trois, mais finalement les deux messieurs s'en vont sans la dame, bras dessus, bras dessous… Ce n'est ni un film d'action, ni un film d'horreur, c'est… le fantôme de l'Opéra et c'est un enchantement.

L'homme léopard

Un film de Jacques Tourneur (1943). Le travail technique autour de ce film est remarquable, les plans, les éclairages, l'ambiance de certaines scènes… Côté acteurs si les femmes sont bien choisies (notamment Jean Brooks) en ce qui concerne les hommes, ce nettement moins bien. Mais le gros problème du film est la faiblesse du scénario, absurde, incohérent, téléphoné et encombré de pénibles scènes de  cartomancie. A voir comme un film d'ambiance.

L'ombre d'un doute 

Un film d'Alfred Hitchcock (1943) avec Joseph Cotten.t. Le suspense s'installe tout de suite : Cotten est-il coupable et si oui de quoi ? Qui sont les individus qui le filent ? Et puis Hitchcock joue avec nos nerfs, on n'arrive pas à savoir si les soupçons qui finissent de peser sur lui sont des coïncidences ou pas. Et quand on croit le film terminé, c'est reparti pour un tour jusqu'au final (un peu prévisible, quand même). Passionnant et remarquablement interprété par Cotten et la jeune et jolie Teresa Wright.

Le ciel peut attendre  

Un film d'Ernst Lubitsch (1943) avec Gene Tierney. Ça commençait pourtant très bien avec la mémé qui passe à la trappe... Mais au final ce film auquel on a du mal à vraiment s'intéresser est une vraie déception (l'ennui finit même par pointer ce qui est un comble pour un Lubitsch.). Les dialogues sont parfois interminables et en deviennent lourds (la scène de la librairie), le rôle du grand-père est agaçant au possible et en arrive à gâcher certaines scènes (l'épisode de la bonne française, le deuxième enlèvement). Pourtant les intentions étaient bonnes mais elles ne sont vraiment explicites qu'à la fin. Reste Gene Tierney magnifiquement photographiée.... ça fait bien peu.  "Haute Pègre" ou "Ninotchka " (pour ne prendre que ces deux exemples) sont quand même d'un autre niveau !

La falaise mystérieuse  

Un film de Lewis Allen (1944) avec Ray Milland. Ça commençait plutôt bien (quoi qu'un frère et une sœur célibataires qui achètent un manoir ensemble…) mais au bout d'une demi-heure tout part en vrille, ça devient d'abord très compliqué avant de sombrer dans l'absurde et le ridicule à la fin. Même si on peut retenir l'excellence de la photo, la bonne interprétation de Ray Milland, la présence de la jeune et sémillante Gail Russell, ainsi que la beauté mature de l'envoûtante Cornelia Otis Skinner, ce film de fantômes au premier degré n'a vraiment rien de terrible !

Les bourreaux meurent aussi

Un film de Fritz Lang (1943). C'est du Fritz Lang et c'est techniquement impeccable. C'est du côté du scénario que le film a deux gros problèmes, le premier, de taille, est l'accumulation d'invraisemblances en tous genres (principalement dans le dernier tiers du film où on se demande malgré la gravité du sujet si on est pas en train de regarder une pochade), le second c'est l'absence de toute profondeur psychologique chez les personnages qui agissent comme des pantins déshumanisés (je ne parle pas des nazis mais bien des tchèques). Ajoutons y quelques lourdeurs (la façon dont on piège le traître qui comprend l'allemand) et on conclura vite qu'on est très loin du chef d'œuvre clamé par certains. Tant d'incohérences et de facilités de scénario peuvent surprendre (sauf quand on refuse de les voir), ils s'expliquent néanmoins par le contexte (on est en 1943) mais surtout par la participation de Brecht au scénario qui y a transposé ici certaines de ses théories sur le théâtre qui voudraient que l'identification aux personnages parasite la réflexion ou que le message prime sur la vraisemblance. Ça laisse pantois parce qu'un tel sujet méritait autre chose.

The outlaw

Un film de Howard Hugues (1943) avec Jane Russel. Ce film ne jouit pas d'une bonne réputation et on se demande bien pourquoi ? C'est vrai que la réalisation est molle, abusant des plans-contreplans et que c'est un peu longuet, mais sinon ? Le film a la particularité de s'organiser autour du personnage secondaire de Rio incarné par Jane Russel, laquelle y est magnifiée (ah, cette scène où elle galope devant les indiens qui la poursuive !). Le personnage de Doc Holliday est absolument parfait, et si Pat Garret est plutôt falot, Billy the Kid crève l'écran. Là où on aurait pu s'attendre à un bellâtre sans consistance on a droit à un éphèbe sulfureux parfaitement campé mettant en évidence l'homosexualité refoulée des personnages masculins et révélant la complexité de leurs rapports. Le scénario est intelligent ne sombrant jamais dans le manichéisme. A (re)découvrir d'urgence.

Ghosts on the Loose

Un film de William Beaudine (1943) Contrairement à ce qu'annonce l'affiche, les personnages principaux ne sont ni Lugosi ni Ava Gardner que l'on doit voir moins de 5 minutes chacun, mais une bande d'ados incroyablement mal dirigés et se livrant à de lamentables et affligeantes pitreries. Ce n'est pas non plus un film fantastique et il n'y a strictement rien à sauver là-dedans. On touche le fond ! 

Goupi mains rouges   

Un film de Jacques Becker (1943) avec Fernand Ledoux, Robert Le Vigan. Aucun temps mort, on est tout de suite dans le vif du sujet, les protagonistes, tous très typés, nous sont présentés de façon à ce qu'on s'y retrouve (il y en a 12 quand même !). La direction d'acteurs est exceptionnelle, l'histoire est menée de main de maître, mais c'est aussi un film d'ambiance, très noire avec une description sans concession de la vie de province. Que peut-on reprocher à ce film, un doigt de théâtralité ? Pas grave ! Un dénouement "bisounours" ? Certainement pas, il s'agit au contraire d'un renversement des valeurs, celui qui au début paraissait le plus louche l'est en fait le moins, n'étant rejeté que parce qu'il refusait la loi du clan. Chef d'œuvre !

La septième victime

Un film de Mark Robson (1943) avec Kim Hunter. D'accord c'est magnifiquement photographié et le rendu du visage de Kim Hunter (la future partenaire de Brando dans le Tramway) y est sublime. Mais sinon ? Une intrigue très mal gérée, un rythme mollasson, une pléthore de seconds rôles masculins créant une inénarrable confusion et surtout une collection de scènes absurdes : Quand on recherche quelqu'un, la moindre des choses est d'avoir une photo sur soi, mais le scénariste n'y a pas pensé !  La scène du métro, assez jolie visuellement est absurde. Et le pire : l'échange philosophique entre les démoniaques et les deux bons chrétiens qui dissertent sur les vertus du "Notre père". On pourrait perler aussi de cette scène où le couple déjeunant, la patronne va demander à un autre client qui mangeait tranquilou tout seul dans son coin : "ces jeunes gens sont tristes, allez à leur table les amuser", évidemment le type accepte, le couple aussi ! Mais qui a pondu un scénario aussi débile ? Et qu'on ne vienne pas nous raconter que c'est de la faute des vilains producteurs qui ont charcuté ce film au montage : la post production peut "excuser" les déficits d'explications mais pas le ridicule de ces scènes ! (il y en a d'ailleurs d'autres). Allez : juste une étoile pour la photo et le minois de Kim Hunter.

Le corbeau  

Un film d'Henri Georges Clouzot (1943) avec Pierre Fresnay, Pierre Larquey, Ginette Leclerc. Un sommet de l'art cinématographique et à tout point de vue. Le scénario est très habile dans sa forme, multipliant les fausses pistes et les retournements de situations en étant d'une intelligence rare dans sa forme (dénonciation du manichéisme, appel à la compassion). Sur le plan de la réalisation on atteint la perfection, les cadrages sont fabuleux, la photo magnifique, certains ont parlé d'expressionnisme, sans aller jusque-là l'esprit de M. le maudit n'est pas si loin. Quant à la direction d'acteur elle est fabuleuse, Fresnay est bon (ça nous change de son rôle dans Marius), Larquey trouve sans doute son meilleur rôle et Ginette Leclerc crève l'écran.

To be or not to be

Un film d'Ernst Lubitsch (1942) avec Carole Lombard, Robert Stack. La "Lubitsch touch" a encore frappé. Le thème est simple : Pourquoi ceux dont la profession est d'être comédiens ne seraient-ils pas de vrais comédiens dans la vraie vie ? D'autant que la vie est une comédie (bien dramatique parfois, mais ça il le montre aussi). A partir de là tout devient possible, même de faire un film comique sur Hitler au plus fort de la guerre, et on s'en régale. L'un des meilleurs film de Lubitsch (avec Ninotchka)

Tueur à gages

Un film de Frank Tuttle (1942) avec Veronica Lake et Alan Ladd. Ça se regarde mais il n'y a vraiment pas de quoi crier au miracle. Après un bon commencement, Veronika Lake arrive dans l'histoire et s'y comporte comme un cheveu sur la soupe (ce qui ne l'empêche pas d'être charmante et de porter le film) et en plus mademoiselle est fiancée avec un policier bellâtre particulièrement agaçant. Tout cela ne vole pas bien haut malgré quelques personnages secondaires assez bien croqués et une bonne scène d'action centrale. Les facilités de scénarios abondent, de plus le thème de "Oh, qu'il est beau le tueur à gages" est assez pénible (certains le qualifieront de Melvilien, ce qui n'est pas forcément un compliment)

La Cinquième colonne

Un film d'Alfred Hitchcock (1942) avec Priscilla Lane. Un excellent Hitchcock en forme de course poursuite avec ce qu'il faut de suspense et sublimé par la présence magique de Priscilla Lane. Si le passage de l'aveugle excède quelque peu par son prêchi-prêcha, celui de la caravane du cirque est très bon et métaphorique en diable avec la femme à barbe humaniste, le nain qui se fait traiter de fasciste et Priscilla assise sur un nid de serpent.

La splendeur des Amberson

Un film d'Orson Welles (1942). Il n'est pas logique de dire qu'il s'agit de l'un des meilleurs Welles tout en sachant que le dernier a renier le film après les charcutages effectués par la RKO. Reste le plans, la mise en scène ingénieuse (le début est génial), la lumière, la direction d'acteurs. Cette fresque balzacienne (un peu confuse au niveau des liens entre les personnages secondaires) décrivant l'itinéraire d'un fils à papa trop gâté reste néanmoins très prenante (Ah, cette scène où son ex-fiancée se fout carrément de sa poire…)

Orchestra Wives (ce que femme veut)

Un film de Archie Mayo (1942) avec l'orchestre de Glenn Miller. Ce petit film bien sympathique vaut surtout pour les numéros brillamment joués par les musiciens de l'orchestre de Glenn Miller. Quant à l'histoire, elle est certes un peu naïve, (d'autant que Le code Hays y a mis son nez empêchant toute allusion à des adultères explicites) hésitant entre l'eau de rose et une certaine lucidité. (Cesar Romero qui joue un peu dans cette affaire le moraliste de service ne dira-t-il pas "Se marier, c'est accepter les compromis") mais se laisse regarder sans déplaisir.

L'assassin habite au 21

Un film d'Henri-Georges Clouzot (1942) avec Suzy Delair, Pierre Fresnay, Pierre Larquey, Noël Roquevert, Jean Tissier. Cet excellent film est victime d'un malentendu. On a tendance à le voir comme un film noir (voir par ex. les conneries sur la page wikipédia) alors qu'il s'agit à l'évidence d'une comédie policière. La réalisation est dynamique, les personnages sont bien campés, la distribution étant dominée par une Suzy Delair complètement déjantée dans son rôle de Mila Malou et par Jean Tissier toujours impeccable. Le ton est léger, les répliques souvent assassines et la musique de Maurice Yvain très efficace. Si l'intrigue policière est astucieuse (quoique un peu décevante comme souvent dans les polars à énigmes), il est juste dommage que le final soit lourd et cabotin. A noter pour l'anecdote que Fresnay joue le rôle du commissaire Wiens, mais c'est une abréviation, sur sa porte est indiqué "Wenceslas Vorobietchik" !

L'amant de Bornéo

Un film de Jean-Pierre Feydeau (1942) avec Jean Tissier, Arletty, Pauline Carton, Pierre Larquey. Une petite comédie sans prétention mais qu'est-ce qu'on se régale, avec une Arletty fidèle à elle-même superbement habillée dans la première partie d'une robe ultra moulante et un Jean Tissier, extraordinaire (n'ayons pas peur des mots, pourquoi ce type n'est-il jamais devenu un acteur de premier plan avec le talent qu'il avait ?) Ce n'est pas seulement un film d'acteurs et certains détails sont proprement surréalistes : La décoration du pavillon, l'ours, le singe, le repas (au cours duquel on s'aperçoit au passage qu' Arletty ne savait pas manger avec des baguettes), Arletty jouant de l'ukulélé…

Uniformes et jupons courts   

Un film de Billy Wilder (1942) avec Ginger Rodgers et Ray Milland. Premier essai de Wlider sur le sol américain, le film est techniquement très bien réalisé avec une photographie magnifique, malheureusement le scénario est bancal. Après un très bon début, ça commence à se gâter avec la rencontre entre Rodgers et Milland (malgré une très bonne scène), puis avec l'arrivée dans le camp militaire, ça devient franchement n'importe quoi avec une intrigue pauvre et une ribambelle d'insupportables cadets têtes à claques, d'autant que la fin n'offre aucune surprise. Ray Milland étant transparent, on retiendra néanmoins la remarquable performance de Ginger Rodgers ainsi que la présence de la très jolie Rita Johnson. Le résultat est moyen, dommage l'ambigüité du thème aurait mérité un meilleur traitement mais nous étions en 1942 à la veille de l'entrée en guerre des Etats-Unis…

Casablanca

Un film de Michael Curtiz (1942) avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman. La critique américaine classe ce film comme le troisième meilleur film de tous les temps derrière Citizen Kane et Le Parrain ! Faut tout de même pas pousser. Le film n'est pas exceptionnel, mais il est néanmoins très bon, à ce point qu'on en "oublie" la collection d'invraisemblances dont il est truffé. La photographie est superbe et Ingrid Bergman, rayonnante de beauté est magnifiquement mise en valeur.

Les visiteurs du soir  

Un film de Marcel Carné (1942) avec Arletty, Alain Cuny, Marie Déa, Jules Berry. Que sauver de ce désastre ? Quelques trop rares sourires d'Arletty, l'arrivée de Jules Berry avant qu'il ne se mette à pérorer, quelques décors, quelques plans, les éclairages et deux trois idées à droite et à gauche. Mais sinon, l'interprétation de Marie Déa est ridicule, celle de Cuny une véritable honte pour quelqu'un qui se prétend acteur, c'est lent, peu intéressant, les dialogues sont artificiels et mièvres, les chansons soporifiques. Un ratage complet et incompréhensible de la part de Carné et de Prévert.

Ma femme est une sorcière

Un film de René Clair (1942) avec Veronica Lake et Fredric March. Un enchantement, se déguste comme une friandise, à part une ou deux scènes un peu lourdes (on remarquera les contorsions pour contourner le code Hays), c'est quasiment parfait, le film trouve tout de suite son ton, et Veronika Lake est tout simplement exceptionnelle, laissant loin derrière les pourtant excellents Fredric March et Susan Hayward. La réalisation est soignée, le montage efficace, les dialogues savoureux, et si les effets spéciaux peuvent paraître ringards, cela n'a strictement aucune importance (au contraire, ça nous fait un côté "petit charme désuet"). Un film qui nous met de bonne humeur !

The Palm Beach story

Un film de Preston Sturges (1942) avec Claudette Colbert et Joel McCrea. Le film est bizarrement construit, d'abord un générique incompréhensible mais drôle, puis ça commence en vaudeville, ça se continue en comédie de mœurs se posant la question de la nécessité du mariage, puis ça devient carrément burlesque avec les incroyables scènes dans le train, puis ça se calme retour au vaudeville avec encore des propos intéressants sur le mariage et sur la vénalité et ça se termine… comment voulez-vous que ça se termine, par du grand n'importe quoi complètement assumé. Cela aurait pu être très bien (on est parfois proche de Lubitsch) mais c'est trop décousu, trop inégal. Claudette Colbert est fabuleuse et illumine le film, Joel McCrea qui a un rôle assez ingrat dans cette affaire est très terne, certains personnages secondaires sont loufoques à souhait sans que ça ajoute grand-chose au film. Un bon moment quand même.

La féline

Un film de Jacques Tourneur (1942) avec Simone Simon. Produit par Val Lewton. On est chez RKO et non pas chez Universal et en aucun cas Tourneur n'a voulu faire un film d'horreur (et d'ailleurs il n'en n'avait pas le budget). Tout est suggéré à ce point qu'on se figure un moment que c'est dans sa tête que cette pauvre fille n'est pas nette… et ce jusqu'au plan final. En fait Tourneur installe méthodiquement un climat d'angoisse en jouant avec les nerfs du spectateur notamment la scène où Alice est poursuivie dans la rue jusqu'à l'arrivée opportune et inattendu d'un autobus (scène si célèbre qu'on appellera ça l'effet bus, on en apprend tous les jours !) ou la magnifique scène de la piscine avec Jane Randolph. C'est bien filmé avec un travail intéressant sur la lumière. Simone Simon n'est pas spécialement glamour mais s'en sort très bien, en revanche Ken Smith est peu convaincant et la fin nous laisse un peu sur notre faim.

Le Voleur de cadavres (The Corpse Vanishes)

Un film de Wallace Fox (1942) avec Béla Lugosi. Une petite série B vaguement inspirée du mythe d'Elisabeth Bathory. L'histoire assez délirante se suit sans déplaisir. On ne saura jamais pourquoi Lugosi cible exclusivement les jeunes femmes riches à deux doigts de se marier. (Une névrose dans doute ?) Elisabeth Russel est très bien en méchante et on la voit un moment donner une belle gifle à la charmante Luanna Watters dans une scène d'anthologie.

Le destin fabuleux de Desirée Clary  

Un film de Sacha Guitry (1942) avec Sacha Guitry, Jean-Louis Barrault, Gaby Morlaix... Un biopic de celle qui reviendra Reine de Suède et qui devrait servir de modèle à ceux qui pratiquent ce genre de film. Une relation millimétrée et élégante dans laquelle chaque plan ne dure que ce qu'il doit durer, le rôle de la voix off, les éclairages, la musique, la direction d'acteurs. Bref c'est du Guitry qui se permet tout et se moque des codes en allant jusqu'à placer son générique en plein milieu et en modifiant la distribution en cours de route. Sur le fond, Guitry règle ses comptes avec les serments péremptoires que personne ne sait tenir et avec l'arrivisme. Son interprétation de Napoléon, en dictateur machiavélique, mais tout en nuances est remarquable.

 Le Monstre de minuit (Bowery at Midnight)

Un film de Wallace Fox (1942) avec Béla Lugosi. Une petite série B sur l'histoire d'un homme qui a une triple vie : éminent professeur d'université, directeur d'un refuge humanitaire et malfrat. Pour cela le refuge possède un réseau de pièces secrètes dont une sert de cimetière, en effet Lugosi fait enterrer ses victimes dans une cave avec une petite croix qui indique leur nom... Comme scénario improbable, c'est quand même pas mal ! Possède néanmoins un petit charme désuet

Passez muscade

Un film d'Edward F. Cline (1941) avec W.C. Fields. W.C. Fields avait été redécouvert dans les années 1970 (Goscinny lui avait même rendu hommage dans un Lucky Luke) , il semble qu'il soit de nouveau retombé dans un quasi oubli, et c'est une injustice. Ce film se déguste comme une gourmandise. Complètement foutraque, souvent drôle, (si certains gags tombent à plat, c'est le lot de tous les films comiques), on n'est pas près d'oublier cette incroyable scène de répétition dans les studios d'Esotériques Pictures, ou cette scène ou W.C. Fields apprend le jeu du bécot à la très jolie Ouliotta (Susan Miller), ou encore cette course finale absolument burlesque. On retrouve avec plaisir Margaret Dumont, la souffre-douleur de Groucho Marx. Et puis il y a aussi Gloria Jean, 15 ans au moment du film, donc un âge souvent énervant, mais qui là, rayonne de talent quand elle pousse la chansonnette. Un bijou, ce film !

Les Petits Riens 

Un film de Raymond Leboursier (1942) avec Claude Dauphin, Andrex, Raimu, Fernandel, Jules Berry, Cécile Sorel. Sur les six sketches seul le dernier qui voit Raimu et la troublante Suzy Prim s'affronter est à la rigueur à retenir. Le reste n'a pratiquement aucun intérêt, la réalisation est paresseuse et la direction d'acteurs est inexistante. Le pire étant le sketch avec Fernandel qui ne peut s'empêcher d'en faire de trop jusqu'à l'excès à ce point que le pauvre Jules Berry ne trouve pas assez d'espace pour s'exprimer. Quant à la pauvre Cécile Sorel, ce n'est certainement pas ici que l'on trouvera le témoignage de son talent.

Le bienfaiteur  

Un film de Henri Decoin (1942) avec Raimu. Il n'est pas fini ce film ou quoi ? Il y avait des délais à respecter ? Car enfin des éléments importants sont complétement laissés pour compte : Suzy Prim fait-elle ou non un mariage d'argent ? Pire les dissensions dans la bande de truands pouvaient faire espérer une sous intrigue intéressante au lieu de ça l'inspecteur de service trouve l'adresse de Moulinet par une mauvaise facilité de scénario. A côté de cela l'épisode avec le petit voleur est d'une lourdeur à peine croyable. Mais le pire c'est la scène finale qui non seulement est aberrante mais dont la conclusion est absconse. De plus les seconds rôles ne sont pas terribles. Reste la prestation de Raimu, impériale et savoureuse la seule raison qui peut justifier la vision de ce film gâché.

Le chevalier de la vengeance

Un film de John Cromwell (1942) avec Tyrone Power, Gene Tiernay, George Sanders. Un film de cape et d'épée sans épées, mais avec des vahinés. L'histoire est assez plate, et très prévisible sauf peut-être le dernier quart d'heure. Malgré un Tyrone Power monolithique, ça se laisse volontiers regarder, Parmi les surprises du casting, George Sanders en gentleman boxeur, Elsa Manchester en prostituée au grand cœur, et surtout Gene Tiernay en vahiné (une merveille). Un bon petit film sympa sans prise de tête

Une nuit à Rio

Un film d'Irving Cummings (1941) avec Carmen Miranda. Le film démarre à 100 à l'heure avec une Carmen Miranda absolument déchaînée, puis la mise en place d'un vaudeville prometteur. Tout cela fonctionne à merveille, sauf Alice Faye, qui ne fait vraiment pas le poids et les 20 dernières minutes qui se perdent dans un gloubi boulga qui voudrait à tout prix que la morale soit sauve et qui devient gavant.

Citizen Kane

Un film d'Orson Welles (1941) : Comme disait quelqu'un : "Je ne sais pas si c'est le meilleur film de tous les temps, je ne les ai pas tous vu, mais c'est un chef d'œuvre". Si l'intrigue a son importance et est abordée avec une intelligence remarquable, elle n'a rien de fondamentale, en revanche la façon dont elle est filmée est une véritable leçon de cinéma. Tout est parfait, parfaitement maîtrisé, aucun temps mort, aucune longueur, des plans à couper le souffle, des scènes d'anthologie (l'installation dans les locaux du journal, la méga fête au journal avec les girls entraînant Welles dans la danse, les scènes à l'Opéra, la campagne électorale…) La direction d'acteur est un sans-faute, (Orson Welles est aussi un acteur exceptionnel, les actrices féminines sont parfaites) quant aux cadrages, ils donnent le vertige sans qu'aucun d'entre eux ne soit gratuit. Il faudrait aussi parler des éclairages, de cette caméra qui parfois donne le tournis, de la musique de Bernard Herrmann. Plaignons ceux qui aujourd'hui ne jugent les films qu'à l'aune de leurs effets spéciaux, qui ne sauront jamais que le cinéma est d'abord un art, et que les chefs d'œuvres ne vieillissent jamais !

L'homme de la rue

Un film de Frank Capra (1941) avec Gary Cooper et Barbara Stanwyck. Il faut prendre ce film pour ce qu'il est : une fable sociale et vu de cette façon on peut sans doute parler de chef d'œuvre. Le genre "fable" permet d'appuyer les effets, de les rendre plus théâtraux et de se permettre toutes les facilités de scénario. Le film réalisé magistralement est très riche. Cooper n'a rien d'un héros, il se contente d'être beau (ce qui plait à Stanwick) et gentil, quand à cette dernière elle a sans doute un bon fond mais c'est une manipulatrice (qui se fait manipuler à son tour) on fait donc avec deux personnes qui n'ont rien d'exceptionnels mais que les circonstances vont transformer. La politique est montrée comme le côté obscur de la société, mais la foule n'est pas mieux traitée, manipulable et réversible à souhait. Côté acteurs, Cooper crève l'écran, Stanwyck joue très bien même si d'autres réalisateurs l'ont bien mieux mise en valeur… Mais peu importe le film est bluffant et grandiose et ce n'était pas gagné d'avance.

Soupçons

Un film d'Alfred Hitchcock (1941) avec Cary Grant et Joan Fontaine : Le film est très bien mené sans temps mort, la première partie nous fait faire connaissance avec les deux personnages principaux parfaits dans leurs rôles. Ils se marient et c'est parti, on se rend compte que Grant est un joueur compulsif, couverts de dettes, menteur comme un arracheur de dents, mais qu'il n'a cependant pas un si mauvais fond... Seulement comme sa situation que fait qu'empirer pendant le déroulement de l'intrique, qu'on apprend qu'il est sans doute prêt à aller jusqu'au meurtre pour s'acquitter de ses dettes... on a une idée de l'ambiance... Hitchcock voulait que Grant tue, la prod n'a pas voulu, alors on a, non pas un happy-end, mais une fin ouverte, car rien n'est réglé, on ne sait même pas si ces révélations finales sont vraies ou fausses... on ne voit pas comment il va s'en sortir, retravailler, ne plus jouer... et il entraîne Joan Fontaine avec lui qui a tout gobé... Brrrr !

Illusions perdues

Un film d'Ernst Lubitsch (1941) avec Merle Oberon. Rendons grâce à Lubitsch d'avoir fait tout ce qu'il fallait pour tente de donner corps à ce film, car il faut bien constater que la réalisation est sans faille, que l'interprétation est excellente, que de voir jouer Merle Obéron est un enchantement. Le problème et il est de taille c'est que l'histoire originale est une pièce de Ferdinand Sardou lequel n'était point nul, mais n'était pas spécialement réputé pour la légèreté de son propos et la modernité de ses convictions. Un résultat moyen donc.

Le retour de Topper

Un film de Roy del Ruth (1941) avec Joan Blondell. Que voici un petit bijou de bonne humeur et de fantaisie fantastique ! Si la mise en place est assez longue, elle a l'avantage de très bien décrire les protagonistes et d'éviter toute confusion dans la partie principale qui n'est qu'un fabuleux chassé-croisé où tout le monde se courre après en essayant en vain de comprendre ce qui se passe. C'est très bien joué et très amusant avec une bonne ambiance fantastique (tueur mystérieux, fantômes, passage secrets, souterrains glauques) Joan Blondell est fabuleuse et certains des personnages remarquables, notamment un Topper complètement largué et le chauffeur noir en manteau de fourrure doté d'un accent impossible (la scène avec le phoque est géniale). Soyons objectif il y a quand même un trou dans le scénario, pourquoi le fantôme de Gail a-t-il besoin de l'aide de Topper ? Mais est-ce si important ? Un perle à redécouvrir.

Dr Jekyll and Mr Hyde

Un film de Victor Fleming (1941) avec Spencer Tracy, Ingrid Bergman et Lana Turner. Pourquoi ce remake de la version de 1931 (le scénario en reprend grosso-modo l'essentiel de la trame). puisque tout y est inférieur ?. Le début avec le troublion à l'église est mauvais. Le désir de Jekyll de ne pas vouloir respecter les convenances victoriennes est complètement édulcoré, la superbe scène érotique entre Jekyll et Ivy (jouée par Ingrid Bergman qui n'est plus prostituée mais serveuse) disparaît. La scène du miroir avant l'expérience humaine disparaît, le savant maquillage de Fredric March est remplacé par une coiffure en pétard de Spencer Tracy. La scène qui aboutit à la seconde rencontre entre Ivy et Jekyll si claire dans la version de 1931 devient ici tarabiscotée. La réflexion d'Ivy "la police ne se préoccupe pas des filles comme moi" a disparu. Et enfin Tracy est peut-être un excellent acteur, mais il n'a absolument pas la tête de l'emploi. Le film n'est pas mauvais pour autant, Lana Turner et Ingrid Bergman bénéficiant d'une photographie tout à fait remarquable, mais force est de constater qu'il n'arrive pas à la cheville du chef d'œuvre de Mamoulian.

Hellzapoppin

Un film de H.C. Potter (1941). N'ayons pas peur des mots, nous tenons là le chef d'œuvre de l'absurde, arrivant même à supplanter les Marx Brothers (c'est dire !). Le rythme est effréné, les gags (souvent très inventifs) s'enchaînent comme s'il en pleuvait, le film ne s'essouffle pas, bien au contraire puisque la dernière partie est encore plus délirante que le reste. Martha Raye fait une prestation extraordinaire, Mischa Auer en exilé russe extravagant n'est pas mal non plus, la musique est excellente.. Bref 80 minutes de pur bonheur.

High Sierra

Un film de Raoul Walsh (1941) avec Humphrey Bogart et Ida Lupino. Le scénario est de John Huston et ça se sent. L'intrigue policière simpliste quoique rendue embrouillée de par la multiplicité des personnages secondaires n'est en fait que le prétexte à nous raconter une étonnante valse-hésitation entre Bogart et deux jeunes femmes. A ce propos l'évolution psychologique des personnages est particulièrement bien vue (rare pour un polar) et surprend le spectateur. L'action n'est pas oubliée, Walsh nous filme une course poursuite en montagne digne d'anthologie, et la scène finale est grandiose. A noter le rôle, très important et fort bien joué du chien Zero. Un cocktail gagnant, un chef d'œuvre.

Le faucon maltais

Un film de John Huston avec Humphrey Bogart (1941) : Que celui qui prétend avoir compris l'intrigue lève la main ! (Un scénario aussi complexe dans lequel Sam Spade a toujours une longueur d'avance dans ses réflexions par rapport au pauvre spectateur peut passer dans un roman qui nous laisse le temps de réfléchir, pas dans un film) Les personnages secondaires sont caricaturaux et Peter Lorre surjoue, quant à Mary Astor c'est carrément une erreur de casting.  Beaucoup de points négatifs donc, reste que la réalisation est impeccable, que malgré le fait d'être largué on ne s'ennuie pas une seconde, (on peut d'ailleurs très bien prendre le parti de certains film d'espionnage dans lesquels les fils de l'intrigue finissent par devenir secondaires) et puis il y a Bogart qui crève l'écran. Huston fera beaucoup mieux avec Key Largo (1948) ou Quand la ville dort (1950).

Le loup garou

Un film de George Waggner (1941) avec Claude Rains  et Lon Chaney. Précision importante, ce n'est ni un film d'horreur ni un film d'épouvante, mais un film fantastique (les critiques "même pas peur" sont par conséquent non avenues). Cela dit le résultat est assez moyen : la réalisation est fade, Lon Chaney est peu crédible (surtout quand il joue au séducteur), il n'y a aucun humour, et le rôle de la gitane est peu clair. Se regarde quand même sans déplaisir.

Volpone

Un film de Maurice Tourneur (1941) adapté d'une pièce de théâtre de Jules Romains et Stefan Zweig, mise en scène par Charles Dullin (1928), elle même adaptée d'une pièce anglaise de Ben Jonson (1606). C'est donc du théâtre filmé et si la réalisation n'a rien d'extraordinaire, le jeu des acteurs est époustouflant avec une mention spéciale pour Harry Baur en Volpone (Volpone signifie renard en italien) une autre pour Charles Dulin en vieil usurier. Jouvet qu'on a pas l'habitude de voir dans ce genre de rôle est également très bien, les actrices féminines dont Jacqueline Delubac également. Bref on passe un excellent moment !

Le défunt récalcitrant

Un film d'Alexander Hall (1941). Il parait que cette insupportable niaiserie a beaucoup amusé les américains à sa sortie. Il n'y a pourtant pas de quoi s'affoler : exagérément bavard, lourdingue, inintéressant, (pour ne pas dire ridicule), et réalisé "à la paresseuse". Les personnages n'ont rien du tout d'attachants, Claude Rains joue de façon inconsistante un personnage débile, et Robert Montgomery semble constamment se demander ce qu'il doit dire ou faire. Au secours !

L'entraîneuse fatale

Un film de Raoul Walsh (1941) avec Marlene Dietrich, Edward G. Robinson, George Raft. Beaucoup de bonnes choses : une réalisation brillante, des scènes spectaculaires, un montage nerveux, une histoire qui en vaut bien d'autres, l'interprétation sans faute de Robinson et de Marlène. Seulement il y a aussi les pitreries bien lourdes des ouvriers dont on se demande à quoi elles servent ? Et puis surtout, il y a George Raft, sa volonté de se mettre en avant et de se donner le beau rôle aboutit à faire de lui un personnage psychorigide et macho. . On aurait aimé un peu plus de finesse de sa part. Du coup le twist final (qu'on voyait arriver à 200 km/h) devient absurde. Pauvre Marlène, finir sa vie avec ce gars-là, elle n'a pas fini d'en baver !

The Lady Eve (un cœur pris au piège)

Un film de Preston Sturges (1941) avec Barbara Stanwyck et Henry Fonda. On se prend à  rêver de ce que Lubitsch aurait pu faire de ce scénario s'il l'avait eu en main. Car si le film reste sympathique, de Lubitsch on est assez loin ! Les dialogues amoureux sont trop longs, figés et ennuyeux et les gags bien lourds. De plus le scénario souffre d'incohérences : comment Fonda fait-il pour ne pas reconnaitre Stanwyck dans la seconde partie ? Le faux chantage au divorce n'a aucun sens puisque Stanwyck s'est marié sous un faux nom. Pourtant tout cela n'est pas sans charme, Fonda joue très bien les grand benêts et Stanwyck pétille de beauté, de malice et de talent. On sent toute la pesanteur du Code Hays (on ne couche jamais ensemble avant le mariage), pourtant Sturges berne les censeurs avec la très belle dernière scène puisque Stanwyck se déclare mariée alors que son mariage n'a aucune valeur. A voir malgré ses imperfections.

La chanson du passé

Un film de Georges Stevens (1941) avec Carry Grant. Un mauvais mélo sur le thème de l'adoption encombré de facilités de scénario grotesques. C'est inintéressant au sens propre du terme c’est-à-dire que ça ne suscite jamais l'intérêt, il n'y a aucune tension, en revanche côté longueurs bien pénibles, on est servi. Coté acteurs Cary Grant en fait des tonnes, mais en vain, Irene Dune a un joli minois mais son jeu est monolithique. Bref, circulez, il n'y a rien à voir.

49ème parallèle

Un film de Michael Powell (1941). C'est un film de propagande. Le regarder aujourd'hui même en le contextualisant en  fait apparaître les lourdeurs. La scène ou le vilain nazi tient un discours halluciné à la cantine sombre dans le ridicule, celle de la rencontre avec l'intellectuel ermite n'est pas mieux. C'est trop didactique, trop bavard. Laurence Olivier en trappeur canadien n'est pas très bon. On peut aussi déplorer les allusions religieuses bien gavantes (la scène du chapelet) Reste malgré tout quelques scènes pas si mauvaises.

Le dernier de six

Un film de Georges Lacombe (1941) avec Pierre Fresnay, Suzy Delair et Jean Tissier. On peut regretter une certaine confusion entre les personnages sinon l'enquête policière est remarquablement menée. Frenay nous fait une prestation exceptionnelle, Suzy Delair en gouailleuse est fabuleuse et Tissier nous fait du Tissier mais il le fait si bien. Plutôt bien réalisé, dialogué et photographié. A remarquer pour les curieux les statues vivantes et nues dans une scène de music-hall, la censure allemande était moins chatouilleuse sur ce plan que celle de Vichy !

Le fils de Monte Cristo  

Un film de Rowland V. Lee (1940) avec George Sanders et Joan Bennet. Invraisemblances, facilités de scénario et poncifs s'alignent à la pelle, et pourtant on se régale. On regarde ce film où tout est faux avec la même naïveté (et le même plaisir coupable) que quand on relit une aventure de Tintin (on ne peut s'empêcher de penser au Sceptre d'Ottokar), il faut dire que les ingrédients ne manquent pas, Joan Bennet, certes moins belle qu'avec Fritz Lang, mais quand même ! Georges Sanders, impeccable, et Louis Hayward, dans le rôle de Monte Cristo, excellente surprise, n'hésitant pas à ajouter du comique à son personnage, (son jeu fait penser à Johnny Depp), Et puis il y a l'ambiance, les souterrains, les trahisons....On apprécie aussi la rapidité des duels (on n'est pas dans Scaramouche !) Seule la fin est assez lourde, mais on s'en fout, c'est un bon film.

Swing romance

Un film de Henry C. Potter (1940) avec Fred Astaire, Paulette Goddard, Burgess Meredith et Artie Shaw. Le scénario est complètement loufoque, la musique est excellente (c'est un plaisir de voir Artie Shaw dans son propre rôle), Paulette Goddard est ravissante, Fred Astaire ne fait pas sa diva et Burgess Meredith est amusant. Bref on passe un excellent moment. Une comédie musicale très distrayante à redécouvrir.

Le dictateur

Un film de Charlie Chaplin (1940) Un film complètement hors norme qui se laisse regarder avec grand plaisir. Ce n'est pas un film comique, c'est un film satyrique émaillé de scènes comiques ce qui n'est pas la même chose. Outre le gag répétitif où l'on voit le dictateur éructer en charabia, les autres gags sont hérités du burlesque et si certains paraissent aujourd'hui éculés, d'autres fonctionnent à merveilles (la scène de rasage sur une danse hongroise de Brahms). Et puis, il y a cette fin, ou Chaplin trouve le moyen de réaliser une rupture de ton et de rythme en délivrant un message de paix et d'espoir qui aurait pu être déplacé ou ridicule, mais qui ici trouve le moyen d'être émouvant.

Double chance 

Un film de Lewis Milestone (1940) avec Ginger Rogers. Il s'agit d'un remake d'un film de Sacha Guitry et ça se sent (l'acteur Ronald Colman étant ici très guitryen). Le film commence en fanfare, puis devient confus avec une histoire de billet de loterie qu'on partage et qu'on revend, qu'on repartage (bref on ne comprend pas tout), la suite devient très intéressante avec le jeu de chat et de souris auquel se livre Ginger Rogers (fabuleuse dans le rôle) et son chevalier servant, tandis que le fiancé "officiel" ne cesse de se ridiculiser. A la fin on peut se poser pas mal de questions sur les motivations réelles de cet inconnu et son passé (pas très clair) ou choisir de ne retenir que d'avoir vu un bon petit moment de cinéma.

Correspondant 17

Un film d'Alfred Hitchcock (1940) avec Joel McCrea, Herbert Marshall et George Sanders. (Pourquoi 17 ?) C'est un film d'espionnage et le film souffre des invraisemblances du genre. (J'avoue n'avoir rien compris à cette histoire de moulin dont les ailes tournent à l'envers) . De plus l'intrigue amoureuse manque cruellement de finesse, et tout ça ne passionne qu'assez moyennement. La mise en scène offre en revanche quelques étonnants morceaux de bravoure, le tueur caché dans une foule de parapluies, la poursuite entre les tramways, la chute de Sanders (excellent) sur un paravent et bien sûr le crash de l'avion.

Rebecca

Un film d'Alfred Hitchcock (1940). Hitchcock dans ses entretiens avec François Truffaut en parlait de façon étrange : "Ce n'est pas un film d'Hitchcock. C'est une sorte de conte et l'histoire elle-même appartient à la fin du 19e siècle. C'était une histoire assez vieux jeu, assez démodée. Rebecca est une histoire qui manque d'humour." Quoi qu'il en dise ce film est un chef d’œuvre. Joan Fontaine y est sublime, et Judtih Anderson excellente en gouvernante tête à claque. Coté homme si la prestation de Laurence Olivier est fort correcte, la courte apparition de Georges Sanders est un vrai régal. Quant à cette immense bâtisse, elle est le centre du film, omniprésente angoissante à ce point que l'on s'attend parfois à en voir surgir les fantômes. L'intrigue adaptée d'un roman de Daphné du Maurier est bien ficelée et son adaptation au cinéma est réussie... Et puis il y a, quoi qu'il en dise, la patte d'Hitchcock qui signe là son premier grand chef d’œuvre.

Rendez-vous

Un film d'Ernst Lubtisch (1940) avec James Stewart et Margaret Sullavan. L'argument est farfelu, et son traitement à tendance à devenir poussif (au sens propre, surtout à la fin) mais bon, c'est une comédie sentimentale et heureusement que c'est Lubtisch qui est aux commandes. La vision en est agréable, mais si Stewart est très bon, Margaret Sullavan n'a rien de vraiment exceptionnel (malgré un jeu excellent) et certains passages tombent dans une quasi-mièvrerie (le patron devenu paternaliste qui invite le jeune coursier à réveillonner avec lui). La réalisation n'en reste pas moins maîtrisée et on retiendra deux personnages secondaires fort bien campés : "le brave collègue" et le "fayot de service". On est quand même très loin de "Ninotchka" ou de "To be or not to be".

Le retour de Frank James

Un film de Fritz Lang (1940) avec Henri fonda et Gene Tierney. Très bien réalisé, belles images avec de superbes jeux d'ombres. Le scénario est assez faiblard, et même parfois un peu nunuche. Fritz Lang parvient néanmoins à ne pas rendre ennuyeuse la longue scène du procès qu'il transforme en spectacle selon une habitude des films américains. Fonda est très (trop ?) sobre, Tierney est superbe. A regarder en VO, le doublage français étant catastrophique (avec quelques perles du genre " Il a été tué par derrière pendant qu'il ne regardait pas."). Un assez bon western dira-t-on.

Go-West

 Un film d'Edward Buzell (1940) avec les Marx Brothers. Un film assez inégal commençant par un gag poussif et interminable mais qui prend du tonus au fur et à mesure que ça avance pour se terminer en apothéose avec une course en locomotive d'anthologie. Quant à l'histoire, on n'y comprend pas grand-chose mais ça n'a aucune importance.

Indiscrétions

Un film de Georges Cukor (1940) avec Katharine Hepburn, James Stewart et Cary Grant. Le trio d'acteurs est au top, à ce point que le film n'existe que grâce à eux. Car sinon, on a droit à des acteurs secondaires fadasses, (le comble étant cette insupportable gamine) et des bavardages qui n'en finissent pas. Et puis surtout le sujet n'a pas grand intérêt, l'intrigue est tirée par les cheveux et la fin prévisible. Sinon le fait que Katharine Hepburn incarne une personnage qui se nomme Tracy Lord évoquera à certains quelques souvenirs assez croustillants mais complètement hors sujet.

La dame du Vendredi

Un film d'Howard Hawks (1940) avec Cary Grant et Rosalind Russel. Le script est intéressant, du moins après qu'on se soit farci les deux introductions successives, le fond qui dénonce le journalisme à sensation (dans le film les deux vedettes n'aident pas le fugitif à s'en sortir, mais se garde en réserve le scoop de son arrestation) et la politique clientéliste (et peut-être aussi la peine de mort) est tout à fait louable. En revanche il est souvent question de communistes sans qu'on sache trop ce qu'ils viennent faire dans cette histoire. C'est sur la forme que le film pèche, c'est excessivement bavard (les deux premières scènes sont interminables), et le film va ensuite à une telle vitesse avec un tel chassé-croisé de personnages (y compris des correspondants téléphoniques invisibles) qu'on a vraiment du mal à suivre. La conclusion manque cruellement de subtilité… Mais bon, c'est du Hawks, réalisateur surestimé. Quand on voit ensuite l'éblouissant remake de Billy Wilder (Spéciale première - 1974) on se rend compte de suite de la différence de niveau !

Mines de rien

Un film de Edward F. Cline (1940) avec W. C. Fields. W. C. Fields dans toute sa splendeur, irrespectueux, poivrot, gaffeur, hâbleur, et si c'est parfois un peu lourd, la scène de la poursuite en voiture vaut à elle seule le détour

Christmas in July (Le gros lot)

Un film de Preston Sturges (1940). L'idée de base n'est pas mauvaise mai elle est ici exploitée de façon primaire, tout devient prévisible et comme le pitch est trop simple on tire à la ligne (faut le faire pour un film de 67 minutes !). La fin de la fable (puisqu'on comprend alors que c'est de cela qu'il s'agit) fait sombrer le film dans le ridicule. Dommage c'est plutôt bien filmé et Ellen Drew est charmante mais tout cela n'est vraiment pas terrible.

La fièvre du pétrole

Un film de Jack Conway (1940) avec Clark Gable, Spencer Tracy, Claudette Colbert, Hedy Lamarr. L'histoire est d'autant plus inintéressante qu'elle est ponctuée d'un moralisme pro familial qui en devient ridicule tellement il est claironné au pas de charge. La réalisation est flemmarde, sans punch, la distribution n'aide en rien avec Spencer Tracy horripilant en redresseur de tort bourrin et Gable mal dirigé qui cabotine à tout va. Reste la distribution féminine, la charmante Claudette Colbert et la divine Hedy Lamarr, mais elles ne sauraient sauver ce film de ces blablas, de ses longueurs et de ses scènes ridicules…

Tempête

Un film de Dominique Bernard-Deschamps (1940) avec Erich Von Stroheim, Arletty, Dalio. Un petit polar sas prétention qui fonctionne plutôt bien grâce aux talents des acteurs. Dommage que la dernière scène bien prévisible soit si lourdement mélodramatique pour conclure un film qui ne l'est pas. Le personnage joué par Arletty, arborant des tenues les plus extravagantes les unes que les autres apporte d'ailleurs une teinte de loufoquerie dans ce film qui n'est pas si mal que ça !

Ninotchka

Un film d'Ernst Lubitsch (1939) avec Greta Garbo. Chaque film de Lubitsch est décidemment une leçon de cinéma. Ça commence tambour battant et ça n'arrête pas ! Greta Garbo dans le rôle d'un commissaire du peuple soviétique venu à la rescousse de trois pieds nickelés, droite et sèche dans son rôle et qui finit par se laisser amadouer par le charme discret de la bourgeoisie en succombant à deux de ses armes : le rire et l'amour ! Etonnant et délicieux.

Le magicien d'OZ

Un film de Victor Fleming (1939) avec Judy Garland. Il faut faire la part des choses, si on est bien loin du chef d'œuvre, ce film ne mérite tout de même pas le mépris affiché par certains (Georges Sadoul par exemple ne le cite pas dans son dictionnaire des films !). Dans le premier tiers du film, on est quand même emporté par l'inventivité de l'histoire, par les décors, les chansons. Le problème c'est qu'après ça ne se renouvelle pas trop (ou pas trop bien) et que la mièvrerie (le film aurait sans doute pu s'appeler "Bienvenue à la sucrerie") pour ne pas dire la nunucherie prend le dessus. Remarquons au passage que dans le magicien d'Oz on tue les méchantes sorcières… dans la Grande Vadrouille, personne ne tue personne… en voilà un sujet de réflexion qu'il est original !

La règle du jeu

Un film de Jean Renoir (1939) avec Jean Renoir, Dalio, Carette, Pauline Dubost… C'est disons-le d'emblée un énorme film… De là à le classer dans le top des meilleurs films de tous les temps, non ! Et notamment en raison de l'insupportable scène de chasse, mais aussi cette scène invraisemblable à la fin où Schumacher sympathise avec Marceau alors que c'est à cause de ce dernier qu'il a tout perdu.  Sinon on en a en a écrit des "vérités définitives" sur ce film qui annoncerait la seconde guerre mondiale (à cause de la scène de chasse), n'importe quoi ! Ce serait une critique de la bourgeoisie ? Non, les plus abjects là-dedans ce sont bien Schumacher et Marceau, non pas que les autres soient des saints, ils ont tous leurs travers.  Le marquis fait l'éloge d'un libertinage respectueux, il n'aime pas rendre les femmes malheureuses, ce qui ne l'empêchera pas de se bagarrer avec l'aviateur et de couvrir son assassinat. En fait c'est la société dans son ensemble qui est critiquée, bien plus que la bourgeoisie, une société où les règles font que le paraître est plus important que le réel, une société où tout le monde ment dira Octave, et qui finalement nous broie. Chassé-croisé amoureux, femmes légères ou passionnées on se croirait par moment chez Beaumarchais et ce n'est pas pour rien que Renoir a placé ses vers en exergue du film, car c'est bien là le sujet du film  : les règles que la société s'impose dans les rapports entre hommes et femmes et la façon dont on s'en acquitte ou pas. Deux mots pour le reste, pour ce qui fait que c'est du cinéma, une mise en scène maîtrisée de bout en bout, des plans de folies (le petit théâtre, la course poursuite) avec une utilisation géniale de la profondeur du champ,  une distribution fabuleuse dominée par Dialo, Pauline Dubost et Jean Renoir lui-même mais il faudrait les citer tous, et une bande son surprenante.

La chevauchée fantastique  

Un film de John Ford (1939) avec Claire Trevor, John Wayne, John Carradine. La chevauchée fantastique c'est Boule de suif au Far-West. La galerie de portraits est assez bien vue, la palme revenant à Claire Trevor, une prostituée chassée de la ville par un comité de dames patronnesses auxquelles Ford ne fait pas de cadeaux. Thomas Mitchell dans le rôle du docteur alcoolo est très bien. Carradine est odieux à souhait et le banquier exaspérant. En revanche John Wayne ne m'a pas paru extraordinaire.Le clou du spectacle reste l'attaque indienne d'une réalisation magistrale (bon évidemment la cavalerie arrive toujours à temps et ce ne sera pas la dernière fois, mais bon). Le duel final n'était peut-être pas nécessaire, mais comme il est réussi, on ne va pas s'en plaindre. Un classique qui mérite sa réputation.

Derrière la façade

Un film de Georges Lacombe et Yves Mirande (1939) avec Jules Berry, Eric Von Stroheim, Gaby Morlay, Michel Simon, Elvire Popesco, Carette... "Quand l'affiche est trop pleine, le vide est sur l'écran" disait je ne sais plus qui. Alors effectivement on est content de voir les "gueules" de Jules Berry, Eric Von Stroheim, Michel Simon, Carette... sauf que vu la durée de leur prestation on a vraiment l'impression qu'ils ne viennent que pour cachetonner. Lucien Baroux, lui est présent pendant tout le film et fait une excellente composition. Et puis il y a ces dames : Elvire Popesco, Gaby Morlay, mais aussi Betty Stockfeld et Simone Berriau (qui pousse une jolie chansonnette) qui sont fort agréables dans leurs rôles de belles coquines. Et pourtant le film est mauvais, certains acteurs jouent de façon exécrables (les deux fils Bernier), certains sketches sont à la limite du compréhensible (Von Stroheim, Jules Berry), on se dit c'est pas grave, on comprendra plus tard, eh bien non on ne comprendra jamais. Et puis on s'attendait à une fin bien amenée, originale et non pas à ce dénouement en forme de cheveu sur la soupe ! (Tout ça pour ça, comme on dit). Mais le plus grave reste l'idéologie douteuse du film : Car après nous avoir montré des femmes légères, des prostituées, des gigolos sur l'air de la comédie, le film dégringole brusquement dans un moralisme absurde avec les dernières scènes impliquant Bernier, ses deux grands dadais et sa bonne-femme dans une espèce d'ode à l'ordre sexuel bourgeois, ces scènes sont tellement déconnectées de la réalité qu'elles en deviennent ridicules et finissent par casser le film.

La taverne de la Jamaïque  

Un film d'Alfred Hitchcock (1939) avec Charles Laughton et Maureen O'Hara. On aurait grand tort de considérer ce film comme mineur. Certes c'est davantage un film d'aventure qu'un film à suspense, et alors ? L'ambiance est bien rendue, les scènes nocturnes sont magnifiques, l'histoire est prenante, l'interprétation de Charles Laughton est fabuleuse, Maureen O'Hara est superbement photographié. Ajoutons quelques réflexions inattendues, comme celle de nous dire qu'après tout la vie n'est qu'un spectacle (le suicide de Laughton, et le cynisme de ce pirate se réjouissant que des femmes viendront assister à sa pendaison). Bien sûr Alfred a fait beaucoup mieux, mais ce film n'en reste pas moins un chef d'œuvre.

You Can't Cheat an Honest Man (le cirque en folie)

Un film de Georges Marshall (1939) avec W.C. Fields. Ce film avec W.C. Fields est resté longtemps inédit en France, on comprend pourquoi. C'est médiocre, bavard; lourd, ennuyeux, ponctué de gags lamentables et affublé d'un ventriloque à marionnettes qui devient vite gavant, il faut attendre les toutes dernières minutes pour retrouver (un  tout petit peu) un W.C. Fields à la hauteur de sa réputation.

Le jour se lève   

Un film de Marcel Carné (1939) avec Jean Gabin, Arletty, Jules Berry, Jacqueline Laurent. Un des sommets de l'histoire du cinéma. Remarquablement filmé (ah, ces scènes de cages d'escaliers !), photographié avec talent, l'utilisation des flash-back est parfaitement réussie. Le film est très noir et aucun des personnages n'est vraiment complètement clair mais c'est ce qui fait la force du film ("Tout le monde ment", dira Jacqueline Laurent, "et si je disais le contraire ce serait un mensonge"), on remarquera aussi que les rapports entre hommes et femmes sont étonnamment libres et beaucoup moins codifiés que dans la plupart des films américains de la même époque. Côté interprétation, Gabin est tout simplement magistral, Arletty est toute de gouaille et de beauté, et Berry est excellent dans le rôle d'un salaud tragique. Les dialogues de Prévert sonnent justes et font souvent mouches. Il faut aussi souligner le rôle des objets, les médaillons, les photos qui jouent un peu le rôle de "madeleines de Proust". Dans le film tel qu'il fut sorti en 1939, il y avait une jolie scène de nu avec Arletty qui sortait de sa douche. La scène fut censurée par le gouvernement de Vichy mais il est scandaleux qu'elle n'ait jamais été rétablie depuis. C'est vrai que Carné a déclaré tardivement que ce plan aurait été tourné à son insu (ben voyons...)

Fric-Frac

Un film de Maurice Lehmann (1939) avec Arletty, Michel Simon et Fernandel. Un régal ! Un petit chef d'œuvre de truculence mené tambour battant. Ce film n' pas eu la postérité qu'il mérite pourtant, il est supérieur à d'autre de la même époque (on pense notamment à Hôtel du Nord de Marcel Carné, pourtant excellent, mais parasité par les scènes entre J.P .Aumont et Annabella). Les acteurs sont très bien, Fernandel ne cabotine pas trop et Arletty est tout simplement rayonnante.

Tourbillon de Paris

Un film de Henri Diamant-Berger (1939) avec Ray Ventura et son orchestre, Jean Tissier, Marguerite Pierry et Mona Goya. Quand le premier plan d'un film est mauvais ça ne présage rien de bon… et c'est bien le cas ici, à cause d'une direction d'acteur déficiante. De la distribution seuls Jean Tissier, Coco Aslan, Mona Goya et Marguerite Pierry savent jouer la comédie, les autres sont mauvais voire exécrables : André Dassary est ridicule, Charpin lamentable, quant aux musiciens de l'orchestre de Ray Ventura s'ils constituaient une formation musicale formidable, ils n'en étaient pas moins des comédiens médiocres.. Certains gags sont pitoyables (parler de niveau "maternelle" pour la scène de l'Opéra n'a rien d'exagéré),. A sauver : deux bonnes chansons de Ray Ventura et la présence de Jean Tissier (celui-ci, c'est toujours un plaisir de le voir jouer) quelques sourires féminins et une bagarre générale vers la fin. Une déception !

Une java

Un film de Claude Orval (1939). Avec un scénario qui ne tient pas debout et un Berval complétement improbable en bourreau des cœurs, ce film était mal parti. Pourtant on se surprend à se prendre de sympathie pour ce petit film. Il y a une ambiance, il y a Mireille Perrrey, vedette féminine un peu atypique, il y a Raymond Aimos en mauvais garçon (mais quel talent !) et puis il y a la Java bleue…

Noix de coco

Un film de Jean Boyer (1939) d'après une comédie de Marcel Achard avec Raimu et Michel Simon. Jean Boyer sans être génial fut un très bon réalisateur et ne mérite pas le qualificatif de tâcheron que certains lui collent. (il fut aussi un excellent parolier) et ici il nous livre une comédie savoureuse. Raimu n'est apparemment pas trop dirigé, alors il cabotine, mais voir cabotiner Raimu est un plaisir et là il s'en donne à cœur joie ! Le film aborde les éternels problèmes du couple, de la fidélité, de la jalousie en les traitant de façon intelligente, mais aussi celui de la vie de province et de son hypocrisie. Outre celle de Raimu l'interprétation est brillante avec un Michel Simon égal à lui-même c’est-à-dire très bien, quant à ces dames (Marie Bell et Suzet Maïs) elles s'en tirent excellemment bien.

Le veau gras

Un film de Serge de Poligny (1939) avec Elvire Popesco et François Perrier. Ce film est idéologiquement très ambigu. Il nous explique en gros que se contenter de dénoncer l'argent n'est pas la bonne solution (le dénonciateur est par ailleurs ridicule et invincible puisque 30 bonhommes n'arrive pas à le maîtriser) car l'argent des riches peut aussi servir aux bonnes œuvres (et on classe dans les bonnes œuvres un dispensaire et… une chapelle miraculeuse). Autrement dit on nous prône une collaboration de classe mythique au service d'un ordre moral auquel doivent se soumettent les pauvres (les riches eux n'ont pas cette obligation). Et tout ça est lourd, ridicule, mal joué et même pas drôle. Poubelle.

Louise

Un film d'Abel Gance (1939) avec Grace Moore et Georges Thill. Georges Thill donnant la réplique à Ginette Leclerc ? Ben oui, ça existe et c'est dans Louise, film inspiré de l'opéra (injustement oublié) de Gustave Charpentier. Le film n'a que le défaut de l'opéra, le rôle emphatique à l'extrême du paternel. Sinon nous tenons là un quasi chef d'œuvre, le film est une véritable leçon de cinéma, ça bouge, ça virevolte, ça se superpose, ça nous éblouit, ça nous enchante. Le scénario minimaliste (c'est le moins que l'on puisse dire) est transcendé. Les scènes de foule sont fabuleuses, véritables petits tableaux vivants. Quant à Grace Moore, l'entendre et la voir chanter est un bonheur sans pareil. Un enchantement vocal et visuel. (et tant pis pour ceux qui n'aiment pas l'Opéra !)

Beau geste

Un film de William Wellman (1939) avec Gary Cooper, Ray Miland. Un tissu d'inepties incohérentes. D'abord l'argument, plus abracadabrant tu meurs, et quand on connait la clé en fin de film c'est encore pire, ensuite il faut se farcir cette insupportable et interminable niaiserie avec les mioches. Les invraisemblances en tout genre fusent comme s'il en pleuvait, on a droit à des poncifs bien lourds ("le lieutenant est une ordure, mais quel bon guerrier !") et il n'y a aucun enjeu. C'est sans doute bien joué, la réalisation est sans doute correcte mais tout cela est masqué par l'indigence sans borne du scénario.

Entrée des artistes

Un film de Marc Allegret (1938) avec Louis Jouvet, Claude Dauphin, Odette Joyeux. C'est vraiment très bon et très fort. La structure du film peut surprendre car l'intrigue y est courte mais importante car elle constitue le sommet de la mise en abyme du film. Cette œuvre est une réflexion sur le spectacle; sur ce qu'il convient de montrer ou de ne pas montrer (la scène de la chambre d'amour est géniale), sur ce que la société accepte du bout des lèvres (la pratique de l'art dramatique), ce qu'elle refuse (les gigolos qui pourtant ne font de mal à personne, mais qui dérange car considérés comme hors-norme), ce qui l'impressionne (la légion d'honneur devenant une respectabilité portative), ce qui la manipule (la vanne de Jouvet sur les critiques), et puis surtout ce qui base les rapports entre individus, les mots que l'on dit à l'autre "en jouant" devant lui, comme un comédien sur sa scène et qui ne sont que des mots, consommables et périssables. Tout n'est que spectacle, tout n'est qu'apparence. Quelle lucidité ! Le happy-end est biaisé, Claude Dauphin et Janine Darcey vont s'aimer… mais combien de temps ? Le film réalisé très correctement mais sans génie puise sa force dans son extraordinaire scénario et dans les dialogues d'Henri Jeanson, mais aussi dans sa distribution dominée par un Louis Jouvet impérial, et avec une Odette Joyeux resplendissante. Chef d'œuvre !

Une femme disparaît

Un film d'Alfred Hitchcock (1938) avec Michael Redgrave et Margaret Lockwood. On est un peu inquiet pendant la première partie, mais elle était nécessaire afin de bien camper les protagonistes. Et tout d'un coup, ça démarre et on est scotché quasiment jusqu'à la fin. Beaucoup d'humour, de décontraction, les acteurs sont très bons et les personnages secondaires hauts en couleurs. On regrettera malgré tout le côté abracadabrantesque de l'intrigue et la fin un peu nunuche.

Les aventures de Robin des bois

Un film de Michael Curtiz (1938) avec Errol Flynn, Olivia de Havilland, Basil Rathbone, Claude Rains. On comprend assez vite (et heureusement sinon le film serait irregardable) qu'il faut se débarrasser de la vision au premier degré et en accepter les incohérences (un peu comme quand on regarde certaines comédies musicales), et à ce moment-là ça devient parfait. La réalisation est extrêmement nerveuse et frise la perfection, les couleurs sont somptueuses, la musique de Korngold un enchantement, quant à la distribution si Errol Flynn (malgré son côté fanfaron) est bon, Basil Rathbone et Claude Rains campent d'excellents "méchants", Olivia de Havilland est rayonnante de beauté même si son rôle est simpliste. On ne s'ennuie pas une minute, C'est vraiment du cinéma spectacle et du bon

Les anges aux figures sales

Un film de Michael Curtiz (1938) avec James Cagney Humphrey Bogart. J'ignorais que le grand Michael Curtiz avait réalisé un film pour patronage, car c'est bien de cela qu'il s'agit. Le remède à la délinquance serait donc l'encadrement de la jeunesse par la religion… Comme naïveté c'est assez gratiné !  Et si encore s'était fait avec subtilité mais la dernière partie du film est carrément à gerber. PS : Il est possible que le film possède des qualités cinématographiques mais quand le fond occulte la forme à ce point-là, cette dernière n'a plus aucune espèce d'importance.

La huitième femme de Barbe-Bleue  

Un film d'Ernst Lubitsch (1938) avec Claudette Colbert et Gary Cooper. Il faut sans doute être Lubitsch pour rendre sympathiques ces personnages. Gary Cooper espèce de mufle mal embouché, et Claudette Colbert qui se marie pour pouvoir divorcer avec une bonne pension alimentaire (et ne parlons pas de son père qui est un escroc professionnel). C'est excellent, on est scotché dès la première minute et Claudette Colbert crève l'écran. Une très grande leçon de cinéma !

Casier judiciaire

Un film de Fritz Lang (1938) avec Sylvia Sidney et George Raft. Une sorte de conte de fées pour taulards repentis ou truands en devenir. Alors comme c'est un conte de fée, c'est léger et ça fonctionne en tant que tel assez bien. Frit Lang réussit à caser de façon très naturelle des plans très expressionnistes, comme la superbe évocation de la prison, et aussi quelques vannes bien vues (à l'instar de cette logeuse qui de mégère se transforme en pot de miel uniquement à l'évocation d'un bout de papier ou de Sylvia Sidney expliquant aux truands qu'ils ne sont que des minables, les gros truands réussissant parce qu'ils font de la politique). On remarquera que Lang contourne fort habilement le code Hays (les deux protagonistes couchent ensemble sans être légalement mariées et font un enfant). Quant à l'impossible scène du tableau noir, il fallait vraiment s'appeler Frit Lang pour la réussir et la rendre crédible. De plus le film se garde de tout manichéisme, Raft incarne un personnage faible, très "beauf" dans ses réactions, Sylvia Sidney est forte mais manipulatrice. Evidemment Lang a fait et fera beaucoup mieux, mais ça se regarde avec plaisir d'autant que Sylvia Sidney y a fort bien sa place. Joli musique de Kurt Weil.

Alexandre Nevski

Un film de Sergei Eisenstein (1938) avec Nikolaï Tcherkassov. Bien sûr que c'est un film de propagande (à force de l'entendre répéter, on va finir par le savoir !) et cela agace par moment, tout comme les scènes avec la jeune fille que l'on qualifiera suivant son humeur de mièvrerie ou de cucul la praline. Mais à côté de ça, c'est beau, c'est du grand art, c'est une leçon de cinéma, et la très longue scène de la bataille sur le lac Peïpous est grandiose par sa mise en scène, et son lyrisme. Ajoutons à cela la sublime musique d'Igor Prokofiev, on est pas passé loin du chef d'œuvre.

La bête humaine

Un film de Jean Renoir (1938) avec Jean Gabin, Simone Simon, Fernand Ledoux. Ce film souffre de nombreux défauts, le principal étant de vouloir trop coller au roman de Zola, ce qui est un pari impossible (le roman fait 400 pages), sauf à en faire un digest, résultat l'enchaînement des séquences est problématique, des éléments de scénarios sont abandonnés en route (l'erreur judiciaire, l'idylle avec Flore). Il y a la musique qui n'est pas mauvaise mais dont l'utilisation est incongrue. Le rôle de Cabuche joué par Renoir lui-même est complètement raté. Certains dialogues sont trop littéraires et sonnent faux. Et puis reste le cas Simone Simon, qui dans ce film est mignonne comme tout, très chatte, magnifiquement photographiée, parfaite dans sa gestuelle mais mauvaise dans sa diction. Pourtant ça passe, parce qu'il y a Gabin, parce que les cadrages et la photo sont excellents, mais ce n'est pas du meilleur Renoir. Fritz Lang fera beaucoup mieux en 1954

Le quai des brumes

Un film de Marcel Carné (1938) avec Jean Gabin, Michelle Morgan, Michel Simon, Pierre Brasseur. Un mélo flamboyant et complètement maîtrisé. Gabin au sommet de son art (à tel point que Morgan peine parfois à se mettre à son niveau). Des images splendides, une fabuleuse galerie de portraits avec pas mal de paumées et quelques salauds, les dialogues de Prévert, une musique envoûtante et efficace signée Maurice Jaubert, une réalisation sans faute, une photo superbe, une ambiance… Un chef d'œuvre !

Hôtel du Nord

Un film de Marcel Carné (1938) avec Arletty, Louis Jouvet, Annabella, Jean-Pierre Aumont, Bernard Blier.... Le seul petit reproche que l'on pourrait faire à ce film serait le côté gnan-gnan des dialogues entre Amont et Annabella, sinon tout est bon, une musique de Maurice Jaubert bien adaptée, une photographie éblouissante, des dialogues et des répliques d'anthologie (signés Henri Jeanson et non pas Jacques Prévert comme on le croit généralement) Jouvet et Arletty au top niveau, un décor de studio tellement bien reconstitué qu'on se croirait vraiment au bord du canal Saint-Martin. A souligner le rôle incarné par Arletty, celui d'une prostituée de caractère, parfaitement intégrée et ne sombrant jamais dans le misérabilisme convenu. De ce point de vue Jouvet à moins de chance, mais le scénario à l'intelligence d'insister sur l'aspect humain du personnage. Chef d'œuvre !

La chaleur du sein  

Un film de Jean Boyer (1938) avec Arletty et Michel Simon. Rien d'érotique, hélas, malgré le titre équivoque. Jean Boyer n'est pas un mauvais réalisateur, mais comment voulez-vous faire un bon film avec une pièce aussi mauvaise (et ce n'est rien de le dire) ? Certains rôles sont exécrables, (le jeune homme, les deux mémères) seule Arletty s'en sort convenablement, Michel Simon est bon sauf à la fin quand on lui fait jouer des niaiseries. L'histoire est inintéressante et se termine en fable pour patronage, certaines scènes sont pitoyables (la restitution de la bague). A sauver, juste trois scènes : celle entre Arletty et le toujours excellent Pierre Larquey, les scènes sur le bateau avec Michel Simon et Marguerite Moreno et celle où Monique Joyce nous chante "qu'ils sont mignons les petits cochons avec leur queue en tirebouchon". Pas terrible tout ça !

J'étais une aventurière

Un film de Raymond Bernard (1938) avec Edwige Feuillère et Jean Tissier. La réalisation est très correcte, l'histoire est amusante, le réalisateur tentant de jongler entre la leçon de morale et une certaine amoralité. Car le thème est bien celui de la vénalité (un peu édulcorée ici, puisque on fait comme si l'héroïne, "ne couchait pas" ce qui paraît bien invraisemblable), une vénalité qui n'exclue pas l'amour, tout le problème et c'est ce qui fait la force du film est de savoir si l'homme qui a été choisi acceptera le passé de la femme !L'interprétation est dominée de loin par une Edwige Feuillère excellente et par un Jean Tissier en pleine forme. Un bon moment de cinéma.

Un meurtre sans importance 

Une comédie de Lloyd Bacon (1938) avec Edward G. Robinson. Un peu poussif au départ, il faut vraiment attendre la fête dans la résidence de Saratoga pour que ça s'anime pas mal et que ça devienne relativement plus intéressant, avec l'utilisation d'un des ressort classiques du théâtre de boulevard : les gens qui se croisent et qui se décroisent sans arrêt, d'autant que si on ajoute des cadavres dans les placards et des trésors sous les sommiers, on a tous les ingrédients. Bonne prestation de Robinson, les seconds rôles sont plutôt bons à l'exception de Willard Parker exécrable dans le rôle du gendre.

L'impossible Monsieur Bébé

Un film d'Howard Hawks (1938) avec Cary Grant et Katharine Hepburn. On a un peu peur au début, ça frise le lourd (le golf, la voiture, la réception), puis tout d'un coup tout s'emballe et le délire monte comme une mayonnaise sans jamais retomber. La prestation de Katharine Hepburn est exceptionnelle, et Cary Grant est très bon. La scène finale est archi téléphoné, mais ce n'est pas bien grave.

Panique à l'hôtel

Un film de William A. Seiter (1938) avec les Marx Brothers. Même si on est loin de se taper les mains sur les cuisses, même si c'est très théâtral ; même s'il n'y a aucun intermède musical, même si c'est moyen : ce film des Marx Brothers reste assez distrayant.

Ange

Un film d'Ernst Lubitsch (1938) avec Marlène Dietrich. C'est remarquablement filmé avec des trouvailles géniales (le travelling devant les fenêtres du "314", les yeux étonnées de la marchande de violettes…) La direction d'acteur est remarquable dominée par une Marlène Dietrich époustouflante. Le film est d'une finesse et d'une intelligence remarquable, c'est aussi une leçon de vie et de réalisme. La jalousie ne sert à rien et on ne sait vraiment si la fin est un choix amoureux ou un gentleman agrément. (Quand Marlène expose à expose à Herbert Marshall les raisons qui font qu'elle n'a aucune raison de le quitter, c'est d'abord des raisons matérielles qu'elle invoque). Quelques défauts, il faut vraiment avoir fini de voir le film pour comprendre ce que Marlène venait fabriquer au 314 de la Rue de la Tour, c'est évidemment parfaitement volontaire de la part de Lubitsch mais même rétrospectivement la scène d'entrée manque de clarté, ça gêne un peu. Par ailleurs la première partie aurait pu être abrégée d'une dizaine de minutes. Nous étions vraiment très près du chef d'œuvre.

Têtes de pioches

Un film de John B. Blystone (1938) avec Laurel et Hardy. On a un peu peur au début parce que ça commence par de l'humour très très lourd, mais le film monte comme une mayonnaise, plus ça avance et plus le délire prend forme pour terminer dans une folie pure où tout est permis. A signaler le "réalisme" des scènes de ménage où tout le monde parle en même temps sans s'écouter. Un bon moment de détente.

Les montagnards sont là

Un film de John B. Blystone (1938) avec Laurel et Hardy et Della Lind. Décousu mais agréable, la partie chantée concourant au kitch de l'entreprise avec la participation de la soprano autrichienne Della Lind qui illumine le film de son sourire. Sinon certains gags valent leur pesant de cacahuètes comme celui de Laurel avec le Saint-Bernard, ou cette traversé de passerelle avec un piano au-dessus d'un précipice, ou dans le genre poétique l'orgue qui fait des bulles.

Les femmes collantes

Un film de Pierre Caron (1938) avec Henri Garat, Jean Tissier et Armand Bernard. Dommage que la réalisation soit assez pauvre (certaines scènes sont ratées en raison d'une direction d'acteurs déficiente) parce que le film possède de solides atouts, Côté distribution si Henri Garat fait ce qu'il peut, Jean Tissier et Armand Bernard s'en donnent à cœur joie et c'est toujours un plaisir de les voir jouer la comédie. Quand à ces dames, elles sont plus charmantes les unes que les autres et paraissent s'amuser énormément (Mona Goya en tête) Quand à l'histoire on est très proche du burlesque, mais bon, Henri Garat ce n'est pas Groucho Marx non plus…. Les quelques réticences signalées n'empêchent pas de passer un excellent moment à la vision de ce film complètement dingue.

Gibraltar

Un film de Fedor Ozep (1938) avec Viviane Romance et Eric Von Stroheim. Un très mauvais film d'espionnage. Après un début faussement prometteur malgré son lot d'invraisemblances, le film bascule en plein milieu dans le convenu, l'inintéressant et le grotesque. Aucune tension, aucun suspense, rien. Côté acteur, Roger Duschesne qui tient le rôle principal est lamentable. Seules consolations : Von Stroheim cachetonne pas trop mal et Vivianne Romance est très photogénique.

Le puritain  

Un film de Jeff Musso (1938) avec Jean-Louis Barrault, Pierre Fresnay, Vivianne Romance. Interprétation exceptionnelle de Jean-Louis Barrault, Pierre Fresnay et également très bon et Vivianne Romance sémillante. La critique du puritanisme et de son hypocrisie est très bien vue. Tout irait donc très bien si les seconds rôles n'étaient pas si caricaturaux voire dans certains cas absurdes (même Jean Tissier n'est pas bon, c'est dire). On aura le choix de trouver la petite musiquette amusante ou consternante. Encore un film récompensé par le prix Louis Delluc, on se demande pourquoi, cela dit, le film reste estimable et mérite amplement d'être vu.

Café de Paris

Un film d'Yves Mirande (1938) avec Jules Berry, Carette, Piere Brasseur. C'est un polar a énigme et contrairement à d'autres du même genre, il est possible de trouver la solution (bon courage !) Mais c'est aussi un fabuleux film choral avec une description sans complaisance de la haute bourgeoisie. Le film au montage nerveux agit par plan court donnant ne véritable impression d'immersion dans ce Café de Paris. L'interprétation est globalement excellente, dominé par un Jules Berry, impérial, Brasseur est très bon mais Carette cabotine un peu trop. La distribution féminine est remarquable, ces dames redoublant de beauté, d'élégance et de talent avec Vera Korene (la femme de Lambert et maîtresse de Berry), Florence Marly (la maîtresse de Lambert) et Simone Berriau dans le rôle d'une jolie fêtarde cynique. On est a deux doigts du chef d'œuvre.

Cheri-Bibi

Un film de Léon Mathot (1938) avec Pierre Fresnay. Un film bancal qui comprend quelques très bons passages (l'élimination du donneur) qui ne saurait en compenser les faiblesses : introduction confuse dans laquelle on mélange tous les personnages, interminables blablas en plans fixes dans la seconde partie, décors de studio fauchés, évasion finale grotesque. Fresnay vraiment pas fait pour ce rôle est méconnaissable et peu à l'aise.

7 hommes… une femme

Un film d'Yves Mirande (1938) avec Vera Korene et Pierre Larquey. Le film vaut le déplacement rien que pour Vera Korene, actrice fabuleuse et femme magnifique. Sur le papier le pitch du film est prometteur, mais le film tombe trop dans la caricature grossière, là où il aurait fallu de la subtilité, ce qui fait que ni le député, ni le romancier, ni le musicien ne sont crédibles, Pierre Larquey malgré un excellente prestation ne l'est pas davantage et le film perd de son intérêt allant doucement jusqu'à sa fin attendue.

Les nouveaux riches

Un film d'André Berthomieux (1938) avec Raimu, Michel Simon. Raimu et Michel Simon tentent de nous faire oublier l'indigence du scénario (en gros gentil nouveau riche versus méchant nouveau riche) La très belle Betty Stockfeld est honteusement sous-exploitée et le jeune premier est parfaitement ridicule. Quant à la conclusion débile le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle est d'une ambiguïté qui ne vaut mieux ne pas creuser

Retour à l'aube

Un film d'Henri Decoin (1938) avec Danielle Darrieux. Le pari n'était pas évident, tourner une histoire somme toute classique de désillusion autour d'une seule vedette ! Seulement la vedette c'est Danielle Darrieux et elle est sublime de beauté et de talent dans ce film. Le ton est donné dès le début, on fait dans le kitch avec ce mariage impossible, mais Decoin en superforme transcende tout ça avec maestria pour notre plus grand plaisir. Et il ose recommencer ensuite avec l'inauguration de l'arrêt du train en appelant à la rescousse les oies et les vaches (un moment on se croirait dans Duck Soup). Les choses sérieuses commencent avec le voyage de Darrieux vers Budapest ce qui permet au réalisateur de nous montrer qu'il peut aussi faire dans l'humour (la scène de la couronne mortuaire). Dans ses tribulations dans la capitale Darrieux joue étonnamment juste altérant la naïveté, l'émotion, la passion, l'insouciance et dans les dernières scènes la culpabilité (c'est quand même quelque chose de voir Darrieux se rouler par terre). Le film se terminera par une fin ouverte entre le grand benêt qui refuse d'en savoir davantage et Darrieux en pleine confusion mentale. Chef d'œuvre !

Le Schpountz

Un film de Marcel Pagnol (1938) avec Fernandel. Si le film renferme quelques rares bonnes choses et une prétendue scène culte, il faut aussi faire avec des bavardages interminables (et le mot est faible) en plan fixe, des acteurs horriblement mal dirigées (pauvre Orane Demazis), des scènes ridicules et même (Pagnol oblige) des pleurnicheries gavantes.

La patrouille de l'aube 

Un film de Edmund Goulding (1938) avec Errol Flynn, David Niven, Basil Rathbone. Un honnête film de guerre qui n'a rien de grandiose mais qui se regarde sans déplaisir. Les personnages principaux frisent parfois le cliché voire la caricature, Flynn et Niven sont bons mais sans plus, Rathbone est excellent… les avions aussi ! La critique de l'absurdité de la guerre, et de l'héroïsme guerrier est bien là mais reste faible dans sa démonstration. On s'étonnera tout de même que des aviateurs appelés à effectuer des missions très dangereuses de bon matin passe une partie avancée de la nuit à picoler comme des trous. A noter qu'il n'y a pas une seule femme dans le film, même au loin dans la brume. Le film reste sympa, ce n'est pas un grand film de guerre, mais on ne s'ennuie pas.

Vedettes du pavé

Un film de Tom Whelan (1938) avec Charles Laughton, Vivien Leigh, Rex Harrison. Un petit bijou du cinéma britannique d'avant-guerre qui vaut bien mieux que tous les "une étoile est née" du monde. La force principale du film vient bien sûr de ses deux vedettes dont les prestations sont exceptionnelles, Laughton est fabuleux mais on en a l'habitude. Plus étonnant est la prestation de Vivien Leigh, belle, fragile, mutine, talentueuse. L'histoire n'est pas sotte décrivant une femme dont l'ambition peut nuire à son entourage mais qui au fond n'est pas méchante, et un homme qui a du mal à prendre conscience de ses limites. Des films comme celui-là, ça se déguste !

La femme en cage

Un film de Raoul Walsh (1937) avec Lily Pons. Cette comédie musicale méconnue et complètement loufoque de Raoul Walsh est un régal. La vedette en est Lily Pons, et oui la grande cantatrice d'opéra (soprano colorature) des années 1930-1950 avait non seulement du talent et un charme fou mais elle savait brillamment jouer la comédie, il faut la voir dans le rôle de Oogahunga, la femme-oiseau, où elle gazouille dans un langage fantaisiste offrant une prestation absolument hilarante et délicieuse. Et puis la voir à l'écran chanter l'air de la folie de Lucia de Lamermoor de Donizetti et "l'air de Titiana" de Mignon (d'Ambroise Thomas), quel bonheur ! Mais quel bonheur !

On the avenue

Une comédie musicale de Roy el Ruth (1937) avec Madeleine Caroll. Roy del Ruth n'est pas un grand réalisateur et dans ce film le meilleur côtoie le moins bon. Si les morceaux musicaux chorégraphiés sont plutôt bons, ceux qui ne le sont pas tombent dans le sirop ou dans le ridicule (les insupportables Ritz Brothers). Quant à l'histoire elle n'est qu'un prétexte, et est à deux doigts de se terminer en mièvrerie s'il n'y avait le plan ultime aussi imprévu que génial. Le film possède malgré ses défauts quelques atouts de chocs , la présence de Madeleine Caroll, certains seconds rôles bien campés et la musique d'Irving Berlin.

Drôle de drame

Un film de Marcel Carné (1937) avec Louis Jouvet, Michel Simon, Françoise Rosay, Jean-Louis Barrault… Sans doute le meilleur Carné/Prévert (Hôtel du Nord est un Carné/Jeanson) parce que ça ne se prend pas au sérieux et que ce film pourtant parfaitement maitrisé ressemble à une longue partie de chamboule-tout dans laquelle personne ne reste à sa place, chacun confond tout le monde en croyant tromper tout le monde. Les acteurs sont exceptionnels, les répliques fusent et les situations burlesques s'enchaînent. "Mais ça ne tient pas debout !" s'écrie le chœur de ceux qui s'obstinent à prendre le film au premier degré. Ben non, mais justement c'est fait exprès, et ça n'empêche pas le film d'être intelligent. L'une des perles du cinéma français d'avant guerre.

François 1er  

Un film de Christian-Jaque (1937) avec Fernandel. Ce film n'a qu'un seul défaut, Fernandel ne peut s'empêcher d'en faire de trop. Sinon ce film est un joyeux bazar bourré d'anachronismes dont certains valent leur pesant de cacahuètes comme les courtisans de François 1er dansant la java et le charleston. Le film est bien réalisé et bien photographié, la direction d'acteurs assez bonne malgré quelques faiblesses, quelques gags tombent à plat, mais c'est là le lot de tous les films comiques. On notera l'hommage que rend Christian-Jaque au film d'Alexander Korda "Henri VIII", puisque Fernandel jouant un lapsus appelle ce dernier "Laughton", une brève mais très efficace critique de l'inquisition (costumée façon Ku Klux Klan) portant non seulement sur sa cruauté mais sur sa soif de pouvoir, et aussi un ode au libertinage fièrement revendiqué par la belle Ferronnière (la charmante Mona Moya) qui nous explique que coucher trop souvent avec le même amant finit par être lassant et qu'elle consent à aimer passionnément Honoré (Fernandel) pendant… quinze jours. Une morale qui semble fort bien convenir à Honoré puisqu'il demandera qu'on le renvoie de nouveau à cette époque. Excellent film.

Les Gangsters de l'expo

Un film d'Emile-Georges De Meyst (1937) Des dialogues qui ne visent pas bien haut, des acteurs en roue libre où l'excellent (sublime Christiane Delyne !) côtoie le pire. Et pourtant le film est attachant, l'intrigue est simpliste mais fonctionne. Plusieurs scènes ont été tournées en réel dans le cadre de l'Exposition Universelle de Paris en 1937 ce qui ajoute un intéressant côté documentaire au film. A signaler deux scènes de cabaret avec la danseuse Betty Hoop (sic) des Concerts Mayol, qui dans le second numéro nous offre une petite danse, les seins à l'air. Ça n'a rien d'inoubliable, mais on passe un bon petit moment.

J'ai le droit de vivre  

Un film de Fritz Lang (1937) avec Henry Fonda et Silvia Sidney. Un polar d'une noirceur absolue qui frôle le mélodrame, (jamais l'expression faire porter le chapeau n'a si bien été illustré) mais le savoir-faire du réalisateur fait que tout cela est parfaitement réalisé. Fonda incarne avec brio un type pas trop malin que lequel le destin s'acharne et Silvia Sidney une amoureuse tout à fait crédible. La mise en image est brillante, le scénario intelligent, bref un chef d'œuvre.

Un jour aux courses

Un film de Sam Wood (1937) avec les Marx Brothers et Maureen O'Sullivan. On craint le pire au début avec la présence d'un bellâtre et un gag de Groucho et Chico ne brillant pas par sa finesse. Mais tout se refrappe très vite avec quelques morceaux de bravoures inoubliables comme la scène du bal (véritable festival ou les frères Marx montre chacun leur talents, et voir Groucho danser c'est quand même quelque chose !), la longue séquence de l'hippodrome, et le final délirant et endiablé. Alors bien sûr que ça a ni queue ni tête, mais puisque c'est la recette gagnante des Marx…

Au service de sa majesté

Un film de Raoul Walsh (1937) Film de propagande pour l'armée britannique, sur le thème "l'armée fera de vous un homme" Raoul Walsh s'est bien amusé. Le film tournée en Angleterre bénéficie d'une liberté de ton étonnante et si on excepte l'interminable défilé militaire, il est agréable à regarder, l'acteur principal (Wallace Ford) est bon et l'interprétation féminine est très agréable (Grace Bradley et Anna Lee)

Pépé le Moko

Un film de Julien Duvivier (1937) avec Jean Gabin, Dialo, Mireille Balin, Line Noro (Dialogues de Henri Jeanson). Le scénario est assez simple, un caïd planqué dans la casbah d'Alger se fait piéger par la police suite à un coup de foudre... mais la réalisation est bluffante avec la reconstitution de la casbah en studio, l'ambiance est très bien rendue et certaines scènes sont de véritables morceaux d'anthologie (l'exécution du premier indic). Les femmes jouent un rôle important dans ce film puisque c'est Mireille Balin qui sans le vouloir conduira Gabin à sa perte, et son rôle d'aventurière indépendante est bien rendue tout comme celui d'Inès (Line Noro), très belle dans son rôle de femme amoureuse et soumise. Quant à Frehel qui vient nous pousser la chansonnette, elle réussit à nous émouvoir ! Une interprétation efficace, de bonnes répliques, des personnages haut en couleur, un grand film !

Laurel et Hardy au Far West

Un film de James W. Horne (1937) avec Laurel et Hardy. Comme dans tous les Laurel et Hardy, c'est très inégal et même parfois lourd, mais la longue scène dans l'hôtel entre Laurel, Hardy, la charmante Sharon Lynn dans le rôle de Lola Marcel, et le tenancier sauve tout, le sommet étant le moment où Laurel se fait chatouiller par Lola. Guili guili…

La Grande Illusion  

Un film de Jean Renoir (1937) Considéré par certains comme l'un des 10 meilleurs films de tous les temps, il convient sans doute aujourd'hui de relativiser, tout en affirmant qu'il s'agit d'un excellent film. Le jeu de Pierre Fresnay dénote quelque peu (mais sans doute est-ce volontaire ?). L'évasion proprement dite (mais ce n'est pas le vrai sujet du film) est assez abracabrantesque et ce qui s'en suit est en rupture de ton totale avec le reste du film. Ces réticences mises à part, ce film fait preuve d'un humanisme militant traité avec beaucoup d'intelligence. Mais les deux sommets du film sont peut-être ailleurs : L'un quand les prisonniers déballent une caisse d'accessoires et de vêtements féminins qu'ils découvrent avec un plaisir fétichiste qui prend son point culminant quand l'un d'entre eux se travesti. L'autre est la scène où Carette fait son numéro sur scène (Marguerite, donne moi ton cœur) rejoint par une dizaine de prisonniers en travestis.

L'homme de nulle part

Un film de Pierre Chenal (1937)  Le film partait avec un atout considérable : un excellent roman de Pirandello (Feu Mathias Pascal) , restait à savoir comme Chenal allait l'adapter et force est de constater qu'il n'a pas raté son coup, le ton très légèrement décalé donne à l'ensemble un ton savoureux renforcé par une excellente interprétation (Pierre Blanchar et Robert Le Vigan), par la beauté des actrices (Isa Mirande, Ginette Leclerc, Margo Lion), la qualité de la bande son (Jacques Ibert) et l'excellence de la photographie. Délicieux même si c'est un peu trop théâtral !

Pension d'artistes

Un film de Gregory La Cava (1937) avec Katharine Hepburn et Ginger Rodgers. Tiré d'une pièce de théâtre, c'est choral et excessivement bavard à ce point qu'une partie des dialogues nous passent au-dessus de la tête. C'est très long à démarrer et l'intrigue est peu intéressante d'autant que le virage à la fin vers le mélodrame est carrément pénible. Côté actrice si Ginger Rodgers est bien (étonnante même), Katharine Hepburn qui a, il est vrai un rôle difficile (parce qu'improbable et limite ridicule), est assez peu convaincante. Une déception.

La joyeuse suicidée

Un film de William Wellman (1937) avec Carole Lombard et Fredric Marsh. Il y a quelque chose de Lubitschien dans ce film en technicolor où l'intrigue savoureuse est basée sur le mensonge et l'hypocrisie. L'interprétation de Carole Lombard est fabuleuse. Nous avons là un film amusant, extravagant, intelligent et maniant l'humour noir avec efficacité (la scène des enfants chanteurs est un vraie morceau d'anthologie)

Le fauteuil 47

Un film de Fernand Rivers (1937) avec Françoise Rosay, Raimu, Henri Garat. Les acteurs sont bons mais la pièce est mauvaise, d'une part parce que sa conclusion est prévisible mais surtout parce qu'elle abuse de ce procédé frisant la malhonnêteté de nous montrer des situations audacieuses sous un jour amusant pour ensuite les dénoncer en se livrant à une défense (ici grotesque) de l'ordre moral bourgeois… qui bien sûr triomphe… Nia-nia-nia

Prends la route

Un film de Jean Boyer (1937) avec Jacques Pils et Georges Tabet. Une histoire complètement farfelue interprétée par des comédiens déchaînées (surtout Tabet), les chansons sont amusantes, les situations invraisemblables voire même surréalistes (l'épisode du passage à niveau), les filles sont jolies, (sublime Colette Darfeuil) la réalisation est correcte et même parfois inventive (les tableaux qui parlent), Bref on passe un bon moment.

Le porte veine

Un film d'André Berthomieu (1937) avec Lucien Baroux. Une fable farfelue qui fonctionne à 100 à l'heure sans un moment de répit. C'est léger, agréable, rythmé. Baroux est excellent et ces jeunes filles sont charmantes. Même si ça n'a rien de sublime, (on peut en effet trouver la fin quelque peu bâclée) ce film rempli de trouvailles est injustement méconnu.

Gribouille 

Un film de Marc Allegret (1937) avec Raimu, Michèle Morgan, et Carette. Parlons d'abord des acteurs puisque dans ce film Raimu crève encore une fois l'écran de son talent. En revanche Michèle Morgan peine à être à la hauteur, (17 ans au moment du film mais elle en fait 10 de plus),  Carette est transparent et les seconds rôles sont dans l'ensemble assez fade mais les amateurs de chansons rétro auront reconnu la belle Lyne Clevers en prostituée, témoin au procès. La mise en scène est assurée sans temps mort et avec un bon sens de la progression dramatique. Le scénario est bancal, c'est du Marcel Achard, auteur doué mais peu méticuleux, ainsi nous n'aurons jamais la réponse à certaines questions laissées en suspens pendant le procès, ainsi la scène de l'église est malhabile (Carette n'avait nul raison de s'y rendre) et la situation de Morgan dans le magasin de Raimu n'est pas parfaitement exploitée. Passons aussi sur la fausse fin, Achard et Allegret n'ont pas voulu que ça finisse en drame, il n'aurait plus manqué que ça ! Malgré ses défauts le film se regarde sans déplaisir (grâce à Raimu) mais ça n'a rien de génial.

Abus de confiance

Un film d'Henri Decoin (1937) avec Danielle Darrieux et Charles Vanel. Le film est imprégné d'une certaine morale catholique et d'un puritanisme assez naïf. Voilà qui pourrait plomber ce film, mais il tellement bien fait qu'on s'en fout. Darrieux y est exceptionnelle dans ce rôle difficile. La direction d'acteurs est impeccable et la réalisation soignée. Ce film est aussi un plaidoyer pour la compassion, une vertu trop souvent oubliée au cinéma

Une étoile est née

Un film de William Welman (1937) avec Fredric March. Pas grand-chose à sauver de cette purge insipide tournée dans un affreux technicolor. Le début donne le ton, un interminable dialogue d'une grand-mère donneuse de leçons à la limite de l'insupportable. Quant à l'actrice principale Janet Gaynor, elle n'a pas grand-chose pour elle. Reste Fredric March, mais on est bien loin de ses prestations dans Mamoulian ou Lubitsch. Les scénaristes ont voulu faire un brin d'humour, ça tombe à plat, et puis on ne peut s'empêcher de penser au poids de l'autocensure en plein code Hayes. Une histoire sur Hollywood dans laquelle personne ne couche hors mariage ! On nous prend pour des imbéciles ! Je n'ai retenue qu'une seule scène celle du standard avec les petites lumières : c'est bien peu. Et pour finir de nous achever l'insupportable vieille peau du début vient conclure le film en dépassant les limites du ridicule.

La révolte des zombies

Un film de Victor Halperin (1936). Ici les zombies ne sont pas des morts vivants mais des personnes dont on a assujetti la volonté. Le scénario est peu intéressant et le réalisateur a dû en perdre des pages, tellement les ellipses sont nombreuses et obscurcissent le récit. Ajoutions à cela des personnages principaux à la mentalité douteuse, une direction d'acteur moyenne et une fin bâclée. A sauver le sourire de l'actrice principale et une bonne scène de filature de nuit dans les marais.

Les poupées du diable

Un film de Tod Browning (1936) avec Lionel Barrymore et Maureen O'Sullivan. Le film se passe en France, l'un des banquiers se nomme Monsieur Radin et le petit ami d'O'Sullivan se prénomme Toto ! Voilà qui ne fait pas très sérieux, pourtant ce film est un vrai petit bijou du cinéma fantastique, simplement parasité par quelques scènes intimistes un peu lourdes. Mais sinon, Barrymore est parfait (ce qui n'est pas toujours le cas), Rafaela Ottiano qui a des faux airs de la fiancée de Frankenstein crève l'écran et Maureen O'Sullivan dans un petit rôle est mignonne comme tout, mais c'est surtout dans les effets spéciaux que le film excelle. Les deux séquences où les "poupées" s'en vont accomplir leur mission sont non seulement superbes du point de vue des trucages, mais elles sont tournées avec une inventivité jubilatoire et un sens du suspense très efficace.

Quatre de l'espionnage

Un film d'Alfred Hitchcock (1936) Si on regarde ce film comme une histoire d'espionnage, on jugera l'intrigue vraiment faible, en revanche si on le regarde comme un film sur les milieux de l'espionnage (ce qui n'est pas la même chose) cela devient intéressant. Mais comme au départ on ne sait pas trop, le film souffre de cette ambiguïté. L'autre défaut du film est le personnage incarné par Peter Lorre, sorte d'Ovni égaré dans l'univers d'Hitchcock et le moins qu'on puisse dire c'est qu'il fait tâche. Sinon il faut souligner le rôle magistral tenu par la très belle Madeleine Caroll (qui domine la distribution) ainsi que la puissance de certaines scènes proprement hallucinantes (le montage parallèle entre le meurtre en montagne et le petit chien)

Le Crime de monsieur Lange  

Un film de Jean Renoir (1936) avec Jules Berry, Florelle. C'est une fable ! Elle est d'une naïveté désarmante et d'un manichéisme confondant. Pourtant le film a des côtés attachants, la réalisation est excellente, la direction d'acteurs également. Jules Berry est grandiose (Il sauve le film à lui tout seul) et les femmes sont jolies (Florelle en tête), Certaines scènes sont assez drôles (le pépé qui chante "C'est la nuit de Noël") voire surréaliste (le dialogue entre Berry et le curé). Donc au final une impression mitigée : ça se laisse voir mais comparé à ce que fera Renoirdans les années suivantes, il n'y a pas photo.

La voie lactée (la soupe au lait)  

 Un film de Leo McCarey (1936) avec Harold Llyod. De très bon dialogues avec une grivoiserie pas si courante à cette époque, quelques scènes fabuleuses comme l'arrivée de Llyod a une réception précédé d'une fanfare d'écossais en kilt avec cornemuse, pas mal de situations joyeusement absurdes. Tout cela est assez amusant mais malheureusement plombé par quelques dialogues bien trop longs (on sent qu'il s'agit de l'adaptation d'une pièce de théâtre)

Un mauvais garçon

Un film de Jean Boyer (1936) avec Danielle Darrieux et Henry Garat. Jean Boyer n'est pas un grand nom du cinéma, mais ce qu'il faisait, il le faisait bien, ce film bénéficie donc d'une réalisation très honnête, d'une excellente photographie et d'une direction d'acteurs sans faute. Henry Garat est excellent, mais c'est surtout Danielle Darrieux, remarquablement mise en valeur et absolument craquante qui crève l'écran. L'histoire est gentillette et donne lieu à des scènes mémorables comme le bal musette ou cette partie de cartes avec Darrieux coiffée d'une casquette, cigarette au bec et demandant qu'on "ferme la lourde". Et puis il y a la musique de Georges Van Parys (qu'on aperçoit dans un petit rôle de simplet). Bref ce film est un enchantement sauf qu'il y a un hic : le twist final, où on atteint les sommets de l'imbécillité. Mais cette fin paraît tellement artificielle et décalée qu'elle ne gâche ni le film ni le plaisir de s'en être régalé.

Sur les ailes de la danse (Swing Time)

Un film de George Stevens (1936) avec Fred Astaire et Ginger Rogers. On excusera facilement le scénario manifestement écrit sur un coin de table à 4 heures du matin, mais plus difficilement le rôle idiot du second rôle masculin. Fred Astaire reste bon même en dehors des numéros de danse (où là, il n'est pas bon, il est excellent !) et puis il y a Ginger Rogers, tout simplement fabuleuse, sexy, éblouissante. A noter la fabuleuse scène dans la neige (malgré son final simplet), et la chorégraphie qui frise le vertige et puis il y a la musique, c'est du Jerome Kern (l'auteur de Show Boat quand même !). Avec un scénario un peu plus élaboré et quelques danses en plus on aurait tenu là un chef d'œuvre.

Marie Stuart  

Un film de John Ford (1936) avec Katharine Hepburn. Une belle photographie, de beaux cadrages et surtout une interprétation magistrale de Katharine Hepburn, et si Florence Eldridge, ne démérite pas, le casting masculin déçoit notamment March et Caradine qui se croient au théâtre (et ne parlons pas du type qui joue le prêcheur…). Pas mal de longueurs et de blablas auraient pu être évités et puis Ford ne peut s'empêcher de filmer des défilés militaires, c'est une manie. Le final ne manque pas de panache, il faut bien l'avouer. Beaucoup de défauts mais ça reste un bon film, intéressant si l'on s'intéresse à l'Histoire et à … Katharine Hepburn.

Faisons un rêve

Un film de Sacha Guitry (1936) avec Lui-même, Raimu et Jacqueline Delubac. Ça se déguste comme une friandise ! Voir jouer Sacha Guitry avec autant d'aisance est un authentique moment de bonheur et la scène centrale où il est seul (avec son téléphone) est véritable morceau d'anthologie. Jacqueline Delubac lui donne la réplique avec énormément de talent, quant à Raimu, il est égal à lui-même c'est à dire excellent. Théâtre filmé ? Sans doute, mais c'est quand même du cinéma (même si on peut reprocher quelques plans figés au début). Le scénario est un vaudeville adapté d'une pièce que Guitry avait créé en 1916, il est bien sûr aussi jubilatoire que délicieusement immoral jusque dans sa dernière réplique : "C'est vrai nous avons toute la vie ?"  "Mieux nous avons 2 jours !" A remarquer dans le prologue la présence d'une véritable brochette de guest-stars parmi lesquelles Arletty et Michel Simon.

J'ai gagné un million !

Un film d'Og Calster (1936). Film 100 % bruxellois qui peut éventuellement se regarder comme un documentaire d'époque sur les rues de Bruxelles, car c'est bien son seul intérêt, car si le film bénéficie d'une prises de vues correctes, du point de vue de la mise en scène, du scénario, de l'intérêt qu'il suscite et "de l'humour" qu'il dégage on touche le fonds.

Le général est mort à l'aube  

Un film de Lewis Milestone (1936) avec Gary Cooper et Madeleine Carroll. Les amateurs de vraisemblance risquent de manger leur chapeau, cette bonne série B est aussi réaliste que Tintin et le Lotus bleu ! On a ainsi droit à une scène de "haut les mains" en cascade" complètement burlesque (même s'il y a un mort) et ne parlons pas de la fin, qui n'est qu'un grand n'importe quoi complètement assumé. Vu de cette façon, c'est très bon, Gary Cooper est excellent en "aventurier démocrate" (un concept intéressant !) et d'une décontraction désarmante, Madeleine Caroll est parfaite en femme fatale superbement photographiée, quant aux chinois ce sont de vrais chinois de bande dessinée (je vous dis, c'est le Lotus bleu). Cette fantaisie n'empêche pas Milestone de nous tourner tout ça avec un talent fou et de nous livrer quelques innovations complètement étonnantes à l'instar d'un nouveau type de fondu (le fondu poignée de porte qui se transforme en boule de billard) ou d'un split screen en 5 morceaux avec actions sur les coins des écrans. Délectable !

Mon père avait raison

Un film de Sacha Guitry (1936) avec lui-même et Jacqueline Delubac. On est ici réellement dans le théâtre (bien) filmé avec une caméra assez paresseuse. Le film adapté d'une pièce de l'auteur de 1919 vaut surtout par le jeu de Sacha Guitry dont l'aisance est proprement stupéfiante, à tel point que le reste de la distribution semble écrasé. Le scénario est constitué d'une série de dialogues dont les propos sont intéressants pourvu que l'on partage l'épicurisme de Guitry, mais ont tendance à tirer à longueur.

La fille du bois maudit  

Un film en technicolor de Henry Hathaway (1936) avec Henry Fonda, Fred McMuray et Silvia Sidney. Quand on comprend ce qu'est le sujet (une querelle de clocher qui tourne en vendetta), on se dit que ça va être du téléphoné. Or force est de constater qu'Hathaway maitrise globalement son affaire. De plus le film nous offre des scènes assez rares (le gosse dans l'engin de chantier). L'interprétation est bonne et tout particulièrement celle de Silvia Sidney dont le rôle est assez complexe. Bien sûr, on pourra regretter la fin, demi happy-end puisqu'accompagné d'un drame, mais un peu trop sucré quand même. Globalement c'est une plutôt une bonne surprise ! De plus ce premier film tourné en extérieur en couleur est esthétiquement pas mal du tout. (PS : Le film inclus quelques passages musicaux, qui sont franchement mauvais)

La Charge de la brigade légère  

Un film de Michael Curtiz (1936) avec Errol Flynn et Olivia de Havilland. Que la vérité historique soit plus que romancée n'a aucune importance, le cinéma a tous les droits pourvu qu'il ne tombe pas dans l'imposture. Ici le triangle amoureux s'intègre parfaitement à cette aventure militaire à la mise en scène magistrale par les moyens mis en œuvre et géniale par l'utilisation de ces moyens. Du grand spectacle, une interprétation tout à fait à la hauteur d'Errol Flynn et une Olivia de Havilland au ton très juste. Un chef d'œuvre !

San Francisco

Un film de W. S. Van Dyke (1936) avec Clark Gable et Jeannette MacDonald. J'adore Jeannette MacDonald et la voir et l'entendre chanter est en enchantement. Le souci c'est que la propagande religieuse et moralisatrice nauséabonde distillée au pas de charge par un Spencer Tracy en curé de choc "exalté et fier de l'être" devient assommante et ridicule et finit par tuer le film.

La femme et le pantin

Un film de Josef von Sternberg (1935) avec Marlene Dietrich. Une photographie fabuleuse, des plans de folie, (le début pendant le carnaval est anthologique) une leçon de cinéma et puis Marlène qui n'a jamais sans doute été aussi belle dans ce rôle de chipie manipulatrice. (mais dont on s'aperçoit que son personnage est beaucoup plus complexe qu'on ne pourrait le supposer). S'il manque quelques scènes essentielles par rapport au chef d'œuvre de Pierre Louÿs, notamment l'épisode du théâtre privé (la censure…) l'esprit en est parfaitement respecté… jusqu'à la scène finale qui s'abstient volontairement de tout moralisme. Un grand, un très et un très beau grand film .

Sylvia Scarlett  

Un film de George Cukor (1935) avec Katharine Hepburn et Cary Grant. Un film qui se regarde avec grand plaisir mais dont il faut déplorer la rupture de ton et le passage dans le mélo vers la fin. Les acteurs sont très bons y compris Cary Grant (dont ce n'est pas toujours le cas dans ce registre) Les second rôles féminins sont pas mal non plus, Dennie Moore campant une  Maudie assez foldingue et Natalie Paley une énigmatique Lily. Le thème de la confusion des genres n'est traité qu'en filigrane mais il est bien là. En fait ça ne se prend pas trop au sérieux et le sommet du film restera le quatuor vocal exécuté au pied d'un escalier dans lequel Cary Grant se déchaîne comme jamais.

Toi, c'est moi

Un film de René Guissart (1936) avec Jacques Pills, Georges Tabet, Pauline Carton. Les rabat-joie y verront du colonialisme voire du racisme et auront tout faux. Ce film n'est rien d'autre qu'un vaudeville farfelu au rythme endiablé, inspiré de l'opérette éponyme crée en 1934 par Moyses Simon et comportant plusieurs morceaux de bravoure musicaux comme "Toi, c'est moi" ou "Sous les palétuviers". Pauline Carton trouve là un de ses meilleurs rôles et montre qu'elle pouvait jouer autre chose que la bonne de service. Les deux jeunes filles Claude May et Junie Astor sont tout à fait à la hauteur de Simone Simon et Lyne Clevers qui avaient créé les rôles à la scène. Le film fait preuve d'une décontraction sexuelle assez étonnante, Claude May se baigne nue, Carton se marie mais déclare qu'elle n'aurait rien contre un mariage à trois, il y a deux flirts interraciaux, et quand Tabet répond à Astor qu'il lui faut attendre les formalités d'usage avant de consommer celle-ci se met à chanter "Pourquoi faut-il lorsque l'on s'aime, remettre au lendemain…" La réalisation n'a rien de géniale mais Guissart connait néanmoins son boulot. Tout juste faut-il déplorer la post synchronisation défaillante de la première chanson. Finalement ce film qui affiche clairement le second degré avec un crocodile en caoutchouc est un concentré de bonne humeur.

Aventure à Paris

Un film de Marc Allegret (1936) avec Jules Berry, Lucien Barroux. Du bon et du moins bon dans ce film un peu bancal. Ça commence très mal avec cette mauvaise et interminable scène de sonneur de trompette. De plus le film est excessivement bavard et l'histoire ne vole pas bien haut, malgré quelques situations cocasses. A retenir le jeu des acteurs, Berry est une fois de plus grandiose, Barroux se débrouille plutôt bien, mais la surprise vient de la très jolie Danielle Parola qui joue un personnage fort et dont l'interprétation est étonnante. Quant à Arletty, elle n’apparaît pas au mieux de sa forme. On notera une trop courte mais jolie scène de cabaret au début et l'apparition d'Arletty dans l'orchestre de Ray Venture, scène écourtée, on se demande bien pourquoi. Moyen.

Dédé

Un film de René Guissart (1935) avec Mireille Perrey, Claude Dauphin, Danielle Darrieux et Albert Préjean. Le matériel est celui de l'opérette de Christiné et Willemetz, mais le film ne se contente pas d'être une opérette filmée et bénéficie d'un rythme effréné, de bons morceaux musicaux, de quelques bon délires (l'apparition de Danielle Darrieux en nuisette transparente, les grévistes "livrés" aux Blue Bell Girls, la reconversion du notaire), et d'un final qui est un bon pied de nez à la morale bourgeoise. La distribution est dominée par une Danielle Darrieux rayonnante, mais la prestation de Mirelle Perrey toute en sensualité ne passe pas inaperçue, quant à Claude Dauphin et Albert Préjean, s'ils ne déméritent pas on aurait peut-être préféré Garat ou Chevalier. Malgré cette petite réserve, ce film est un régal.

La Marque du vampire

Un film de Tod Browning (1935) avec Bela lugosi et Lionel Barrymore. Ça blablate énormément, Lionel Barrymore cabotine comme ça ne devrait pas être permis, Bela Lugosi en service minimum est figé comme une statue de cire, seule Elisabeth Allan parvient à sortir du lot. Le twist final est extrêmement décevant. (Tout ça pour ça, a-t-on envie de dire !) A sauver la dernière scène où Lugosi fait ses valises et au début la scène du petit chat coincé dans une armure. Pas terrible.

La fiancée de Frankenstein

Un film de James Whale (1935) avec Boris Karloff et Elsa Manchester. Efficacement mis en scène, ce film est une mine de bonnes surprises, on va du "touchant" avec l'humanisation du monstre génialement incarné par Karloff, au cabotinage contrôlé avec les cris de Minnie (Una O'Connor), au savant fou au jeu théâtral (le dr Prétorius) sans que cela gêne en quoi que ce soit (la scène des petits personnages dans les bocaux qui arrive comme un cheveu sur la soupe passe aussi très bien). On notera des très belle scènes de foules (de meutes devrait-on dire !) une utilisation étonnante de la profondeur du champ, des plans quasi-expressionnistes (la course parmi la forêt dont on ne voit que les troncs, le chateau), une photographie mettant la très belle Valerie Hobson et bien sûr Elsa Manchester (qu'on voit trop peu). Le dernier quart d'heure est sublime.

Les trois lanciers du Bengale  

Un film de Henry Hathaway (1935) avec Gary Cooper. La direction d'acteurs ne semble pas être le souci premier du réalisateur car si Gary Cooper est excellent, on se serait volontiers passé de Richard Cromwell, véritable tête à claques, (et ne parlons pas du rôle du colonel) et il y a aussi quelques bavardages assez pénibles. Mais ce film est d'abord un film d'aventure et malgré ces quelques réserves, il arrive à tenir la route grâce à une réalisation efficace.

Les révoltés du Bounty

Un film de Frank Llyod (1935) avec Charles Laughton et Clark Gable. Une merveille ! Il faut bien sûr parler de l'interprétation car si Franchot Tone et surtout Gable sont très bons que dire de la prestation absolument magistrale de Charles Laughton ! Quant à la réalisation elle est parfaite, non seulement c'est très bien filmé mais chaque plan ne dure que le temps qu'il faut, les ellipses sont nombreuses et efficaces, ainsi les passages "durs" fonctionnent sans voyeurisme excessifs de même que les séances tahitiennes (avec de fort charmantes vahinés) ne tombent jamais dans la mièvrerie. Bref, c'est un chef d'œuvre.

Capitaine Blood

Un film de Michael Curtiz (1935) avec Errol Flynn et Olivia de Havilland. Superbement mis en scène, le film souffre néanmoins de plusieurs handicaps, le côté primaire (pour ne pas dire cucul la praline) de son scénario, le cabotinage d'Errol Flynn, et le typage grossier des personnages secondaires (un peu comme dans Ford). Sinon les qualités ne manquent pas, superbe photo, musique fabuleuse (Korngold), la superbe Olivia de Havilland dans un rôle bien plus complexe qu'on pourrait le penser, des scènes de batailles navales prodigieuses, un doigt d'humour.

Les 39 marches  

Un film d'Alfred Hitchcock (1935) avec Robert Donat et Madeleine Caroll. C'est très fort, et c'est déjà du grand Hitchcock. L'histoire d'un type tranquille embarqué contre son gré dans une sombre affaire d'espionnage. Coups de théâtre, rebondissements, suspense, tout est là, de l'humour aussi avec cette scène surréaliste où Donat intervient dans une soirée électorale en disant n'importe quoi (sous les applaudissements). Le must du film reste la partie ou Donat-et Caroll sont menottés l'un à l'autre.

Top Hat

Un film de Mark Sandrich (1935) avec Fred Astaire et Ginger Rogers. Encore un film qui jouit d'une réputation largement surestimée, il faut attendre 45 minutes (pendant lesquelles l'ennui n'est pas loin) avant que ça devienne (un peu) intéressant. L'intrique est un vaudeville traité de façon poussive avec un final grotesque. Les numéros musicaux sont rares et non rien d'exceptionnels sauf le ballet final, grandiose. Reste la musique d'Irving Berlin, Venise reconstituée en studio, la grâce de Ginger Rogers et la présence amusante d'Helen Broderick. Swing Time réalisé l'année suivante avec le même couple Astaire/Rogers sera infiniment supérieur.

Bonne chance  

Un film de Sacha Guitry (1935) avec lui-même et Jacqueline Delubac. Petit bijou d'élégance, Guitry manie les bons mots avec un naturel confondant que l'on savoure, le scénario est simple mais original, c'est une fable, elle est savoureuse avec un zeste de pied de nez aux conventions bourgeoises. Jacqueline Delubac qui donne la réplique à Guitry est pétillante de charme et de talent. Le film est parsemé de digressions farfelues (quand il présente sa sœur à son frère), surréaliste (le client du coiffeur) et que n'aurait pas renié WC Field (quand il envoi promener le gosse du Jardin des Plantes et sa question idiote). Des imperfections ? On le les perçoit même pas et on ne s'ennuie pas une seconde ! Mineur ? Et alors ? C'est très frais, ça dégage une sensualité à la fois discrète et omniprésente, ça rend heureux et ça se déguste comme une délicieuse friandise.

Pension Mimosa

Un film de Jacque Feyder (1935) avec Françoise Rosay et Lise Delamare. Arletty est bien créditée au générique mais son rôle est hélas anodin, nous sommes quand même gâtés par la distribution féminine avec une Françoise Rosay qui crève l'écran et qui porte le film et avec une Lise Delamare très bien en canaille vénale. Le film est fort parce qu'il montre des personnages très complexes, il n'est que de voir les rapports de Rosay avec son fils adoptif. Dommage que la distribution masculine soit un niveau au-dessous. Dommage aussi cette fin bâclée avec une facilité de scénario tirant le film vers l'incroyable et une scène finale où le trait mélodramatique est exagéré à l'excès. Malgré tout un bon film qu'on pend plaisir à regarder.

Le comte Obligado

Un film de Léon Mathot (1935) avec Georges Miton et Paulette Dubost. Le gros problème de ce film c'est Georges Milton, cet excellent fantaisiste et homme de scène n'est tout simplement pas un acteur de cinéma (alors que quand il chante et danse il est fabuleux). Sorti de ce qu'il sait faire, il n'est pas bon. Mais heureusement l'histoire possède d'autre atouts, notamment Pauline Dubost véritablement étonnante, mais aussi Germaine Aussey et le chanteur d'opéra Jean Aquistapace qui jouent le couple Miranda. C'est assez inégal, mais souvent assez déluré (il y a même une scène de théâtre nu). Au final le meilleur l'emporte nettement sur le moins bon.

L'extravagant Mr Ruggles

Un film de Leo MacCarey (1935) avec Charles Laughton. Heureusement que Charles Laughton fait une prestation extraordinaire parce que tout ça est cousu de fil blanc et devient même franchement lourdingue (le passage avec le discours de Lincoln est raté). La dernière partie du film est la plus intéressante. Ça se regarde comme un film d'acteurs, mais sinon, il n'y a vraiment pas de quoi crier au miracle. PS : On remarquera toutefois la présence de la belle Leila Hyams dans un petit rôle assez pétillant.

Un oiseau rare

Un film de Richard Pottier (1935) avec Pierre Brasseur, Pierre Larquey, Jean Tissier. Le thème est classique, c'est même l'un des plus ancien classique de la comédie, mais on peut le traiter des 1001 façons et il est ici traité à la sauce Prévert (en fait c'est l'adaptation d'un roman allemand) . La critique de la servilité y est permanente, multiple et assez bien vue. Si on peut regretter quelques incohérences de scénario (de que droit l'hôtel fait-il travailler Malleville ?) il n'en reste pas moins que le film est souriant et très inventif : le perroquet grossier Ravaillac, la jeune mariée nymphomane et son mari ridicule, l'inénarrable Jean Tissier. La direction d'acteur est excellente avec un jeune Pierre Brasseur déjà étonnant et une Monique Rolland fort mignonne. Un bon moment de cinéma sans prise de tête.

Le Contrôleur des wagons-lits

Un film de Richard Eichberg (1935) avec Danielle Darrieux et Albert Préjean. Un vaudeville d'une loufoquerie remarquable servie par une Danielle Darrieux qui non seulement est radieuse mais à l'air de s'amuser comme une folle (et même qu'elle chante) . Albert Préjean et Lucien Barroux s'en sortent très bien, on regrettera simplement quelques seconds rôles un peu lourds. C'est léger, charmant, drôle et pétillant comme du champagne !

Baccara

Un film d'Yves Mirande (1935) avec Jules Berry. On se demande pourquoi ça s'appelle Baccara, mais peu importe ! La mise en place est intéressante, quelques plans suffisent pour cadrer l'héroïne de l'histoire, puis une scène très étonnante nous décrit les relations ambigües entre Berry et Baroux. Tout est en place pour que ça se passe très bien d'autant que Berry pète la forme et que Marcelle Chantal qui nous joue ça à la Marlène Dietrich est très glamour. La seconde partie contient son lot d'incohérences, Berry qui ne semblait pas intéressé par les femmes change d'avis et son copain laisse faire. Pire nos deux éternels fauchés deviennent riches on ne sait pas pourquoi. Quant à la troisième partie constituée d'un interminable procès à l'américaine, plus poussif tu meurs. Heureusement le tout dernier plan nous rendra indulgent, mais ça reste moyen.

Quelle drôle de gosse

Un film de Léo Joannon (1935) avec Danielle Darrieux, Albert Prejean, Lucien Baroux. C'est un film "chamboule-tout" dans lequel Darrieux provoque des catastrophes en série avec un naturel époustouflant, c'est d'ailleurs un festival Darrieux qui crève l'écran de son charme et de son talent. La mise en scène est très correcte et la direction d'acteurs excellente (fabuleux Lucien Baroux en majordome). On sent la patte d'Yves Mirande dans le scénario dans lequel une certaine critique sociale est bien présente. Un petit bijou et un excellent moment de cinoche malgré un fin prévisible et quelque peu rapide (mais puisqu'on est dans le délire…).

Crime et Châtiment

Un film de Pierre Chenal (1935) avec Pierre Blanchar et Harry Baur. Mieux vaut ne pas regarder ce film si vous avez le cafard, parce que c'est noir de chez noir. Réalisation impeccable avec une caméra qui bouge tout le temps, décors inspirés par l'expressionnisme allemand, photographie très réussie (il n'est qu'à voir ce plan magnifique du profil de Madeleine Ozeray). Interprétations magistrales de Pierre Blanchar et d'Harry Baur dans des registres complétement différents. Présence lumineuse de la très belle Madeleine Ozeray, musique d'Honegger. Bref un chef d'œuvre !

Le chant du Danube  

Un film d'Alfred Hitchcock (1934) Atypique dans la carrière du maître, ce film est non pas une comédie musicale mais une comédie sur la musique. Tout cela a un petit côté opérette viennoise tout à fait charmant. C'est en plus assez intelligent, les trois personnages principaux ayant des personnalités bien typés mais non exempt de travers. Hitchcock de par une réalisation habile arrive à nous passionner pour ce qui n'aurait pu être qu'une bluette. Là il nous ravit. A noter la très bonne distribution féminine, avec la troublante Fay Compton dans le rôle de la Comtesse Helga von Stahl, une femme mature amoureuse mais lucide, et la toute à fait charmante Jessie Matthews dans le rôle de la fille du pâtissier.

Ce n'est pas un péché

Un film de Léo McCarey (1934) avec Mae West. Le film a été écrit et supervisée par Mae West dont la présence constitue l'intérêt principal de ce film. Une présence magnétique, tout dans de très légères expressions du visage et dans un déhanchement assez particulier et bien sûr dans ses répliques très ambiguës. La bande son à laquelle a contribué l'orchestre de Duke Ellington est excellente (il faut aussi écouter les paroles des chansons, ce n'est pas triste). Le scénario est minimaliste et déçoit par son final comme si Mae West excédée par les exigences du code Hayes (qui venait juste de se mettre en place) avait décidé de faire une conclusion contredisant tout le film en épousant un abruti)

Poker Party (Six of a kinds)

Un film de Leo McCarey avec W.C Fields.(1934). Le titre du film reste un mystère complet mais nous avons là un road movie vaudevillesque et foutraque impliquant trois couples dont les rencontres vont provoquer catastrophes et quiproquos. C'est mené tambour battant, c'est très souriant et pas mal daté (mais ça participe au charme). Certaines trouvailles sont géniales comme le balai mal posé qui ouvre tout seul la porte du placard, les réparties surréalistes de Gracie Allen et le clou du spectacle : l'interminable partie de billard de W.C Field. Ça n'a aucune prétention, mais ça occupe agréablement les yeux.

L'homme qui en savait trop (version 34)

Un film d'Alfred Hitchcock (1934) avec Peter Lorre. Une continuelle impression de brouillon et de confusion. Des invraisemblances à la pelle : Le tireur d'élite trop fort qui choisit de tuer sa cible pendant qu'elle danse, mais qui ensuite n'atteindra le héros du film qu'au poignet. Le père du gosse qui arrive juste au bon moment chez le dentiste, qui entend Peter Lorre dévoiler ses petits secrets, qui n'est pas reconnu, mais dont on nous dit plus tard qu'il l'avait été (?). Certaines scènes comme celles du combat de chaises qui se veulent comiques tournent au ridicule, la scène dans la secte tourne à l'absurde et la fusillade finale est lourde. Ajoutons qu'étant donné que nous n'avons pas le temps d'éprouver de l'empathie pour les personnages, le suspense fonctionne mal. Côté casting les acteurs sont bons (mis à part l'insupportable gamine), mais au début ils se ressemblent tous et on a du mal à savoir qui est qui. Côté positif, bien sûr la présence Peter Lorre, et une maîtrise technique de la réalisation. En 1956 ce brouillon sera mis au propre et deviendra le chef d'œuvre que l'on sait.

Les joyeux garçons

Un film de Grigori Aleksandrov (1934). Le titre est débile, mais quelle surprise ! Un OVNI dans la production soviétique stalinienne. Car c'est c'est bien d'une comédie musicale complétement loufoque dont il s'agit : Un mélange déjanté de burlesque à la Duck Soup, de surréalisme et de Ray Ventura. C'est très efficace et les deux actrices féminines la brune Maria Strelkova et la blonde Lioubov Orlova (dont on chuchote que Staline lui-même, mais ce sont des choses qui ne nous regarde pas…). Un régal, une perle rare !

New York-Miami

Un film de Frank Capra (1934) avec Clark Gable et Claudette Colbert. Une histoire sans intérêt qui se traîne lamentablement et où Gable cabotine, seule Claudette Colbert nous empêche de fuir cette ennuyeuse niaiserie.

Gai, gai, marions-nous

Un court métrage de 27 minutes de Lloyd French (1934) avec Laurel et Hardy. Introduction du fantastique et de la folie dans Laurel et Hardy, on y mange de la soupe sans soupe et on y joue aux cartes sans cartes. Mae Bush en tueuse en série n'est pas mal du tout. Amusant

L'école des contribuables

Un film de René Guissart (1934) avec Armand Bernard, Mireille Perrey, Pierre Larquay. Le cinéma des années 1930 regorge de pépites dont on se demande bien pourquoi elles s'obstinent à rester dans l'oubli. Cette comédie loufoque est remarquablement bien interprétée (entre autres) par le génial Armand Bernard et par la sémillante Mireille Perrey. Dans ce film brillant et sans aucun temps mort, on relève quelques séquences étonnantes comme la séance de signature où la revue des dactylos. Quant au fond, puisqu'il y en a un, on aurait tort de n'y voir qu'une critique du fonctionnarisme et il nous confirme que nul ne saurait refuser une opportunité qui lui rapporte (la dernière scène est à ce propos édifiante). Ce  film d'une immoralité lucide et rafraîchissante est un pur régal.

Anna Karenine

Un film de Clarence Brown (1934) avec Greta Garbo, Fredric March, Basile Rathbone, Maureen O'Sullivan. Le roman de Tolstoï dit beaucoup de choses et pèse 900 pages ! Le résumer en 90 minutes est impossible, l'illustrer ne sert à rien, alors puisqu'il ne s'agit ni d'un condensé, ni d'une illustration on va dire que c'est une évocation et que ce n'est pas si mal parce que la réalisation est brillante (les premiers plans sont fabuleux) et parce qu'il y a Garbo qui porte le film sur ses épaules et aussi parce que que on a quand même évité le gros mélodrame. Sinon le sujet reste juste effleuré, il aurait sans doute fallu un Buñuel pour traiter cette histoire d'amour fou.

Compartiment de dames seules

Un film de Christian-Jaque (1934) avec Armand Bernard et Ginette Leclerc. Voilà un court film (il ne dure que 65 minutes) complètement oublié et qui mérite vraiment d'être redécouvert. Bien sûr c'est du théâtre filmé (mais quel réalisateur n'en a pas fait ?) et la pièce est un vaudeville, mais c'est très bon, les situations s'enchaînent à toute vitesse et les acteurs sont excellent. On remarquera aussi qu passage une belle critique de l'hypocrisie bourgeoise. Et puis cerise sur le gâteau, le personnage d'Isabella des Folies Bergères incarné par une sémillante Ginette Leclerc en pleine forme !

Zouzou

Un film de Marc Allegret (1934) avec Joséphine Baker, Jena Gabin, Pierre Larquey. Ce film a deux gros problèmes. Joséphine Baker était une chanteuse et une danseuse extraordinaire mais comme actrice, ce n'était pas vraiment ça et Allegret n'a pas su la diriger. L'autre problème c'est le scénario qui part dans tous les sens et qui ne nous épargne ni lourdeurs, ni mauvais dialogues, ni grosses ficelles. Reste la chorégraphie d'une inventivité qu'il convient de signaler. Ce n'est pas un grand film.

L'impératrice rouge  

Un film de Josef Von Sternberg (1934) avec Marlène Dietrich. Une mise en scène baroque qui tient du génie, certaines scènes sont tout simplement anthologiques comme la messe de mariage et le final époustouflant avec la cavalerie escaladant les escaliers du palais impérial constituant l'une des plus belles scènes de l'histoire du cinéma. La distribution est étincelante avec une Marlène sublime dans le rôle de Catherine II qui joue avec ses yeux et un étonnant Sam Jaffe dans celui de Pierre II. Un chef d'œuvre du cinéma ponctué par la musique de Tchaïkovski

La Banque Nemo

Un film de Marguerite Viel (1934) avec Victor Boucher et Mona Goya. Ce film était tombé dans l'oubli d'une part parce qu'il n'y a aucun "grand nom" au générique et surtout parce que sa carrière fut courte, sa scène clé où l'on voit le conseil des ministres décider à l'unanimité d'étouffer l'affaire ayant été censuré ! Aujourd'hui ce film se regarde comme un petit bijou ancien, une excellente et savoureuse fable sur l'arrivisme. Si le film souffre quelque peu d'être une adaptation d'une pièce de théâtre (Louis Verneuil, 1931), mais la réalisatrice s'en sort plutôt bien. Victor Boucher est très bon et Mona Goya tout à fait charmante. Quant à René Bergeron dans le rôle du pauvre type, il nous fait une composition tout à fait étonnante.

Une riche affaire

Un film de Norman Z. McLeod (1934) avec W.C. Fields. Soyons justes, on est loin d'être écroulé de rire mais c'est néanmoins assez amusant. Mais par delà les gags aussi savoureux qu'ils soient dans leur absurdité, on retiendra surtout une peinture iconoclaste assez réjouissante de la petite famille américaine.

Wonder bar

Un film de Llyod Bacon (1934) avec Francis Kay et Dolores del Rio. Dolorès de Rio est trop belle mais les intermèdes de cabaret sont très inégaux, la première grande valse orchestrée par Busdy Berkeley est géniale, la scène du fouet fascinante, les plaisanteries d'Al Wonder assez gavantes et le reste bof. L'intrigue en revanche est d'un cynisme assez plaisant et d'un amoralisme plutôt jouissif.

Paquebot Tenacity

Un film de Julien Duvivier (1934) avec Albert Préjean. La pauvreté et la banalité de l'intrigue (qui n'existe qu'en fin de film) font pitié, sinon le film n'a rien à dire, c'est un film d'ambiance, mal joué (même si Préjean se défend un peu) et ennuyeux, le sujet aurait pu convenir à un court-métrage de 20 minutes mais là, on trouve le temps très long. La fin est d'un gnangnan impossible, elle a peut-être inspiré Jacques Brel pour sa chanson "Je vous ai apporté des bonbons"

La vie privée d'Henri

Un film d'Alexander Korda (1933) avec Charles Laughton, Elsa Manchester, Merle Oberon. Pas d'histoire mais de l'Histoire. Cette chronique intimiste étonne à plus d'un chef, d'abord par l'interprétation absolument stupéfiante de Charles Laugthon qui campe un personnage crédible et complexe. Le casting féminin est très réussi et si Merle Obéron n'a pas l'occasion vraiment de s'exprimer, la prestation d'Elsa Lanchester est tout à fait étonnante. Certaines scènes sont remarquables : le rire "communicatif" du roi, son impossibilité d'aller incognito chez Catherine, les scènes avec la princesse de Cleves, les exécutions toute en suggestion mais où est souligné le côté voyeuriste de la foule, l'utilisation du personnel de service pour commenter les évènements de la cour. Brillant et intéressant.

Le cantique des cantiques

Un film de Rouben Mamoulian (1933) avec Marlène Dietrich. Juste avant l'instauration du code Hays, Mamoulian fit très fort en sublimant et en érotisant cette bluette. La scène de finition de la sculpture est un exercice d'érotisme suggéré assez fabuleux, le sculpteur regardant le corps nu de Marlène (que le spectateur ne voit pas) et prodiguant des caresses suggestives cette fois bien visibles sur la statue nue. Marlène est sublime de beauté dans ce film avec un regard que l'on peut qualifier de coquin (du moins dans la première partie). Elle incarne une femme forte, malheureuse dans le luxe et capable d'actes surprenants (ses escapades chez le sculpteur, ou mieux quand elle va d'autorité rendre une visite nocturne au palefrenier devant les yeux ébahis de son ancien amant) La référence biblique y compris dans le titre est ambiguë puisqu'on s'est toujours demandé ce que le cantique des cantiques faisait dans ce livre "sacré." Un film à re(découvir).

Hard to handle

Un film de Mervyn Leroy (1933) avec James Cagney. Décidément la production américaine d'avant 1934 regorge de pépites. Nous avons ici un James Cagney toujours aussi agité qui empile les escroqueries comme d'autres les assiettes, une femme mature qui coache sa fille afin de lui trouver le meilleur milliardaire possible, qu'il soit escroc ou photographe, la charmante Marian Brian qui n'écoute pas toujours sa mère et tout un lot de personnages secondaires aussi pittoresques que savoureux. Le rythme est endiablé, la morale n'est pas vraiment sauve mais l'amour triomphe. Que du bonheur !

Mademoiselle Volcan (Bonbshell)  

Un film de Victor Flemming (1933) avec Jean Harlow. Si on ne peut être qu'admiratif devant l'énergie dépensée par Jean Harlow tout au long ce film il n'en reste pas moins que ça cause de trop, que ça gesticule, que ça braille, que les personnages se bousculent, à ce point qu'on ne sait plus qui est qui, qu'on s'emmerde à mourir et qu'on se demande quand le film va commencer. Gavant.

Sérénade à trois

Un film d'Ernst Lubitsch (1933) avec Gary Cooper, Fredric Marsh, Miriam Hopkins. C'est un chef d'œuvre et pourtant ce n'est pas le meilleur Lubitsch. Le réalisateur réussit l'exploit de mener à bien une sorte de défense et illustration de la vie de bohème et du ménage à trois en restant constamment dans l'implicite. La distribution est dominée par Miriam Hopkins éclipsant ses deux partenaires (pourtant très bons) de par son naturel, sa grâce, son insouciance et sa décontraction. Son personnage ne se contente pas de vivre comme elle l'entend mais théorise avec humour son comportement ("chez le chapelier, on peut très bien choisir deux chapeaux") Certaines répliques sont savoureuses ("Nous avons fait un gentleman agrément, mais je ne suis pas un gentleman"), les situations comiques dites théâtrales (comme si c'était une injure ?), fonctionnent parfaitement, et le plan final est fabuleux. Tout est en élégance et en finesse. Un régal !

Un soir de réveillon

Un film de Karl Anton (1933) avec Meg Lemonnier, Henri Garat, Dranem et Arletty. Encore une perle des années 1930 injustement oubliée. Il s'agit d'une adaptation d'une opérette à succès de Raoul Moretti et Albert Willemetz, créée un an plus tôt au Théâtre des Bouffes Parisiens avec les mêmes acteurs. Ce film est d'abord pétillant de joie et de malice. L'action se passe dans ce qu'on appelait alors le demi-monde (autrement dit les prostituées de luxe, leurs clients et protecteurs) et plus précisément dans l'hôtel particulier d'Arletty. Sa sœur interprétée par Meg Lemonnier se rend chez elle un soir de réveillon et lui demande de rester. C'est à ce moment qu'elle interprétera l'étonnante chanson "Être une poule". Parce qu'en fait ce demi-monde ne la dérange pas tant que ça, d'autant qu'elle y rencontre Henri Garat dont elle tombe amoureux et réciproquement. On a donc là une fable très osée, car même si la fin se termine (morale oblige) par une promesse de mariage, l'institution du mariage est sévèrement brocardée à plusieurs reprises dans le film. Certes, il s'agit d'un vaudeville facile, mais c'est bien fait et on rentre volontiers dans le jeu. L'interprétation est excellente, Meg Lemonnier est aussi charmante qu'étonnante et possède une fort jolie voix, Henri Garat s'en sort très bien (malgré quelques soucis de postsynchronisation), Dranem est à la fois énervant (mais c'est son rôle) et génial. Arletty n'a qu'un second rôle mais le réalisateur l'a placé au centre d'une incroyable scène de salle de bain, permettant à celle-ci de nous montrer plusieurs fois de suite sa jolie petite poitrine, son sourire et sa gouaille forment déjà la promesse d'une grande vedette. Les seconds rôles sont également très bons (comme souvent à l'époque) et tout cela se passe dans une ambiance joyeusement décontractée. La musique de Raoul Moretti est excellente et entraînante. Et puis il y a ce final, en forme de bal costumé vénitien qui ne mérite qu'un qualificatif : Grandiose. Un régal de fin gourmet à découvrir d'urgence.

The Mind Reader

Un film de Roy del Ruth (1933). Attention : chef d'œuvre. Cette comédie dramatique commence par une irrésistible scène burlesque ou un arracheur de dents se livre à son activité pendant qu'une fanfare couvre les cris du patient au son du refrain de la "marche américaine" (The Stars and Stripes Forever de JP Sousa). Le ton est très léger et le restera jusqu'au bout malgré l'introduction de séquences tragiques (il y aura quand même un suicide par désespoir, une blessure mortelle par balle, et un procès impliquant une innocente). Si le film n'est pas tendre avec la crédulité publique et en dénonce les dérives, il prend le parti de ne pas enfoncer l'escroc et de croire à sa rédemption par amour alors que lui-même défend son business (je dis aux gens ce qu'ils espèrent entendre, le chiffre d'affaire du marché de la divination est fabuleux, s'il n'y avait pas de demande, il n'y aurait pas d'escrocs). Le ton reste juste jusqu'au bout, l'interprétation est remarquable, il n'y a rien à jeter dans ce film. Il est beau !

King-Kong

Un film de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack avec Fay Wray (1933). Les chefs d'œuvres sont intemporels et ce film en est la preuve. Mené tambour battant, on ne s'ennuie jamais. Si les combats de bestioles ont un petit côté suranné, si les transparences sont parfois trop visibles, ce ne sont là que des détails, tant la mise ne scène est maîtrisée (et oui, on se casse la gueule quand on fuit en pleine forêt vierge, on l'avait oublié). Fay Wray est sublime, la musique de Max Steiner est une référence et la dernière partie dure juste le temps qu'il faut, quand à la conclusion elle tient en une phrase loin de guimauves convenus. Un coup de génie. Il y aura deux remake, on rendra gré à John Guillermin d'avoir su érotiser le sien, quant à Peter Jackson, sa version lourdingue n'a absolument rien apporté au mythe !

42ème rue  

Un film de Llyod Bacon (1933). Une comédie musicale curieusement construite puisque toutes les chorégraphies (réglées de façon fabuleuse par Busdy Berkekey) sont concentrés à la fin du film, le reste n'étant qu'une longue répétition. Cette première partie est néanmoins intéressante car si l'histoire peut paraître classique, le comportement des personnages l'est beaucoup moins. Nous sommes avant l'instauration du code Hays, et tout le monde drague plus ou moins avec tout le monde, les protagonistes ont tous leurs petits travers à l'instar de l'acteur jouant le metteur en scène qui s'il ne s'embarrasse pas de moyens pour arriver à ses fins n'est pas le mauvais bougre. Les deux actrices principales sont au top (Bebe Daniels et Ruby Keeler) c'est bien fait, bien dirigé… bref un bon moment de cinéma dont on regrettera juste la fin légèrement sucrée.

Masques de cire 

Un film de Michael Curtiz (1933) avec Lionel Atwill, Glenda Farell et Fay Wray. Ce film en couleur considéré comme perdu de 1946 à 1969 et qui a bénéficié d'un remake à succès en est pourtant largement supérieur. L'action très rapide tourne autour du personnage très fort de Glenda Farell, incarnant une journaliste dynamique (rien à voir avec la nunuche du remake). Lionel Atwill est très convaincant et Fay Wray (qui n'avait pas encore tournée King Kong) qui n'a que le second rôle féminin, fort jolie. De très beaux décors, parfois proches de l'expressionnisme, des rebondissements, des fausses pistes, des bagarres, de la tension, Glenda Farell et Fay Wray en couleurs, un peu d'humour et une petite touche d'horreur. Ce film Warner dont seule l'ultime scène est faible, n'a rien à envier aux films d'horreur de l'Universal sorti à la même époque.

La reine Christine

Un film de Rouben Mamoulian (1933) avec Greta Garbo. L'histoire très romancée du règne de la reine Christine de Suède dominée de bout en bout par une Greta Garbo absolument sublime. On pourra considérer avec raison que certaines scènes sont un peu naïves, mais qu'importe, c'est très bon et très fort (choisir comme héroïne une femme qui refuse de se marier pour pouvoir aimer librement, fallait le faire). A noter quelques allusions à la bisexualité de la reine que ne peuvent comprendre que ceux qui connaissent la véritable histoire. Merveilleux film qui se termine par l'un plus beaux plans de l'histoire du cinéma.

Picture snatcher

Un film de Llyod Bacon (1933) avec James Cagney. Avant l'instauration du code Hays, les studios de productions s'en sont donnée à cœur joie, et la morale bourgeoise y a été longtemps bousculée, et cela pour notre plus grand plaisir. Le souci c'est que toute immoralité n'est pas défendable, et ici on a l'histoire d'un type qui en sortant de tôle, se rachète une conduite en mettant ses services à la disposition de la presse de caniveau. Inutile de dire qu'avec un tel sujet le personnage de Cagney n'attire pas l'empathie, et s'il se rattrape à la fin, il est trop tard. Un sujet mal maîtrisé, donc ! Reste l'interprétation étonnante, quelques belles actrices, une ambiance… et cette scène dans l'imprimerie, complètement improbable, mais si belle dans laquelle toute parole devient impossible.

Chercheuses d'or 1933

Un film de Mervyn LeRoy (1933) avec Alice MacMahon , Joan Blondell et Ginger Rogers. Un enchantement, la chorégraphie de Busby Berkeley est non seulement visuellement fabuleuse mais elle n'est pas neutre (ce n'est pas tous les jours qu'un spectacle de revue nous montre un défilé militaire avec le retour des éclopés !) Quand à l'intrique, elle est certes simpliste, mais néanmoins tout à fait émoustillante par son coté non conventionnel, si les film se termine par trois mariages dont un mariage d'amour obligé, un autre est un mariage d'argent nettement affirmé, le troisième restant très ambigu. La vraie vedette du film est Aline MacMahon, truculente et éblouissante. Chef d'œuvre.

Prologue  

Un film de Llyod Bacon (1933) avec James Cagney et Joan Blondell. Il est dommage que la première partie soit si longue et ne donne pas l'impression d'avancer, cela malgré l'incroyable énergie dépensée par James Cagney (ce n'est pas possible, il est monté sur piles, ce mec !) et la beauté troublante de Joan Blondell. Mais quand dans la dernière demi-heure Bacon passe la main à Busby Berkeley, on est complétement subjugué par ce qu'on voit à l'écran que ce soit sur le fond (c'est assez osé, les allusions sexuelles sont nombreuses et le spectateur attentif pourra même apercevoir quelques tétons furtifs) mais surtout sur la forme, la chorégraphie aquatique du prologue "By a waterfall" atteignant un niveau d'inventivité et de technicité sans doute jamais égalé à ce jour (300 chorus-girls, vues aériennes démentes)

L'homme invisible

Un film de James Whale (1933) avec Claude Rains dans le rôle titre. C'est vraiment très bon et très agréable à regarder d'autant que l'humour ne manque pas (ah, les vociférations hystériques de la patronne de l'hôtel) et que le réalisateur s'amuse des possibilités du scénario. La seconde partie (la traque) est menée tambour battant, la police en prenant pour son grade. Je n'ai pas eu l'impression que le réalisateur ait voulu nous faire un film inquiétant agrémenté de réflexions philosophiques sur les dangers de la science, il s'agit juste d'un divertissement fort efficace.

Duck Soup

Un film des Marx Brothers et de Leo MacCarey (1933). Un sommet de loufoquerie. Truffée de jeux de mots certains gags ont du mal à franchir la barrière de la langue. Mais l'irrésistible dernier quart d'heure (à partir de la déclaration de guerre) est là pour nous démontrer combien les Marx avaient du talent.

Le mystère de la chambre close (Meurtre au chenil) 

Un film de Michael Curtiz (1933). C'est du polar à énigme avec son lot de suspects qui ont tous une raison d'avoir fait le coup (air connu). Ici ça se complique car non seulement on cherche le coupable, mais on cherche aussi le mode opératoire. Comme le film va très vite et qu'on s'y perd un peu entre tous ces personnages, on ne risque pas de trouver et quand vient la révélation finale on peut dire chapeau pour le mode opératoire un peu tiré par les cheveux mais astucieux, quant à l'identité du coupable… bof ! La réalisation est très correcte, ainsi que le casting même si l'acteur principal William Powell énerve son monde. Mais tout cela est très froid malgré les quelques tentatives d'humour d'autant qu'on ne voit pas beaucoup ces dames

Baby-face

 Un film d'Alfred E. Green (1933) avec Barbara Stanwick. Barbara Stanwick magnifiquement photographiée crève l'écran dans ce rôle de garce sublime et le film est d'un cynisme assez remarquable. Bien que réalisé avant le code Hays, on sent les prémices de l'autocensure : beaucoup de scènes ne sont que suggérées et la fin est malheureusement complètement ratée. Ça reste néanmoins très bon. (Pour l'anecdote on aperçoit John Wayne en employé de bureau pendant quelques secondes.)

Le testament du Dr Mabuse

Un film de Fritz Lang (1933). Une atmosphère vraiment spéciale très proche du sérial fantastique. C'est bien réalisé et le montage est intéressant avec des personnages bien typés (même si on ressent bien plus que dans les films américains de la même date, l'influence encore présente du muet) On peut peut-être reprocher une certaine lenteur dans le développement du film et une fin trop abrupte. En revanche certaines scènes sont géniales  : la longue séance d'ouverture, le meurtre en voiture, la fusillade dans l'appartement des truands avec "Anna les bijoux", le couple emprisonné dans le repaire du Dr Mabuse, la poursuite nocturne finale sur la route. Tout cela participe a constituer un très bon film. PS : Il y a une scène incompréhensible : un moment le commissaire Lohmann découvre une inscription illisible gravé sur la vitre, or on a nettement l'impression que c'est lui-même qui vient de la tracer avec sa main cachée dans son dos !

Chotard et Cie

Un film de Jean Renoir (1933) Une pitrerie lamentable, mal interprétée (seul Charpin complètement en roue libre parvient un peu à se détacher) et mal photographiée (quand on à sa disposition cette très belle femme qu'était Jeanne Boitel, la moindre des choses aurait été de la mettre en valeur). Sinon Renoir s'amuse, il fait joujou avec sa caméra et veut montrer qu'il connait le langage cinématographique, mais à quoi ça sert quand on a un scénario nul et de mauvais acteurs ?

Blondie Johnson

Un film de Ray Enright (1933) avec Joan Blondell. Inversion des "rôles", c'est une femme qui partie de rien gravit les échelons de l'arnaque et du rançonnage pour en devenir la chef. Joan Blondel tient le rôle et elle crève l'écran de son charme et de son talent. L'histoire n'est pas très originale mais l'actrice s'y implique tellement et avec une telle aisance qu'elle la rend délicieuse. Dommage que ce soit si court (il y a pas mal d’ellipses) et que ça se termine par un demi happy-end peu crédible.

Carioca

Un film de Thornton Freeland (1933) avec Dolores del Rio, Fred Astaire, et Ginger Rodgers. Ce film à trois atouts, la présence magique de la très belle Dolores del Rio (qui se fait donner une fessée), L'immense intermède musical "Carioca" et le clou du spectacle : le faux mais fabuleux ballet sur les ailes des avions. Sinon, ben sinon rien, l'histoire est débile et à peine compréhensible et le jeune premier est ringard. Quant à Fred Astaire…bof

Les invités de huit heures  

Un film de George Culor (1933) avec Lionel Barrymore, Jean Harlow, Billie Burke. Un très bon film choral qui fustige les faux semblants et les hypocrisies de la haute société. Cependant le film n'est pas parfait, il est excessivement bavard, beaucoup de scènes sont trop longues et puis dans quel registre est-on puisqu'on passe directement du tragique (la scène du suicide) au burlesque (l'épisode de la cuisine des domestiques) ? Et puis qu'on nous explique pour quelle raison Kitty se mêle de sauver Jordan de la faillite ? Enfin on regrettera la fin bâclée et un peu gnangnan. Côté acteurs rien à dire, ils sont tous bons, Jean Harlow est exceptionnelle et Billie Burke n'est pas mal non plus dans son genre. On pourra déplorer la présence de Marie Dressler, non pas qu'elle joue mal, mais sa présence devint vite une vraie purge.

Blonde Venus

Un film de Josef Von Sternberg (1932) avec Marlene Dietrich et Cary Grant. La réalisation est superbe, Sternberg utilisant des plans de folies, dont le plus beau reste la scène des naïades au tout début. C'est donc l'histoire d'une femme qui se donne à un autre (et en devient amoureuse) pour sauver son mari, lequel mari est tellement con qu'il lui en fait reproche. Du coup Marlène se sauve avec le gosse et le mari l'a fait poursuivre. La critique disant que l'attitude du mari est débile n'est pas recevable, puisque l'histoire c'est justement celle d'une femme dont le mari a une réaction débile. C'est mélo mais sans être larmoyant, Marlène est magnifique et les morceaux de Music-hall sont superbes (la scène du gorille est exceptionnelle) Certaines scènes sont remarquables notamment celle où elle bluffe le détective privé (en revanche celle du dortoir pour femmes est outrée). Le problème c'est comment finir un tel film ? La seule fin réaliste (rester avec Carry Grant et obtenir un droit de visite du gosse) n'étant pas politiquement correcte, restait la fin morale (on se remet ensemble à cause du gosse… mais ça ne marche jamais ce truc- là !). Mais, oublions la fin, le film reste grand.

L'homme que j'ai tué

Un film d'Ernst Lubitsch (1932) avec Lionel Barrymore. Lubitsh nous pond un mélo. Alors évidemment c'est du Lubitsh avec ce qu'il faut de savoir-faire, d'humanisme et d'élégance, n'empêche que c'est un mélo avec un acteur principal qui en fait des tonnes. Et puis malgré le fait qu'il ne se passe pas grand-chose, le film est elliptique. Reste quelques plans magnifiques (l'ouverture), des scènes magistrales (l'entretien avec le curé, le banquet des anciens, la rumeur qui se propage…)

The Half Naked Truth  

Un film de Gregory La Cava (1932) avec Lupe Velez. Encore une perle du début du parlant à redécouvrir d'urgence. Une fable déjantée où tout y passe, le monde du spectacle, la manipulation, l'escroquerie, ça crie, ça hurle, ça gesticule, c'est bordélique à souhait, presque burlesque, et on se régale, et quand Lupe Velez se met à chanter une chanson suggestive à double sens en se trémoussant avec une gouaille qui fait plaisir à voir c'est un véritable enchantement. 77 minutes de folie et de pur bonheur. Un bijou !

Jewel Robbery  

Un film de Willima Dieterle (1932) avec Kay Francis. Le côté théâtral s'efface rapidement tant la prestation de la très belle Kay Francis nous coupe le souffle. Ce film de 1932 aurait été impossible à tourner deux ans plus tard avec l'instauration du code Hays. Imaginez un peu, une femme vénale ne restant avec son mari qu'en raison des bijoux qui lui offre, mais collectionnant les amants… Et la voilà qu'elle a un coup de foudre pour un gentleman cambrioleur qu'elle rejoindra à la fin du film dans sa retraire niçoise en prétextant à son mari une grande fatigue. Tout cela est délicieusement immoral et absolument charmant. Il est beaucoup question de bijoux dans ce film… qui en est un !

La Momie

Un film de Karl Freund (1932). On peut être un chef opérateur génial sans pour ça être un grand metteur en scène, car si ce film bénéficie d'une excellente prise de vue, ainsi que des maquillages de Jack Pierce et de la beauté troublante de Zita Johann, il n'est pas pour autant une grande réussite. Le prologue est très bien avec Karloff dans son sarcophage, puis on passe au film, et là on a droit à pas mal de parlottes débitées par des acteurs peu convaincants, Karloff qui avance à 2 à l'heure, tandis que le film qui n'a aucun rythme ne décolle pas, on ne s'attache pas aux personnages, on s'ennuie et on ne se réveille un peu pour une fin bien décevante. Un Universal bien en deçà des Dracula et des Frankenstein mythiques de la même époque.

Double assassinat dans la rue Morgue 

Un film de Robert Florey (1932) avec Bela Lugosi et Sidney Fox. Une photographie particulièrement soignée, des éclairages de folie (Karl Freund quand même !) L'action se passe à Paris sous le règne de Louis-Philippe (un Paris assez fantaisiste mais qui passe bien, avec une profusion de personnages en costumes) L'interprétation est correcte avec un Lugosi qui se retient et une Sidney Fox ravissante. Notons quelques prouesses techniques comme la scène de la balançoire, ou les plans séquences de la fin, une fin assez grandiose sur les toits de Paris avec la foule en contre plongée. Le dosage est parfait, il n'y a ni angoisse, ni suspense, ce n'était pas le but mais une pointe de sadisme (sinon qu'on nous explique pourquoi Lugosi attache sa victime à une crois de St André, alors qu'il aurait pu la ligoter sur un siège), et pas mal d'humour (la scène des faux polyglottes est très réussie).  Assurément il s'agit bien là de l'un des bijoux de la grande époque d'Universal Picture.

Grand Hôtel

Un film d'Edmund Goulding (1932) avec John Crawford et Greta Garbo… Une comédie mélodramatique chorale plutôt bien réalisée, mais comportant quelques longueurs. L'interprétation est magistrale même si Lionel Barrymore et Greta Garbo ne peuvent s'empêcher de surjouer. En revanche, Joan Crawford crève l'écran de sa beauté de son charme et de son talent ! Elle incarne une femme très libre, se prostituant occasionnellement par nécessité sans que ça lui pose trop de problèmes (nous sommes en 1932, avant le code Hays) A noter que le film développe un côté social assez intéressant entre le patron et son employé condamné par la médecine.

Haute pègre

Un film d'Ernst Lubitsch (1932) avec Miriam Hopkins, Kay Francis, Herbert Marshall. Ce sera une constante chez ce réalisateur, tout le monde ment à tout le monde, comme ici où il nous sert une histoire gentiment immorale (et qui le restera jusqu'à la fin) servie par un trio d'acteur époustouflant. (La blonde Miriam Hopkins nous fait une prestation extraordinaire, mais la superbe brune Kay Francis parvient à la dépasser sans se forcer, jouant de l'expression de son visage). La réalisation est sans faille, et donne parfois le tournis (on descend les escaliers, on les remonte… et en musique en plus). L'utilisation de l'ellipse est géniale (un simple réveil, qui devient une horloge quand le cadre change, ou cette scène sur le palier des chambres, où Marshall et Kay Francis n'arrêtent pas d'entrer et de sortir en donnant des ordres contradictoires au majordome.) Le ton est léger, souriant, élégant, distingué, mais il est surtout charmant au sens propre. Du très grand Lubitsch ! Un chef d'œuvre !

Une heure près de toi 

Un film d'Ernst Lutbitsch (1932) avec Jeanette McDonald, Genevieve Tobin et Maurice Chevalier. Œuvre mineure et légère, elle n'en reste pas moins plaisante et élégante grâce aux talents conjugués de Lubitsch et de Jeanette McDonald qui font véritablement pétiller ce gentil marivaudage qui sait si bien relativiser les choses avec le sourire.

Scarface

Un film de Howard Hawks (1932) avec Paul Muni. Il faut savoir que nous avons là une œuvre mutilée. Howard Hugues, le producteur voulait une sorte de transposition des Borgia à Chicago dans lequel le thème de l'inceste entre Scarface et sa sœur serait explicite. Les censeurs ont édulcoré tout ça, et y ont fait ajouter une scène de prêchi-prêcha assez pénible. Mais ce qu'il reste du film n'en est pas moins remarquable. Le montage est est nerveux, sans temps morts. C'est très bien réalisé, l'interprétation de Paul Muni est remarquable, les deux rôles féminins (la brune Ann Dvorak et la blonde Karen Morley) sont très bons, on ne s'ennuie pas une seconde.  Bref du bon cinéma même si on ne peut s'empêcher de comparer cette version avec le chef d'œuvre absolu que réalisera De Palma en 1984

Le masque d'or

Un film de Charles Brabin (1932) avec Boris Karlof et Mirna Loy. Tout ce qui fera le charme des grands films d'aventures exotiques est déjà là ! Personnages inquiétants voire sadique (il faut voir Mirna Loy se pâmer devant le type qu'on flagelle), enlèvements, tortures, sale bêtes, rebondissements, une touche d'humour (à la fin) et puis il y a Karen Morley (bien qu'elle ne fasse pas le poids devant Mirna Loy) et Karloff évidemment !

White Zombie

Un film de Victor Halperin (1932) acec Bela Lugosi et Madge Bellamy. Esthétiquement le film n'a pas assimilé le fait qu'en 1932 les acteurs devaient jouer autrement qu'à l'époque du muet. Mais on peut faire avec, d'autant qu'on semble percevoir l'influence de l'expressionnisme allemand. Le scénario est original, certaines scènes sont remarquables (le travail des zombies au moulin) même si c'est parfois un peu longuet. Côté interprétation Lugosi cabotine un max et Magde Bellamy éclaire le film d'une beauté quasi poétique. La bande son est assez démente. On n'est pas chez Universal mais le résultat est tout à fait honorable.

Boudu sauvé des eaux

Un film de Jean Renoir (1932) avec Michel Simon. Formellement c'est très bien réalisé, le cadrage, les éclairages et la photo, tout cela est parfait. Michel Simon joue très bien et on apprécie le rôle de la mystérieuse Sévérine Lerczinska dans le rôle de la petite bonne délurée. Sinon, la mise en scène comprend des lourdeurs et des maladresses (Quand Boudu met une pagaille monstre dans l'appartement sous prétexte de cirer ses chaussures, était-ce la peine de force le trait à ce point que ça en devient ridicule ? Lestingois qui ne réagit pas quand Boudu lui barre l'accès à la chambre de la bonne). Maintenant parlons du propos, on nous répète à foison qu'il s'agit d'une satire de la bourgeoisie, si cela était bien l'intention de l'auteur, c'est complètement raté. Après nous avoir expliqué en version gros sabots que la société était injuste parce que personne n'aidait Boudu à retrouver son chien alors que tout le monde se met en quatre pour retrouver le pékinois d'une bourgeoise, on s'intéresse aux Lestingois dont le mari vient de sauver Boudu de la noyade. Qu'est-ce qu'on leur reproche à ces bourgeois là ? D'être conformistes parce qu'ils ont un piano pour épater la galerie (tu parles d'une critique !) De s'époumoner parce qu'un j'menfoutiste et fier de l'être fout le bordel chez eux ? D'avoir des relations extra-conjugales ? Mais à ce propos Renoir se plante complètement : La scène où chacun s'aperçoit des coucheries de l'autre se termine de façon abrupte et absurde par le mariage de la bonne et de Boudu (Renoir veut sans doute nous dire que les petits bourgeois sont hypocrites) et à la fin quand Boudu a disparu on voit Lestingois tenir dans ses bras à la fois sa femme et sa bonne, prémices d'un ménage à trois que Renoir semble critiquer. Ce film correspond à une vision anarchiste désuète (pléonasme) de la société, par laquelle les bourgeois seraient tous des salauds, même quand ils se montrent libéraux, et ceux qui emmerdent les bourgeois seraient forcément des gens admirables ! Finalement dans ce film les Lestingois et leur bonne me paraissent bien sympathiques, tandis que Boudu m'apparaît comme un parfait connard ! Je ne pense pas que c'est ce que voulait nous dire Renoir !

Les chasses du comte Zaroff

Un film de Shoedsack et Pichel (1932) avec Fay Wray et Joel McCrea. ! Le film est surtout resté célèbre de par son pitch qui peut donner lieu à bien des réflexions philosophiques… comme si Zaroff avait lu Nietzsche ! Le film dure 60 minutes : une demi-heure de préliminaires (peut-être un petit peu longuets), une demi-heure de poursuite à laquelle on ne croit pas une seconde (la désinvolture avec laquelle il échappe à la meute de chiens affamés, fallait le faire !) mais on ça n'en reste pas moins fascinant si on veut bien "jouer le jeu". Et puis Fray Wray est si belle. On savait faire du bon cinoche en 1932… sans numérique.

Un chien qui rapporte

Un film de Jean Choux (1932) avec Arletty. Une histoire légère et complètement farfelue. On se serait bien passé du rôle assez lourd (c'est le cas de le dire) de Madame Gras, mais sinon cette galerie de jeunes filles décontractées qui font la fête, qui lèvent la jambe, qui fument et qui boivent fait plaisir à voir. Arletty se détache du lot avec ses tenues excentriques parmi lesquelles du très moulant et du transparent (on lui voit même un sein nu, un très court instant). La mise en scène est inventive. Une charmante surprise !

Treize femmes

Un film de George Archainbaud (1932) avec Myrna Loy. 73 minutes c'est bien court pour étoffer cet inquiétant thriller qui en aurait eu bien besoin. Alors et c'est dommage, le non-dit est omniprésent là où il aurait fallu développer, c'est le gros défaut du film, sinon, on ne peut nier qu'il y a une ambiance, du suspense efficace, une bonne musique (Max Steiner) de très belles scènes, une belle photographie, de très belles actrices (l'envoutante Myrna Loy en tête) et qu'on ne s'ennuie pas une seconde.

Numéro 17

Un film d'Alfred Hitchcock (1932). Une curiosité. La première partie se passe entièrement dans une cage d'escalier, c'est très bien filmé, il y a une belle scène choc, le problème c'est qu'il y a beaucoup de monde et on n'arrive jamais à savoir qui est qui et ce que veulent vraiment tous ces gens. La seconde partie se passe dans un train de marchandise, ça gambade, ça s'attrape, ça s'échappe, ça joue au chat et à la souris, et ça finit mal (mais pas pour tout le monde). Encore une fois c'est excellemment filmé mais on est toujours autant paumé, et quand après l'improbable happy end vient le twist final, on a envie de dire "tout ça pour ça ! Mais ça se laisse regarder sans déplaisir. La patte d'Hitchcock est quand même bel et bien là.

Il est charmant

Un film de Louis Mercanton (1932) avec Meg Lemonnier et Henri Garat. Un joyeux délire plein d'entrain et de bonne humeur emmené par une Meg Lemonnier absolument craquante et un Henri Garat en pleine forme. Très bonne musique de Raoul Moretti, mise en scène inventive. On n'est pas près d'oublier le monôme d'ouverture, Martine de Breteuil s'invitant dans le lit d'un bourgeois, la même, Martine de Breteuil en danseuse miniature quasiment nue sortant du livre de cours de Garat, ou encore cette impensable prière orientale. Bref que du bonheur ! PS : Le petit commentaire de présentation ose une comparaison avec les films de Jacques Demy. N'en croyez pas un mot, ça n'a rien à voir et c'est bien plus marrant.

La nuit du carrefour

Un film de Jean Renoir (1932) avec Pierre Renoir. On dirait un brouillon. Parce qu'il y a des bonnes choses, une caméra très vivante, des plans de grisailles donnant au film un aspect irréel, des trouvailles purement cinématographiques (le kiosque à journaux), une description assez noire de la mentalité provinciale... Mais à côté de ça des longueurs à faire bailler, des plans incompréhensibles, de la publicité clandestine pour Castrol et puis surtout une intrigue inintéressante à la conclusion nébuleuse. On retiendra néanmoins une chose assez rare, c'est le personnage interprété par l'énigmatique Winna Winfried, faisant des minauderies à Maigret, lequel ne s'en laisse pas compter, mais on sent qu'il n'aurait pas fallu grand-chose…

La fille aux cheveux rouges (Red-Headed woman)

Un film de Jack Conway (1932) avec Jean Harlow. Jean Harlow n'est ni Barbara Stanwyck ni Norma Shearer, et c'est bien dommage, car son côté glamour est terriblement artificiel. Mais faisons avec. On nous montre une femme beaucoup plus complexe que la manipulatrice qu'elle joue à être, et son impulsivité la pousse à commettre des actes regrettables, elle peut même être jalouse… Le film n'oublie pas d'évoquer l'hypocrisie de tout ce petit monde (dans la bonne société, il n'est pas bien vu de "monter" avec ses charmes"). Le film est parfois maladroit à l'instar de son héroïne mais quel pied de nez à la morale bourgeoise magnifié par l'un des derniers plans les plus "gonflés" de l'histoire du cinéma.

Si j'avais un million 

Un film collectif de Norman Z. McLeod, Ernst Lubitsch… (1932) avec Gary Cooper, Charles Laughton, WC Fields, Georges Raft… Tout cela est vraiment très inégal, le meilleur étant les deux sketches de Norman Z. McLeod, très proche du burlesque et iconoclastes. Le pire étant cette pitoyable histoire de condamné à mort et cette ridicule histoire de maison de retraite. Et entre le pire et le meilleur il y a l'insignifiant et le moyen. Mention spéciale tout de même à Ernst Lubitsch qui ne s'est pas trop foulé, mais qui s'est fait plaisir. Globalement ça ne passe pas la moyenne.

Le chien jaune

Un film de Jean Tarride (1932). C'est du Simenon et si c'est l'intrique policière que vous cherchez à élucider avant Maigret, c'est tout simplement impossible, du point de vue polar, c'est donc médiocre. En revanche comme film d'ambiance c'est assez fabuleux, la reconstitution d'un petit port de Bretagne où tout le monde s'excite suite à des meurtres bizarres est remarquable. Coté interprétation le père du réalisateur interprète un Maigret bourru mais plausible, Le Vigan a tendance à en faire un peu trop mais il est bon. A remarquer aussi la jolie Rosine Deréan. Finalement on passe un bon moment

Marius

Un film d'Alexandre Korda (1931) avec Raimu, Pierre Fresnais, Orane Demazis. Ce film reste gravé dans la mémoire du cinéma à cause de deux extraordinaires scènes cultes (les quatre tiers et la partie de cartes) ainsi que pour l'interprétation fabuleuse du rôle de César par Raimu. Mais à y regarder de plus près tout n'est pas si bon que ça, côté interprétation le gros souci c'est Orane Demazis (Madame Pagnol) qui disons le carrément ne sait pas jouer. Il aussi un problème de dialogues, autant ils sont excellents et incisifs quand on reste dans le domaine comique, autant les dialogues sérieux ont du mal à passer, trop longs, manquant de concisions et surtout virant dans le mélo. Enfin le film ne se démarque pas d'un certain moralisme parfois assez lourdingue, certes le personnage de Fanny se veut fort et libre mais se noie dans l'ambiguïté. Un film surestimé ce qui ne veut pas dire qu'il soit mauvais !

Monkey Business

Un film de Norman Z. McLeod,(1931) avec les Marx Brothers. Il faut se rendre à l'évidence, tous les films des Marx Brothers ne sont pas bons. La faute en incombant à des réalisateurs médiocres. Ici c'est juste moyen : les seconds rôles masculins sont mauvais y compris Zeppo, ça part dans tous les sens et on plutôt l'impression d'avoir affaire à une série de sketches enfilés n'importe comment qu'à un véritable film. Il a trop de jeu de mots qui passent mal la barrière de la langue et pas assez de bon burlesque. A sauver la scène des tonneaux et surtout celle du théâtre de marionnettes. On est bien loin de Duck soup ou de une nuit à Casablanca !

Dr Jekyll and Mr Hyde

Un film de Rouben Mamoulian (1931) avec Fredric March, Miriam Hopkins et Rose Hobart. Librement inspirée de la nouvelle de Stevenson (dans laquelle Jekyll n'a pas d'aventures féminines), ce film est un chef d'œuvre, le trio d'interprétation principal exécute un véritable sans faute, les vedettes féminines sont au top et magnifiquement photographiées, March mérite amplement l'oscar du meilleur acteur qu'il a obtenu en 1932. Le film commence en caméra subjective et adopte parfois des plans extrêmement rapprochés tout à fait surprenants. La scène dans la chambre d'Ivy (Miriam Hopkins) est un petit bijou d'érotisme contenu. En filigrane, le film critique les conventions sociales (ici celle de la bourgeoisie victorienne) mais pose la question "peut-on se libérer de tous les carcans sociaux au risque d'aller trop loin ?" …comme Mr Hyde.

L'adieu aux armes

Un film de Franck Borzage (1932). Il ne se passe pas grand-chose dans ce film ou le réalisateur transforme un livre de 300 pages en bluette et se croit obligé de faire du mélodrame lacrymogène en guise de conclusion. A part la prestation remarquable (le mot n'est pas vain) de Gary Cooper, pas grand-chose à se mettre sous la dent (et je ne parle même pas de cet insupportable curé). Un film complètement surestimé.

Aidons-nous  

Un court métrage de James Parrot (1932) avec Laurel et Hardy. Parfois drôle mais surtout sans surprise faute à un scénario qui 'en est pas un. Et vingt minutes comme ça, c'est long !

Stan boxeur

Un court métrage de 20 minutes de James W. Horne (1932) avec Laurel et Hardy. Deux sketches collés artificiellement, dans le premier nos deux duettistes jouent les redresseurs de tort en volant au secours d'une jeune fille avec qui son patron veut se marier de force et qui l'enferme à clé en attendant la cérémonie, s'en suit une partie de lance-clé assez réjouissante, suivie d'un match de boxe bien burlesque.

Tumultes

Un film de Robert Siodmak (1932) avec Charles Boyer et Florelle. C'est d'abord un film d'ambiance magnifiquement photographié et à la mise en scène soignée (la scène de la fête est grandiose). Si Charles Boyer est étonnant dans son rôle de macho, Florelle crève l'écran de son charme et de son talent (et en plus elle chante !) Nous avons là un bon petit film sur le milieu de la pègre berlinoise  (et le fait qu'ils aient tous l'accent de Paris n'a aucune espèce d'importance). La fin est malheureusement complétement ratée, le commissaire semblant approuver la pseudo philosophie misogyne du mauvais garçon.  

Le rosier de Madame Husson

Un film de Bernard Deschamps (1932) avec Fernandel et Françoise Rosay. Un petit bijou, nonobstant quelque longueurs "municipales" et une scène peu claire (d'où sort cette première rosière ?), le réalisateur a vraiment respecté l'esprit de Maupassant en faisant de cette nouvelle un film d'ambiance, très inventif, très bien réalisé avec une caméra très mobile et des astuces de tournage étonnantes pour l'époque (les affaires de Fernandel dans la chambre du bordel). Le jeune Fernandel (28 ans) est très bon et n'en fais pas trop, Françoise Rosay n'a pas grand-chose à faire mais quelle classe, et Marguerite Pierry est désopilante comme toujours. Les scènes sont longues mais fortes (le banquet, le bordel). On, a droit a un bel épisode burlesque avec les pompiers et quelques chansonnettes amusantes. Et comme toujours chez Maupassant (quand il n'est pas trahi) la morale n'est pas sauve ! Un régal.

Illicite  

Un film d'Archie Mayo (1931) avec Barbara Stanwick, Joan Blondel. Film étonnant complètement dominé par la beauté et le talent de Barbara Stanwick qui crève l'écran en interprétant un personnage de femme libérée et forte. Qu'on ne s'y trompe pas cette comédie reste un surprenant plaidoyer anti-mariage, même si la fin et l'absurde et incohérente dernière scène semble nous dire le contraire. (mais, que voulez-vous, il fallait bien une fin un peu "morale"). A voir !

Dracula

Un film de Tod Browning (1931) avec Bela Lugosi et Helen Chandler. Il est nécessaire de savoir que le film n'est pas l'adaptation directe du roman de Bram Stoker, mais une adaptation de sa version théâtrale créée par Hamilton Deane et J.L. Balderston en 1924 (et joué sur scène par Bela Bugosi à partir de 1927). Si cet aspect théâtral contribue à alourdir le film, c'est le seul défaut de cet oeuvre qui n'est ni un film d'horreur ni un film d'angoisse mais un film fantastique qui vaut surtout pour sa magnifique et envoûtante atmosphère gothique.

Frankenstein  

Un film de James Whale (1931) avec Boris Karloff. Court mais remarquablement réalisé et photographié, avec des décors de folies, des scènes cultes (la noyade de la gamine, le père qui traverse la fête avec son cadavre, le final dans le moulin en flamme). Même si Whale fera encore mieux avec la fiancée de Frankenstein en 1935, ce film fondateur du mythe reste un chef d'œuvre.

The bad sister   

Un film de Hobart Henley (1931) avec Sidney Fox, Bette Davis, Humphrey Bogart. C'est assez astucieux, l'auteur met en place tout ce qu'il faut pour plonger dans le mélodrame le plus noir : l'aigrefin dont on devine la nature à 10 km, la femme qui meurt en couche, le malaise du père, le désarroi de Marianne), mais miracle, il nous évite le pire avec un twist semi-moral. A noter en seconds rôles, les prestations prometteuses de Bette Davis et d'Humphrey Bogart, et celle d'un sale gosse étonnamment bien dirigé. Une bonne petite surprise.

Shanghai express

Un film de Josef Von Sternberg (1931) avec Marlène Dietrich. Le film n'est pas sans défaut : L'intrigue est très faible (et peu crédible), Clive Brook qui tient le premier rôle masculin n'est pas à la hauteur. La galerie de personnages secondaires (les voyageurs) ne vole vraiment pas très haut. On ne peut par ailleurs s'empêcher de penser à "Boule de Suif" de Maupassant, mais ce dernier contrairement à Sternberg ne s'encombrait pas d'une "morale chrétienne" lourdingue et pénible. D'un autre côté, le film est un hommage à Marlène, rayonnante, impériale, superbement photographiée et faisant preuve d'un professionnalisme étonnant. Et puis il y a aussi ces travellings de folie qui donnent le tournis avec l'utilisation judicieuse de la géométrie des trains de voyageurs et cette reconstitution des mouvements de foule qui est magistrale. (quoique la scène où les soldats sont fusillés, soit ratée). Un assez bon film possédant des qualités certaines, mais qu'il convient de ne pas surestimer.

L'ennemi public

Un film de William Wellman (1931) avec James Cagney. Difficile de ne pas faire la comparaison avec "Le petit César" De Mervyn LeRoy sortit quelques mois avant. Le Wellman le dépasse de par sa démonstration plus claire, de par l'interprétation de Cagney supérieur à celle de Robinson et par l'introduction de scènes chocs (Cagney tirant sur un une peau d'ours, tuant un cheval, écrasant un pamplemousse sur le visage de sa copine, pataugeant dans le caniveau, et surtout le dernier plan, quasi fantastique). Les seconds rôles sont assez bons (Magnifique Joan Blondell) sauf Jean Harlow qui semble complètement larguée. On regrettera cependant le côté moralisateur trop appuyé ainsi que l'aspect mélodramatique qui devient pénible en fin de film.

Le petit César

Un film de Mervyn LeRoy (1931) avec Edward G. Robinson. Contrairement à ce qui est reporté parfois, ce film n'est en rien le fondateur des films de gangsters parlants, puisque "Au seuil de l'enfer" d'Archie Mayo fut réalisé avant et lui est supérieur par son scénario et par sa réalisation. Ici l'histoire n'est pas inintéressante mais elle reste trop simpliste, trop schématique même si ça s'améliore dans la partie finale. Par ailleurs LeRoy a un certain mal à s'affranchir des tics du cinéma muet, ainsi certaines gestuelles sont exagérées et il y a même des "cartons". Un film globalement décevant malgré la prestation de Robinson.

Fascination

Un film de Clarence Brown (1931) avec Joan Crawford et Clark Gable. Le cinéma américain d'avant 1934 regorge décidément de pépites qu'on ne se lasse pas (re) découvrir. Ainsi ce film de Clarence Brown qui nous dépeint une femme qui se fait entretenir par unique choix personnel, et qui l'assume complétement (merveilleuse Joan Crawfod). Le film dénonce aussi l'hypocrisie américaine qui assimile les écarts sexuels à de la malhonnêteté. Propos et situation impossible après l'instauration du code Hays… et 85 ans plus tard le sujet reste d'actualité. L'interprétation de Joan Crawford est éclatante (et ce n'est rien de l'écrire), Clark Gable est déjà très élégant malgré son absence de moustache. Bonne réalisation, belle image, bonne musique… chef d'œuvre.

Five star final  

Un film de Mervyn LeRoy (1931) avec Edward G. Robinson et Boris Karloff. Un chef d'œuvre qui malgré le sujet mélodramatique reste très pudique. Le personnage interprété excellemment par Robinson est vraiment intéressant, acceptant une campagne de presse allant contre ses convictions, il la met malgré tout en œuvre "parce que c'est son boulot", et s'il est le seul à regretter les conséquences de ses actes, il ne se cherche pas non plus d'excuses et ira se consoler avec sa secrétaire. Il est aussi le seul à dire en filigrane une vérité trop souvent cachée : si la presse est pourrie, c'est que ses lecteurs le sont aussi. Karloff en infâme salopard n'est pas mal non plus mais d'une façon générale toute la distribution de ce film fort et intelligent est excellente. Et une mention spéciale pour la standardiste gouailleuse.

M. Le Maudit

Un film de Fritz Lang (1931) avec Peter Lorre. Les chef-d'œuvres ne vieillissent jamais, car s'en est assurément un. Bien sûr, c'est expressionniste, mais il s'agit d'un choix esthétique assumé, bien sûr certaines postures du cinéma muet sont encore là... Et alors ? Sinon la maîtrise de la forme est extraordinaire, un montage génial, des plans séquences insensés, l'utilisation de la caméra subjective et du leitmotiv, les éclairages, la direction d'acteur (Le meilleur rôle de Peter Lorre), des séquences de folie (l'introduction, la fouille de l'immeuble, le tribunal des malfrats). Quant au fond, il est très fort, le film ne contient aucun héros positif, mais on s'identifie à la meute qui veut la peau de M. jusqu'à ce que le malfrat jouant le rôle de l'avocat, puis M. lui-même nous fasse basculer dans la compassion. Lang ne juge rien mais pose les bonnes questions sur la justice, la vengeance, l'opinion publique. Si ce film reflète l'état de délabrement de l'Allemagne de 1930, il est erroné de dire qu'il critique la montée du nazisme, doit-on rappeler que la femme de Fritz Lang (lequel ne partageait pas ses opinions)  dont les sympathies nazis étaient connues participa au scénario. Mais ce nécessaire aparté n'enlève rien au fait que ce film soit un chef d'œuvre.

Vies privées

Un film de Sidney Franklin (1931). Décidément, avant l'instauration du code Hays, les films américains osaient tout ! Car enfin quelle est la "morale" de cette brillante comédie sinon de nous expliquer que l'amour vache dans un couple est une relation parfaitement viable pourvu que l'on en édicte les règles et les limites et qu'on fait en sorte de les respecter. Norma Shearer domine de loin la distribution en illuminant le film de sa beauté et de son talent. Un petit bijou pétillant comme du champagne à découvrir d'urgence.

Les Carottiers

Un film de par James W. Horne (1931) avec Laurel et Hardy. En fait version française (Laurel et Hardy parlent vraiment français, du moins ils s'y efforcent et le résultat n'est pas toujours évident) de la réunion artificielle de deux courts métrage (Drôles de bottes et Le Bon filon) pour en faire un film de 63 minutes. Tout cela souffre d'un mauvais rythme, quand un gag est trop long, il devient lassant et vingt minutes pour retirer une paire de bottes ça devient soulant, la seconde partie souffre également de sa longueur et sa dernière scène qui se voudrait un chantage à l'amitié, est consternante de platitude.

Les deux légionnaires  

Un court métrage de 35 minutes de James W. Horne, (1931) avec Laurel et Hardy. Plutôt bon puisque le délire va crescendo pour atteindre son paroxysme dans la mythique scène de l'attaque du fort.

Toute la vérité

Un court métrage de 20 minutes de James W. Horne (1931) avec Laurel et Hardy et Mae Bush. Un Laurel et Hardy hystérique, mais ce n'est pas pour nous déplaire d'autant que tout cela est fort bien rythmé, la prestation de Mae Bush dans un rôle complètement dingue (c'est le cas de le dire) est savoureuse.

Ames libres  

Un film de Clarence Brown (1931) avec Norma Shearer, Lionel Barrymore, Clack Gable. On comprend clairement qu'on est avant le code Hays, après 1934 ce genre de film aurait été impossible même en censurant. Le film vaut surtout pour son interprétation, on sort juste du muet et ça se voit parfois, et si Barrymore est excellent (malgré son cabotinage), la belle Norma Shearer y est sublime ! La photo est excellente, en revanche c'est souvent excessivement bavard et ça frôle de près le mélodrame. L'histoire est intéressante et se concentre autour du personnage de Jan, une femme que son père a appris à vivre librement sans se préoccuper des conventions sociales. Un bon film.

Svengali

Un film de Archie Mayo (1931) avec John Barrymore. On sort du muet et ça se voit ce qui est paradoxal dans ce film ou la voix revêt une importance considérable. C'est lent, ça prend des pauses et John Barrymore cabotine à fond les manettes. Les décors sont impressionnants, à ce point qu'on se croirait dans un film expressionniste allemand. Quant à Marian Marsh elle est mignonne comme un cœur et possède un joli filet de voix. Tout cela est quand même un peu poussif malgré la fin inattendue

Morocco

Un film de Josef Von Sternberg (1930) avec Marlene Dietrich et Gary Cooper. Un film sur l'amour fou entre un légionnaire sorti de nulle part et une chanteuse de beuglant. Voilà qui pourrait donner n'importe quoi, sauf qu'ici c'est complètement transcendé. Une photographie magnifique, il faut voir ces jeu d'ombres au début, de longs travelling comme Sternberg les adorait, une belle musique (Marlene chantant "Lorsque tout est fini…"), Et puis les acteurs sont fabuleux, Marlène bien sûr, mais aussi Gary Cooper jouant un jeu inhabituel et désinvolte. L'histoire est moins schématique qu'on ne pourrait le penser : si la jalousie de Cooper l'égare, on notera que Marlène respecte son richissime bienfaiteur, lequel n'hésite pas par amour pour elle à la rapprocher de Cooper. Notons aussi Le baiser sur la bouche que donne Marlène à une spectatrice du cabaret et qui est probablement le premier baiser lesbien public montré au cinéma. Des situations complexes, intelligentes et osées qui disparaîtront pendant 30 ans du cinéma américain avec le Code Hays. Quant à la fin, on peut en penser ce qu'on n'en veut mais qu'on ne vienne pas me dire que ce n'est pas sublime !

The Office Wife

Un film de Llyod Bacon (1930). Il ne se passe pas grand-chose dans ce film d'à peine une heure et les mauvais esprits pourront n'y voir qu'un éloge de la vénalité et de la promotion canapé, alors qu'au contraire on pourra s'amuser de cet aspect amoral et politiquement incorrect. Mais le film a le mérite de dépeindre des attitudes que le Code Hays supprimera des écrans américains. Ainsi le mari soupçonnant que sa femme le trompe, choisira de ne pas vouloir le savoir, ainsi le même apprenant de la bouche de sa femme qu'elle a une liaison et qu'elle va demander le divorce, se contente de faire profil bas, sa femme quant à elle refusant de voir son mari malheureux l'embrasse tendrement et se propose même de l'aider à reconquérir sa secrétaire. Et puis il a cette scène au clair de lune sur la plage où la petite secrétaire écoute son premier fiancé évoquer ce que sera leur vie, et où elle n'en peut plus. Eh oui entre la médiocrité et la vénalité, le choix est clair. On regrettera juste que la fin trop vaudevillesque (dans le mauvais sens du terme car il y a d'excellent vaudevilles), mais cette petite perle reste délicieuse.

Junon et le Paon

Un film d'Alfred Hitchcock (1930) C'est théâtral à l'excès, bavard, lent et lourd, ce qui fait déjà beaucoup, mais en plus il faut que le film sombre dans le mélo le plus noir : victime d'un héritage bidon, la famille doit rendre tout ce qu'elle a acheté, la fille de la famille est mise enceinte par le notaire en fuite et le fils de la famille se révélé être une balance qui est emmené par deux hommes pour être abattu… Plus mélo tu meurs ! De plus le scénario n'est pas clair et n'explique pas pourquoi le notaire à fait ce coup tordu (juste pour pouvoir coucher avec la fille ?) Enfin, bref, c'est mauvais.

L'ange bleu

Un film de Josef Von Sternberg (1930) avec Marlene Dietrich et Emil Jannings. Merveilleusement mis en scène, et porté par deux immenses acteurs, si différents dans leur registre, ce film mérite amplement son statut de classique du cinéma. Des scènes cultes, Marlène et ses jambes bien sûr, mais aussi, la carte postale à système sur laquelle on souffle, le repas de noce ou Jannings fait le coq… Le fond est intéressant et beaucoup moins primaire qu'on ne pourrait le penser. Lola (Marlène Dietrich) est-elle véritablement responsable de la déchéance de Jannings ? A aucun moment elle n'a essayé de le dépouiller, sa seule faiblesse est de ne pas avoir refusé de l'épouser. Jannings a cru pouvoir l'acheter croyant que le bonheur était négociable, Lola a voulu rester elle-même, d'une telle situation le drame ne pouvait qu'éclater. Lola n'est pas vraiment méchante, elle le prouve plusieurs fois, (un peu manipulatrice quand même) mais comme elle le chante si bien, elle est faite pour l'amour. Quant à Jannings, le pauvre, on a mal pour lui.

Animal Crackers (l'explorateur en folie)

Un film de Victor Heerman (1930) avec les Marx Brothers. Ça commence en trombe, façon comédie musicale, on se dit que si tout le film est comme ça on va se régaler. Il y a hélas ensuite une baisse de rythme avec des dialogues un peu long dont les subtilités ont du mal à franchir les barrières de la langue, et puis il y a cette partie de bridge assez mauvaise. Malgré tout cette histoire de substitution de tableau fonctionne plutôt bien avec quelques répliques bien senties, un Harpo déchaîné, un Groucho en pleine forme, et une distribution féminine absolument charmante dominée bien sûr par Margaret Dumont. L'un des meilleurs Marx malgré quelques réserves.

Les anges de l'enfer

Un film de Howard Hugues (1930) avec Jean Harlow. Eh ben, il a dû coûter bonbon, celui-là ! Entre les séquences couleur, les combats aériens et le zeppelin ! Mais le résultat est à la hauteur. Non seulement il y a des scènes spectaculaires (et ce n'est rien de le dire) comme les séquences de guerre dans les airs, les scènes chocs qui restent longtemps gravés en mémoire comme les types qui sautent du zeppelin, mais il s'agit d'un film d'action exceptionnel, l'œuvre d'un visionnaire. Evidemment les scènes intimistes ne sont pas au niveau, mais cela est dû au casting masculin, parce que côté féminin, la Jean Harlow, il faut la voir rayonner dans ce film pour le croire. Une nymphomane n'ayant pas peur des décolletés… Certains y ont vu la description d'une garce alors que qu'elle assume avec sincérité son statut de femme émancipée refusant de suivre les codes moraux en usages (et tant pis pour ses petits amis incapables de la comprendre sur ce point). Le film nous montre aussi sans discours inutiles que ce qu'on appelle le courage n'est bien souvent rien d'autre que de la bravade. Chapeau !

Au seuil de l'enfer

Un film d'Archie Mayo (1930) avec James Cagney. Important dans l'histoire du cinéma puisque ce film fixe les codes du film de gangsters qui seront repris par la suite notamment par l'excellent Scarface d'Howard Hawks. Par exemple le fameux tic de Georges Raft qui joue à faire sauter une pièce de monnaie dans sa main à son origine dans ce film. Coté Casting si Cagney passe bien, Lew Ayres paraît un peu frêle pour un chef mafieux, mais Dorothy Mathews est mignonne comme tout. Le scénario est assez simpliste mais nous offre quelques pépites : l'annonce de la mort du gosse, Cagney qui pelote (très softement) la femme de Lew Ayrès pratiquement sous le nez de celui-ci, les camions qui pétaradent pour couvrir les bruits d'un meurtre. Rien n'est édulcoré, on était avant le code Hays, ça se voit et ça fait du bien.

A l'ouest, rien de nouveau

Un film de Lewis Milestone (1930) Disons-le d'emblée le film souffre de quelques imperfections : quelques longueurs auraient pu être évité (la scène avec la maman) et le côté didactique paraît parfois artificiel. Mais cela mis à part, quel claque ! Les scènes de batailles sont grandioses, d'autres scènes sont marquantes (le prof et sa propagande, le retour de Paul qui se fait traiter le lâche par des gamins, la gestion des blessés, et cette fin…) Mettre moins de 4 étoiles serait une faute de goût.

La divorcée

Un film de Robert Z Leonard  (1930) avec Norma Shearer. Le problème de ce film c'est son incohérence. Tout se passe comme s'il y avait deux films différents qu'on essaie péniblement d'enchainer. Car enfin le personnage de Norma Shearer de la première partie n'a rien à voir avec celui de la seconde ! Au début Shearer se brouille avec son mari, non pas à cause de son écart (même si ça la contrarie) mais à cause de l'aveu de sa liaison. Elle se venge, et quand devant son mari elle lui dit que maintenant ils sont quittes, celui se révèle dans toute sa médiocrité. Elle le quitte pour de bon et décide de vivre sa vie. Première partie impeccable donc. La transition vers la seconde partie n'a aucun sens, Shearer allume tout un tas d'homme mais refuse de consommer ! Passons. Quant à la dernière parie, ce n'est ni plus ni moins qu'une défense bien poussive du mariage au sens religieux du terme (et donc de ses liens indissolubles quel que soit les circonstances). A ce titre la scène où apparait la femme défigurée est grotesque. La transformation de Shearer en femme soumise en devient inepte et ce qui est présenté comme un happy end est incongrue :  elle va se remettre avec son beauf, médiocre, violent et alcoolique ! On aurait voulu aimer ce film ne serait-ce que pour la prestation de Norm Shearer, fabuleuse. On va donc dire 5 pour la première partie et zéro pour la seconde ce qui nous fait une moyenne.

Un chien andalou

Un film de Luis Buñuel (1929). Ce film a tellement été cité, analysé, disséqué qu'il est difficile d'y apporter un jugement serein. Contrairement au mouvement dada qui assumait complètement les foutoirs qui s'en réclamaient (voir l'excellent Entr'acte de René Clair), le surréalisme est censé ne jamais être gratuit. On pourra être pris de fou rire par le symbolisme de l'homme traînant derrière lui comme un fardeau tout le poids de son éducation bourgeoise (séminaristes inclus gratuitement), alors que d'autres hurleront au sacrilège ou à la lourdeur. (Buñuel reprendra cette thématique dans l'excellent le fantôme de la liberté en 1974). Globalement le film reste intéressant et agréable à regarder, même si certains délires de Dali qui a co-signé le scénario restent abscons.

On n'a pas l'habitude

Un court métrage de 20 minutes de Lewis R. Foster (1929) avec Laurel et Hardy. Ce film est le premier parlant du tandem Laurel et Hardy. Sur un thème a la Feydeau conjuguant scène de ménage, voisinage, mari hypocrite et autre quiproquos . La trame sera reprise en 1938 pour "Tête de pioches", mais tout était déjà là ! A noter que le film a été retritré par erreur " Une nuit extravagante" par Universal vidéo

Un animal encombrant

Un court métrage muet de 20 mn de Lewis R. Foster (1929) avec Laurel et Hardy. Un peu poussif mais la chèvre est amusante (la pauvre, le tournage n'a pas dû être forcément une partie de plaisir pour elle)

Y'a erreur

Un court métrage muet de 20 mn de Leo McCarey (1929) avec Laurel et Hardy. Tout le talent de Mc Carey dans ce film à la limite du surréalisme où Laurel et Hardy vont livrer un cheval au lieu et place d'un tableau de maitre. Bien dosée, très inventif, et assez drôle

Son altesse royale  

Un court métrage muet de 20 mn de Lewis R. Foster (1929) avec Laurel et Hardy et Jean Harlow. Du bon et du moins mon, mais quelques séquences mémorables comme la présence de ce prince européen aux allures d'Eric Von Stroheim ou encore Jean Harlow qui rentre sans sa robe dans le hall de l'hôtel.

Drôles de locataires

Un court métrage de 28 minutes de James Parrott  (1930) avec Laurel et Hardy et Thelma Todd.  Quiproquos et comiques de situation pas toujours très finauds mais sauvés par cette incroyable scène où Laurel travesti en soubrette se fait pratiquement draguer par Thema Todd. Etonnant

Cadet d'eau douce

Un film de Buster Keaton (1928). Le début fait craindre le pire, c'est en effet très lourd (même lourdingue par moment) et puis soudain la seconde partie nous laisse scotché devant notre écran avec un déluge de gags surréalistes qui s'enchaînent sans nous laisser aucun répit et nous rendant sans voix devant tant d'inventivités. Jamais catastrophe naturelle n'a été aussi réjouissante !

Downhill

Un film d'Alfred Hitchcock (1927). Ne cherchez pas le suspense ! Il s'agit de l'adaptation d'une pièce de théâtre d'Ivor Novello lequel tient le rôle principal dans le film. Plutôt misogyne  (l'auteur de la pièce était homosexuel) mais on s'en fout un peu, le film ose des scènes pas si courante, deux étudiants qui flirtent avec la même fille en même temps, un sorte d'étrange ménage à trois qui finit mal, une boite à gigolo. La mise en scène est excellente, souvent métaphorique mais la fin complètement cucul. Gros souci : Il y a très peu de "cartons" ce qui nuit à la bonne compréhension du film. (que reproche exactement la serveuse aux garçons ? Comment "fonctionne vraiment le "ménage à trois ?) A voir comme une étonnante curiosité avec comme toujours chez Hitchcock de fort belles actrices féminines.

Métropolis

Un film de Fritz Lang (1927) avec Brigitte Helm. Le film est muet mais un accompagnement musical avec orchestres symphonique était prévu ce qui donne à l'œuvre une toute autre dimension. On est subjugué par la beauté des images et par la maîtrise de la réalisation face aux énormes moyens mis en œuvre. Cette œuvre est vraiment celle d'un visionnaire qui nous fait entrer dans son rêve. La prestation de l'énigmatique Brigitte Helm est quant à elle remarquable. Si certains aspects du fond sont critiquables (le prêchi-prêcha de Maria, le dernier plan très neuneu) d'autres sont très intéressants (la manipulation et l'aveuglement de la foule). Un chef d'œuvre bien sûr !

Collège  

Un film de Buster Keaton (1927). La légende tenace voudrait que le film soit basé sur son seul gag final, là où Buster réussit en cinq minutes tout ce qu'il avait échoué avant. Malheureusement c'est faux, la vérité c'est que des gags il y en a plein mais qu'aucun fonctionne (ils fonctionnaient peut-être à l'époque, mais la question n'est pas là, aujourd'hui, ils ne fonctionnent plus et un film qui vieillit mal n'est pas un bon film). Supporter cette interminable partie de base-ball est une véritable purge

Les deux détectives  

Un court métrage de 20 minutes de Fred Guiol (1927) avec Laurel et Hardy. Du burlesque à l'état pur, c'est très rythmé, sans vraies lourdeurs. Assez grandguignolesque par moment.

Le mécano de la General   

Un film de Buster Keaton (1926). Tourné 50 ans après la fin de la guerre de sécession, le film a du cartonner dans les états du Sud. Car en bon réac qu'il est (voir "Seven Chances") Keaton prend le parti des sudistes (et sans dentelles) ça c'est la première casserole. La seconde c'est que le foultitude de gags tombe intégralement à l'eau  (j'aime bien rigoler mais ceux qui se forcent à rire au ciné me font pitié). Un mauvais film donc ? Et bien pas du tout, malgré tout ça, c'est super agréable à regarder, c'est ingénieusement réalisé et on passe un super bon moment, parce que ça n'arrête pas, ça bouge tout le temps, c'est un vrai catalogue d'inventivité, et comme disait ma voisine, c'est pas drôle, mais c'est marrant. Ce doit être ça, la magie du cinéma.

Le fantôme de l'opéra

Un film de Rupert Julian (1925) avec Lon Chaney. Voilà l'un des trésors du cinéma muet longtemps oublié des spécialistes "autorisés". Plus qu'un film de terreur, il s'agit d'un film d'ambiance et là on est gâté, des souterrains, des passages secrets, des repères cachés, des mécanismes infernaux… le travail sur la photographie est remarquable, les plans incluant des mouvements de foules (voir la fin) sont assez impressionnants. L'utilisation des décors naturels parisiens s'incorpore parfaitement dans le film. Côté acteurs, Lon Chaney cabotine mais ce n'est pas bien grave, quant à Mary Philibin, quelle jolie femme ! Réalisé seulement 15 ans après la sortie du roman de Gaston Leroux, le film reflète parfaitement l'esprit de son auteur (sinon la lettre).

La ruée vers l'or

Un film de Charlie Chaplin (1925) S'il est vrai que les films comiques vieillissent plus vite que les autres parce que les bons gags sont repris et repris, n'empêche qu'on ne peut que souligner l'inventivité du scénario : la danse des petits pains, le poulet géant, la danse avec le chien et sa ficelle, et bien sûr la longue scène avec la cabane en équilibre. A remarquer la présence de la très jolie Georgia Hale. Certains passages ne sont cependant pas exempt d'une certaine niaiserie.

Le cuirassé Potemkine  

Un film de Serge Eisenstein (1925). Bien sûr qu'on peut le voir comme un film de propagande (et même que c'en est un). Mais quelle importance ? Potemkine c'est l'histoire d'une révolte qui a vraiment eu lieu et même si l'auteur prend pas mal de liberté avec les faits, cette façon de la mettre en image est sublime. Un montage au millimètre, des mouvements de foule parfaitement maîtrisés, (la réputation de la scène de la fusillades des escaliers d'Odessa n'a rien de surfaite), un sens aigu de l'ellipse, l'alternance des temps calmes et de la violence. Une leçon de cinéma !

Le monde perdu

Un film de Harry O. Hoyt (1925) Vraiment étonnant. Le film vaut surtout par ses trucages fabuleux, le dinosaure semant la panique dans les rues de Londres est un morceau d'anthologie. Evidemment les protagonistes n'ont pas vraiment à jouer des rôles de composition mais ils s'en sortent bien. Le film existe avec plusieurs longueurs et montages différents, dans celle que j'ai vue j'ai eu l'impression qu'il manquait des morceaux mais on ne s'ennuie pas une seconde.

La fièvre des échecs 

Un court-métrage de Vsevolod Poudovkine (1925). 14 minutes de pur délire nous montrant un type dévoré par la passion des échecs (avec la participation du champion du monde de l'époque, Capablanca). Comme quoi on peut faire court et excellent.

Aelita

Un film de Jacob Protozanov (1924). Une excellente surprise, ce film où le ton léger prédomine et où l'humour n'est pas absent se déguste telle une friandise. Evacuons déjà les conneries débitées en boucle sur ce film. Non ce n'est pas un film de science-fiction, mais un film dans lequel le héros fantasme sur la planète Mars ! Non, ça n'a pas grand chose à voir avec Métropolis et s'il est exact que c'est tiré d'un roman de Tolstoï, ce Tolstoï-là s'appelait Alexis et non pas Léon. Ce qui charme dans ce film c'est son côté farfelu complètement assumé (déjà la clé du film, le message mystérieux, mais ne dévoilons rien). Ensuite, et c'est un véritable tour de force, le réalisateur parvient à faire sans en avoir l'air une critique des conditions de vie dans l'URSS, et même mieux, de ridiculiser les mouchards de la police politique. Les actrices sont très belles, Yuliya Solntseva dans le rôle d'Alita et Valentina Kuindzhi dans celui de Natasha. Les passages martiens sont très réussis graphiquement avec des décors et des costumes dans un pur style constructiviste qui aura une influence durable sur le genre (voir Flash Gordon). Evidemment la prod (ou plutôt les commissaires du peuple) sont passés par là et ont imposé une fin de rêve martien d'un ridicule achevé : "Suivez notre exemple, camarades et fondez l'Union des Républiques Socialistes de Mars !" mais qui au second degré est à se rouler par terre. Quant à la fin terrienne, l'ordre soviétique est sauf et le (vrai) méchant est arrêté par les flics. Mais qu'importe cette fin, elle est tellement artificielle qu'elle apparaît extérieur au film qui n'en reste pas moins magnifique !
Il est intéressant de savoir ce qu'en disait la presse officielle soviétique (les Izvestia) "La montagne a accouché d'une souris, c'est beaucoup de bruit pour rien. Un an de travail, des dépenses considérables pour la mise en scène et de la publicité, la meilleure organisation technique, un célèbre réalisateur, des acteurs intéressants, un roman célèbre, un vol dans un autre monde, la révolution sur la planète Mars, la Russie soviétique en 1921…. et le résultat : un rêve idiot de petit bourgeois."

La Croisière du Navigator

Un film de Buster Keaton et Donald Crisp (1924). Le début est souriant sans plus, même parfois limite poussif et puis tout d'un coup ça se déchaîne, c'est drôle, inventif, poétique et ne nous laisse aucun répit. La partie ou Keaton est en scaphandre est particulièrement fabuleuse.

Entr'acte  

Un film de René Clair (1924) Un joyeux délire parfaitement assumé dont on retiendra la danseuse filmée en contre-plongée à travers un plancher de verre (et qui se révèlera être une femme à barbe) et cet étrange cortège funèbre filmé au pas de course mais au ralenti, puis avec une caméra qui donne le tournis et enfin la chute finale. C'était en 1924, à l'époque on rigolait avec le mouvement Dada, aujourd'hui on n'en rigole plus et on se prosterne religieusement devant la pissotière de Duchamp. Pauvre Dada, il ne méritait pas ça !

Monte là-dessus

Un film de Fred Newmeuer et Sam Taylor (1923) avec Harold Llyod. On a un peu oublié Harold Llyod et c'est bien dommage. L'histoire est toute simple (et tout bête, mais quelle importance puisque c'est du burlesque !) Le clou du film, l'ascension du building reste encore aujourd'hui un exploit remarquable à ce point qu'on en oublie que le trucage ne peut être qu'évident et que le suspense fonctionne (chapeau !). Dans un tout autre registre, la scène de la quasi émeute au magasin est également savoureuse.

 Paris qui dort  

Un film de René Clair (1923) avec Albert Préjean. Un savant fou fige le cours du temps. Seuls en réchappent le gardien de la tour Eiffel et les passagers d'un avion. Une bonne idée de départ, exploité de façon sans doute parfois maladroite, mais néanmoins cocasse et poétique. Les prises de vue sur la Tour Eiffel sont superbes.

Folies de femmes

Un film d'Erich Von Stroheim (1922). Un mélo flamboyant souffrant de deux ou trois longueurs qui ne sont pas imputables au réalisateur, le film ayant été charcuté par les producteurs. Le film est astucieux car la narration est faite du point de vue du personnage incarné par Von Stroheim, personnage sans scrupules qui se croit tout permis. A la limite on pourrait s'identifier à lui s'il se limitait à escroquer les riches, mais on s'aperçoit rapidement qu'il est capable de bien pire et il finit par le faire.  Outre l'interprétation magistrale de Von Stroheim, quelques scènes sont fabuleuses notamment celle de l'orage ainsi que la fin. Von Stroheim a aussi une façon bien à lui de dépeindre la misère, point de longs plans, une simple image de soldat éclopé ou d'un gosse jouant avec un casque suffit, du grand art.

Nosferatu

Un film de F.W. Murnau (1922) avec Max Schreck et Greta Schröder. Donc le méchant Murnau qui ne voulait pas payer de droits d'auteurs a pillé le Bram Stoker et a changé tous les noms. C'est lent, c'est très épuré. Pas de crucifix, pas d'ail, pas de pieu dans le cœur. Non l'histoire est toute simple, Dracula (Nosferatu, pardon !) tombe amoureux d'une nana en en voyant sa photo sur un médaillon. "Votre épouse a un cou magnifique !" s'exclamera-t-il provoquant le seul moment d'humour (involontaire) du film. Du coup il en oubliera que le chant du coq peut le tuer (un peu lourdingue l'apparition de ce coq depuis longtemps passé à la casserole !). L'histoire qui manque de rythme ne parvint ni à décoller ni à passionner. Il y a quand même une séquence assez fabuleuse où l'on voit une foule haineuse (et en définitive plus terrifiante que le vampire) poursuivre le marchand de biens désigné comme bouc émissaire de leur infortune. En fait il faut regarder le film "autrement", s'intéresser aux cadrages, aux lumières, aux plans… et là il faut bien dire qu'on est magnifiquement servi.
Il existe plusieurs accompagnements musicaux du film, dont un de Galeshka Moravioff qui est une horreur !

Dr Jekyll et Mr Hyde  

Un film de John S. Robertson (1920) avec John Barrymore. Certains films muets sont devenus des classiques de leur thème dans le domaine du fantastique (Nosfératu, le fantôme de l'Opéra), ce n'est pas le cas du film de Robertson qui sera complètement surclassé par l'éblouissante version parlante de Mamoulian en 1931. Cela dit le film reste estimable et John Barymore incarne un Mister Hyde supérieur par exemple à Spencer Tracy (dans la version de Flemming). Mais le film est trop illustratif, se prive de l'érotisme qui sous-tend le thème, va trop vite et paraît bien bavard (ce qui est quand même paradoxal pour un film muet) et surtout manque cruellement de punch.

Le cabinet du docteur Caligari

Un film de Robert Wiene (1920). Ce qui est remarquable c'est qu'une fois qu'on est entré dans le film, c’est-à-dire qu'on s'est adapté au jeu "exagéré" des acteurs du muet et aux décors en cartons, le film fonctionne parfaitement, on le regarde comme "un vrai film" et pas seulement comme un objet culturel. Certes le scénario est tenu, mais ça reste bien ficelé. Le décor a évidemment une importance prépondérante, chaque plan est un tableau expressionniste (sauf l'asile de fou et ce n'est pas par hasard). L'œuvre d'un visionnaire, l'un des monuments du cinéma muet. A noter l'excellente musique de Giuseppe Becce, très Berliozienne.

Le baromètre de la fidélité

Un film de Max Linder (1909). ou comment faire en 9,30 minutes un vaudeville qui soit en même temps une défense et illustration du libertinage, puisque la morale est "péché caché est à moitié pardonné.", le fameux baromètre ne sert donc à rien !

La sirène

Un film de Georges Méliès  (1904)  . C'est très mignon, c'est déjà ça, mais intervenant deux ans après le voyage dans la Lune on est forcément un peu déçu. (3,58 minutes)

Le voyage dans la Lune

Un film de Georges Méliès (1902). On aurait grand tort de regarder ce film uniquement comme une curiosité culturelle sur les débuts du cinéma. Parce que l'œuvre étonne par son côté "complètement barré" :  Les astronomes et les physiciens qui sont tous coiffés de chapeaux pointus et gesticulent sans arrêt. La pompe du départ des cosmonautes. L'extravagant symbole phallique de l'obus qui entre dans le fut. Les savants qui ne quittent jamais leur parapluie, les champignonnières lunaires, le plan final, les girls… Bref du gros délire bien assumé et qui a conservé la force de nous éblouir. Chapeau l'artiste ! (14 minutes)

Barbe Bleue

Un film de Georges Méliès (1901). Méliès a le sens de l'ellipse et de la métaphore. Le film est inégal mais la découverte de la chambre mortuaire et l'épisode la clé valent le détour. (9 minutes)

La tentation de Saint-Antoine

Un film de Georges Méliès (1898). Ultra-court mais iconoclaste et réjouissant (même si censure oblige, la fin reste politiquement correcte (56 secondes)

L'arroseur arrosé  

Un film de Louis Lumière (1895) Probablement le premier gag de l’histoire du cinéma. A regarder avec le prisme de la nostalgie, comme quand on feuillette de vieilles cartes postales.(49 secondes)

 

1895-1949 - 1950-1967 - 1968-1977 - 1978-1989 - 1990-2002 - 2003-2016
 


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