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Critiques en vrac

Page mise à jour le 21/05/2017

 

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Bonnie and Clyde

Un film d'Arthur Penn (1967) avec Faye Dunaway, Warren Beatty, Gene Hackman. Le film commence dans un tourbillon de sensualité, (Faye Dunaway n'a jamais été aussi belle) et ça y est on est scotché. Au-delà du récit au premier degré, au demeurant intéressant et bourré de qualité, il n'est pas interdit d'en faire une lecture psychanalytique, Clyde trouvant dans le maniement des armes à feu un substitut à son impuissance sexuelle, et Bonnie développant ce qu'on appelle de l'hybristophile, autrement dit la recherche de partenaires hors la loi au sens juridique et moral du terme, ou encore C. W. qui recherche un père digne de ce nom ! La lecture sociale est également intéressante et le film n'a besoin que de petites touches pour la montrer (la rencontre avec la famille expulsée au début, ou le hold-up pendant lequel Clyde demande à un type : c'est à vous ou à la banque ?). Bonnie et Clyde ne sont pas de psychopathes, les morts sont liées au risques du métier, ils ne volent qu'aux riches. Les gens ont toujours aimé ces voyous qui ont un côté Robin des Bois, peut-on leur donner tort ? Réalisation parfaite, images magnifiques, interprétation remarquable, second rôles intéressants, un peu d'humour (Ah, la tronche de Gene Wilder !), chef d'œuvre !

La reine des Vikings

Un film de Don Chaffey (1967) avec Carita. Un film très sombre, traitant de l'impossible art du compromis en politique, des jeux de pouvoirs, du fanatisme religieux, des dérives du colonialisme mais en même temps sans angélisme vis-à-vis des populations colonisées. Une optique assez rare pour ce genre de film. La réalisation est correcte, sans plus, mais le travail de la seconde équipe est intéressant, tout en restant très série B (c'est du Hammer film). On passera sur quelques incongruités genre, le dieu des druides qui s'appelle "Zeus" ou le fait qu'il n'y ait aucun viking dans ce film. La finlandaise Carita est tout à fait charmante. Surprenant et intéressant !

Casino royale

Un film de John Huston et Val Guest (1967) avec Ursula Andress, David Niven et Peters Sellers. Ce film qui vaut bien mieux que sa réputation négative est tout de même un joyeux bordel. Il est vrai que l'intrigue est incompréhensible et ce n'est sans doute qu'en partie volontaire, beaucoup de gags tombent à plat, et il faut bien connaître les premiers James Bond pour en apprécier le côté parodique. On appréciera cependant la qualité de la distribution féminine (Ursula Andress en tête, absolument fabuleuse), Orson Welles en guest star mégalo (les prestations des autres guest stars, Woody Allen et Belmondo étant faibles) et surtout le délire final qui à lui seul sauve le film.

On ne vit que deux fois

Un film de Lewis Gilbert (1967) avec Sean Connery. Ou James Bond au Japon ! On va dire que ça se regarde sans déplaisir, mais c'est pas trop passionnant. La bataille en hélicoptère n'offre aucune surprise, Donald Pleasance y est à peine visible quant à la dernière scène qui constitue le clou du film elle nous réveille un peu de l'ennui malgré sa dose de clichés, (les morts qui dégringolent en boucle dans le vide en écartant les bras). On sent pas mal la fatigue.

Tony Rome est dangereux

Un film de Gordon Douglas (1967) avec Frank Sinatra. Une intrigue policière qui tourne assez vite à l'embrouillamini et dont on finit par s'en ficher royalement. Reste l'ambiance avec un Sinatra qui a fait beaucoup mieux mais qui campe un personnage complétement atypique et assez attachant pour que l'on regarde le film (à défaut de le suivre), Le reste du casting, hormis la superbe Jill St John ! (Whaouh ! Attention pour les zooms sur son postérieur),  ne vaut pas tripette. S'il est clair que Frank Sinatra a d'abord cherché à se faire plaisir, le résultat reste assez moyen.

Le voleur

Un film de Louis Malle avec Jean Paul Belmondo. (1967) Beaucoup de bonnes choses dans ce film, d'abord une reconstitution historique soignée et un soin méticuleux apporté aux décors et aux costumes, une interprétation très classieuse de Belmondo, une satyre sociale très présente, des jolies femmes, des seconds rôles bien dirigés, et puis c'est intéressant de suivre Belmondo dans son mode opératoire et dans le milieux des voleurs de haute voltige. Malheureusement le film a aussi ses défauts, sa longueur (120 minutes) ne se justifie pas, la seconde heure accumulant les redites et s'encombrant de dialogues interminables et peu nécessaires.

Le bal de vampires

Un film de Roman Polanski (1967) avec Jack MacGowran, Shron Tate et Roman Polanski. Il est des films qui sont comme des albums de Tintin, on a beau les connaître par cœur, on y renvient sans cesse et on y découvre toujours de nouveaux trésors. Parodie comique extravagante en forme d'hommage aux films de la Hammer, le mythe du film de vampires y est complètement transgressé (les vampires peuvent être gays ou juifs... et gagner la partie). l'interprétation est remarquable avec un Jack MacGowran complètement barré, une Sharon Tate resplendissante de beauté, Ferdy Mayne très classe dans le rôle du comte Von Krolock (il faudrait citer tout le monde...). Signalons aussi la maîtrise de la mise en scène, la beauté des décors, la musique foldingue et certaines scènes d'anthologie dont le fameux bal. Un chef d'œuvre qui décevra ceux qui ne cherchent que de l'effroi car cela n'a jamais été le but du film ! PS : Il est intéressant de jeter un coup d'œil sur la galerie de tableaux qui orne le château du comte, on y découvre le portrait anonyme de Richard III d'Angleterre, mais surtout un tableau parfois considéré comme l'un des plus laids du monde (volontairement) : "Vieille femme grotesque ou La Duchesse laide" peint vers 1513 par Quentin Massys.

Belle de jour

Un film de Luis Buñuel (1967) avec Catherine Deneuve, Geneviève Page, Françoise Fabian, Macha Merill, Pierre Clémenti et la participation de Francis Blanche. Film magnifique dans lequel Catherine Deneuve n'a jamais été aussi belle. Comme d'habitude Buñuel ne fait pas de film pour "juger" mais pour montrer, pour interroger et pour déranger nos certitudes. A la servante du bordel qui lance à Deneuve "ça ne doit pas être drôle tous les jours", celle-ci répond avec un sourire désarmant "Qu'est-ce que vous en savez ?" Sinon, et n'en déplaise aux ultra féministes, le fantasme féminin de la prostituée ça existe, les fantasmes de soumission ça existe aussi, Le film (adapté d'un roman de J. Kessel) n'a donc rien d'abracadabrant. La beauté des images, les scènes oniriques, le cadrage (Ah, les plans de pieds buñueliens !) l'ambiance du mini bordel, le jeu des acteurs, les ruptures de ton (parfois plutôt grave, parfois plutôt léger) tout concourt au chef d'œuvre. A noter que le film contient un private joke, à un moment Geneviève Page parlant de Deneuve dit d'elle, "c'est une perle", je vous invite à en consulter la définition de circonstance dans votre dictionnaire de l'argot du sexe. PS : Sinon on ne saura jamais ce qu'il y avait dans la boite du client chinois !

Ces messieurs de la famille  

Un film de Raoul André (1967) avec Francis Blanche, Jean Poiret, Michel Serrault, Jean Yanne, Darry Cowl, Michel Galabru, Annie Cordy, Anna Gaël. Quelle brochette ! Et si personne ne démérite dans cette comédie farfelue il faut bien admettre que Francis Blanche, Darry Cowl et Jean Yanne sont au-dessus du lot. Comme dans tout film comique certains gags tombent à plat, mais dans l'ensemble la mécanique fonctionne plutôt bien, les bonnes répliques fusent et on ne s'ennuie pas une seconde tellement le rythme est d'enfer. Le sujet n'a pas grande importance mais permet au passage une critique très nette du puritanisme. A signaler que Darry Cowl en a composé la musique. On notera la présence de plusieurs très jolies femmes et notamment d'Anna Gaël, l'inoubliable vedette du mythique Zeta One. Un film à redécouvrir.

Le lauréat 

Un film de Mike Nichols (1967) avec Dustin Hoffman, Anne Bancroft, Katharine Ross. Le film qui pulvérisa le box office à sa sortie à un peu vieilli. Aujourd'hui les femmes couguars ne choquent plus grand monde et les intermèdes musicaux sur la musique de Simon et Garkunkel ont un air suranné,. On pourra regretter aussi le final burlesque (pour ne pas dire grotesque) dans un film dont le ton se veut réaliste. Sinon, la première partie reste grandiose avec un jeu exceptionnel de Dustin Hoffman et d'Anne Bancroft. (en revanche Katharine Ross n'est pas très bonne)

Les douze salopards

Un film de Robert Aldrich (1967) avec Lee Marvin. Le pitch est tellement improbable qu'Aldrich le fait dire dans le film "On doit avoir des généraux qui sont un peu fous". On regarde jusqu'au bout sans doute parce qu'on attend quelque chose qui ne viendra jamais. Après une introduction le film se divise en gros en trois parties. La première partie (l'instruction) est lourde et par moment confuse à l'instar de cette scène où on envoie 8 prostituées dans le baraquement des 12 (pourquoi 8 ?) et qui tombe dans l'ellipse. La seconde (les manœuvres) censée illustrer la rivalité entre Marvin et Ryan tourne à la pantalonnade. La troisième est plus intéressante, car enfin c'est de l'action et c'est bien fait, sauf que c'est idéologiquement douteux : Marvin fait exécuter des prisonniers désarmés et fait enflammer une cave dans laquelle il y a des civils. On a dit qu'Aldrich a voulu justement faire un film antimilitariste et montrer que la guerre n'est jamais propre. Je ne suis pas sûr que tout le monde aura cette lecture, d'autant que l'empathie ne fonctionne qu'avec Marvin. C'est vrai qu'en tant qu'acteur, il se débrouille plutôt bien, ce qui n'est pas le cas de Bronson, insipide, ni de Borgnine qui ne peut s'empêcher de cabotiner. Un film surestimé.

Luke la main froide  

Un film de Stuart Rosenberg (1967) avec Paul Newman. Certes Paul Newman est bon (sans être exceptionnel) mais ne parvient pas à sauver pas ce film qui souffre de trop nombreux défauts : Des longueurs insupportables (l'interminable scène avec la maman, la scène des œufs), des ellipses comme s'il en pleuvaient, des personnages secondaires caricaturaux, des mystères (où sont les blacks ?), une ambiance bisounours (aucun vrai méchant parmi les détenus). Seuls points positifs, la scène absurde mais néanmoins plaisante de la laveuse de voiture (du Russ Meyer avant le lettre) et un anticléricalisme de bon aloi. Mais ça ne fait pas le compte

Dracula au Pakistan

Un film de Khwaja Sarfraz (1967). Ce film mérite bien mieux que le mépris avec lequel certains en parlent. Ce film bénéficie d'un bon rythme en alternant des scènes "expressionnistes" avec des scènes "kitchs". Ces dames sont charmantes, et puis au niveau surprises on est servi, ne serait qu'avec la bande son où se mêle des arrangements de Liszt, de Ketelbey, de Rossini, de Bob Azam et de la cucaracha...  A noter la scène finale où Dracula se bat comme un chiffonnier avec un chasseur de vampire absolument increvable (ils jouent un peu à cache-cache aussi !). Bref ça ne marquera pas l'histoire du cinéma mais on passe un très bon moment.

Le Point de non-retour

Un film de John Boorman (1967) avec Lee Marvin et Angie Dickinson. Ou comment un réalisateur arrive à nous scotcher sur notre siège avec un scénario somme toute bien faible et très linéaire. C'est que tout est dans la réalisation d'une efficacité redoutable dont même les temps morts nous parlent, et dans un montage génial ou s'interfère des flash-back. Et puis il y a l'interprétation complètement hallucinée de Lee Marvin, et le charme d'Angie Dickinson, tout cela nous concocte un chef d'œuvre du cinéma, un chef d'œuvre intemporel.

Le Samouraï

Un film de Jean-Pierre Melville (1967). Avec Alain Delon. Très bien réalisé, bien interprété (quoique certains seconds rôles…), assez prenant malgré le rythme lent. Cependant la forme ne saurait cacher les multiples invraisemblances et lacunes du scénario (sans parler de la scène finale, incompréhensible)

L'homme à la Ferrari

Un film de Dino Risi (1967). Certes Vittorio Gassman qui incarne un personnage de chique molle somme toute assez classique, et Ann-Margret dans le rôle d'une nymphomane possessive sont parfaits dans ce film qui se laisse regarder sans déplaisir. Pourtant il manque quelque chose, comme si le film se retenait sans cesse sans parvenir à trouver ni son rythme ni son humour. Et puis il y a cette fin qu'on ne comprend pas (Ann- Margret a-t-elle ou non prémédité son départ du train ?). Légère déception dira-t-on.

Play Time  

Un film de Jacques Tati (1967). Au départ du film le concept est amusant et fonctionne parfaitement, puis ça se met à tourner en rond (c'est le cas de le dire) et trois quarts d'heure plus tard on en est toujours au même point, non seulement ça n'avance pas, mais ça on s'ennuie ferme. Ce film aurait pu faire un très bon court métrage d'une petite demi-heure avec une bonne note, mais ne m'a pas paru adapté à son format de 120 minutes. Quand on pense qu'un critique de Télérama a écrit de ce film qu'il était "le plus beau films du monde", c'est vraiment pas gentil pour Citizen Kane et pour Chantons sous la pluie...

Professionnels pour un massacre

Un film de Nando Cicero (1967). Produit par Sylvester Stallone (si, si !). Il faut voir ce genre de film pour comprendre que si le western italien nous a légué une dizaine de chef d'œuvres, il nous a laissé des nullités à peine croyable à l'instar de ce western enfilant les débilités comme on égraine des perles. Mention spéciale à Edd Byrnes vêtu comme un cow-boy de fête foraine, la chemise blanche immaculée et la coupe rocker impeccable tout au long de ce film idiot même pas drôle au second degré.

Ne nous fâchons pas

Un film de Georges Lautner (1966) avec Lino Ventura, Jean Lefebvre, Michel Constantin, Mireille Darc. C'est vraiment pas mal. Sur une intrigue policière qui tient la route, le film bascule assez vite dans la farce sans se départir de son intérêt. Certaines scènes sont assez fabuleuses (l'explosion du pont) d'autres très équivoques, (l'Anglais et son bataillon d'éphèbes). Le trio masculin s'en sort très bien (même Lefebvre, c'est dire !) Quant à Mireille Darc qui n'apparaît que dans la seconde partie du film sa présence à quelque chose de magique, d'envoûtant et osons le dire de terriblement troublant. Du très bon cinoche !

Poker d'as pour Django

Un film de Roberto Montero (1967 ). Après une introduction poussive, le film nous montre la longue et complexe exécution du casse, cette partie est originale et intéressante, la suite n'a hélas aucun intérêt et sombre dans le ridicule. Côté acteurs, excepté celui qui campe le rôle de Mathématicos, c'est assez mauvais. Pas terrible.

Reflet dans un œil d'or

Un film d John Huston (1967) avec Elizabeth Taylor et Malon Brando. Les bonnes intentions et les qualités du film (bonne direction d'acteurs avec une Elizabeth Taylor sublime, bonne photographie) ne peuvent masquer l'ennui qu'il provoque de par sa lenteur, la pauvreté de sa thématique et le personnage exécrable du valet japonais. A sauver une magnifique scène de désarçonnement équestre

Oscar

Un film d'Edouard Molinaro (1967) avec Louis de Funes. Le démarrage ne présage rien de bon, Claude Rich est insupportable et la première scène est interminable. Arrive ensuite la fille qui pleurniche comme une sirène à défaut de savoir jouer. Si on ajoute à cela que de Funès surjoue de façon éhontée, ça fait beaucoup de casseroles. La pièce n'est probablement pas en cause, tout vaudeville possède son potentiel, mais elle est ici transformée en one-man show autour de Funès en roue libre sans qu'aucun second rôle ne parvienne sa "hauteur". Ça devient vite saoulant et ennuyeux. "Jo" et "Le grand restaurant" restent sans doute les meilleurs des De Funes, quand à Oscar, on va dire que c'est pas terrible malgré que Preboist y soit rigolo.

L'île de la Terreur

Un film de Terence Fischer (1966) avec Peter Cushing. On a connu Terence Fisher mieux inspiré, non pas que ce soit mauvais, Fischer reste un très bon raconteur d'histoire, mais ça ne décolle pas bien haut. Peter Cushing porte tout le poids d'une distribution molle, il n'y a aucun humour, le rôle féminin ne sert à rien et les effets spéciaux sont à la limite du ridicule.

Le renard s'évade à trois heures

Un film de Vittorio de Sica (1966) avec Peter Sellers, Victor Mature, Britt Ekland. Le départ est un peu poussif avant que ça s'emballe dans une seconde partie délirante qui est en même temps une critique et une autocritique des milieux du cinéma d'une férocité inouïe. Peter Seller est bon même si on l'a vu plus inspiré, la prestation de Victor Mature en comédien ringard est tout à fait étonnante. La distribution féminine est fort plaisante.

Le bon, la brute et le truand  

Un film de Sergio Leone (1966) avec Clint Eastwood, Elie Wallach et Lee Van Cleef. Trois heures qu'on ne voit pratiquement pas passer, une façon fascinante de cadrer les personnages , les horreurs de la guerre de la sécession montrées sans concession, un certain plaisir masochiste à voir les trois personnages s'affronter avec cynisme jusqu'à l'humiliation, des paysages et des prises de vue magnifiques, une musique envoûtante... et puis surtout le jeu époustouflant d'Elie Wallach. Alors oui, on peut vraiment parler de chef d'oeuvre !

Le voyage fantastique

Un film de Richard Fleisher (1966) avec Donald Pleasance, Arthur Kennedy, Raquel Welch. On imagine très bien la production "On va faire un film avec un sous-marin microscopique qui se balade dans le corps humain". Ce sera donc prétexte à décors et situation aussi insolites qu'extravagantes. Pourquoi pas et de ce côté-là le résultat reste intéressant même si on peut le juger kitch. Oui mais il fallait un scénario et là les choses se gâtent. Le pitch passe encore "il faut détruite le caillot de sang de Machin" c'est le reste qui ne va plus, ça devient un film de sous-marins, genre difficile, mais qui n'est ici absolument pas maîtrisé et ceci dans tous les niveaux de réalisation. La direction d'acteurs est quasi inexistante, l'introduction d'un saboteur est une mauvaise idée d'autant que ni Fleisher ni Pleaisance ne font quoi que ce soit pour entretenir la suspense, on y développe des idées ahurissantes (l'athée c'est le méchant, le croyant lui est un humaniste) et de la philosophie de bazar. Stephan Boyd a autant de charisme qu'une sardine, mais il est très fort et trouve toujours les bonnes solutions, sinon pour la psychologie du personnage, on n'en saura jamais rien. Et puis Raquel Welch est honteusement sous-exploitée (c'est ce qui s'appelle une faute de goût). Il n'y a aucune tension, aucun suspense, ce film n'est qu'un livre d'images (animées)

La chambre des horreurs  

Un film de Hy Averback (1966) Un petit bijou de film d'horreur. Prévu à l'origine comme un téléfilm, il dispose néanmoins d'une réalisation nerveuse, d'un scénario astucieux (à défaut d'être génial) et surtout d'une interprétation remarquable (voir jouer le dénommé Wilfrid Hyde-White est un vrai plaisir. L'actrice principale Laura Devon n'est pas mal non plus), C'est très série B, l'esthétique lorgne du côté de la Hammer, les costumes, les décors… (alors qu'il s'agit d'une production américaine). L'inévitable duel final est un peu longuet, mais bon, c'est une bonne surprise. Quant à la fin, c'était pour introduire une suite qui n'a jamais vu le jour… dommage !

Qui a peur de Virginia Woolf ?

Un film de Mike Nichols (1966) avec Elizabeth Taylor et Richard Burton d'après une pièce de Tennessee Williams. Si l'argument est simple (un couple où la femme porte la culotte et pratiquant "l'amour vache") se livre à une scène de ménage à répétition devant deux invités qu'on leur a imposés, la direction d'acteur est à couper le souffle, les seconds rôles sont très bons, Richard Burton est encore meilleur, quant à Elisabeth Taylor elle est tout simplement époustouflante.

Made in USA

Un film de Jean-Luc Godard (1966). Avec Anna Karina, Jean-Pierre Léaud et Mariane Faithfull en guest star. Godard a fourni lui-même l'autocritique de son film quand il fait dire à la 38ème minute par la voix d'Anna Karina "Tout ça pour moi, c'est du chinois !".Et si le visage d'Anna Karina est particulièrement magnifié par la photographie de Raoul Coutard cela ne sauve ce navet.

Le rideau déchiré  

Un film d'Alfred Hitchcock (1966) avec Paul Newman et Julie Andrew. En 1966, on ignorait ce qui se passait derrière le rideau de fer et certains pensaient sincèrement qu'on y trouvait le bonheur. Casser ce rêve vous qualifiait d'anticommuniste primaire, et c'est ce qui est arrivé à Hitchcock en France où du coup la critique lui trouva tous les défauts du monde. 50 ans plus tard on peut voir les choses autrement et se demander objectivement ce qu'on peut reprocher à ce film ? Il s'agit d'un excellent et très original film d'espionnage. La bonne idée c'est que Newman est dans ce film aidé par une organisation fiable mais qu'il n'a pas lui-même l'étoffe d'un espion (il ne sait pas se battre, il fait des erreurs…) et n'est pas blanc comme neiger (son objectif est quand même de piquer une formule qu'il a été incapable de trouver seul et il prend pour cela le risque d'une rupture définitive avec sa petite amie) Le suspense est omniprésent, certaines scènes sont fabuleuses (l'autobus, le théâtre, le meurtre de Gromek) Newman joue de façon très sobre, mais ça fait partie du personnage, Julie Andrew est peut-être un petit peu légère mais elle tellement mignonne que l'on pardonne. A noter la prestation remarquable et farfelue de Lila Kedrova (et oui, la camée de "Razzia sur la Chnouf")

La grande vadrouille

Un film de Gerard Oury (1966). La raison du succès public persistant de ce film demeure un mystère. Certes, le film n'est pas nul et on le regarde sans ennui, mais force est de constater qu'il possède des défauts de taille : La réalisation est molle et sans surprise. La direction d'acteurs est minimaliste, tout le monde à l'air de jouer en roue libre et si De Funes s'en sort plutôt honorablement, ce n'est pas le cas de Bourvil, vraiment pas convaincant, quant aux rôles féminins c'est une catastrophe (Marie Dubois est sans doute charmante mais elle est ridicule et ne parlons pas des bonnes sœurs).  Les gags ne fonctionnent pas tous, loin de là, et pour une danse des chaises assez hilarante, combien de lourdeurs et de franchouillardises ! Quant au fond, Oury nous présente une France où tout le monde résiste à l'envahisseur, sans la moindre trace d'un collabo au mépris de la vérité historique. Et puis dans sa volonté de faire un film tout public, Oury va édulcorer son film jusqu'à l'absurde : aucun interrogatoire n'est musclé, personne n'est gravement blessé, personne n'est tué, on nous gratifie même du saut en parachute de l'avion allemand de reconnaissance abattu si parfois on n'avait pas compris.

La vie de château

Un film de Jean-Paul Rappeneau (1966) avec Catherine Deneuve, Philippe Noiret, Pierre Brasseur, Marie Marquet. Un vaudeville avec en toile de fond l'approche du débarquement allié en Normandie. C'est d'abord un film d'acteurs dans lequel Deneuve y est superbe (et le mot n'est point vain), le reste de la distribution est inégal, avec un Noiret impeccable et une Marie Marquet qui cabotine (mais elle le fait si bien) alors que Pierre Brasseur ne convainc pas et les deux amoureux de Deneuve encore moins. L'histoire est amusante mais trouve vite ses limites. Et puis à la fin le film perd toute la légèreté qui faisait son charme pour tomber comme un cheveu sur la soupe dans une espèce de sériosité défendant à la fois la vision d'une France unie dans la résistance (comme la Grande vadrouille sortie la même année) et la défense de la fidélité conjugale. Dommage car globalement, ce film reste sympathique.

La grande combine

 Un film de Billy Wilder 1966 avec John Lennon et Walter Matthau. Encore un énorme film de Billy Wilder avec une direction d'acteurs époustouflante. Pas vraiment d'enjeu puisqu'on sait d'avance comment tout cela risque de finir mais tout est dans les détails et on n'en perd pas une miette. Un mot sur le personnage incarné par Judy West que Wilder ne rate pas. (une très jolie femme, dommage qu'elle n'ait pas tourné grand-chose). On pourra juste regretter quelques bavardages au début et la conclusion où Wilder est à deux doigts de tomber dans le gnangnan, mais sinon c'est deux heures de plaisir.

L'homme de la Sierra

Un film de Sidney J. Furie (1966) avec Marlon Brando. Ce film injustement oublié mérite mieux que le mépris dont il est souvent l'objet. Dans une mise en scène à l'italienne (donc plutôt lente), Brando incarne une sorte de anti-héros, bafoué, humilié, battu, mais ne s'avouant jamais vaincu. Un western hors norme qui s'il est loin des sommets du genre se regarde avec beaucoup de plaisir (et puis il y a Anjanette Comer !)

Jesse James contre Frankenstein

Un film de William Beaudine (1966). Un film qu'on regarde jusqu'au bout ne saurait être nul. Le pitch est intéressant, la direction d'acteur est un peu n'importe quoi mais Narda Onyx qui joue Maria Frankenstein n'est pas si mal. Jesse James, lui est d'une sobriété de glace. Ça se traîne pas mal au début parmi les décors en carton et il y a quelques idioties (l'attaque de l'indien). A la fin ça s'anime plutôt bien. A noter le manque flagrant d'humour. Bref pas de quoi casser trois pattes à un canard.

Fahrenheit 451

Un film de François Truffaut (1966) avec Oscar Werner et Julie Christie. Le film souffre d'un malentendu, ce n'est pas un film de SF, c'est une fable. Dans ce film on veut à la fois trop en dire (voir le véritable catalogue de livre brûlés qu'on nous propose) et pas assez, on n'entre jamais dans cet univers où tout est artificiel y compris les personnages, les méchants ne le sont pas assez, les autres n'ont pas assez de profondeur, on n'éprouve aucune empathie (le sort de la bibliothécaire brûlée parmi ses livres nous laisse froid), l'histoire passionne peu et la fin frôle le ridicule. Reste quelques idées, la caméra de Truffaut et la musique de Bernard Herman, mais bof.

Un homme et une femme

Un film de Claude Lelouch (1966) avec Anouk Aimée, Jean-Louis Trintignant, Valerie Lagrange. Globalement c'est beau et attachant ce qui constitue un tour de force puisqu'il ne se passe vraiment pas grand-chose, mais l'historiette évite le pathos et l'eau de rose, la photographie est fabuleuse, Anouk Aimée n'a jamais été aussi belle que dans ce film. Evidemment il faut supporter quelques longueurs et notamment le premier clip avec Pierre Barouh assez moche. Un film en deçà de sa réputation, mais qui vaut le coup d'œil

La poursuite impitoyable  

Un film d'Arthur Penn (1966) avec Marlon Brando, Robert Redford, Jane Fonda, Angie Dickinson. Un film coup de poing, l'exposition est longue mais nécessaire et intéressante. Puis Arthur Penn fait surgir simultanément la violence et la bêtise qui conduira au passage à tabac de Brando, puis à cette fabuleuse très longue scène finale. "La foule est la bête élémentaire, dont l'instinct est partout, la pensée nulle part" disait quelqu'un, ce film en est une démonstration éclatante qu'on reçoit en pleine gueule. La direction d'acteurs est un véritable sans faute, même si on est bien obligé d'admettre que Brando domine le lot. On remarquera l'excellence du casting féminin composé outre de Fonda et de Dickinson, de Janice Rule avec ses décolletés plongeants et de Martha Hyer en pocharde. Excellente musique également (John Barry) Seul bémol le couple incarné par Brando et Dickinson est trop parfait, pas le moindre petit défaut, trop intègre, trop juste, trop gentil. L'affubler de quelques menus travers n'aurait en rien nuit à la démonstration, bien au contraire.

Les professionnels

Un film de Richard Brooks (1966) avec Lee Marvin, Burt Lancaster, Robert Ryan, Claudia Cardinale, Jack Palance. Un casting en or pour une histoire bien trop linéaire qui peine à passionner (même si ça se réveille un peu vers la fin), malgré le professionnalisme des acteurs (Lancaster surtout), avec un twist final complètement téléphoné et plutôt bâclé. Ça occupe les yeux, c'est plein de bonnes intentions, il y a quelques propos pertinents mais ça n'a rien d'inoubliable et ce n'est pas un grand film.

Cul de sac

Un film de Roman Polanski (1966) avec Françoise Dorléac et Donald Pleasance. La photo est magnifique, l'histoire est loufoque à souhait, les situations sont cocasses, les personnages sont imprévisibles, les acteurs sont très bons (surprenants même) et Françoise Dorléac craquante. On pourra néanmoins regretter certaines longueurs qui n'apportent pas grand-chose.

Joë Caligula, du suif chez les dabes

Un film de Jose Benazeraf (1966) avec Gérard Blain. Ce n'est pas parce qu'un film a été interdit qu'il en devient génial ! Car enfin, c'est quoi ce truc ? Des plans interminables dont certains ne servent à rien (l'enterrement) des acteurs mauvais comme ça n'est pas permis (il faut avoir vu une fois dans sa vie Jeanne Valérie essayer de jouer), une histoire assez embrouillée sans intérêt et qui se traîne, des scènes de violences ridicules tellement elles sont mal simulées, des mecs descendus à la mitraillette qui réapparaissent en pleine forme au plan suivant, quelques chansonnettes stupides. Il reste quoi ? Une bonne photographie, quelques jolies nanas et un double strip-tease pas trop mal foutu, ça fait bien peu..

Django

Un film de Sergio Corbucci avec Frank Nero (1966). Western spaghetti ressorti de l'oubli grâce à Quentin Tarentino. On comprend pourquoi. Un sens du rythme étonnant, aucun temps mort, un certain lyrisme dans la violence, des gros plans de visage étonnants (Loredana Nusciak y est magnifique), un certain sadisme aussi. Certaines scènes sont anthologiques notamment les trois avec le cercueil (la séquence d'ouverture, celle ou son contenu nous est révélé et la longue descente dans le bordel occupé par les mexicains). La fin est évidemment complétement improbable mais qu'importe, c'est du cinéma, non ? On pourra néanmoins regretter la scène de bagarre entre Django et le lieutenant du mexicain, très bien filmé mais vraiment trop cliché.

Les combinards

Un film de Jean-Claude Roy (1966) avec Darry Cowl et Maria Pacôme. En fait il s'agit d'un film de 45 minutes signé Jean-Claude Roy (qui signera Patrick Aubin ses films X) dans lequel on a inséré deux courts métrages assez peu intéressants l'un d'un réalisateur espagnol de 8 minutes et un autre d'un réalisateur italien de 10 minutes. La partie centrale ne vole pas bien haut, on a connu Darry Cowl mieux inspiré. Les gags font à peine sourire et la post synchronisation est lamentable. Petits rôles corrects de Michel Serrault et Agnes Spaak, et en guest stars : Noël Roquevert, Jeanne Sourza, Mathilde Cazadessus. Ça se regarde, mais pas de quoi s'affoler.

Les malabars sont au parfum

Un film de Guy Lefranc (1966) avec Roger Pierre, Jean Mac Thibault, Darry Cowl, Francis Blanche. Pour quelle raison étrange ce film de Guy Lefranc (Le réalisateur de Knock, quand même !) n'est-il pas plus connu ? Car un film qui se regarde jusqu'au bout dans la bonne humeur ne saurait être mauvais. D'autres films ont été élevés au rang de film culte (par qui je vous le demande un peu ?) alors qu'ils sont moins bons ! Francis Blanche et Darry Cowl sont au mieux de leur forme, et puis il y a la très belle Christiane Minazolli que l'on retrouvera 9 ans plus tard dans… Histoire d'O. Sinon c'est du délire qui s'assume complètement à un rythme d'enfer. Evidemment c'est lisse et familial et on pourra regretter l'apparition assez mauvaise d'Henri Salvador, mais pourquoi bouder son plaisir ? Au titre des curiosités, le titre assez débile fait référence à l'expression "être au parfum" popularisé en 1965 par l'affaire Ben Barka et on remarquera par ailleurs que l'acteur Henri Labussière qui joue le rôle du ministre de l'intérieur ressemble étrangement et rétrospectivement à …Nicolas Sarkozy ! (la coiffure, le profil, l'expression, la taille et même les tics), en voilà une chose qu'elle est étrange !

Opération Opium

Un film de Terence Young (1966) Le film affiche une quantité incroyable de vedettes internationales. Il ne vérifie que partiellement l'adage selon laquelle quand l'affiche est trop pleine, le film est vide, car Terence Young est un réalisateur qui connait son métier. Il s'agit donc d'un film de superflics contre super trafiquants qui souffre de pas mal de poncifs mais qui reste néanmoins très honorable et très regardable. Et puis Rita Hayworth en bourgeoise camée, Howard Vernon en médecin légiste, Elie Walch en affairiste pas trop clair, Georges Geret en flic niçois, Angie Diskinson en aventurière et Trini Lopez qui chante la bamba, tout ça dans le même film c'est plutôt sympa, non ?  

Le Saint prend l'affût

Un film de Christian-Jaque (1966) avec Jean Marais et Jean Yanne. Comment cet excellent réalisateur qu'est Christian-Jaque a-t-il pu pondre pareille nullité, d'autant que les dialogues sont du non moins excellent Henri Jeanson ? Certes, le scénario est débile mais on aurait pu en faire quelques chose, sans doute est-ce du côté du casting que ça ne va pas du tout, Jean Marais, prisonnier d'un personnage monolithique et sans charisme et mauvais (n'est pas James Bond qui veut), donner le rôle d'un espion allemand à Jean Yanne est une incongruité, et puis et surtout Danielle Evenou est une vraie tête à claque… que dis-je une calamité ! Alors à quoi se raccrocher ? Aux rares rebondissements de l'histoire, remplie de clichés et sans aucun suspense et gavant jusqu'à l'extrême. Même pas.

Le grand restaurant

Un film de Jacques Besnard (1966) avec Louis de Funès et Bernard Blier. Il y a en fait deux films en un, le premier se passe dans le cadre du restaurant et qui aurait été un sans-faute sans la scène catastrophique de De Funès en perruque. Mais sinon quel festival, le jeu d'ombre sur la recette du soufflé au pommes de terre, le système hiérarchique avec ses petits arrangements, la condescendance hypocrite envers les clients, la danse des serveurs, et puis le pianiste interprété par le génial Roger Caccia si rare au cinéma. On remarquera que De Funès ne se donne pas un si beau rôle que ça dans ce film bien au contraire, c'est un petit tyran obséquieux doublé d'un pleutre ce qui rend se prestation d'autant plus intéressante. La seconde partie est un autre film, une comédie policière, on n'est plus au même niveau mais c'est plutôt bien fait et ça se regarde sans déplaisir. 4,5 pour la première partie, 3,5 pour la seconde, ça fait 4

Maigret à Pigalle

Un film de Mario Landi (1966) avec Raymond Pellegrin. Une intrigue extrêmement confuse et peu intéressante, une réalisation sans imagination, des plans inutiles en pagailles, un Gino Cervi campant un Maigret pas du tout crédible et peu sympathique, des tentatives d'humour lamentables, de la pudibonderie ridicule. Ça fait beaucoup de casseroles. A sauver éventuellement les petits rôles de Raymond Pellegrin et de Lila Kedrova,

Comment j'ai appris à aimer les femmes

Un film de Luciano Salce (1966). A part la présence de très jolies femmes souvent très bien photographiés, le film est d'une vacuité absolue, le scénario aurait pu convenir comme trame d'un film érotique, mais le film n'est pas érotique, il est même frustrant de pudibonderie. Sinon rien ne fonctionne, aucun intérêt, aucune tension, l'humour tombe à plat, on ne s'accroche à rien et certainement pas au bellâtre dont on suit les pérégrinations débiles. Seuls les charmes de Sandra Milo, Nadja Tiller, Elsa Martinelli, et Anita Ekberg nous maintiennent légèrement éveillés dans ce néant cinématographique.

La colline des hommes perdus

Un film de Sidney Lumet (1965) avec Sean Connery. Un film éprouvant et très bien interprété sur le thème du sadisme organisé dans un camp disciplinaire de l'armée britannique. C'est un film choc, mais il n'est pas sans défaut, assez caricatural dans le choix du groupe de prisonniers (le dur, le couard, le faible, le juste) certaines scènes ne servent à rien comme la nuit de beuverie entre les deux officiers (il n'y a aucune rapport de cause à effet entre l'alcoolisme et le sadisme) et peut être plus préoccupant, le rôle caricatural et démagogique joué par le prisonnier noir.

L'express du Colonel Von Ryan

Un film de Mark Robson (1965) avec Frank Sinatra. La première demi-heure ressemble plus à un film militaire qu'à un film de guerre (ce n'est pas la même chose).  On est très vite dans l'outrance et la psychorigidité et Trevor Howard en tête à claques n'est pas vraiment là pour arranger les choses, ce qui fait qu'on ne croit pas une seconde à ce que le film raconte. Ça devient ensuite un film d'aventure où ne comprend pas le parti pris du réalisateur de nous faire passer tout ça à la sauce réaliste alors qu'on est en plein délire hollywoodien. (Il n'est qu'à se remémorer le rôle absurde de l'inévitable cureton de service). Certains passages sont risibles, mais seulement au second degré, c'est mauvais signe.

Le train des épouvantes

Un film de Freddie Francis (1965) avec Christopher Lee, Peter Cushing, Donald Sutherland. Ce film souffre de l'inégalité des sketchs qu'il propose. Il faut dire que ça commence assez mal avec un médiocre "Loup-Garou", puis avec une "Vigne mutante" complètement ratée. Les trois derniers sketchs relèvent heureusement le niveau, "Vaudou" est assez déjanté et peut même se regarder comme un intermède musical. "La main baladeuse" avec un très bon Christopher Lee est excellent, et "la Vampire" est sauvé par son humour noir et par Donald Sutherland. Quant à Cushing qui n'a pas grand-chose à faire et qui joue hors sketch, il déçoit un peu.

IPCRESS danger Immédiat  

Un film de Sidney Furie (1965) avec Michael Caine. Le film se voudrait l'antithèse des James Bond, c'est peut-être une antithèse mais c'est long, c'est mou et c'est plat. L'histoire n'a pas grand intérêt et est incohérente. Certes c'est audacieusement filmé (des prises de vues et des plans insolites mais qui ne sauraient cacher la vacuité du propos), et Caine se débrouille plutôt bien, mais à part ça, il y a quoi ? Une certaine ambiance peut-être, c'est bien peu !

Je suis une légende

Un film de Sydney Salkow (1965) avec Vincent Price. Première adaptation du Roman de Richard Matheson, le film ne prétend pas faire dans l'horreur ou dans l'épouvante mais reste très proche de l'esprit du livre qui est avant tout une réflexion sur la différence. Les images en noir et blanc sont très belles, la musique suggestive à souhait et Vincent Price excellent. Les deux remakes (Boris Segal 1971 avec Charlton Heston et Francis Lawrence 2007 avec Will Smith) s'ils sont visuellement intéressants, s'encombreront de considérations scénaristiques qui les éloigneront de la version primitive, inégalée jusqu'à maintenant.

Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines  

Un film de Ken Annakin (1965). Ça aurait dû être un feu d'artifice royal, ce n'est hélas qu'une pétarade sous-préfecture. La faute à une réalisation plate, et à un casting et une direction d'acteur déficients. Les deux premiers rôles masculins sont ridicules, Jean-Pierre Cassel est constamment niais, Alberto Sordi est transparent et Irina Demick n'a qu'un rôle décoratif. La seule à tirer son épingle du jeu et à relever le niveau est l'étonnante Sarah Miles, sémillante et malicieuse à souhait. Côté scénario, on joue la carte du burlesque, pourquoi pas ? Encore aurait-il fallu la jouer fine et éviter de nous imposer des lourdeurs (on a compris que les auteurs avait un compte à régler avec la discipline allemande, mais là c'est l'overdose) Et quand la course se termine on nous inflige un suspense ridicule puisqu'il y a longtemps que les sort des personnages a cessé de nous intéresser. Le film reste néanmoins regardable… de justesse. (à cause des belles machines ?)

La grande course autour du monde  

Un film de Blake Edwards (1965) avec Tony Curtis, Jack Lemmon et Nathalie Wood. Dédié à Laurel et Hardy, le film a du mal à démarrer et enchaîne des gags assez poussifs en essayant de faire évoluer les personnages du film comme dans un cartoon. Et tout d'un coup ces messieurs dames se retrouvent au Far-West et le film change de rythme, avec une mémorable scène de saloon, suivra un épisode arctique pas si mal et le film se terminera en fanfare par une aventure en Carpanie, digne de "Tintin et le sceptre d'Otakar".et comportant ce qui est sans doute la plus grande bataille de tarte à la crème de l'histoire du cinéma. Côté acteurs Curtis est bien fade, Lemmon fidèle à lui-même (sa prestation en prince héritier est fabuleuse) et Nathalie Wood délicieuse. La conclusion n'a que peu d'importance, mais le tout dernier plan vaut le coup d'œil .

Pierrot le Fou  

Un film de Jean-Luc Godard (1965) avec Anna Karina et Jean-Paul Belmondo. Esthétiquement c'est un régal, les prises de vues sont somptueuses et Anna Karina merveilleusement mise en valeur. Sorte de road-movie avant la lettre, c'est souvent burlesque, souvent tendre et poétique, parfois surréaliste. On ne s'ennuie pas une seconde (on a même droit à Raymond Devos en guest star). Quant au scénario, le fait qu'il soit incompréhensible (et que Godard s'en tape manifestement) n'a somme toute pas grande importance. Tout au plus pourrait-on reprocher l'overdose de citations culturelle. Probablement le meilleur Godard.

Paris vu par 3,5  

Un film collectif à sketches de Jean Douchet, Jean Rouch, Jean-Daniel Pollet, Eric Rohmer, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol (1965) Très inégal : Le Douchet est inintéressant et l'interprétation est catastrophique. Le Rouch est mal construit, mal joué et prétentieux (ça sert à quoi de faire des plans séquences quand on ne sait pas diriger les acteurs ?). Le Pollet n'est qu'un jeu d'acteurs mais Micheline Dax et Claude Mekli y sont fabuleux. Rohmer nous fait dans le burlesque et ce n'est pas si mal. Godard nous assomme en faisant joujou avec la bande son, (c'est dommage parce que l'humour involontaire du sculpteur quand il parle de son "art" est assez croquignolet). Chabrol se met lui-même en scène avec la très belle Stéphane Audran et une bonne peu farouche et nous joue une fable grand-guignolesque pas si mal : En résumé : Douchet = 0, Rouch = 1, Pollet = 5, Rohmer = 5, Godard = 2 Chabrol = 4. Moyenne 3,4. Un petit plus est constituée par le Paris nostalgique des années 1960 mais les réalisateurs n'y sont pour rien.

Quoi de neuf, Pussycat ?  

Un film de Clive Donner sur un scénario de Woody Allen (1965) avec Peter O'Toole, Peter Sellers, Romy Schneider, Capucine, Ursula Andress. Woody Allen, Jean Paredes, Une bonne comédie complètement déjantée, comportant quelques lourdeurs mais aussi son lot de situations cocasses. Les acteurs sont presque tous au top et la prestation de Peter O'Toole est absolument stupéfiante. Le bémol c'est Romy Schneider qui a du mal à rivaliser avec les canons du film et son jeu, hésitant, s'en ressent. A noter les apparitions de Howard Vernon, Jacques Balutin et de... Françoise Hardy. Il faut bien sûr évoquer la dernière demi-heure qui constitue l'un des sommets du burlesque de ces année-là ! Pas un chef d'œuvre mais c'est néanmoins très bon.

Et pour quelques dollars de plus  

Un film de Sergio Leone (1965) avec Clint Eastwood, Lee Van Cleef, Gian Maria Volonte. Leone fera mieux, mais c'est déjà assez fabuleux, une réalisation sans faille, des images superbes, des acteurs bien dirigés, la musique d'Ennio Morricone … A la fin, le scénario cafouille un peu avec cette histoire de double montre qu'on ne comprend pas et Van Cleef qui abandonne sa prime à Eastwood (vous en connaissez beaucoup, vous, des gens qui refusent de l'argent ?), mais bon on serait idiot de bouder notre plaisir !

Maciste dans les mines du roi Salomon

Un film de Piero Regnoli (1965) avec Reg Park. Bien sûr tous les poncifs du catalogue sont là : le vilain traître, le guerrier fidèle, les scènes de tortures avec des épouvantables machines, bien sûr les longues séquences où Reg Park (qui joue comme un pied) n'en finit pas de faire de la gonflette sont gavantes, bien sûr que tout est prévisible ! N'empêche que ça se regarde sans déplaisir, et puis Fariza (Wandisa Guida) n'est-elle pas la plus belle des méchantes ?

Motor Psycho  

Un film de Russ Meyer en noir et blanc (1965).  Du Russ Meyer en noir et blanc et d'avant la tombée du code Hays, c’est-à-dire que si les femmes ont toutes des poitrines opulentes et que les décolletés sont vertigineux, il n'y a aucune scène de nudité. Sur un scénario très simple (un vétérinaire voulant venger sa femme violée par trois jeunes imbéciles), Meyer nous pond une série B de qualité, avec sa dose de suspense, de violence et de rebondissements. On remarquera au passage comment le réalisateur détourne le code Hays, en calquant les répliques d'une extraction de venin de serpent sur celle… d'une fellation.

Faster, Pussycat ! Kill ! Kill !

Un film de Russ Meyer (1965) avec Tura Satana, Haji, Lori Williams. Exact contrepoint de Motorpsycho tourné quelques semaines plus tôt, les trois voyous sont remplacés par trois "voyoutes" qui n'y vont pas de main morte. Meyer nous montre que contrairement à ce que veulent nous faire croire Renaud ou les ultra-féministes, les femmes peuvent être aussi méchantes et cruelles que les mâles. Evidemment tout cela est assez déjanté mais fonctionne parfaitement grâce une réalisation efficace (malgré le manque évident de moyens) . A souligner la beauté magique de Lori Williams qui éclaire le film. On est encore en plein code Hays, donc pas de nudité malgré que le film fut destiné au circuit de sexploitation. Un bon moment de cinéma donc même s'il est légèrement inférieur à Motorpsycho en raison de l'absence d'explications sur les motivations primaires de ces drôles de dames !

Les bons vivants  

Un film de Gilles Grangier et Georges Lautner (1965) avec Bernard Blier, Mireille Darc, Henri Virlojeux, Jean Lefebvre, Jean Carmet, Darry Cowl, Louis de Funès, Jean Richard, Bernadette Lafont. Dialogué par Audiard et composé de trois sketches avec quelques personnages récurrents, ce film milite ouvertement contre l'interdiction des maisons closes et le fait avec une truculence et une inventivité qui fait plaisir à voir. La direction d'acteurs est sans fautes et si le premier sketch tourne un peu en rond, si le second se termine un peu en queue de poisson, le troisième qui donne son titre au film est un véritable petit bijou dans lequel de Funès joue très juste (ce n'est pas toujours le cas) quant à Mireille Darc et Bernadette Lafont… hummm. Ce film est un délice de fin gourmet.

Falstaff

Un film d'Orson Welles (1965) dont Jess Franco dirigea la seconde équipe. Une étonnante scène du guet-apens dans les bois au début, la caméra en folie pour les scènes de taverne, la superbe et longue scène de bataille, les éclairages, et puis le sujet bien sûr, méditation tragique sur la fragilité de l'amitié face au pouvoir. (la scène ou Falstaff reçoit sa disgrâce est fabuleuse). Côté interprétation : Orson Welles (parfois à la limite du cabotinage), incarne un personnage truculent, mais qui ne provoque pas l'empathie. John Gielgud tient bien son rôle de roi mais de façon sans doute trop théâtrale. L'acteur de théâtre Keith Baxter dans le rôle du prince et futur Henri V est très bon. Quant à Marina Vlady et Jeanne Moreau, elles ne font que la figuration.  Il est simplement dommage que tout cela soit gâché par de trop longues tirades shakespeariennes qui nous font nous éloigner du film. (PS, les filles de la taverne ont tous de magnifiques coupes très 1965, ça fait un peu bizarre)

Le manuscrit trouvé à Saragosse

Un film de Wojciech Has (1965). C'est long, trop long (3 heures), volontairement embrouillé et difficilement compréhensible. En revanche, les images sont superbes, les femmes sont bien jolies et très coquines

La mélodie du bonheur

Une comédie musicale filmée par Robert Wise (1965) avec Julie Andrew. Du beau spectacle et c'est un véritable exploit de la part du réalisateur de nous faire passer ainsi trois heures sans nous ennuyer. Julie Andrew est très bonne comme toujours, les lyrics de Richards Rodgers fonctionnent très bien et c'est très bien filmé. Certes on pourra trouver tout ça trop sucré, et ça l'est pas mal surtout au début, après on n'y fait moins attention, d'autant que le sucre disparaît dans la toute dernière partie. Seule ombre au tableau : ces insupportables bonnes soeurs bisounours.

Sherlock Holmes contre Jack l'éventreur

Un film de James Hill (1965). Bien sûr Sherlock énerve un peu avec ses conclusions péremptoires, et son manque de scrupule (il est quand même responsable de la mort de deux innocents dans la scène finale !) mais ça fait partie du personnage, on sent aussi le film tenté de nous faire du moralisme, mais ça reste mesuré. (bien que la métaphore avec les flammes de l'enfer à la fin… mais bon passons…) L'enquête est alambiquée, mais encore une fois c'est du Sherlock, et le côté policier sans être génial tient la route. Ce film est aussi un film d'ambiance et de ce côté on est servi, le film prend un malsain plaisir à nous montrer de très jolies filles dont on sait pertinemment qu'elles vont finir tuées. Quant à la scène où Georgia Brown interprète le "Tararaboum di-hay" c'est tout simplement l'une des plus fabuleuses scènes de cabaret de l'histoire du cinéma !

Cat Ballou

Un film d'Elliot Siverstein (1965) avec Jane Fonda et Lee Marvin. Ce western complétement délirant mais jubilatoire avec une Jane Fonda époustouflante de charme, de beauté et de talent est un petit bijou de cinéma. C'est bien rythmé, léger et burlesque, les épisodes étant ponctués par des chansonnettes de Nat King Cole et son banjo.. Quant à Lee Marvin suivant son humeur on trouvera qu'il en fait trop ou qu'il est simplement génial.

Voyage sur la planète préhistorique.

Un film de Curtis Harrington (1965) qui reprend des scènes du  film soviétique de Pavel Klushantsev La Planète des tempêtes (1962). C'est mou et assez neuneu, c'est peu intéressant (et pourtant ça aurait pu l'être, les ingrédients étaient bien là) Il y a comme ça des films dont on se dit qu'il est dommage qu'ils soient ratés.

Erik le Viking

Un film de Mario Caiano (1965). Aurait pu se titrer : Les Vikings en Amérique ! Ce qui est épatant avec ce genre de film c'est qu'on sait qui sont les traîtres dès les premières images du film.  Sinon c'est une série Z mal foutue pour laquelle je vous conseille l'inénarrable scène où l'invincible freluquet tue un grizzly en deux temps et trois mouvements. A oublier

La métamorphose des cloportes

Un film de Pierre Granier-Deferre (1965) avec Lino Ventura, Pierre Brasseur, Charles Aznavour, Maurice Biraud, Georges Géret. Dialogues de Michel Audiard d'après un roman d'Alphonse Boudard. Le titre est joli, le générique aussi. Mais s'il suffisait d'avoir un casting de rêve pour réussir un film, ça se saurait. C'est long, c'est lent, ce n'est pas très intéressant, c'est mal foutu et parfois assez confus. A sauver la très jolie Irina Demick qui nous fait un très intéressant (et toujours d'actualité) cours de cuistrerie sur l'art contemporain.

Quand passent les faisans

Un film d'Edouard Molinaro (1965) avec Bernard Blier, Paul Meurisse, Jean Lefebvre, Michel Serrault. C'est surtout un film d'acteurs bourré de bonnes répliques (c'est du Audiard). Le casting masculin est au top, en revanche côté féminin si Claire Maurier passe bien, ce n'est pas le cas d'Yvonne Clech. La réalisation est correcte, on sent que Molinaro s'est amusé. Au niveau du scénario la première partie est tout à fait intéressante, ensuite le film a un peu de mal à tenir la distance. Un bon petit film.

Alphaville

Un film de Jean-Luc Godard (1965) avec Eddie Constantine et Jean-Luc Godard. Même en le considérant comme un film expérimental, et en le regardant comme tel, ce n'est pas bon. Le concept amuse pendant dix minutes avant de lasser. Constantine est mauvais, l'overdose de citations culturelles indiffère (d'autant que certaines sont absurdes, "Je voyage au bout de la nuit" dira Constantine). Le message est aussi primaire que naïf et peut se résumer au fait que l'avenir, c'est la dictature, et que la dictature ce n'est pas bien… on aurait préféré une démonstration moins farfelue et plus maîtrisé. A sauver (éventuellement) trois scènes complètement décalées, celle de la piscine, celle de la salle de cinéma renversable et celle ou Godard arrête un moment le film pour permettre à Anna Karina de nous raconter une histoire drôle.

Les baratineurs

Un film de Francis Rigaud (1965). Avec Francis Blanche, Jean Poiret, Michel Serrault, Darry Cawl. Pascale Roberts. Dans ce film Rigaud choisit la carte du burlesque et de l'outrance. Ce réalisateur est très à l'aise dans les scènes complexes comprenant de l'action et de nombreux personnages, il l'est beaucoup moins dans les scènes "théâtrales" où une part d'improvisation est manifestement laissée aux acteurs. Ainsi la scène de l'auberge avec Roger Pierre et Jean-Marc Thibault est ratée, quant à Poiret et Serrault, ils ont parfois tendance à oublier qu'ils tournent un film. Ça commence assez fort avec la réception dans la poissonnerie, il y a ensuite un passage un peu mou, mais le final complètement déjanté rehausse considérablement le niveau du film. Côté acteurs, si on a connu Blanche en meilleure forme, Darry Cowl dans un rôle complètement allumé pété la santé. Quant à Pascale Roberts on aurait aimé la voir davantage. Bon, ce n'est pas si mal !

L'obsédé

Un film de William Wyler (1965) avec Terence Stamp et Samantha Eggar. Ça commence plutôt bien puis le film s'enlise : trop long, trop lent, trop de longueurs, trop de blablas, pas assez de rythme et pas assez de véritable tension (exception faite du très bon épisode impliquant le voisin) La distribution n'est pas en cause, Stamp et Eggar faisant un sans-faute, mais tout cela reste bien trop mou. Ce n'est cependant pas un mauvais film.

La grosse caisse

Un film d'Alex Joffé (1965) avec Bourvil et Paul Meurisse. Joffé fait souvent des films atypiques remplis de bonnes idées mais ratés. Celui-ci fait exception et surprend agréablement : Le début traine un peu, mais il y a une bonne ambiance, Bourvil est parfait en niais lunaire quand à Paul Meurisse, il fait du Paul Meurisse, mais il le fait bien. Certaines trouvailles sont très bonnes comme quand Bourvil lévite de bonheur, ou quand celui-ci voit son déshonneur en rêve dans une scène bizarrement inspirée de l'Affaire Dreyfus.

La peau douce

Un film de François Truffaut (1964) avec Jean Dessailly et Françoise Dorléac. C'est un film sur l'adultère, mais ce n'est pas un film "moral", Truffaut n'a rien d'un moraliste et était parfaitement en situation pour savoir que la morale bourgeoise finit très souvent par entrer en conflit avec les "occasions" et que l'adultère génère des comportements dont notre éducation et les conventions sociales font qu'il est difficile d'en sortir intact (au mieux mensonges, frustrations, jalousie maladive, au pire le drame (Et 50 ans après le film ça n'a pas vraiment changé…)  Truffaut nous montre l'absurdité de cette situation, il n'apporte pas de solution, ce n'est pas son propos, il veut juste nous faire réfléchir. En en plus c'est très beau, très bien réalisé, très bien joué (Dessailly et Dorléac sont au top).

My fair Lady

Un film de George Cukor (1964) avec Audrey Hepburn et Rex Harrison. On n'est pas passé loin du chef d'œuvre, tout y est une mise en scène classieuse, Audrey Hepburn fabuleuse (ce qui n'est pas toujours le cas), Rex Harisson magistral, des décors et des costumes grandioses, une intrique beaucoup moins sucrée et bien plus intelligente qu'une lecture superficielle pourrait le faire supposer, et une musique inoubliable. Le top du film étant le " Get Me to the Church on Time" par un Stanley Holloway complètement déchaîné. Pourquoi faut-il après cela que dans les dernières vingt minutes, les scénaristes nous imposent un long dialogue qui ne sert plus à rien des scènes inutiles, une fausse fin suivie d'une twist débile ?

L'homme de Rio

Un film de Philippe de Broca (1964) avec Jean-Paul Belmondo et Françoise Dorléac. Tintin est devenu bidasse et a une petite amie, sachant cela le film peut commencer, car c'est bien d'une aventure à la Tintin qu'il s'agit (les emprunts y sont d'ailleurs nombreux). Une action palpitante, des situations impossibles et farfelues, un méchant qui n'est pas celui qu'on pensait, des bagarres burlesques, des paysages magnifiques, le couple d'acteurs bien dans leurs rôles. Ah, il y aussi Jean Servais qui semble sortir tout droit du tournage de "La fièvre monte à El Pao". Un film complètement hors norme mais qui a ouvert la voie aux "Indiana Jones" et "A la poursuite du diamant vert". Mais si vous n'aimez pas Tintin, ce n'est pas la peine… Une critique mineure : le dernier plan qu'on sentait venir à 20 kilomètres, sur le coup-là, les scénaristes aurait pu trouver autre chose. PS : On appréciera la courte séquence permettant de voir la toujours belle Simone Renant en tenancière de tripot, 17 ans après son rôle de photographe lesbienne dans "Quai des orfèvres". De l'excellent cinéma de divertissement !

La Nuit de l'iguane

Un film de John Huston (1964) avec Richard Burton, Ava Gardner, Deborah Kerr, Sue Lyon. C'est du Tennessee William et du bon ! Le scénario est complétement freudien, nous démontrant que quoi qu'on fasse et qu'on dise, c'est le sexe qui domine les rapports entre les êtres humains. Ça aurait pu être lourd, les dialogues étant souvent très littéraires (c'est le seul point faible du film), mais le jeu des acteurs transcende tout. Richard Burton, nonchalant, imprévisible, plein d'humour, Ava Gardner rayonnante de sensualité qui nous explique qu'on peut très bien être nymphomane et aimer son mari (lequel était d'ailleurs consentant), Deborrah Ker, sobre et sublime qui nous raconte une étrange rencontre sexuelle (mais avortée) et Sue Lyon, déchaînée. Et n'oublions pas Grayson Hall en lesbienne refoulée et acariâtre. Le film contient aussi une critique de la religion (on détache l'iguane, parce que Dieu n'a pas été foutu de le faire… jolie symbolique) Un régal.

Les gros bras

Un film de Francis Rigaud (1964). Un scénario très mal mis en scène à ce point que ça en devient pénible. Un casting qui fait l'erreur de mettre en vedette Roger Pierre et Jean-Marc Thibault qui mal dirigés se montrent médiocres, et ne laissant pas assez d'espace à Francis Blanche et Dary Cowl qui ne peuvent sauver le film. Seules les dernières 10 minutes qui virent au burlesque sont (éventuellement) à sauver.

Banco à Bangkok pour OSS117   

Un film d'André Hunebelle (1964) avec Kerwin Mathews et Robert Hossein. C'est le James Bond du pauvre (et ce n'est pas gentil pour les pauvres). Réalisé à la paresseuse avec une postsynchronisation catastrophique, des dialogues et des situations d'une stupidité affligeante, une direction d'acteur approximative, des scènes d'action aussi rares que médiocres, un scénario sans intérêt, un bellâtre jouant comme une savate en guise d'acteur principal, Robert Hossein risible, Pier Angeli fadasse, des longueurs à n'en plus finir. Que reste-il ? La tronche de Virlogeux et le décolleté de Dominique Wilms (la môme vert gris), c'est à dire pas grand-chose.

Une fille et des fusils

Un film de Jean-Claude Lelouch (1964) avec Jean Pierre Kalfon. Etonnant parce qu'avec un sujet pareil ça aurait pu donner n'importe quoi. Là le résultat est attachant, poétique, farfelu, grinçant, c'est bien réalisé et superbement photographié, la musique de Pierre Vassiliu produit un décalage agréable. Certaines scènes trainent un peu en longueur et quelques tics lelouchiens sont déjà là comme les cascades gratuites en voitures, mais est-ce si gênant ?

Dr Folamour

Un film de Stanley Kubrick (1964) avec Peter Sellers, Georges C. Scott, Sterling Hayden. Il était un temps où Kubrick ne se prenait pas pour Kubrick. Ce film est un chef d'œuvre d'abord par son montage et sa prise de vue (Sterling Hayden et son cigare en contre plongé), par l'interprétation exceptionnelle des acteurs (Peter Sellers est carrément génial) mais surtout par son irrespect, tout le monde en prend pour son grade, même si l'armée en est la cible centrale. Le ton est quasiment burlesque, distillant un humour caustique qui nous fait plus rire jaune que nous décrocher la mâchoire. Certaines scènes sont inoubliables : le pilote de l'avion chevauchant sa bombe, l'inventaire à la Prévert du kit de survie, le comportement extraverti de Georges C. Scott, la scène avec le distributeur de Coca… Un très très grand film !

 

Pour une poignée de dollars  

 Un film de Sergio Leone (1964) avec Clint Eastwood. L'un des tous premiers western spaghettis, et on peut dire que ça déménage. Un héros dont la seule motivation est dans le titre, une violence qui va crescendo (teintée peut-être d'un certain sadisme), des images sublimes, aucun temps mort, une musique superbe… et pourtant Leone fera beaucoup mieux ensuite…

Onibaba

Un film de Kaneto Shindo (1964). Plus qu'un chef d'oeuvre l'un des plus beaux films de tous les temps ! On serait bien en peine de dénicher un seul défaut à ce film qui frôle la perfection absolue. De la beauté des plans (ah, ces longues courses dans les roseaux), de la remarquable direction d'acteurs, de la beauté de la jeune paysanne (Jitsuko Yoshimura) et de l'érotisme à la fois discret et torride qu'elle diffuse, de la dernière partie où apparaît l'épouvante, tout cela se déguste avec émerveillement. Certains ont cherché un message, je ne suis pas sûr qu'il y en ait un, ce qui n'empêche pas le réalisateur de donner au passage de façon allusive son avis sur les croyances religieuses, et sur la prédominance du sexe.

Marnie

Un film d'Alfred Hitchcock (1964) avec Tippi Hedren et Sean Connery. Mettons les choses au point, si le film a été mal accueilli à sa sortie c'est que notamment parce que les gens ne s'attendaient pas à voir Sean Connery dans un tel film. On a ensuite exagéré les imperfections du film pour le nanariser, tandis que d'autres criait au chef d'œuvre en se cachant les yeux pour ne pas en voir les défauts. En fait le film reste passionnant de façon constante jusqu'au départ chez la mère de Marnie. La réalisation est parfaite, certaines scènes sont magistrales avec une mise en scène réellement hitchcockienne (la scène du coffre-fort), de plus l'interprétation est brillante avec un Sean Connery étonnant et une Tippi Hedren qui crève l'écran, alors d'accord il y a des transparences et c'est pas joli, mais cela n'a que l'importance qu'on veut bien lui accorder. Globalement le film est bon et élégant et on filait probablement vers le chef d'œuvre s'il n'y avait pas ce dénouement aussi stupide que grotesque.

La chute de l'empire romain

Un film d'Anthony Mann (1964) avec Sophia Loren et James Mason. Si le film se base sur un contexte historique véritable, ce n'est pas pour autant un film historique mais bien un péplum et c'est donc comme cela qu'il faut le juger. La distribution peut être qualifiée de moyenne, Alec Guiness est excellent et trouve le moyen de saupoudrer le film d'un humour qui disparaîtra complètement avec la mort de son personnage, Stephen Boyd est passable, James Mason est en petite forme, Mel Ferrer sous utilisé, Christopher Plummer qui joue le rôle de l'empereur Commode n'est pas bon, quant à la belle Sophia Loren, elle n'est pas assez mise en valeur et est peu convaincante (malgré qu'elle interprète le seul personnage sympathique du film). Le film blablate pas mal et les scènes au sénat ne sont ni passionnantes ni convaincante. Mais c'est dans les scènes d'action que le film retrouve toute sa force, la scène de la course en char est tout simplement grandiose, le duel final (qui sera hélas parasité par l'épisode stupide et inutile du sauvetage du bûcher) est également un grand moment et il y en a d'autres. Des défauts donc, mais les bonnes choses l'emportent largement, c'est un très bon film.

Hercule contre les tyrans de Babylone

Un péplum de Domenico Paolella (1964). Tous les ingrédients du péplum sont là : Le super musclé de service et son jeu nul, l'indispensable traître, quelques méchants tyrans (et machiavéliques en plus), des esclaves au teint frais et aux toges impeccables, un peu de cruauté, une princesse très belle et très méchante (fabuleuse Helga Line et c'est rien de le dire), des souterrains, des passages secrets et du carton-pâte ! Et la surprise c'est que tout cela fonctionne très bien, le ridicule de certaines situations ne parvenant pas à gâcher notre plaisir. Ah, j'oubliais, il y a beaucoup de chevaux !

Le masque de la mort rouge

Un film de Roger Corman (1964) avec Vincent Price. Il ne se passe pas grand-chose, c'est surtout un film d'ambiance, mais quelle ambiance, une caméra en folie, un déluge de couleurs et de costumes, le tout construit autour d'un Vincent Price habité par le rôle, un vrai méchant de film d'horreur, cruel et sadique. (Pas comme Dracula qui ne tue les gens que pour survivre, et puis on l'aime bien Dracula, d'ailleurs il ressuscite tout le temps) et sans aucun scrupule, mais Corman y a ajouté une petite touche (juste un doigt) d'humanité qui n'existe pas dans la courte nouvelle de Poe. Les deux rôles féminins, Hazel Court et Jane Asher (la petite amie de McCartney à l'époque). sont agréables et plutôt bien tenus, on regrettera juste le rôle mineur mais raté (et limite absurde) de Gino. Un grand Corman et un grand film fantastique.

Le journal d'une femme de chambre

Un film de Luis Buñuel (1964) avec Jeanne Moreau; Georges Geret, Michel Piccoli. Qu'on arrête de dire que les films de Buñuel sont des critiques de la bourgeoisie, ce n'est pas seulement la bourgeoisie qu'il critique c'est la nature humaine. (à ce que je sache la pire ordure du film, joué par Géret, n'a rien d'un bourgeois !) On n'a pas assez insisté sur le rôle de Michel Piccoli, pourtant excellent comme à ses habitudes. Jeanne Moreau  est sublime dans ce rôle où tout le film nous la montre d'une lucidité extrême (elle ira même jusqu'à coucher avec Géret et se parjurer, rien que pour obtenir sa confiance), puis quand elle constatera que la justice ne fonctionne pas, elle épousera un vieux réac en attendant qu'il claque. Si on peut regretter une certaine propension de scénario à parfois trop caricaturer, le film n'en reste pas moins un chef d'œuvre.

Les gorilles

Un film de Jean Girault (1964) avec Darry Cowl et Francis Blanche. La couleur est indiqué dès le départ, le scénario est n'importe quoi et c'est clairement énoncé, on a donc une sorte de film à sketchs avec comme fil rouge : la recherche d'une valise ! Vont défiler les scènes du film publicitaire, du contractuel, du mage oriental, de la pendaison de la crémaillère, de la propriétaire de chevaux, de l'avocat marron et de l'armée du salut. Tout cela est assez inégal, et parfois lourdingue, mais en fait plus on avance plus ça devient foutraque. Darry Cowl est plutôt bon, mais Francis Blanche joue en dessous de ses possibilités (c'est dans les rôles exotiques qu'il est le meilleur et ce n'est pas le cas ici). A noter une ribambelle de guest-stars. Se regarde avec plaisir si on est "bon public".

Les Barbouzes

Un film de Georges Lautner (1964) avec Lino Ventura, Francis Blanche, Bernard Blier et Mireille Darc. Dialogue de Michel Audiard. Il s'agit d'une parodie loufoque des films d'espionnage. C'est d'abord un film d'acteurs. Si Lino Venture est fidèle à lui-même, Françis Blanche en fait de trop, et Bernard Blier est absolument parfait. Quant à Mireille Darc... putain, qu'elle était mignonne ! La mise en scène volontairement loufoque est très efficace

Goldfinger

Un film de Guy Hamilton (1964) avec Sean Connery. Certes c'est un James Bond et il serait stupide de chercher le réalisme, mais là ça vire au grotesque. Le méchant veut attaquer Fort Knox, mais sa chef d'escadrille le trahit après s'être fait à moitié violé par Bond ! Du coup toute la garnison fait semblant de s'endormir… pour mieux se réveiller après… et j'en oublie. Ajoutons ici un prégénérique sans intérêt, quelques réflexions stupides insérées on ne sait trop pourquoi par le dialoguiste (Comme la scène avec la fille qui aide Goldfinger à tricher aux cartes dans laquelle Bond se dit rassuré qu'elle ne soit pas payer pour coucher !), une partie de golf à laquelle il manque le mode d'emploi... Et malgré tout ça, et bien je vous le donne en mille, ça se laisse regarder et on passe même un bon moment, allez y comprendre quelque chose !

Embrasse-moi, idiot

Un film de Billy Wilder (1964) avec Kim Novak et Dean Martin. Wilder est le digne successeur de Lubitsch et cette comédie qui ne nous laisse pas une minute de répit le démontre magnifiquement. Le film renverse la morale bien pensante pour notre plus grand plaisir : Ray Waltson vire sa femme pour les besoins d'un plan impliquant Dean Martin et Kim Novak et destiné à promouvoir ses chansons, puis il joue les moralistes en virant Dean Martin qui courtise sa fausse femme (Kim Novak) sous ses yeux mais couche avec cette dernière. Quand à la délicieuse Felicia Farr (qui joue la femme de Ray Waltson) elle s'envoie Dean Martin qui la prend pour une prostituée. Mais à la fin tout finira bien, Novak profitera du prix de la passe de Dean Martin, lequel fera un tube avec la chanson de Ray Waltson qui se réconciliera avec sa femme. C'est magnifiquement réalisé, superbement interprété (Kim Novak est sublime en prostituée et les trois autres acteurs principaux sont parfaits, mention spéciale à Felicia Farr, rayonnante de beauté). La musique est d'André Previn. Chef d'oeuvre !

Le mercenaire de minuit

Un western de Richard Wilson (1964) avec Yul Brynner. Ça aurait pu être bien, le scénario était intelligent et contenait des bonnes choses, mais la vision de ce film donne comme une impression de confusion voire de bâclé, certes Yul Brynner est très bon mais on a du mal à comprendre le comportement de son personnage d'abord monolithique, puis pétant les plombs et incapable de prévoir à la fin qu'on va lui tirer dessus. Il ne suffit pas d'être plein de bonnes intentions pour faire un bon film. A signaler quand même que le personnage interprété par Yul Brynner se nomme Jules Gaspard d'Estaing (ça ne s'invente pas !)

La tombe de Ligeia

Un film de Roger Corman (1964) avec Vincent Price. Superbes images, magnifiques décors naturels et de studio, bonne interprétation de Vincent Price (un peu vieux pour le rôle toutefois) et d'Elizabeth Shepherd, et pourtant le résultat reste moyen, la faute à une adaptation trop littéraire, à une certaine confusion, des longueurs et un final peu clair dans sa narration et médiocre dans sa réalisation.

Madame Croque-mari

Un film de J. Lee Thompson (1964) avec Shirley McLaine, Dean Martin, Paul Newman, Robert Mitchum, Gene Kelly. Le film est construit en flash-back et son synopsis est quasiment résumé dès son début. Il n'y a donc aucune attente quant au déroulé de l'histoire sinon de savoir comment le réalisateur va traiter tout ça.  Or, il s'en sort très bien, le film est très inventif, se servant d'inserts astucieux (le film muet, la romance coquine, le défilé de toilettes, la comédie musicale) et puis il y a cette machine à peindre, trouvaille irrésistible et géniale. La prestation de Shirley McLaine est tout simplement époustouflante, côté masculin c'est plus inégal, si Mitchum ne parait pas trop concerné, la performance de Paul Newman est tout à fait étonnante. Au final un excellent divertissement.

Le spectre maudit (The black Torment)

Un film de Robert Hartford-Davis (1964). Tous les éléments d'une très bonne série B sont réunis, bonne ambiance, costumes, décors, musique (remarquable) , actrices féminines sympathiques et une histoire qui nous tient en haleine car est-ce une histoire de fantôme ? Une histoire d'envoûtement ? De folie ? Tout cela avant que le film s'autodétruise dans les 15 dernières minutes dans un embrouillamini aussi grotesque que décevant.

La cité de l'indicible peur (la grande trouille)

Un film de Jean-Pierre Mocky (1964) avec Bourvil, Jean Poiret, Francis Blanche, Jean-Louis Barrault, Jacques Dufilho, René-Louis Lafforgue, Marcel Peres. Assez déroutant au début, on se prend à s'intéresser à ce film dès les premières pérégrinations de Bourvil à Barges. On est dans le farfelu avec une galerie de personnages plus étranges les uns que les autres (le voyeur, le boucher, le brigadier, le pharmacien, le secrétaire de mairie, le jardiner, le maire, le médecin) sans oublier sainte-Urodéle et la bargeasque. L'intrigue policière n'a d'ailleurs strictement aucune importance, c'est un film d'ambiance et de ce point de vue c'est très réussi avec ce passage dans la brume, ses meurtres mystérieux ou encore le fanatisme de la foule déchaînée. Les acteurs sont très bons et Bourvil campe un improbable policier mais il est très bon, meilleur que dans le drôle de paroissien. Un petit régal !

Une femme dans une cage

Un film de Walter Grauman (1964) avec Olivia de Havilland. Il convient de réhabiliter d'urgence ce film qui semble maudit et/ou oublié. 7 ans avant les "Chiens de paille" de Peckinpah, nous avons là un film d'une violence à la limite de l'insoutenable, mais qui fonctionne à fonds grâce d'une part à une direction d'acteur excellentissime (Olivia de Haviland est fabuleuse) et par la, force du propos sous-jacent qui est une charge féroce envers l'indifférence. Plus de 50 ans après sa sortie ce film n'a pas pris une ride.

La Difficulté d'être infidèle

Un film de Bernard Toublanc-Michel (1964). La mise ne situation aurait pu nous donner quelque chose d'intéressant, mais ce n'est pas le cas, on tourne en rond en attendant qu'il se passe quelque chose et il ne se passe pas grand-chose. En plus il faut supporter la "musique " affligeante de Danny Boy et le final moralisateur. A sauver l'étonnante Michèle Grellier en fausse blonde et la belle brune italienne Donatella Turri. A noter que ce film poussif et faussement osé fut nominé pour le festival de Berlin en 1964 (mort de rire)

Topkapi

Un film de jules Dassin (1964) avec Melina Mercouri, Maximilien Schell, Peter Ustinov. Tout cela fait un peu désuet, pourtant il y a de bonnes choses, ne serait-ce que la prestation de Peter Ustinov ou le charme très particulier de Melina Mercouri en femme cougar. Mais le clou du film reste la très longue séquence du vol dans le musée, une performance remarquable.

La vierge de Nuremberg

Un film Antonio Margheriti (1963) avec Rossana Podesta et Chistopher Lee. L'appellation film d'horreur est un véritable fourre-tout où l'on classe n'importe quoi. Comme film d'horreur cette vierge de Nuremberg (nom d'un instrument de torture) ne peut que décevoir puisqu'il n'en est pas un, en revanche comme film d'angoisse, il est plutôt efficace, la tension et le mystère étant omniprésents jusqu'à la fin. La réalisation est plus qu'honnête pour une série B, les décors sont particulièrement soignées de même que la belle photographie couleur, quand à Rossana Podesta, quelle superbe femme ! Un très bon film.

Le Guépard  

Un film de Luchino Visconti (1963). Une fresque magistrale et d'une intelligence remarquable réalisée de main de maître. Une ambiance particulièrement bien rendue, des plans magnifiques et surtout une interprétation magistrale de Burt Lancaster qui crève l'écran. Les longueurs sont évitées (parfois de justesse) et la musique est magnifique. Certes on peut toujours chipoter et relever quelques défauts : L'interprétation trop légère d'Alain Delon, celle purement décorative de Claudia Cardinale, le cabotinage de Paolo Stoppa, ou les scènes de batailles peu convaincantes, le film n'en reste pas moins un chef d'œuvre.

La grande évasion

Un film de John Sturges (1963) avec Steve McQueen, Donald Pleasance, James Coburn, Charles Bronson. John Sturges a toujours été rempli de bonnes intentions et du souci de bien faire, mais il n'a jamais été un très grand réalisateur. Dans son soucis de faire du spectaculaire, il en oublie le réalisme (comment un officier de l'aviation britannique pourrait-il être quasiment aveugle ?) Et puis cette unanimité dans le camp est touchante : pas d'opposition, pas d'espion, pas de mouchard… Et puis trop c'est trop on trouve tout dans ce camp de prisonniers, ce n'est plus un camp, c'est un super marché !) Alors d'accord on fait avec mais qu'on arrête de nous bassiner en nous disant que c'est inspiré d'une histoire vraie par ce que dans cette affirmation le seul mot important c'est justement "inspiré".  Billy Wilder dans Stalag 17 avait remarquablement saisi la condition des prisonniers de guerre dans sa sordide réalité, Sturges lui s'amuse. Il nous faut aussi parler des longueurs : cette longue et pénible scène de distillation et de distribution d'alcool de patates sert à quoi ? Alors prenons le film comme un spectacle, et vu comme ça, ça fonctionne d'autant que la dernière partie qui constitue une rupture de rythme est passionnante à souhait. La grande évasion reste un grand film mais ne peut mériter le qualificatif de chef d'œuvre.

The servant

Un film de Joseph Losey (1963) avec Dirk Bogarde. Plus qu'un chef d'œuvre, c'est un des sommets de l'histoire du cinéma. Tout est parfait, la mise ne scène, l'éclairage, les cadrages, le montage, la direction d'acteurs remarquable avec un quatuor exceptionnel. Quant au scénario, ce n'est en aucune façon une critique sociale comme on le trouve écrit ici et là, mais une étude éblouissante sur l'évolution des rapports de domination entre les individus. Un monument !

La maison du diable

Un film de Robert Wise (1963) avec Julie Harris et Claire Bloom. Beaucoup de bonnes choses dans ce film d'épouvante, une photo noir et blanc magnifique, des décors de folie mis en valeur par des plans fabuleux, un montage très travaillé, des actrices féminines au top. Dommage que tout cela soit gâché par d'interminables bavardages qui casse le rythme du film.

Dementia 13

Un film de Francis F. Coppola (1963). Le premier Coppola (produit par Corman). Une sombre histoire d'héritage qui commence vraiment très bien avec une Luana Anders tout à fait charmante. Et puis voilà qu'on l'assassine et qu'il y a deux suspects aussi antipathiques l'un que l'autre, manque de bol, c'est un autre qu'à fait le coup, mais on s'en fout un peu. Le film souffre d'un manque évident de moyen et d'un scénario tarabiscoté, mais les femmes sont très agréablement photographiées et tout cela ne dure que 75 minutes. Moyen.

Irma la douce

Un film de Billy Wilder (1963) avec Shirley McLaine et Jack Lemmon. La vision de ce film est un véritable régal, la mise en scène est d'une inventivité permanente, Jack Lemmon est génial et Shriley McLaine crève l'écran (ah, cette scène où elle danse sur la table de billard !). La reconstitution partielle de Paris passe plutôt bien, le propos est plaisant et la musique d'André Previn est merveilleuse. Alors chef d'œuvre ? Hélas non car Wilder a sans doute fait l'erreur de vouloir trop coller au scénario original de la pièce. Car après l'arrestation de Lemmon l'histoire tourne au grotesque, alors qu'il y avait matière à conclure le film de façon moins tarabiscotée ! Là Wilder est obligé de faire dans le burlesque pour la scène d'évasion (Lemmon qui se prend pour Hercule en écartant les barreaux de sa fenêtre !) et les dernières scènes sont mauvaises, voire absurdes (à l'exception de la fouille de l'appartement). Un final qu'il vaut mieux oublier car le film reste attachant par ses côtés humains et sensibles ainsi que par son propos dont l'intention n'est pas d'être moralisateur (même si on reste loin des audaces d'"embrase-moi idiot"). Malgré ses défauts, Irma la douce reste un beau film, un film qu'on ne peut qu'aimer. PS ! Les amateurs auront peut-être reconnu Tura Satana, dans le rôle d'un prostituée brune avec une robe à rayures zébrées qui sera la vedette du film de Russ Meyer dans Faster Pussycat! Kill Kill!

Les 55 jours de Pekin

Un film de Nicholas Ray (1963) avec David Niven, Charlton Heston, Ava Gardner. C'est formellement plutôt bien fait. Côté distribution Ava Gardner est très mal employée (quand on pense à ce que lui fera faire Huston dans "La nuit de l'iguane", il n'y a pas photo), Heston a du mal dès qu'il faut faire autre chose que de l'action, Niven, lui est impérial. Si le film se regarde sans déplaisir (malgré quelques longueurs), il lui manque comme un souffle ce qui fait que tous ces personnages nous paraissent comme un peu lointain. Et puis bon, tous ces militaires qui marchent au pas…

Quatre du Texas  

Un film de Robert Aldrich (1963) avec Frank Sinatra, Dean Martin, Anita Ekberg, Ursula Andress. Du grand n'importe quoi, nos deux crooners à peine dirigés cabotinent comme ça ne devrait pas être permis, le scénario est inintéressant, ça parlote beaucoup et les bagarres à coup de poings deviennent vite lassante. L'humour est lourdingue, le pompon étant atteint par l'apparition des trois Stooges. Charles Bronson a l'air d'un zombie. Reste les deux vedettes féminines plutôt bien mises en valeur et le rôle de Victor Buono en gros méchant. Curiosité on aperçoit pendant quelques secondes le tableau d'Ursula peinte dans la position de la maja nue de Goya.

The Raven

Un film de Roger Corman (1963) avec. Vaguement inspiré d'Edgar Poe et scénarisé par Richard Matheson, ce film vaut par son excellente distribution (Vincent Price, Peter Lorre, Boris Karloff, Jack Nicholson, Hazel Court) son ton décontracté et l'originalité de son scénario. C'est léger, souriant, l'ambiance est bien rendu (costumes, décors) , ces dames sont affriolantes et on passe un excellent moment

 Bons Baisers de Russie

Un film de Terence Young (1963) avec Sean Connery. Vraiment pas mal ce James Bond ! Ce film avait à sa sortie déclenché la colère du journal l'Humanité, organe du parti communiste, notamment parce qu'il osait montrer une femme membre des services secrets soviétiques passer à l'Ouest ! Le scénario est bien ficelé, et comme le cinéma est aussi un spectacle on a droit à une très jolie danse du ventre et à un improbable combat de femmes dans un camp "gitan" (l'une des deux étant Martine Beswick, la future Sister Hyde). Rebondissements, suspense, action, décontraction et humour, bref, un excellent divertissement

Docteur Jerry et Mister Love

Un film de et avec Jerry Lewis (1963). Pour qualifier un film de chef d'oeuvre, il faut qu'il soit sans reproche. Ce n'est pas le cas de ce film, certains gags sont lourdingues et les grimaces de Jerry Lewis assez pénibles. le personnage du directeur est grotesque, et le blaba final aurait gagné  a être écourté. Il y a aussi quelques incongruités dans le scénario (comment la créature poilue et bancale évolue-t-elle vers le play boy ?). Sinon, beaucoup de bonnes choses, le personnage de Mister Love est particulièrement bien vu, l'irruption des parents de Lewis dans la partie finale est très astucieuse puisqu'elle permet d'introduire la "vraie fin", celle qui nous dit que Stella Stevens ne se contentera pas de vivre avec un paumé. On appréciera aussi les couleurs, resplendissantes. Quant à Stella Stevens, qu'est ce qu'elle était belle !

Les oiseaux

Un film d'Alfred Hitchcock (1963) avec Tippi Hedren et Rod Taylor. Sans doute l'un des meilleurs Hitchcock et une place a part dans sa filmographie, puisqu'on est dans l'irrationnel (on ne saura jamais le pourquoi du comportement des oiseaux). On ne s'ennuie pas une seconde. Tippi Hedren ne se contente pas d'être superbe, elle s'acquitte fort bien de son rôle de richissime héritière un peu foldingue (un peu à la manière de Paris Hilton). Quant à Rod Taylor, un poil lourdingue en play-boy, il est parfait dans les scènes d'action. Les acteurs secondaires sont également très bien notamment la très jolie Suzanne Pleshette. Outre les scènes d'attaques des oiseaux le film contient des séquences étonnantes notamment celle du retour au restaurant où Tippi Hedren se fait traiter de sorcière. Un régal !

Solo pour une blonde

Un film de Roy Rowland (1963) avec Mickey Spillane. Quel idée il a eu Spillane d'aller jouer le rôle principal dans l'adaptation de son bouquin ? Passe encore quand il fait le gros dur, mais quand il joue les séducteurs, ça ne va plus du tout. Sinon que celui qui a compris quelque chose à ce salmigondis nous le dise, les films noirs sont souvent compliqués mais là le scénario n'est tout simplement pas maîtrisé et les liaisons entre les scènes sont loin d'être évidentes. La photographie n'est pas trop mal, la musique non plus. A regarder comme un film d'ambiance ou aussi pour Shirley Eaton en maillot de bain. Une curiosité qui n'a rien d'indispensable.

La panthère rose

Un film de Blake Edwards (1963) avec Claudia Cardinale, Capucine, David Niven et Petter Sellers. Trois choses ont rendu ce film célébrissime : Son générique de folie, la musique d'Henri Nancini et l'interprétation loufoque de Peter Sellers dans le rôle de l'inspecteur Clouseau. Mais il faudrait parler aussi de la mise en scène magistrale, de quelques gags savoureux (les gorilles) de la montée en puissance de l'humour (jusqu'à la poursuite en voiture) de l'interprétation magistrale de David Niven et de Capucine (en revanche Claudia Cardinale est moyenne et Robert Wagner pas très bon) et de ce petit côté gentiment amoral. On pourra reprocher quelques longueurs (pas bien grave)

L'halluciné (le Château de la Terreur)  

Un film de Roger Corman (1963) avec Boris Karloff et Jack Nicholson. Avec la collaboration de Francis Ford Coppola (scénario, réalisation et production) A part quelques apparitions de Sandra Knight (la femme de Nicholson à l'époque), il n'y a rien à sauver dans ce mauvais Corman aux couleurs hideuses, l'interprétation est fade, le scénario confus et bâclé, le rythme inexistant. Pas grand intérêt

Le mépris

Un film de Jean-Luc Godard (1963) avec Brigitte Bardot, Michel Piccoli, Fritz Lang, Jack Palance. Il y a deux trucs qui agacent : le fatras de références culturelles et le mélange des langues. Sinon Godard accomplit l'exploit de nous intéresser à une histoire qui ne l'est pas. La réalisation est géniale (ah, ces plans d'appartement !), la photo est somptueuse, Bardot n'a jamais été aussi belle (ce qui ne l'empêche pas de jouer comme une patate) et dégage un érotisme qui ne laisse pas insensible, la musique est magnifique. Un film peut-être surcoté mais pas tant que ça.
PS : On remarquera que quand Piccoli tape à la machine à écrire, il n'utilise jamais la barre d'espace !

Le dernier de la liste

Un film de John Huston (1963) avec Kirk Douglas, Georges Scott… Malgré un départ en fanfare, c'est mauvais. L'intrigue policière est médiocre, inintéressante et son déroulement peu passionnant, limite ennuyeux d'autant que les personnages n'ont rien d'attachant (le frenchie de service est ridicule) et que cela se passe dans le milieu des tarés de la chasse à courre (Huston se croit malin en en ridiculisant les opposants). A regarder éventuellement par curiosité pour découvrir sous quels masques se cachent Kirk Douglas, Tony Curtis et Robert Mitchum (facile !), Burt Lancaster et Frank Sinatra (plus difficile), si vous n'avez rien d'autre à faire. Un faux pas dans la belle carrière de John Huston.

Le corps et le fouet

Un film de Mario Bava (1963), signé John M. Old ! Rarement un film n'aura autant distillé l'ennui, d'autant que le scénario n'offre aucun intérêt. Le titre (ridicule) laissait supposer un peu d'érotisme teinté de SM (il n'y en a pas !). Christopher Lee n'est pas bon, et seul serait à sauver la présence de deux belles et jeunes actrices (Daliah Lavi et Ida Galli)

La fille qui en savait trop

Un film de Mario Bava (1963). Ça démarre très fort avec dans les 11 premières minutes une arrestation, un décès, une agression et un assassinat ! On a le droit de trouver l'intrigue policière assez tordue mais ce n'est pas bien grave, le but du film (dont les extérieurs ont été tournés près de Trinita dei Monti à Rome) étant de créer un très efficace climat d'angoisse et de fausses pistes qui sera présent jusqu'à la fin. La réalisation est très correcte avec une utilisation judicieuse du noir et blanc. Le rythme est soutenu (ce n'est pas toujours évident chez Bava) et Leticia Roman se débrouille plutôt bien avec ses petits yeux apeurés. Un bon film (même si la dernière séquence est un peu débile)

Les monstres

Un film de Dini Risi (1963) avec Ugo Tognazzi et Vittoria Gassman. 19 sketches (certains sont très courts) très inégaux. Si certains sont très réussis ( la bonne éducation, le pauvre soldat, la journée d'un parlementaire, le témoin volontaire, la victime; on oublie vite,), d'autres sont sans surprises quant à leur chute ou peu intéressantes voir ratés (sur le sable, la muse,). Le lien du film est malgré tout constitué par les performances d'acteur de Vittoria Gassman d'Ugo Tognazzi tous les deux absolument prodigieux.

Landru  

Un film de Claude Chabrol (1963) avec Charles Denner, Michelle Morgan, Danielle Darrieux, Stéphane Audran… On comprend que ça puisse gêner, faire d'un salopard, un personnage qu'on n'arrive pas à trouver antipathique était une gageure, mais cela permet à l'humour noir qui domine ce film de fonctionner à fond. Bien sûr tout (ou presque) est prévisible, mais c'est très bien fait avec un sens aigu du détail. L'aspect théâtral est clairement assumé (notamment par la vue en coupe de sa cellule à la fin du film). L'interprétation est magistrale, la bande son exceptionnelle (on y entend notamment le "Samson et Dalila de Camille Saint Saëns), les dialogues savoureux (signés François Sagan). Le contexte politique n'est pas oublié : dans le film où l'on voit Georges Mandel (Jean-Pierre Melville) conseiller à Clemenceau (Raymond Queneau) de monter l'affaire en épingle afin de créer une diversion à la situation économique de l'immédiat après-guerre. Parler d'élégance à propos de ce film paraît osé tant le sujet est scabreux, mais quel autre qualificatif employer ?

Les tontons Flingueurs

Un film de Georges Lautner (1963) avec Lino Ventura, Francis Blanche, Jean Lefebvre, Dialogues de Michel Audiard. Remettons les choses à leur place, Lautner n'est peut-être pas le génie méconnu que certains voudraient nous faire croire, mais il est loin de n'être qu'un simple tâcheron. Il existe bel et bien un style Lautner. (voir par exemple, "Laisse aller, c'est une valse", film auquel Audiard n'a pas participé) . Néanmoins, "Les tontons flingueurs" reste d'abord un film d'acteurs et un film à texte (qui contient sans doute les meilleures répliques d'Audiard) . Un excellent moment de cinéma !

Le croque mort s'en mêle (Comedy of Terror) 

Un film de Jacques Tourneur (1963). Un scénario de Roger Matheson. Un quintette d'acteurs en pleine forme (Vincent Price, Peter Lorre, Basil Rathbone, Boris Karloff et la très sémillante Joyce Jameson) En prime Rubbarb, un chat acteur étonnant. Voilà qui aurait dû lorgner vers le chef d'œuvre. Or ce n'est pas le cas, non pas que ce soit mauvais, certaines scènes sont excellentes (notamment la fin) mais globalement c'est bien une impression de lourdeur qui domine. Un peu dommage.

Cléopâtre

Un film de Joseph L. Mankiewicz (1963) avec Elizabeth Taylor, Rex Harrison, Richard Burton. L'interprétation est magistrale, notamment celle de Rex Harrison, il y a des scènes grandioses (l'entrée de Cléopâtre dans Rome est fabuleuse) et puis Elizabeth Taylor est remarquablement mise en valeur. Un grand moment de cinéma quelque peu handicapé par des dialogues trop longs et trop théâtraux. (c'est le gros reproche que l'on peut faire à ce long film de 4 heures)

Ce monde interdit

Un film semi documentaire de Fabrizio Gabella (1963). Ça commence par une dénonciation assez peu intéressante de la société de consommation et de la pub, puis le film bifurque sur le ton de "regardez le vice est partout" prétexte pour nous montrer du fétichisme, du sado-maso, des travestis, des prostituées… tout cela de façon assez ennuyeuse.  La dernière partie du film est la plus intéressante puisqu'il s'agit de faux scopitone coquins accompagnés de psychanalyse de bazar (on se demande si du second degré ou pas) et d'une amusante démonstration érotique de l'effet Chris Marker.

L'immortelle

Un film d'Alain Robbe-Grillet (1963) avec Françoise Brion. Les images sont très belles et on se cale bien dans son fauteuil en se disant que l'on va voir un truc intéressant. On déchante très vite en découvrant le jeu exécrable des acteurs. Et là première réflexion : quand on joue comme ça dans un Max Pecas ou dans un Jean Rollin tout le monde leur tombe dessus, ici certains trouvent ça du dernier chic ! On essaie malgré tout de s'intéresser à l'histoire avant de s'apercevoir qu'il n'y en a pas. Que les choses soient claires, le cinéma peut tout se permettre y compris comme ici ce mélange de réalité, d'illusions, de rêves, de fantasmes... Encore faut-il savoir accrocher le spectateur. Ici c'est loin d'être le cas. Robbe-Grillet à beau mettre la jolie Françoise Brion en sous-vêtements ou inviter une danseuse du ventre, rien n'y fait et l'ennui et le désintérêt s'installe inexorablement. Quand au fait que cette plaisanterie ait obtenu le prix Louis Delluc, considérons cela comme un non événement.

Un drôle de paroissien

Un film de Jean Pierre Mocky (1963) avec Bourvil, Francis Blanche, Jean Poiret. Les bons films ne vieillissent pas et force est de constater que celui-ci a vieilli. Mais ce n'est pas pour cela qu'il est mauvais loin de là, mais ce plaisir transgressif de voir un voleur de tronc qui se croit inspiré par le ciel n'est pas intemporel. Et puis, il y a ce côté gnangnan du personnage joué par Bourvil qui agace un peu, d'autant que le rythme est souvent lent. Reste de très bonnes choses, des répliques qui font mouches, un anticléricalisme subtil, une critique sociale finement distillée, et puis cette ingéniosité à nous montrer les 1001 façon de piller un tronc, c'en presque didactique ! On a connu Francis Blanche mieux en forme, mais Jean Poiret est très bon. En filigrane dans le film : un bonus en forme de documentaire sur les plus belles églises parisiennes.

Le cave est piégé

Un film de Victor Merenda (1963) avec Dario Moreno, Danny Carrel, Frank Villard. On a failli avoir un bon film, on n'a qu'un objet cinématographique inachevé. Car enfin tout commençait bien avec ce scénario intéressant, même si certaines scènes du début sont tirées à la ligne. Des questions en pagaille, de la tension (on ne va quand même parler de suspense), des rebondissements, de l'action, bref tout ce qu'il faut et voici qu'à la fin tout s'écroule et que l'invraisemblable s'en mêle (le tueur convoque un mec pour lui raconter sa vie avant d'essayer de le tuer alors que cinq minutes avant il pouvait le descendre d'une balle dans le dos…) et le film se termine en deux temps trois mouvements d'une façon grotesque en oubliant d'avoir répondu aux questions que nous nous posions. C'est vraiment se moquer du monde.

Pouic-Pouic

Un film de Jean Girault (1963) avec Louis de Funès, Mireille Darc, Jacqueline Maillan. Contrairement à une idée reçue l'art du vaudeville est difficile, et n'est pas Faydeau qui veut. L'une des règles implictes est de ne pas parasiter le récit par une histoire parallèle à fortiori sentimentale, or c'est exactement ce qui se passe dans ce film puisque dès la rencontre entre Philippe Nicaud et Mireille Darc on sait comment cela finira. De plus Nicaud, mal dirigé joue très mal et fait tache dans ce film. A part ça, il faut avouer que la cocasserie des situations est plutôt plaisante et fonctionne relativement bien malgré une mise en scène paresseuse mais sauvé par une distribution de qualité dans laquelle De Funes et Guy Trejean sont bons, Jacqueline Maillan excellente, Mireille Darc charmante mais on n'est pas chez Lautner qui lui, saura la diriger et révéler son talent, quant à Maria-Rosa Rodriguez (dite Yana Chouri) elle est le brin de folie qui éclaire ce film. Distrayant sans plus.

L'Inconnue de Hong Kong

Un film de Jacques Poitrenaud (1963) avec Dalida et Serge Gainsbourg. Le scénario est inepte et a dû être écrit en ¼ d'heure sur une table de bistrot, la réalisation est molle comme un Chamallows. Dalida n'a jamais été une actrice, Nicaud est transparent et Gainsbourg n'est pas mieux. A réserver au Dalida's fan club sinon rien à sauver

Il Boom

Un film de Vittorio de Sica (1963) avec Alberto Sordi. Cette incursion de De Sica dans le domaine de la comédie Italienne est ratée, malgré la prestation étonnante d'Alberto Sordi. Une des règles implicites du cinéma, c'est que quand on nous a montré quelque chose et qu'on l'a compris, on passe à autre chose, ce n'est pas le cas de ce film ou tout est trop long, répétitif à foison et finalement ennuyeux.

L'ainé des Ferchaux

Un film de Jean-Pierre Melville (1963) avec Charles Vanel et Jean-Paul Belmondo. On retiendra la bonne prestation de Vanel et l'assez bonne de Belmondo, même si on leur fait dire des âneries (la réplique en référence à Brutus est à mourir de rire au second degré). Les autres acteurs sont transparents, quant aux femmes, on se demande si elles intéressent Melville !. Mais parlons du film, on croit être parti pour un polar mais ce n'est pas vraiment ça, alors un film sur l'évolution entre un homme et son employeur, ici cette évolution au lieu d'être graduelle parait artificielle, non maîtrisée, la même année Losey sortait The Servant, et il n'y a pas photo,) de plus il faut faire avec les séquences et les plans inutiles, des invraisemblances, des passages incompréhensibles, et ces longueurs qui ne génèrent que l'ennui, et en plus c'est réac (Belmondo qui se permet de reprocher à Vanel d'entretenir des femmes, alors que lui-même est abject avec sa petite amie) Quant à la fin… bof !

Shock Corridor  

Un film de Samuel Fuller (1963). Quelques bonnes scènes, mais trop de défauts, le film nous décrit quatre personnages atteint de folies, deux d'entre eux sont caricaturés à outrance et en deviennent ridicules (le sudiste et le black), de plus les dialogues traînent en longueurs. La scène des nymphomanes est pitoyable et ne sert à rien. L'enquête policière n'a qu'un intérêt secondaire mais aurait pu être plus subtile. On ignore pourquoi Fuller a voulu faire de l'a compagne du journaliste une stripteaseuse et qui plus est : nous montrer un strip-tease, résultat, on a sans doute le plus mauvais striptease de l'histoire du cinéma. Une série B bien surestimée mais restant relativement intéressante

Jules et Jim

Un film de François Truffaut (1962) avec Jeanne Moreau, Oscar Werner et Henri Serres. Le film démarre très fort avec une liberté de ton et une manière de filmer qui tranche complètement avec ce qu'on faisait à l'époque. Le film est intéressant (avec toutefois une petite baisse de régime vers la fin), bien réalisé, en ce qui concerne les acteurs, si Moreau et Werner sont bon, Serres ne l'est pas et on regrettera certaines répliques peu "naturelles". Au delà du thème du ménage à trois et du dépassement de la jalousie, le film est une réflexion sur la question "peut-on aimer plusieurs personnes à la fois" ?  Mais le film n'apporte aucune véritable réponse se terminant pas une fin tragique qui ne résout rien. Sur un sujet assez cousin, Da Ponte et Mozart ont écrit en 1790, un magnifique opéra, Cosi fan tutte, qui lui est optimiste. Néanmoins, on n'est pas passé bien loin du chef d’œuvre.

La jetée

Un court métrage en forme de roman photo animé de Chris Marker (1962). Comment certains peuvent encore qualifier cet essai de chef d'œuvre du cinéma alors qu'il n'est pas cinématographique ? C'est vrai qu'en matière de SF on n'avait rien à se mettre sous la dent dans ces années-là, mais remettons les pendules à l'heure ! La photo n'a rien d'exceptionnelle, le récit n'a rien de captivant, le twist final est faible. On peut sans doute voir cet essai comme une tentative originale de présenter un synopsis, et c'est bien son seul intérêt. Terry Gillian reprendra le pitch en 1995 avec "L'année des 12 singes", ça au moins c'est du cinéma !

James Bond 007 contre Dr. No

Un film de Terence Young (1962) avec Sean Connery et Ursula Andress. Le premier James Bond, et tout est déjà là, le héros chic, amateur de vodka et dragueur invétéré ! Evidemment c'était une série B avec ses inconvénients (des faux raccords comme le somnifère bu dans une tasse vide !, des décors fauchés). Mais on a droit à un générique d'anthologie, de la bonne musique et à Ursula Andress, rayonnante de beauté, on ne va pas bouder notre plaisir.

Le fanfaron

Un film de Dino Risi (1962) avec Vittorio Gassman, Jean-Louis Trintignant, et Catherine Spaak. Un joli duo d'acteurs pour ce road movie qui ne nous raconte pas grand chose, mais qui se laisse voir avec plaisir (mais sans plus). Quelques branchés vaticanologues s'amuseront avec juste raison de la bonne blague anticléricale : "Non habemus cricus. Navratus".

Lawrence d'Arabie  

Un film de David Lean (1962) avec Peter O'Toole, Alec Guiness, Anthony Quinn, Omar Sharif. C'est grandiose, un peu long sans nul doute, mais on ne s'ennuie jamais, l'interprétation est excellente (petite réserve pour Claude Raims), la musique plutôt efficace, les plans particulièrement soignés et certaines scènes sont fabuleuses. Mais l'immense intérêt du film est de nous montrer l'évolution d'une personnalité complexe. Il y a une certaine similitude entre le personnage de Lawrence et celui du Colonel Nicholson dans "le pont de la rivière Kwai", celle d'une évolution dans la folie mégalo. Le film après nous avoir montré un type sympathique, idéaliste, intelligent, téméraire, humain, fantaisiste, (et un poil masochiste), bref bourré de qualités, nous le montre dégringoler dans la schizophrénie où la démence alterne avec la frustration de ne pas avoir terminé sa "mission". Remarquable !

L'homme qui tua Liberty Valance

Un film de John Ford (1962) avec James Stewart, John Wayne, Vera Miles, Lee Marvin. Ce film est largement surestimé : comme souvent on confond la vision du film avec le souvenir de sa vision, or ce dont on se souvient et ce qui a fait sa réputation ce sont ses bonnes intentions, et son fond illustré par le duel fatal, puis par le twist final. Bien joué l'artiste, mais si on regardait le reste. Lee Marvin qui surjoue comme ce ne devrait pas être permis, certaines scènes sont gavantes et frisent parfois le ridicule (Stewart en prof, le monologue du journaliste, la réunion électorale finale). Quand certains nous parle de mise en scène maîtrisé, j'avoue ne pas bien comprendre. Quant au duel final, s'il est parfaitement réalisé, son twist reste peu crédible : qu'on m'explique pourquoi Wayne n'a pas revendiqué la mort de Valence, vous me direz, comme tout le film repose là-dessus, il n'y aurait pas eu de film… évidemment !

La guerre des boutons

Un film d'Yves Robert (1962). Faire jouer une centaine de gosses sans tomber dans la niaiserie ou dans les attitudes têtes à claques était une gageure. Et sur ce point Yves Robert réalise un véritable sans faute. La mise en scène est inventive, parfois poétique (la course entre les grands troncs d'arbres), l'univers de l'enfance est parfaitement restitué alternant la cruauté (la chasse au renard) et la tendresse (le lapin blessé), tentant de singer sans les comprendre les codes des adultes. Le film se permet une certaine lucidité sociale, face à l'école qui peine à faire de l'instruction civique c'est sur le terrain que les valeurs républicaines sont testés. Frais, passionnant, intelligent, parfois un peu brouillon mais qu'importe, c'est un très grand film.

Un singe en hiver

Un film d'Henri Verneuil (1962) avec Jean-Paul Belmondo et Jean Gabin. Commençons par ce qui gêne, Antoine Blondin l'auteur du roman était un poivrot assumé et il y a dans son histoire des côtés autobiographiques. La "morale" en est pour le moins étrange : pour échapper à la médiocrité du monde, rien ne vaut une bonne cuite. Il faut faire aussi avec le cabotinage de Noel Roquevert, le doublage lourdingue des pieds de Belmondo quand il danse le flamenco et avec des répliques qui manquent souvent de naturel (Et oui, Audiard a beau être bon, il ne l'est jamais à 100 %). Et au titre des bizarreries on remarquera un buste de Voltaire dans une institution religieuse ! Pourtant ce film a des côtés attachants parce que Gabin y crève l'écran, parce que certaines scènes sont bluffantes, parce qu'il y a un climat, une ambiance, une musique, de très beaux extérieurs, et parce que c'est aussi le meilleur Verneuil, un réalisateur rarement inspiré… Alors faisons la part des choses, on est loin de chef d'œuvre, mais ça reste un bon film.

Les mystères de Paris  

Un film d'André Hunebelle (1962) avec Jean Marais, Dany Robin, Pierre Mondy, Jean Le Poulain, Raymond Pellegrin… Une bonne surprise parce que le scénario tient la route (c'est du Eugène Sue quand même) et tient en haleine, que la réalisation n'est pas si mal et qu'il y a une critique sociale plutôt bien distillée. Le gros point faible ce sont les dialogues souvent ringards et la direction d'acteurs déficiente (certains n'ont pas besoin d'être dirigés, mais d'autres…) Un bon divertissement.

Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?

Un film de Robert Aldrich (1962) avec Bette Davis et Joan Crowford. Une Bette Davis, époustouflante au sommet de son art incarnant l'une des "méchantes" les plus réussies de l'histoire du cinéma. Une histoire bien menée qui nous glace le sang ponctuée par des moments d'horreur pure et de tension intense. Malgré la fin un peu longuette, on se délecte, c'est un chef d'œuvre

Gypsy, Vénus de Broadway

Un film de Mervyn LeRoy (1962) C'est raté ! Rosalind Russel est insupportable au sens propre du terme, elle crie, elle surjoue, elle est envahissante, elle nous horripile, Karl Malden nous fait du Karl Malden quant à Nathalie Wood son rôle ne devient intéressant qu'après presque deux heures de film ! Des séquences musicales, il y en a peu à sauver, certaines étant carrément pénibles voire ridicules, (cf la scène avec Wood et son bellâtre) la mise en scène est sans imagination et lourde, les plans durant chaque fois trop longtemps, idem pour les dialogues. Et puis il y a le fond, Il faut savoir que le film s'inspire des mémoires de Gypsy Lee Rose qui fit l'une des plus populaires strip-teaseuses américaines de 1936 à 1956. Elle n'a jamais renié son passé et en était fière. Le film lui commence à porter un jugement moral et négatif sur les spectacles de cabaret (il faut voir la posture ridicule de Karl Malden !) pour ensuite opérer un virage à 180° afin de respecter (juste un peu) la vérité historique, mais ne rêvez pas : si la dernière partie du film où l'on voit Nathalie Wood en strip-teaseuse reste le clou du film, on ne verra rien.

Coups de feu dans la sierra.

Un film de Sam Peckinpah (1962) avec Randoph Scott et Joel McCrea. Regrettons d'abord le rôle raté (et ce ne rien de le dire tellement son jeu est exécrable) du jeune cow-boy (qui a d'ailleurs disparu de la circulation), mais aussi le caricaturisme excessif des personnages sinon ça se laisse regarder. McCrea et Scott sont plutôt bons. Et puis quand même cette scène du mariage, il fallait oser !

L'horrible docteur Orlof

Un film de Jess Franco (1962) avec Howard Vernon. C'est une série B, il faut donc faire avec quelques absurdités scénaristiques et quelques dialogues plutôt risibles, mais le film à d'autres qualités, d'abord une photographie de très grandes qualités, une ambiance d'angoisse parfaitement maîtrisée, des personnages féminins filmés avec passion (Diana Lorys y est splendide), un Howard Vernon plutôt convainquant. Bref, un très bon moment de cinéma bis qui n'a pas à rougir de la comparaison avec "Les yeux sans visage".

Le sadique baron Von Klaus

Un film de Jess Franco (1962) avec Howard Vernon. Une bonne série B. Ce qui frappe immédiatement c'est l'excellence de la photographie. L'intrigue s'efforce d'être astucieuse avec ses quelques fausses pistes, le tout baignant dans une ambiance où le gothique rejoint l'expressionnisme. L'action qui se veut sérieuse est tempérée par quelques personnages farfelus et imprévisibles, les filles sont belles mais point d'érotisme dans cet opus (Franco se rattrapera plus tard). Quant à Vernon son rôle n'est hélas pas majeur, le final n'est pas mal malgré la mort assez granguignolesque du baron. Tout cela n'est donc pas mal du tout, mais qui nous expliquera la présence incongrue de la vue de deux voies versaillaises au début du film ?

C'est pas moi, c'est l'autre  

Un film de Jean Boyer (1962) avec Fernand Raynaud, Jean Poiret, Geneviève Kervine, Micheline Dax. Evidemment c'est un peu n'importe quoi, mais on a envie d'être indulgent, parce que la réalisation n'est pas si mauvaise et que les acteurs s'en sortent assez bien (Poiret est excellent, et puis il y a Geneviève Kervine). Fernand Raynaud nous fait du Fernand Raynaud, de l'autoparodie et de la mise en abyme mais le fait d'autant mieux que le film avance. Les deux scènes de conclusion sont à ce propos très réussies. Le sketch de la bougie constitue aussi un grand moment.

Que personne ne sorte  

Un film d'Yvan Govar (1962) avec Jean-Pierre Marielle, Jacqueline Maillan et Maria Pacôme. Aucun suspense (mais le film est construit ainsi) et juste une légère surprise à la fin. C'est assez théâtral mais les performances de Jacqueline Maillan et de Marielle font que ça se regarde sans déplaisir (Maria Pacôme disparaît hélas rapidement du film). Un film d'acteurs, donc avec quelques belles photos des rues de Bruges.

Elle est terrible  

Un film de Luciano Salce (1962) avec Ugo Tognazzi et Catherine Spaak. 110 minutes là où 90 aurait déjà été de trop. Un quadra se trouve embarqué dans une bande de jeunes cons, mais dans la bande il y a Catherine Spaak et il a un coup de foudre pour elle et se fait des illusions. C'est longuet, souvent agaçant, ça tourne en rond, on est juste réveillé vers la fin quand toute la bande d'idiots vient carnavaler sur la plage au son de la samba "Brigitte Bardot" de Jorge Veiga.

Miracle en Alabama

Un film d'Arthur Penn (1962) avec Anne Bancroft. La mise en scène et la direction d'acteurs sont tout simplement exceptionnelles. Le seul bémol concerne la crédibilité de l'histoire, il est en effet difficile d'admettre que le personnage joué par Bancroft (qui n'a aucune expérience) possède une personnalité assez forte pour imposer ses points de vue aux parents d'Helen… mais bon…. Belle histoire et quasi chef d'œuvre néanmoins.

Trial & Error (the dock brief)

Un film de James Hill (1962) avec Peter Sellers et Richard Attenborough. Les acteurs ont beau être bons, ils ne peuvent empêcher la première partie du film de sombrer dans l'ennui. Le texte y est mauvais, il n'y a aucune concision et on prend trop son temps pour s'exprimer. On se réveille un peu avec le flash-back du faux ménage à trois pour retomber ensuite dans l'inintéressant et le soporifique.

Le Gentleman d'Epsom  

Un film de Gilles Grangier (1962) avec Jean Gabin, Jean Lefebvre, Louis de Funès. Il faut être objectif, ce film n'a rien pour lui, Gabin qui fut un acteur remarquable en fait ici des tonnes et récite des tirades sans doute bien torchées mais lassantes à force de manquer de naturel. Il faudra admettre à ce propos que ce n'est pas parce que c'est signé Audiard que les dialogues sont forcément bons ! Ajoutons à cela une intrigue inintéressante, des diversions sans intérêts (la nièce, la roulette et cette ennuyeuse scène de cabaret russe qui ne sert qu'à caser Madeleine Robinson car il fallait bien une séquence féminine) et un de Funès qui cabotine, et c'est la totale. Un film ennuyeux et poussif qui n'a rien à nous dire.

Le crime ne paie pas

Un film de Gérard Oury (1962) avec Edwige Feuillère, Michèle Morgan, Philippe Noiret, Annie Girardot, Pierre Brasseur, Danielle Darrieux…. Quatre longs sketches très différents (le film dure 2 h 40) La première est une aventure vénitienne peu palpitante policièrement parlant mais intéressante par son traitement semi-fantastique, la seconde portée par le texte d'Henri Jeanson nous plonge dans ce que la politique a de plus noir et Morgan et Noiret y sont brillants. La troisième dans lequel se distingue un excellent Pierre Brasseur et une glaciale Annie Girardot est petit bijou de machiavélisme. La quatrième se permet tout, mise en abyme, ambiance farfelue, scénario improbable, humour noir avec une Danielle Darrieux fabuleuse qui ici nous la joue complétement soûle (on aperçoit dans ce sketch De Funès, pas mauvais, et aussi Christian Marin et Michel Lonsdale). Finalement tout cela est très bon et injustement tombé dans l'oubli.

L'œil du monocle

Un film de George Lautner (1962) avec Paul Meurisse, Elga Andersen, Maurice Biraud, Robert Dalban. Dans la lignée du premier, mais avec moins d'improvisation et quelques petites longueurs (Schlumpf au bistrot), on voit moins Elga Andersen et c'est dommage. Dalban remplace Marin, c'est très différent mais ça passe bien, et puis il y a Maurice Biraud démontrant encore une fois son immense talent, mais c'est bien sûr Paul Meurisse qui tient la vedette avec des moments savoureux, il faut le voir danser le twist ou dialoguer en charabia avec Biraud sur l'art avant de l'assommer à coup de marteau. Les scènes sous-marines sont très jolies. Une scène semble coupée juste avant la conclusion mais puisqu'on est dans l'absurde ça n'a pas grande importance.

Le diable et les dix commandements 

Un film de Julien Duvivier (1962) avec Michel Simon, Micheline Presle, Françoise Arnoul, Mel Ferrer, Claude Dauphin, Charles Aznavour, Lino Ventura, Maurice Biraud, Fernandel, Alain Delon, Danielle Darrieux, Madeleine Robinson, Georges Wilson, Jean-Claude Brialy, Louis de Funès. Dans ce film à sketches très inégal le regardable côtoie le pire. Pour le pire on hésite entre le sketch avec un Charles Aznavour jouant lamentablement dans une histoire sans aucun intérêt, ou celui avec Fernandel, poussif à souhait et interminable. Le Darieux/Brialy avait tous les atouts pour aller vers le souffre, mais les auteurs ont préféré terminer dans le gnangnan. Le sketch avec Presle, Arnoul et Ferrer est très élégant, classieux même, à défaut d'être hautement captivant. Le sketch avec Brialy et De Funes est amusant (on remarquera que Brialy cabotine davantage que De Funès, un comble !) Reste l'introduction, très curieuse avec toutes ces bonnes sœurs qui n'ont vraiment pas des têtes à s'enfermer dans un couvent, et Michel Simon qui fait son numéro. Quant à la conclusion elle n'a aucun intérêt. Globalement on sent l'œuvre d'un réalisateur fatigué dirigeant mal certains de ses acteurs et faisant durer trop longtemps ses scènes.  De tous ces gens qui ont collaboré au film, seule sans doute l'image de Danielle Darieux, belle, élégante et insouciante et que son fis se permet de juger sans la connaître restera dans nos mémoires car ce n'est pas un grand film !

Le monocle noir

Un film de George Lautner (1961) avec Paul Meurisse, Elga Andersen, Marie Dubois, Jacques Marin, Bernard Blier… Du grand n'importe quoi assumé qui fonctionne parfaitement bien même si le style de Lautner reste un peu hésitant. Bien photographié (Elga Andersen n'a jamais été aussi belle), un gigantesque Paul Meurisse composant un personnage irrésistible (on est très proche de l'humour anglais), Christian Marin, en beauf (Jugnot a du s'inspirer ce cet acteur dans ses premiers films) Marie Dubois trop mignonne…des dialogues surréalistes…Et puis nous avons en prime Jacques Dufilho en guide touristique. On regrettera quelques bizarreries comme quelques énormes faux raccords (l'explosion de la voiture) ou Elga Andersen qui tantôt parle avec l'accent allemand, tantôt se fait postsynchroniser sans accent, mais ce n'est pas si grave.

Marco Polo

Un film de Piero Pierotti (1961) Très vaguement inspiré des voyages de Marco Polo, cette série B au scénario chaotique se révèle sans aucune surprise et finit par nous ennuyer. Les poncifs sont au rendez-vous quoi qu'une lueur d'intelligence dans le scénario nous fait échapper au duel final entre le grand méchant et Marco Polo.

La fille dans la vitrine

Un film de Luciano Emmer (1961) avec Lino Venture, Bernard Fresson, Marina Vlady, Magali Noël. Cette œuvre qualifiée de drame par son distributeur n'en est pas un. Le réalisateur ne s'est pas embarrassé avec le politiquement correct : il raconte l'histoire de deux immigrés italiens travaillant dans une mine aux Pays-Bas et qui au lieu d'envoyer l'argent gagné à leur famille, le dépense avec les prostituées d'Amsterdam. Ce film a subi à sa sortie les foudres de la censure ce qui a brisé la carrière de son réalisateur. La prostitution magnifiquement illustrée par Marina Vlady et Magali Noël est montré de façon très réaliste sans misérabilisme ni angélisme, Marina Vlady acceptant d'aller plus loin que la relation prostituée-client avec Fresson parce que celui-ci est gentil et respectueux, la seconde ayant une relation plus complexe avec Lino Ventura. C'est intelligent, surprenant, très humain et délicieusement à contre-courant du prêt à penser. (La première partie dans la mine de charbon est également très intéressante). Un chef d'œuvre.

Le tombeur de ces dames

Un film de Jerry Lewis (1961). Une mise en scène d'une inventivité incroyable, une bande son géniale, un montage parfaitement maîtrisé, des séquences étonnantes quasiment chorégraphiques (le réveil des jeunes filles dans la maison filmée en coupe, ou encore la chambre mystérieuse avec la femme araignée. De bon gags mais aussi quelques faiblesses (avez-vous remarqué que les objets qui sont censés tomber par maladresse sont en réalité poussés de façon visible par Lewis ?) et quelques lourdeurs.

Viridiana

Un film de Luis Bunuel (1961) avec Silvia Pinal. Une descente en flamme iconoclaste et particulièrement féroce du mysticisme et de la charité chrétienne. Mais la peinture qu'il fait de la société "d'en bas" est sans doute encore plus féroce, les pauvres sont l'objet de compassion de la part de Viridiana, qui les recueilles mais les fait travailler, mais ceux-ci rejettent celui qui est encore plus mal loti qu'eux (le lépreux, lequel se révélera particulièrement abject) et à la première occasion ils vont se moquer de la charité dont ils bénéficient (mais de façon lâche et brutale). Silvia Pinal traverse le film, toute rayonnante de beauté, son personnage est peu fouillé psychologiquement mais ce n'est pas ce qui intéresse le réalisateur, mais son parcours avec cette fin métaphorique et surprenante. En filigrane, on se régalera des clins d'oeil du réalisateur envers ses fétichismes sexuels (les jambes, les pieds, les chaussures, les corsets). Du Bunuel à son meilleur niveau.

Le cave se rebiffe

Un film de Gilles Grangier (1961). Avec Jean Gabin, Martine Carol, Bernard Blier, Maurice Biraud., Ginette Leclerc. Si la réalisation de Grangier est correcte, le film doit énormément à Simonin et à Audiard. Même s'il fait semblant de s'en défendre, le film plonge dans l'immoralité avec une certaine jubilation, Martine Carole trompe son mari avec aplomb, Bernard Blier fait dans une scène mémorable visiter les chambre d'amour de son ancien bordel (bravo les décorateurs !) et tout le monde regrette le bon vieux temps où les truands pouvaient truander. Aucun coup de feu n'est tiré et d'ailleurs personne n'est armé.  La distribution est excellente dominée par Gabin mais tous les premiers rôles sont bons, (Biraud, Blier) on appréciera en plus la beauté de Martine Carol et la gouaille de Ginette Leclerc. On ne s'ennuie pas, l'intrigue est intéressante et bien menée. Du bon cinoche, sans prise de tête, comme on fait plus beaucoup.

Une femme est une femme

Un film de Jean-Luc Godard (1961) avec Anna Karina, Jean-Paul Belmondo, Jean Claude Brialy. On ne sait que penser tant ce film contient des moments très sympathiques et d'autres carrément exaspérants. Le scénario est bidon, le traitement de la bande son est mauvais, certaines répliques sont consternantes, mais il faut bien avouer que les acteurs sont amusants, voire même attachants… et puis Godard sait filmer. A noter les apparitions furtives de Marie Dubois et de Jeanne Moreau ainsi que des plans de deux cinémas du quartier de la Porte Saint-Denis aujourd'hui disparus : Le Neptuna et le Strasbourg.

Le tracassin  

Un film de Alex Joffé (1961) avec Bourvil, Pierrette Bruno, Rosy Varte, Maria Pacôme… Une espèce d'ovni dans le monde du cinéma, une sorte de cousinage lointain avec Tati (mais avec un scénario). C'est foutraque, pas très bien rythmé et la direction d'acteur est mollassonne, certains gags tombent à plat, mais malgré tout il y a des bonnes choses, la longue scène du restaurant orchestré par Rosy Varte constituant le clou de ce film pas génial mais original et sympathique.

Maciste en enfer

Un film de Riccardo Freda (1961) avec Kirk Morris. Le scénario se permet le luxe d'être à la fois d'une naïveté risible, d'une écriture abracadabrante et d'un kitch démentiel (c'est le cas de le dire). Le tout nous donne un objet cinématographique inclassable avec une utilisation des décors assez fabuleuse. Le gros handicap de ce film sans aucune tension dramatique c'est Kirk Morris qui arrive comme un cheveu sur la soupe en caleçon sur son cheval et qui à part nous montrer ses gros biscotos ne sait pas faire grand-chose d'autres. Et malgré tout ça, et bien ça se regarde, un peu comme on regarde un livre d'images, un beau livre d'images.

Mary la rousse, femme pirate

Un film d'Umberto Lenzi (1961) avec Lisa Gastoni. Une série B inspiré d'assez loin par le personnage réel de Mary Read, qui fut effectivement une femme pirate. Malgré un petit budget (on voit un moment sur un bateau à quai des types s'activer sur le pont avec des coiffures très 1960) des erreurs de scripts (le type emprisonné depuis plusieurs jours mais rasé de très près) des facilités de scénarios, le film est traité avec assez de légèreté pour entraîner l'adhésion. Lisa Gastoni est très belle et crève l'écran, il y a de l'action des rebondissements, de l'humour, des belles images, une jolie danseuse, et (hélas) une fin à l'eau de rose. On passe un excellent moment, après tout le cinéma c'est fait pour ça ! A noter : une curiosité, dont on ignore si elle est volontaire : il y a une scène (fort sage) de strip-tease, où Lisa Gastoni enlève sa tenue aristocratique pour apparaître dans une petite robe noire digne de Coco Chanel !

Lola

Un film de Jacques Demy (1961) avec Anouk Aimé : Ce film bénéficie d'une légende complètement immérité : Les dialogues sont mauvais, la direction d'acteurs est mauvaise... et puis surtout cette histoire est digne des pires titres de la collection Arlequin. (sinon la scène de la cigarette avec la gamine est amusante).

Eva

Un film de Joseph Losey (1961) avec Jeanne Moreau. Losey est décidément capable du meilleur comme du pire. Ici le scénario est trop peu étoffé, alors on fait traîner, on fait des travelling de n'importe quoi… Au milieu de film on comprend enfin ce que Losey veut nous montrer, mais il ne le fait pas de façon intéressante, Stanley Baker joue de façon très agaçante, on ne s'attache à rien, , bref c'est raté. A sauver éventuellement les minauderies de Jeanne Moreau dont il faut bien admettre qu'elle est joliment photographiée.

Les désaxés (The Misfits)

Un film de John Huston (1961) avec Clark Gable, Montgomery Clift, Marilyn Monroe, Elie Wallach (scénario d'Arthur Miller). Un film magique, magnifiquement interprété, superbement filmé, quatre paumés, trois mecs qui fanfaronnent pendant tout le film devant une Marilyn aussi paumée qu'eux mais qui essaie de se raccrocher à quelqu'un. C'est Gable qui gagnera en cessant de fanfaronner mais il aura mis toute la durée du film pour le comprendre. Les scènes avec les mustangs sont particulièrement prenantes et touchantes (pas seulement à cause de leur cruauté implicite mais en raison de leur finalité, tout ça pour quelques boites de conserves pour animaux). Une œuvre très dense, assez désabusée, plutôt théâtrale dans son propos, mais d'une efficacité redoutable.

L'Année dernière à Marienbad 

Un film d'Alain Resnais, (1961), sur un scénario d'Alain Robbe-Grillet, qui remporta le Lion d'or de la Mostra de Venise. Il est absolument indispensable de posséder ce film dans sa vidéothèque. Si vous êtes allergiques aux médicaments qui font dormir, passez-vous ce film, c'est radical, 20 minutes après vous roupillerez comme un bienheureux ! A noter que Robbe-Grillet a ensuite continué à faire du cinéma, mais tout seul, c'est toujours aussi incompréhensible mais il y a plein de jolies nanas à poils.

Un taxi pour Tobrouk

Un film de Denys de la Patellière (1961) avec Charles Aznavour, Lino Ventura, Maurice Biraud. Denys de la Patellière n'est pas un grand réalisateur et ça se ressent. Mais le film à d'autres atouts, une bonne histoire, un propos intelligent, de bon dialogues (c'est du Audiard et comme souvent parfois ça passe bien, parfois ça passe pas) et surtout de bons interprètes, ce qui fait que le film devient attachant et même par moment surprenant. On déplorera néanmoins la débilité de la bande sonore.

Divorce à l'italienne  

Un film de Pietro Germi (1961) L'une des premières grandes comédies italiennes avec un Marcello Mastroianni qui crève l'écran. Il faut se remettre dans le contexte de l'époque, une Italie dominée plus ou moins conjointement par l'Église et par la mafia, où le divorce se sera autorisé qu'en 1974, et les circonstances atténuantes pour crimes d'honneur abrogées qu'en 1981. C'est très caustique et l'hypocrisie ambiante en prend pour son grade. Très beau noir et blanc, réalisation impeccable. Du grand art !

Le Capitaine Fracasse  

Un film de Pierre Gaspard-Huit (1961) avec Jean Marais. Un film sans surprise à la réalisation moyenne et souffrant de l'accumulation de tous les codes du genre. Le pitch final (présent dans le roman de Gautier) est assez ridicule. On notera que Jean Marais arrive en courant à rattraper un cheval au galop ! L'insert de la Cathédrale Notre-Dame de Paris n'est pas mal puisqu'on peut y voir la flèche de Viollet-le-Duc construite en 1860 alors que le film est censé se passer avant 1643 ! C'est regardable, mais ça n'a vraiment rien d'extraordinaire.

La vengeance aux deux visages

Un film de et avec Marlon Brando (1961). L'un des plus beaux westerns jamais réalisés. Le suspense et la tension sont omniprésents jusqu'au dénouement final. Marlon Brando joue très sobrement mais avec une efficacité redoutable. Le rythme est lent (on sent la patte de Kubrick qui a commencé le tournage) mais on ne voit pas passer les 2 heures 20 que dure cet excellent film.

 

Diamants sur canapé

Un film de Blake Edwards (1961) avec Audrey Hepburn. Il y a dans ce film trois choses intéressantes, d'abord Audrey Hepburn parce que c'est un vrai délic de la voir jouer (sauf quand elle chiale), ensuite cette réception surréaliste dans son appartement trop petit, et puis la présence du chat. Mais c'est tout, le reste du film est plat, il ne se passe rien, c'est trop long, on s'ennuie même si la scène des masques nous réveille un moment. Notons au passage qu'Audrey Hepburn ne se démaquille pas pour aller dormir et qu'elle se réveille toujours impeccablement maquillée. Quant à la fin elle est carrément réac. A Hepburn qui explique que personne n'appartient à personne, le film par la voix de son soupirant va nous affirmer le contraire, et bien lourdement. Grosse déception.

Les mains d'Orlac

Un film de Edmond T. Greville (1961) avec Mel Ferrer, Christopher Lee, Dany Carrel. Une petite histoire pas trop mal mais sans trop de surprises. Si les acteurs sont plutôt bons, la réalisation est paresseuse. Danny Carrel en petite tenue chantant "C'est parti !" est craquante. et on remarquera la présence de Donald Pleasance, dans un tout petit rôle assez allumé. La fin est faible, certes c'est celle du roman, mais rien n'interdisait d'adapter, et une explication psychanalytique eut été bien préférable que cette conclusion mystico-parapsychologique assez stupide. Malgré ses défauts ce film reste tout à fait regardable.

New-Mexico  

Un film de Sam Peckinpah (1961) avec Maureen O'Hara. Au cinéma, seul le résultat compte, et si ce western n'a que peu de choses à voir (mais un peu quand même) avec ce que fera Peckinpah par la suite, il n'en est pas moins intéressant. D'abord on ne s'ennuie pas une seconde, l'acteur principal se débrouille bien, les seconds rôles sont bien campés et Maureen O'Hara est rayonnante. Le scénario est un peu simpliste, pour ne pas dire simplet et on se serait volontiers passé de quelques clichés bien lourds, ce n'est certes pas du grand Peckinpah mais ça reste un bon western comme on les aime.

L'arnaqueur  

Un film de Robert Rossen (1961) avec Paul Newman, Pipper Laurie, Georges Scott. Pourquoi ce métrage de 2 h 15 alors 1 h 30 aurait amplement suffit, non seulement ce film souffre d'une absence flagrante de rythme, mais il ne développe aucune tension et quand les rapports entre les personnages deviennent complexes, on n'est pas sûr de bien les suivre. Bien sûr il y a une ambiance mais qui risque de n'intéresser que ceux qui s'intéressent à ce milieu très particulier. Heureusement, il y a la direction d'acteurs, Paul Newman et Pipper Laurie de par leur présence parviennent à sauver ce film bien surestimé.

Un, deux, trois  

Un film de Billy Wilder (1961) avec James Cagney. Il y a des films qui sont lents (qui prennent leur temps comme on dit) et bien celui-là, c'est un bolide, le rythme est effréné, et ça ne s'arrête jamais à ce point que dans la toute dernière partie on aimerait souffler un peu. Remarquablement réalisé, on a dit que le film renvoyait dos à dos communisme et capitalisme, c'est inexact, si les valeurs américaines sont gentiment chahutées, la satire du communisme est autrement plus féroce et celle des allemands mal dénazifiés n'est pas mal non plus. La distribution est au top, tout le monde est bon, même si James Cagney nous fais une prestation d'exception. On remarquera le rôle particulièrement déjanté et torride de Liselotte Pulver (la scène du faux strip-tease est anthologique) Une excellente comédie malgré une fin qui n'évite ni une certaine lourdeur ni une certaine facilité.

Le colosse de Rhodes    

Un film de Sergio Leone (1961) avec Georges Marshall et Lea Massari. Le moins qu'on puisse dire c'est que le film ne soulève aucun enthousiasme, ça se regarde d'un œil distrait sans que l'on éprouve aucune empathie pour les protagonistes. Il faut dire que le héros joué par Rory Calhoun ne fait que sourire à tout propos en nous montrant la ,blancheur impeccable de sa dentition, Lea Massari semble partie ailleurs et Marshall teint en blond-roux surjoue. On n'en revient pas d'une si médiocre direction d'acteurs chez Leone ! La réalisation est inégale mais on perçoit déjà le goût de Leone pour les grandes chevauchées (par moment on se croirait dans un western), les mouvements de foules sont bien gérés, les combats sont moyens, et le clou du spectacle, le tremblement de terre est superbement orchestré. Le scénario voit défiler tous les poncifs du genre (le traître, les scènes de sadisme, les passages secrets, les femmes manipulatrices) mais (et c'est un bon point) notre héros n'en est pas un il est là par hasard, il prend parti par obligation et ne résout rien, le tremblement de terre s'en chargeant à sa place. On va dire que c'est moyen et que ça occupe les yeux. En matière de péplum italien, on peut préférer par exemple "Hercule et les tyrans de Babylone", bien plus jouissif malgré un budget moindre.

De quoi tu te mêles, Daniela !  

Un film de Max Pécas (1961) ave Elke Sommer et Claire Maurier. Ce film souffre d'un défaut fâcheux, c'est qu'on ne comprend pas de suite qu'on est en pleine parodie. Parce que si on prend le film au premier degré il est mauvais et incompréhensible. L'astuce est de montrer le belle Elke Sommer mêlée malgré elle à une affaire d'espionnage à laquelle elle ne comprend rien... et du coup, le spectateur non plus, on ne sait qui est avec qui, qui est contre qui… et ça n'a aucune importance. Le film lorgne du côté du non-sens avec quelques scènes savoureuses comme le personnage qui sort de l'égout, ou ces espions toujours présent sur les scènes de poses mais qui n'interviennent pas, et puis le clou du spectacle, Elke Sommer mise à nu sur scène par les gros bras d'un truand derrière le rideau semi transparent et provoquant l'enthousiasme des spectateurs qui imaginent que tout cela fait partie du show.  A noter l'excellente bande sonore (Aznavour/Gavarentz/Les chaussettes noires). Complètement foutraque mais sympathique. 

L'affaire Nina B

Un film de Robert Siodmak (1961) avec Pierre Brasseur. Un peu espionnage, un peu polar, c'est très bon, une bonne ambiance, un Pierre Brasseur au top, l'acteur allemand Walter Giller se prend pour Glenn Ford mais s'en sort très bien quant à Nadja Tiller, inconnue en France, elle resplendit de talent et de beauté... C'est cynique (très cynique) mais remarquablement intelligent en ce qui concerne le comportement des personnages. Un très bon film noir, dira-t-on.

Parlez-moi d'amour  

Un film de Giorgio Simonelli (1961) avec Dalida et Raymond Bussière. Mettre en image six chansons de Dalida en les enrobant d'un film au scénario farfelu, pourquoi pas ? Sauf que là c'est complètement raté, l'histoire n'est pas farfelue, elle est idiote mais à la limite on pouvait faire avec si on n'y avait pas inclue une romance complètement gnangnan qui ne sert à rien et joué par un acteur mauvais comme ça ne devrait pas être permis. Les fans de la jolie chanteuse se contenteront donc de ses chansons, les autres constaterons qu'en la matière le meilleur (Les gitans, le petit bikini) côtoie le pire (il faut voir comment elle massacre "parlez-moi d'amour" !)

Les Canons de Navarone

Un film de J. Lee Thompson (1961) avec Gregory Peck, Anthony Quinn, David Niven, Irène Papas. On passe un bon moment et le spectacle est assuré, c'est déjà en énorme ! Mais de là à parler de chef d'œuvre, il ne faut pas exagérer non plus. J. Lee Thompson n'est pas un grand réalisateur, il se plante d'ailleurs complétement dans la scène de l'escalade. Le film accumule les poncifs, les facilités de scénario et les invraisemblances (ah, le chef de la résistance qui lit le journal avec le flingue dans la main mais qui ne ferme pas sa porte à clé ! ou le major encore en vie à la fin du film). Parlons un peu du casting, Gregory Peck est impeccable, Anthony Quinn et David Niven également mais la présence d'Anthony Quaine (Quaine pas Quinn) est une erreur de casting, ce type joue mal et n'a aucune crédibilité. Mais bon ne soyons pas méchant, les bons acteurs, le cadre, le rythme trépidant sauve largement ce film qu'il faut prendre comme un bon film d'aventure.

Le grand risque

Un film de Richard Fleischer (1961) avec Juliette Greco. Ça se regarde parce qu'il y a de belles images et que la vraie vedette du film est le gros camion. Sinon tout est médiocre, il n'y a aucune tension tellement le suspense est artificiel et les événements prévisibles. Côté distribution Stephen Boyd est catastrophique, Greco malgré un bon départ ne tient pas la distance. Seul David Wayne surnage un peu du lot. Enfin attribuons la palme de la scène la plus ridicule du film à celle des coupeurs de bois (difficile de faire pire). Une erreur dans la belle carrière de Fleischer,

Les yeux sans visage

Un film de Georges Franju (1960) avec Pierre Brasseur, Alida Valli, Edith Scob. Adapté du roman de l'énigmatique Jean Redon publié dans la collection angoisse du Fleuve Noir (on chuchote qu'il s'agirait d'un pseudonyme de Frédéric Dard) ce film reste un modèle du genre. Tout se passe comme si le réalisateur n'avait jamais vu de film de ce genre et il réinvente tout… et miracle il le fait parfaitement, les cadrages, les éclairages, la direction d'acteur, un régal… et l'angoisse et bien là

Les sept mercenaires

Un film de John Sturges (1960) avec Yul Brunner, Steve McQueen, Elie Wallach… Comme dirait quelqu'un ça occupe les yeux ! Mais ça collectionne aussi les erreurs dont la plus flagrante est celle où Ellie Wallach laisse la vie sauve aux mercenaires sans raison évidente. On s'amusera aussi à constater que les mexicains sont tous (sauf un je crois) habillés en blanc avec des fringues qui semblent sortir de la blanchisserie. Et puis il y a trop de premiers rôles, trop pour s'attarder sur chacun, trop pour que l'empathie fonctionne. Le jeu des acteurs est correct, exception faite de Bronson qui joue mal et dont certains aspects de son rôle (les scènes avec les gosses) sont ridicules. Sinon on ne s'ennuie pas, le propos se veut intelligent, la musique est inoubliable, le combat final a de la gueule et comme je disais, ça occupe les yeux !

Le village des damnés  

Un film de Wolf Rilla (1960) avec Georges Sanders et Barbara Shelley. Ce petit bijou mérite bien sa réputation de classique du cinéma de science-fiction. Tourné en Angleterre parce que les religieux américains ont fait pression su MGM pour empêcher qu'un film montre une jeune fille vierge mise enceinte sans père, ce film fait dans la sobriété, le danger est simple proche, palpable et nous dépasse, c'est ce qui fait sa force. Les enfants sont terriblement efficaces, ils ne font rien leur présence et leur regards suffit. Georges Sanders est fabuleux (comme toujours), Barbara Shelley est resplendissante,(en revanche Michael Gwynn n'est pas très bon), certaines scènes sont glaçantes et la fin est très bien foutue.

A bout de souffle

Un film de Jean-luc Godard (1960) avec Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo. Il paraît que seuls les mauvais films vieillissent ! Je me demande ce qu'on dirait aujourd'hui si on sortait un film similaire ? Non pas que ce soit mauvais, la photo est jolie, les acteurs sont bons, la réalisation innovante, il y a un peu d'humour et quelques bonnes répliques, mais que dire du reste : Un scénario minimaliste et assez peu compréhensible dont on devine que le réalisateur s'en fiche complètement. Des digressions n'en veux-tu, n'en voilà ! Des longueurs (comme cette scène dans la chambre où on nous impose 20 minutes de blablas). Bref un film largement surestimé.

La machine à explorer le temps

Un film de Georges Pal (1960) avec Rod Taylor et Yvette Mimieux. Adaptation plutôt réussie du roman de H.G. Wells écrit en 1895 ! Passons rapidement sur le fait que les gens du 8028ème siècle qui ont oublié toute culture parlent néanmoins fort correctement l'anglais du XXème siècle, en fait ce film volontairement faussement naïf dans son scénario se laisse voir avec énormément de plaisir, il est plein de trouvailles et passionnant (même si les pauvres Morloch font très série B). La machine est très jolie et Yvette Mimieux mignonne à croquer. Signalons au passage que le 20ème siècle n'a pas commencé le 1er janvier 1900 mais le premier janvier 1901, mais ceci n'a pas grande importance.

Spartacus

Un film de Stanley Kubrick (1960) avec Kirk Douglas, Laurence Olivier, Charles Laughton, Peter Ustinov, Jean Simmons, Tony Curtis. Ce n'est pas un film historique mais un péplum (un péplum social, même) et c'est donc comme cela qu'il faut le juger, les anachronismes n'ont donc aucune importance. Il faut avouer que ça a de la gueule et qu'hormis certaines scènes intimistes un peu guimauve, on ne s'ennuie pas une seconde grâce à un rythme bien soutenu. C'est bien filmé avec quelques moments forts et si la bataille finale n'est pas mauvaise mais sans plus, sa préparation avec les manœuvres des légions romaines est un grand moment de cinéma. Côté interprétation, si Douglas est bon, il est de loin surpassé par le trio Olivier, Laughton, Ustinov, absolument fabuleux, Tony Curtis ne fait pas le poids, mais alors pas du tout.. Quant à Jean Simmons, elle est toute mignonne et on lui pardonne son jeu un peu fade. La fin est sans suspense d'autant qu'on sait de Douglas adore mourir à la fin de ses films, mais ce côté lourdement pathos, limite grotesque aurait gagné à être évité. Des défauts, mais ça reste un très bon film.

La novice

Un film d'Albert Lattuada (1960) avec Jean-Paul Belmondo et Pascale Petit. Un mélodrame un peu poussif et bancal et qui ne tient pas ses promesses. Bonne photo, bonne direction d'acteur (Belmondo est étonnant) mais scénario moyennement intéressant, avec un personnage de prêtre psychorigide dont on espère à la fin qu'il va craquer, ben non même pas et quand le film se termine on se retrouve avec un gros point d'interrogation au-dessus de la tête.

Psychose

Un film d'Alfred Hitchcock (1960) avec Anthony Perkins et Janet Leigh. Un monument ! Tout est parfait dans ce film. Le jeu des acteurs, (la prestation d'Anthony Perkins est absolument fabuleuse) la mise en scène, le montage, les éclairages, la musique... tout... Quant au suspense, n'en parlons pas, après une brève mise en place, on est scotché devant son écran et on en bouge plus. Je me demande bien quelle critique négative objective on pourrait faire à ce film ? Peut être en chipotant trouver la tirade finale du psychanalyste un peu longuette, mais bon... Au fait Wikipédia se plante encore, Psychose n'est pas un film d'horreur, c'est un thriller qui contient des scènes horrifiques (trois, pas plus) ce qui n'est pas la même chose. 

Messaline

Un film de Vittorio Cottafavi (1960)  Cette série B n'a aucunement la prétention de rechercher la vérité historique, c'est son droit mais autant le savoir. Ça se regarde jusqu'au bout par curiosité parce que ça nous change des Hercules et des Macistes et surtout parce que Belinda Lee l'illumine de sa beauté, sinon il faut bien avouer que ce n'est pas terrible et même assez souvent affligeant voire grotesque. Au titre des anachronismes notons la présence d'une nuisette sous le péplum de Messaline et de culottes "petit bateau" sous les robes des danseuses (précisons que ces sous-vêtement ne sont apparus qu'au 20ème siècle ) voir les photos ici

La Garçonnière

Un film de Billy Wilder (1960) avec Jack Lemmon, Shirley MacLaine et Fred Mac Murray. Immense chef d'œuvre de réalisation et d'interprétation. Des trouvailles à la pelle (l'immensité du bureau, les mouvements des employés qui arrivent et qui partent, la raquette pour passer les spaghettis… mais il y en a plein d'autres). Certains ont vu dans ce film une dénonciation du monde du travail avec son lot d'arrivisme et de petits arrangements en tout genre, c'est vrai, mais que dire alors du personnage du chauffeur de taxi en super macho abruti ? Quant à l'amour, le "véritable amour" nous précise-t-on (parce qu'il y en aurait des faux ?) il serait seul capable de nous sauver du "mal"… Et bien non justement, et Shriley MacLaine nous le montre bien, elle était sincèrement amoureuse de McMurray (elle lui reprochera juste de lui mentir) et si elle se réfugie cher Lemmon à la fin, c'est parce qu'elle pense, que lui, ne la manipulera pas, mais quand il lui déclare son amour, elle se garde bien de le suivre sur ce point, elle ne fait que distribuer les cartes…. Et oui, avec Wilder, les choses ne sont jamais simples, parce que justement la vie n'est pas simple.

L'homme aux cent visages

Un film de Dino Risi (1960) avec Vittorio Gassman. Une délicieuse comédie italienne. Les films traitant de la petite escroquerie sont toujours plaisants, et quand c'est ici interprété par un Vittorio Gassman nous démontrant déjà toutes les facettes de son talent, et orchestré par un Dino Risi en pleine forme, on en redemande.

Tirez sur le pianiste

Un film de François Truffaut (1960) . L'intrigue policière est aussi secondaire que farfelu, mais le film est rempli de plein de petites choses intéressantes (la prestation de Boby Lapointe, le gag avec la mère du gangster… la promenade de timidité entre Charles Aznavour et Marie Dubois). Les prestations d'Aznavour et de Dubois sont correctes mais donnent comme une impression de retenue. En revanche Michelle Mercier en prostituée délurée est assez fabuleuse. On pourra regretter le flash back central peu convaincant. Un film un peu bancal mais attachant.

Au voleur ! 

Un film de Ralph Habib (1960) avec Perrette Pradier et Paul Guers. Le film tient longtemps la route, l'intrigue est amusante et très correctement mise en en image, le choix de la narration en voix off et d'une certaine nonchalance fonctionne à merveille, la photo est jolie et Perrette Pradier est absolument superbe, la direction d'acteur est correcte, on sent la patte de Sacha Guitry (qui est à l'origine du scénario) dans certains propos, bref tout va bien. Sauf que les vingt dernières minutes se transforment en méli-mélo incompréhensible jusqu'au twist final complètement raté, absurde et dérisoire. Dommage, vraiment dommage.

Can-can

Un film de Walter Long avec Shirley McLaine et Frank Sinatra. (1960) On peut toujours chipoter, trouver l'intrigue simplette, ou les rôles de Maurice Chevalier et de Louis Jourdan un peu ternes… mais de film possède tellement de qualités que les défauts importent peu. La mise en scène est efficace, le chorégraphie très inventive (la scène du paradis terrestre est géniale), Shirley McLaine est éblouissante et joue avec une bonne humeur communicative, Sinatra est excellent, la musique de Cole Porter est fabuleuse, et puis il y a le twist final, surprenant mais dans le bon sens du terme. Chef d'œuvre injustement oublié et autrement plus intéressant que le surestimé "Moulin Rouge" sorti en 2001

 

La petite boutique des horreurs

Un film de  Roger Corman (1960). Film fauché, bâclé, pas très beau mais assez génial en son genre tellement il est déjanté et bourré d'inventions : la plante elle-même bien sûr, mais aussi le dentiste sadique et ses clients masochistes (dont Jack Nicholson), la jolie prostituée, les flics débiles, et aussi la poursuite cette finale, véritable morceau d'anthologie... On passe un bon moment !

Les maîtresses de Dracula

Un film de Terence Fisher (1960) avec Peter Cushing. Le scénario est subtil, au lieu de s'embarrasser à ressusciter Dracula on va s'intéresser à l'un de ses disciples, ce qui permet de varier complètement l'histoire du moins dans sa première partie. Parce qu'ensuite Cushing arrive avec sa petite mallette, mais son intervention s'intègre parfaitement au récit et on a droit à quelques séquences assez rares dans les films de ce genre (l'auto guérison de Cushing, la maman du vampire mordu par le fiston, la servante qui aide les morts à sorti de terre). Les personnages secondaires sont bien croqués, les couleurs sont jolies et minutieusement choisies, la mise en scène est minutieuse. Bref, c'est pas mal du tout

Le masque du démon

Un film de Maroi Bava (1960) avec Barbara Steele. Ce film qui fit longtemps forte impression auprès des amateurs de cinéma bi possède deux atouts majeurs : la beauté de ses plans génialement éclairés et la présence magnétique de Barbara Steele. Sinon on ne peut d'empêcher de trouver le rythme lent, peu dynamique et l'affaire modérément passionnante. Malgré ses défauts le film reste toutefois très attachant.

La dernière femme sur Terre 

Un film de Roger Corman (1960) Seule l'idée de départ est bonne. Avec un thème comme ça, soit on fait dans le subversif avec un ménage à trois (voire de la bisexualité), soit on fait dans le classique et on va vite tourner en rond. Et c'est exactement ce qui se passe, ça tourne en rond, avec quelques bizarreries (on se demande parfois si Corman ne préfère pas le malfrat à l'avocat). Ce n'est pas très bien joué, et l'actrice principale et juste moyenne. Quant à la fin, elle est ridicule.

Les deux visages du Dr Jekyll 

Un film de Terence Fisher (1960) avec Christopher Lee. Beaucoup de bonnes choses en premier lieu cette idée d'avoir fait de Hyde un jeune homme séduisant et cynique, mais aussi la présence de Christopher Lee dans un rôle bluffant qui lui va à merveille et une ambiance baignant dans la sensualité avec la très jolie Dawn Addams, une danse au serpent très suggestive et un peu de french cancan. C'est d'abord un film fantastique, l'horreur n'intervenant qu'à la fin. On regrettera l'absence d'effets spéciaux, les transformations de Jekyll se faisant uniquement en "retourné", mais on passe un bon moment. A noter que Hammer fera encore mieux en 1971 avec Dr Jekyll et Sister Hyde de R. W. Baker.

L'incroyable homme invisible

Un film de Edgar G. Ulmer (1960) Ce qui paraît incroyable ce n'est pas l'homme invisible (plutôt piteux dans le film) mais le fait que l'on arrive à produire de tels films. Un budget limité, un métrage de moins d'une heure, des acteurs de troisième zone, et un scénario grotesque : que voulez-vous qu'on fasse avec tout ça ? On regarde quand même, sans aucune empathie pour aucun de ces personnages inintéressants, les effets spéciaux sont réduits à des bricolages sur images, les scènes de laboratoires à des touchers de boutons, celles avec l'homme invisible à des pantomimes ridicules, l'intrigue est quasi inexistante. Et Alors que reste-t-il ? Même pas le charme de la série B ! Juste 2 ou 3 plans par lesquels Ulmer veut nous rappeler qu'il aurait sans doute pu faire autre chose... avec plus de moyens.

Incorrigibles parents

Un film de Camillo Mastrocinque (1960) avec Ugo Tognazi. Vraiment pas de quoi s'affoler. On voit pendant 1 h 45 des riches quadragénaires sautiller comme des cabris, boire, s'encanailler, faire des farces idiotes, il n'y pas d'histoire sinon un fil conducteur assez débile à base modèle de lingerie dérobée. Ça n'arrête pas de causer, le trop plein de personnages embrouille tout, On s'ennuie ferme malgré un casting féminin fort plaisant et une bonne direction d'acteurs. A sauver éventuellement le twist endiablé de Lynn Shaw vers la fin.

Les Amours d'Hercule

Un film de Carlo Ludovico Bragaglia (1960) avec Jayne Mansfield et Mickey Hargitay. Une série B tout à fait regardable. Evidemment Mickey Hargitay joue comme une savate, l'Hydre de l'Herne est assez ridicule, et la dernière partie est assez niaise. En revanche Jayne Mansfield n'est pas si mal, et puis sa cohorte de jolies suivantes aux poitrines généreuses mal cachées par des tenues vaporeuses (si on observe attentivement) est tout à fait sympathique. L'histoire est simpliste, mais se suit. Le réalisateur se paie même le luxe de nous éviter le duel final entre Hercule et le vilain méchant en faisant intervenir un cyclope assez balourd

Le cercle vicieux  

Un film de Max Pecas (1960). Ce premier film de Max Pecas (musique de Charles Aznavour) est aujourd'hui complétement oublié et c'est tout à fait injuste car il s'agit d'un bon film Son seul gros défaut est de mettre un temps fou à démarrer, mais quand c'est parti, le suspense est bien là et le film devient passionnant. L'interprétation assurée par des acteurs de second plan s'avère très correcte, la photo et les cadrages son très bons. Un film à redécouvrir d'urgence

Le Milliardaire (Let's Make Love)    

Un film de George Cukor (1960) avec Marilyn Monroe et Yves Montand. Tout est basé sur le couple Marilyn Monroe/Yves Montand, les personnages secondaires étant insipides. Montand y est juste passable. Reste Marilyn sa beauté, son talent, son charme fou et ses chansonnettes. Elle parvient à porter le film à elle seule. Sinon derrière la romance un peu naïve se glisse certains propos qui sont loin d'être idiots. Un assez bon moment malgré ses faiblesses.

L'inassouvie (Un amour à Rome)

Un film de Dino Ris (1960) avec Mylène Demongeot et Elsa Martinelli. Dino Risi s'essaie au drame romantique et se plante complètement, c'est inintéressant, sans rythme, sans érotisme (alors que le sujet le demandait) et trimbale une morale qui ne veut pas s'avouer "être nympho, c'est pas bien", mais comme le dire comme ça aurait été un peu brutal, le scénariste a fait de la nympho une menteuse et une manipulatrice. Bref on est dans le cliché pour la collection Arlequin. Peut éventuellement se voir pour la prestation de Demongeot qui fait bien son boulot.

A pleines mains

Un film de Maurice Regamey (1960) avec Louis Seignier et Georges Ulmer. C'est très mauvais, et la réalisation n'est pas en cause, Régamey a fait ce qu'il pouvait et nous livre une bonne photo. Hélas le scénario est un tissu d'incohérences où l'on apprend qu'il est inutile d'attacher des otages, que tirer dans les pneus d'une voiture à 50 mètres doit être trop compliqué et qu'il est possible de faire fonctionner une imprimante plus vite que ses capacités. Ne parlons pas de la direction d'acteurs où seul Seigner est bon, mais quand on voit le bellâtre et encore pire, sa fiancée on touche le fond. Une mauvaise série B.

Les vieux de la vieille

Un film de Gilles Granger (1960) avec Jean Gabin, Pierre Fresnay Noël, Noël. Insupportable au sens propre du terme. On ne comprend pas grand-chose à ce que raconte les protagonistes qui non content de cabotiner honteusement, nous parlent dans un langage improbable mélange d'un prétendu accent du terroir et de phrases trop construites (et oui, quand Audiard en fait trop…), ça n'avance pas et c'est saoulant !

La corde raide

Un film de Jean-Charles Dudrumet (1960) avec Annie Girardot et François Perrier. Un thriller juste dans la bonne moyenne, l'image est bonne, l'interprétation également. La narration est assez embrouillée puisqu'à un moment on ne comprend pas si on est dans le linéaire ou dans le retour d'après flash-back. Il y a également pas mal de fausses pistes assez gratuites quoique parfois amusantes. La psychologie des personnages aurait mérité d'être bien mieux approfondie. Le scénario est tout de même assez astucieux et arrive à nous surprendre, c'est déjà ça !

Call girls société anonyme (Petites femmes et hautes finances)

Un film de Camillo Mastrocinque (1960) avec Anita Ekberg, Francis Blanche, Sophie Desmarest. On se demande comment cet excellent film a pu ainsi tomber dans l'oubli et l'indifférence. Car enfin, nous avons là une mise en scène très professionnelle, une direction d'acteurs efficace dominée par l'étonnant Renato Rascel. Quant au scénario il est excellent et gentiment amoral voyant les valeurs s'inverser, puisque si la vénalité d'Ekberg s'efface devant la bonté de Rascel, ce dernier prendra conscience qu'il ne sert parfois à rien de jouer les parangons de vertus dans un monde de filous. Le film changeant de ton nous montre alors l'ascension de Rascal, mais nous ménagera encore de délicieuses surprises. Alors que reprocher à ce film ? Sans doute quelques bavardages au début qui auraient pu être écourtés, mais c'est bien tout. Un petit bijou à redécouvrir d'urgence !

Un soir sur la plage

Un film de Michel Boisrond (1960) avec Martine Carol, Jean Dessailly, Dahlia Lavy, Michel Galabru... Le film met un certain temps à s'installer, l'enquête policière vient ensuite et on ne se rend compte qu'à posteriori combien les faits et gestes et autres petites phrases sont là à la fois pour faire avancer les choses mais pour tromper le spectateur, de ce point de vue, le scénario est déroulé avec un certain brio. La direction d'acteurs est très correcte, Martine Carol est éblouissante comme souvent, Jean Dessailly excellent et Galabru étonnant en commissaire. Quant à Dahlia Lavi et ses vêtements mouillées sur la plage… bigre… La seule ombre au tableau est le personnage du beau-père qui joue comme un pied, qui ne sert à rien (à l'instar de la scène ou il nous fait une tentative de suicide). La résolution de l'énigme est intelligente et ne tombe pas comme un cheveu sur la soupe comme c'est souvent le cas dans ce genre de narration.

Les bas fonds new-yorkais

Un film de Samuel Fuller (1960) avec Clift Robertson. S'il il n'y avait pas quelques éclipses assez obscures et si Robertson ne grimaçait pas autant nous tenions là un chef d'œuvre. L'histoire se tient bien, la photo est magnifique, la très rare Barbara Darn est somptueuse, certaines scènes sont fabuleuses (la piscine, la mort de la gosse). Pour une fois ce film aurait mérité un happy-end, mais il eut été amoral et en 1960 le code Hayes ne le permettait pas… un grand film noir sans concession.

Le trou

Un film de Jacques Becker (1960) avec Michel Constantin. J'aurais voulu que ce film soit un chef d'œuvre, mais est un chef d'œuvre se doit d'être sans la moindre tâche. Or on ne peut passer sous silence ni certains dialogues qui sont plus du domaine de l'écrit que du parler, ni le jeu peu convaincant de l'acteur jouant Gaspard. Sinon quel film ! Il faut quand même être un cinéaste super doué pour nous fasciner pour des coups de burin dans une paroi sans que cela ne tourne en longueur. On se passionne, pour la préparation de cette évasion, mieux on y participe restant ébahis vers les trésors d'ingéniosité dont font preuve ces "Daltons" et le suspense fonctionne à fond. La dimension humaine n'est pas oubliée et sur ce point c'est bien la noirceur de son "âme" qui est mise à nue, froidement, sans concession. La réalisation est sans faille et souvent techniquement remarquable, la direction d'acteurs est excellente (Constantin et Kéraudy sont étonnants) à l'exception de Gaspard. Bref un très; très grand film !

Le voyeur

Un film de Michael Powell (1960). Si l'histoire se tient (malgré une fin granguignolesque) et si la réalisation est très correcte (et même parfois très innovante), on regrettera le casting, dans lequel les deux principaux rôles peinent à être à la hauteur. L'ambiance fait penser à certains films de la Hammer ce qui constitue à la fois un compliment et un constat sur les limites du film.

Certains l'aiment chaud

Un film de Billy Wilder (1959) avec Marilyn Monroe, Tony Curtis et Jack Lemmon. Le réalisateur joue dans plusieurs registres du comique, le comique de situations, les bons mots, le burlesque et même l'humour noir. Ce qui n'empêche pas le film d'être aussi une réflexion sur l'être et le paraître qui vaut parfois son pesant de cacahuètes. L'interprétation du trio vedette est impressionnante avec un Jack Lemmon au somment de son talent et une Marilyne Monroe ensorceleuse (et il faut voir la robe avec laquelle elle se ballade !). La mise en scène est très inventive, bref même si le film est plus souriant qu'hilarant on passe un excellent moment.

La Marraine de Charley  

Un film de Pierre Chevalier (1959) avec Fernand Raynaud, Jean-Pierre Cassel., Paul Presboist. C'est lourd, niais, horriblement mal joué, les dialogues sont mauvais. (signés Jean Girault, ce qui n'est pas vraiment une référence) .Seul Fernand Raynaud arrive à tirer son épingle du jeu dans un double rôle de travesti où il peut faire la démonstration de son talent. Il s'agit de l'adaptation d'une pièce anglaise de 1892 qui connut un succès international retentissant et de nombreuses adaptations, celle-ci est donc ratée. A noter l'amusante bande son de Jean Constantin

La nuit de tous les mystères

Un film de William Castle (1959) avec Vincent Price. C'est davantage un film de grand guignol qu'un film d'horreur, mais ça fonctionne parfaitement. Vincent Price est comme d'habitude excellent et la très belle Carol Ohmart illumine le film, il est dommage que les autres personnages soient assez falots, et que la fin du film soit si expéditive.

Le masque  

 Un film de Crane Wilbuer (1959) avec Vincent Price et Agnes Moorehead. Quoiqu'on en dise le polar à énigme reste un genre difficile. Si on ne le traite pas avec finesse et subtilité on tombe dans des constructions stériles : un suspect trop visible qui va bientôt entrer en concurrence avec un second suspect aussi visible, et évidement le coupable n'est ni l'un ni l'autre. Autant dire qu'une "énigme" policière conçu de la sorte ne procure pas grande tension. Si on y ajoute des facilités de scénarios qui sentent l'improvisation "je partais, mais j'ai changé d'avis, je suis revenu", et une fin qui ne règle pas tout (il y avait bien une erreur judiciaire au début, non ?) ben ça ne fait pas le compte. Malgré une certaine ambiance, l'interprétation étonnante d'Agnes Moorehead et l'élégance de Vincent Price, tout cela s'avère bien décevant.

La fièvre monte à El Pao

Un film de Luis Buñuel (1959) avec Gérard Philippe, Jean Servais et Maria Felix. On va dire que ça se laisse voir, les acteurs principaux sont très bons et Maria Felix est superbe. La photo est soignée. La mise en scène est classique voire répétitive (toc, toc, entrez asseyez-vous…). La touche de Buñuel n'est présente que dans la scène où Maria Felix nous montre ses mollets. Quant à la thématique sur la corruption par le pouvoir, si son intention est louable, le traitement en parait froid, distant, et peu convaincant. Un film moyen et une œuvre mineure dans la filmographie de Luis Buñuel.

L'homme aux colts d'or

Un film d'Edward Dmytryck (1959). Un trio d'acteur exceptionnel au service d'une histoire originale avec des personnages volontairement complexes dans leurs comportements. C'est aussi une réflexion sur la loi et l'ordre, sur la lâcheté des foules (il n'y a pire lâche que celui qui participe à un lynchage dira Fonda). Henry Fonda et Anthony Quinn (Morgan) forme un couple atypique dont on a beaucoup glosé à propos de son l'homosexualité supposé. En fait ils sont bisexuels avec des liens très forts (Morgan dira de Fonda, il est "la seule personne qui ne me considéré pas comme un infirme"). Ils ne sont pas insensibles aux femmes, mais vers la fin Fonda congédiera Jessie en disant "il faudra que je me trouve un autre Morgan". On apprend aussi que Morgan a été le souteneur de Lily Dolar (Dorothy Malone). Le personnage joué par Richard Widmark est le point (relativement) faible du film, son personnage étant trop entier, moins fouillé psychologiquement, et puis la scène où il se jette dans la gueule du loup en retournant chez ses anciens complices et où il se fait massacrer est sans doute une facilité de scénario. Mais bon, on a là un très grand western, et on n'est pas passé loin du chef d'œuvre.

Il vedovo (le veuf)  

Un film de Dino Risi (1959) avec Alberto Sordi. On va dire que Dino Risi a fait beaucoup mieux, mais cette comédie italienne un peu bavarde et aux ficelles un peu grosses se déguste néanmoins avec grand plaisir. Sordi est très bon en "affreux" et plus le film avance plus il est "affreux", entraînant avec lui ses proches collaborateurs dans une mécanique infernale dans la toute dernière partie du film qui a elle seule mérite le déplacement. Savoureux !

Duel dans la boue 

Un film de Richard Fleischer (1959) Un western "moral" assez fort montrant l'ascension d'un jeune arriviste qui n'en finit pas de grimper jusqu'à ce qu'il fasse le geste de trop… Le personnage interprété brillamment par Lee Remick est une prostituée de saloon qui tombe amoureuse du puceau arriviste (à noter que le film est très sévère envers ceux qui critiquent ou insultent les prostituées.). Il est simplement dommage que le film soit si mal construit (il faut attendre ¾ d'heure pour que ça démarre…) et que Don Murray soit si moyen. Un film attachant même si ce n'est pas un grand Fleisher.

Vous n'avez rien à déclarer

Un film de Clement Duhour (1959). Un assez bon petit vaudeville, bien sûr très (trop) théâtral (le nombre de portes qui s'ouvrent et qui se ferment est impressionnant) avec amants dans le placard. Le meilleur (Darry Cowl excellent, Madeleine Lebeau affriolante dans le rôle de Gloria, la pute de luxe et Jacqueline Maillan étonnante sans oublier la pulpeuse Maria Vincent en bonne de Gloria ) y côtoie le moins bon, notamment Poiret et Serrault assez lourds. Le rôle de la jeune mariée nunuche est mal exploité et le happy end final paraît ridicule. A signaler aussi une incongruité assez incroyable : On y voit en effet Madeleine Lebeau en prostituée de luxe proposer à Poiret d'enfiler un pyjama le temps d'une passe !

Voyage au centre de la Terre  

Un film d'Henry Levin (1959) avec James Mason et Arlene Dahl. Signé par Henry Levin, honnête réalisateur mais sans génie, ce film est d'abord une œuvre collective qui doit énormément aux décorateurs, aux scénaristes (dont Charles Brackett) et à… Jules Verne, même si l'adaptation de son roman est très libre. Les décors sont fabuleux, James Mason est impeccable, les rebondissements efficaces, une bonne musique signé Bernard Hermann et l'humour n'est pas absent, la présence de la cane Gertrud est une bonne trouvaille (la scène où elle fait du morse est excellente). Si certaines niaiseries sont tout de même à déplorer, la plupart liées à la présence de Pat Boone au casting, globalement ça reste un très bon spectacle.

Le dernier train de Gun Hill 

Un film de John Sturges (1959) avec Kirk Douglas et Anthony Quinn. A défaut d'être génial, il faut bien reconnaître que c'est bien fait, tous les codes du genre sont là, mais cette histoire de vengeance fonctionne parfaitement et on ne s'ennuie pas un instant. Au passage Sturges se permet d'intéressantes réflexions sur le pouvoir et sur le racisme. Un bon western.

La Mort aux trousses

Un film d'Alfred Hitchcock (1959) avec Cary Grant, Eva Marie Saint et James Mason. Une merveille ! On ne voit pas passer les 2 h 10 que dure le film tellement l'action est intense et qu'on est pris par le déroulement de l'histoire. Certaines scènes marquent la mémoire à jamais (la scène avec l'avion, la désescalade du Mont Rushmore). Si Carry Grant à un rôle à sa mesure, la prestation sulfureuse de la très jolie Eva Marie Saint est magistrale. La perfection hitchcockienne est au rendez-vous (cadrages, éclairages, beautés des plans), la musique de Bernard Herrmann colle à l'action, bref un grand moment de cinéma dont on regrettera juste le dénouement final (qui a été imposé à Hitchcock). En revanche le tout dernier plan, métaphorique à souhait, fallait oser, chapeau !

La gloire et la peur

Un film de Lewis Milestone (1959) avec Gregory Peck. Nous avons là un film de guerre à l'état brut, pas de femmes, pas de flash-back, (presque) pas de clichés, juste une opération militaire pendant 90 minutes. Milestone ne juge rien, il montre, et il montre bien, un groupe de soldats qui essaient de faire leur boulots en appliquant des ordres débiles, tandis que les officiers supérieurs se chamaillent pour des broutilles. Assez éprouvant mais bien foutu, Gregory Peck est très bien.

Le secret du chevalier d'Eon

Un film de Jacqueline Aubry avec Eva Miranda et Bernard Blier(1959). La personnalité d'Eon quelle que soit la version retenue (qui ici ce n'est pas la bonne, puisqu'Eon était un homme, mais on est au cinéma et on s'en fiche) permettait d'intéressants développements qui sont ici à peine esquissées. Alors, film de cape et d'épée ? Dans ce cas il est bien moyen. Fiction historique ? Trop brouillon, le personnage d'Elisabeth Petrovna étant surchargé de scènes inutiles (les cosaques, le bannissement d'une suivante de la tsarine dont on ne sait d'où elle sort). Bref ce mélange des genres et des intentions finit par réduire le film à une petite historiette sans éclat même si Isa Miranda dans le rôle de la tsarine n'est pas mal du tout. Sinon c'est pas trop mal filmé et la musique est abrutissante.

Un baquet de sang

Un film de Roger Corman (1959) avec Dick Miller. Quel dommage que ce film soit complètement fauché et bien court (66 minutes) car il s'agit là d'un petit chef d'œuvre d'humour macabre au scénario particulièrement solide et doté d'une interprétation très honnête (Dick Miller est très bon). A passage le film ne manque pas d'égratigner un peu tout le monde : le milieu de l'art contemporain et les artistes autoproclamés, les indics, la police, et même la mode du bio (et oui en 1959 !)

Les 400 coups

Un film de François Truffaut (1959) avec Jean-Pierre Léaud. Il est extrêmement difficile de faire jouer convenablement des gosses au cinéma (combien de films ont ainsi été parasités par la présence de véritables têtes à claques ?), or ici, non seulement Truffaut y parvient mais nous rend le personnage extrêmement attachant. Beaucoup de tendresse, aucune mièvrerie, aucune démagogie, un peu d'humour (le passage avec Pierre Repp en prof d'anglais) la mise en scène est parfaite, les images sont très belles (on peut, c'est un bonus, considérer aussi le film comme un très intéressant documentaire sur le Paris de 1957, puisque tout à été tourné en décor naturel). Chef d'œuvre !

Les cousins  

Un film de Claude Chabrol (1959) avec Gérard Blain, Jean-Claude Brialy. Ça ne démarre pas, ça blablate. De nombreuses scènes sont carrément ridicules : Brialy qui prend sa douche en slip, les scènes avec le libraire, la partouze au son de la chevauchée des Walkyrie avec en attraction un briseur de chaînes qui se prend pour Anthony Quinn dans la Strada. L'ennuie guette constamment et tout cela ne parvient pas à susciter un grand intérêt. Dommage parce que c'est plutôt bien filmé et que Juliette Mayniel est bien mignonne. Ce film a obtenu l'ours d'or a Berlin en 1959, ils sont fous ces Berlinois !

Plan 9 from Outer Space

Un film d'Ed Wood (1959) avec Bela Lugosi. Ce film trimbale une réputation partiellement imméritée du plus mauvais film de tous les temps. Certes c'est mauvais, mais au moins c'est sans prétention et je préfère 100 fois regarder ça que certains blockbusters de S.F. des années 2010. Sinon c'est vrai que c'est du n'importe quoi, avec des décors minables (beaucoup de rideaux !) mais au second degré on passe un bon moment, (on a quand même droit à un enterrement en pleine nuit, une nana surprise par un inconnu chez elle et qui ne trouve rien de mieux que de se réfugier dans un cimetière où il y a déjà eu une mort mystérieuse) et puis il y a la belle Vampira (Maila Nurmi) qui vaut quand même le coup d'œil. La dernière scène, celle de la rencontre entre les terriens et les envahisseurs est en revanche si mauvaise que là, même le second degré ne fonctionne plus. Cela dit ce film est très bien dans ma collection et je n'ai nulle envie de m'en séparer.

La femme guêpe  

Un film de Roger Corman (1959) avec Susan Cabot. Un film médiocre avec de bonnes choses, voilà comment on pourrait résumer. Les bonnes choses ce sont un scénario qui en vaut bien d'autres, un sens certain de la narration, une interprétation correcte et un casting féminin attrayant dominé par Susan Cabot, (la future maîtresse du Roi Hussein de Jordanie). Les mauvaises étant le rythme mollasson, une mise en place interminable, une musiquette agaçante et la nullité (n'ayons pas peur des mots) des effets spéciaux.

Autopsie d'un meurtre  

Un film d'Otto Preminger (1959) avec James Stewart et Lee Remick. Non seulement c'est très bien fait (on ne s'ennuie jamais malgré la longueur du film (2 h 40) mais c'est très roublard. Alors qu'on croit que nous allons assister à une démonstration finale expliquant en détails les conditions du meurtre, et pourquoi pas un retournement de situation, rien de tout ça, Preminger nous dispense du réquisitoire et de la plaidoirie, passe directement au verdict qui nous laisse comme un goût d'inachevé avant que nous comprenions que personne n'a écouté le témoignage fondamental et prémonitoire du codétenu. Si Stewart gagne ce n'est pas parce que la vérité a triomphé, c'est simplement qu'il a été meilleur "artiste" que le procureur. Une victoire amère qui ne lui rapportera rien. Très fort !

La souris qui rugissait

Un film de Jack Arnold (1959) avec Peter Seller et Jean Seberg. Les fictions se déroulant dans des micro-états de fantaisie fonctionnent généralement fort bien parce que les décideurs et leur subalternes qu'on nous dépeint nous paraissent plus proches de nous, banals, à ce point que leur part d'incompétence nous saute aux yeux. Ici les protagonistes sont tellement bêtes qu'ils en deviennent attachants, ce qui constitue un tour de force auquel la présence magique de Peter Sellers et un scénario qui vole bien plus haut que ses apparences ne sont pas étranger.

Le tigre du Bengale  

Un film de Fritz Lang (1959) avec Debra Pagett. C'eut été Sergio Martino qui aurait signé le film tout le monde l'aurait oublié, oui mais voilà c'est Fritz Lang, alors ça crie au chef d'œuvre dans tous les coins. Pourtant regardons de près : qu'est ce qui est bon ? La photographie, les décors, les costumes, quelques plans, la présence de Debra Paget (la présence juste la présence parce que comme rôle de composition, on repassera) et sa fameuse danse sacrée. Et c'est tout ! Comme si ça suffisait à faire un film ? Parce que le reste : la direction d'acteurs parait inexistante, avec un Paul Hubschmid aussi charismatique qu'une boite de sardines, l'histoire est minimaliste (vous me direz il y en a beaucoup au cinéma, seulement voilà certains films transcendent ce minimalisme, pas celui-ci), le rythme est mou, la musique fait gong-gong, il n'y a ni suspense (tout est téléphoné), ni humour. Ça se regarde jusqu'au bout mais sans passion, presque avec détachement.

Ordres secrets aux espions nazis (Verboten!)

Un film de Samuel Fuller (1959). C'est à la fois très intéressant (l'évocation des Werwolf n'es pas si courante et puis il y a ces images du procès de Nuremberg) et assez maladroit : l'évolution de l'attitude d'Helga n'est pas nette, et puis la grosse facilité de scénario :"Viens je t'emmène à Nuremberg…" fait un peu sourire malgré la gravité du propos. C'est plutôt bien réalisé et interprété, Susan Cummings se débrouille bien, on ne s'ennuie pas et le propos est remarquablement intelligent.

Babette s'en va t'en guerre

Un film de Christian Jaque (1959) avec Brigitte Bardot et Francis Blanche. Christian Jaque n'est jamais mauvais et cette comédie qui n'a d'autres ambitions que de nous divertir fonctionne plutôt bien. Les acteurs sont bien dirigés et son plutôt bons, à l'exception de Charrier (imposé par Bardot et pas à la hauteur), Bardot, elle ne s'en sort pas si mal, quant à Francis Blanche, il fait du Francis Blanche mais il pète tellement la forme que c'en est un plaisir de le voir jouer. Ça n'a rien de transcendant mais on passe un bon moment.

Messieurs les ronds de cuir  

Un film d'Henri Diamant Berger (1959). Diamant Berger ne sait pas diriger ses acteurs. Quand, au début du film on voit Philippe Clay jouer de la trompette on sait déjà que le film sera mauvais. Il n'y a aucune finesse, c'est lourd, ça n'avance pas, ça n'a aucun intérêt. Et si Micheline Dax arrive à nous sortir de notre torpeur, le cabotinage de Jean Richard, mauvais comme ça ne devrait pas être permis, nous y replonge bien profond. Une horreur.

Cigarettes, Whisky et P'tites Pépées

Un film de Maurice Régamey (1959) avec Annie Cordy, Nadine Tellier, Pierre Mondy. Jolies filles, déconades et bonne humeur, voilà qui pourrait résumer ce film sans prétention mais rafraîchissant dans lequel Annie Cordy fait une étonnante démonstration de dynamisme. Ça ne vole pas bien haut mais le rythme est soutenu, le scénario est original et on ne s'ennuie pas une seconde. Ce film vaut bien mieux que sa réputation nanardesque. Et puis les paroles de cette chanson magistralement interprétée par Annie Cordy "Cigarettes, Whisky et P'tites Pépées… Si c'est ta vie t'as raison d'les aimer", en voilà un joli manifeste hédoniste !

Enigme aux Folies Bergère

Un film de Jean Mitry (1959). Jean Mitry, théoricien du cinéma veut prouver qu'il peut aussi être réalisateur et se plante dans les grandes largeurs. Déjà l'histoire est incompréhensible et inintéressante, la mise en scène est mal maîtrisée (les scènes de bagarres sont grotesques) et encombrée de plans inutiles (raccompagne, monsieur jusqu'à la porte…) ou énigmatiques (toc, toc, toc, bonjour, je repars). La chorégraphie est ennuyeuse, ce qui est un comble pour un film portant un tel titre. Quant au montage, on a été jusqu'à y inclure une scène de douche collective qui ne sert à rien mais qui vaut son pesant de cacahuètes, car on y voit les filles des folies bergères se doucher… en sous-vêtements !). Reste quelques sourires féminins, une photo pas trop moche, une brève bagarre entre filles (seul plan topless du film); l'apparition de Jean Tissier et Frank Villard qui ne joue pas si mal.

Le chien des Baskerville  

Un film de Terence Fischer (1959) avec Peter Cushing et Christopher Lee. Le charme de la Hammer ! Ça commence par un flash-back d'un sadisme assez saisissant. Evidemment il faut se farcir le personnage d'Holmes peu attachant et un poil réac. Et puis la présence féminine est hélas sous-exploitée (le personnage de Cécile et ses motivations auraient gagnés à être approfondies, ici c'est vraiment trop simpliste). Mais c'est prenant, c'est plutôt bien fait, c'est toute une ambiance et ça se regarde avec beaucoup de plaisir.

La Grande guerre

Un film de Mario Monicelli (1959) avec Vittorio Gasman, Alberto Sordi, Sylvana Mangano. La grande guerre vue à travers les tribulations de deux paumés qui n'ont rien demandé. Une alternance particulièrement réussie de scènes légères et d'autres plus dramatiques font de ce film l'un des meilleurs films de guerre de tous les temps. A ranger en bonne place à côté de "A l'ouest rien de nouveau" de Millestone, "Croix de fer "de Peckinpah ou encore "Au delà de la gloire" de Samuel Fuller. (Mais rien à voir avec les "Sentiers de la gloire," une honnête série B de Kubrick malgré ce qu'on lit ici et là). L'apparition de Sylvana Mangano en prostituée et mère de famille apporte au film son lot de fraîcheur de façon très intelligente.

Visa pour l'enfer  

Un film de Alfred Rode (1959) avec Claudine Dupuis. Une bonne série B. Malgré un scénario peu original, le film reste intéressant, bien rythmé et bien interprété (Claudine Dupuis est très bien) avec quelques bonnes scènes notamment la grande séquence maritime de la fin. Les petits coquins auront remarqué le téton furtif de Nadine Tallier, les cinéphiles la prestation amusante de Jean Tisser en patron de bistrot-épicerie et les amateurs de cirque le rôle farfelu d'Achille Zavatta

Ce corps tant désiré

Un film de Luis Saslavsky (1959) avec Belinda Lee, Daniel Gélin, Maurice Ronet, Dany Carrel. Un "je t'aime moi non plus entre quatre personnages à la psychologie complexe, surtout quand l'un est un inventeur raté et unautre une prostituée. L'histoire est assez passionnante et assez bien vue, L'interprétation est excellente avec un Gélin à moitié ahuri, une Dany Carrel malicieuse et une Belinda Lee très vamp. Oui, mais une fois que le réalisateur a fait s'affronter ses protagonistes, se les faire courir après, se les faire croiser, se haïr, se retrouver, se mentir (et on en passe) il ne sait plus quoi en faire et ne sais pas finir son film. Dommage car se n'est pas si mal.

Le monde, la chair et le diable

Un film de Ranald MacDougall (1959) avec Harry Belafonte et Mel Ferrer. Ce sont trois histoires qui s'emboîtent, l'introduction nécessaire mais quasiment bâclé, la découverte de la catastrophe avec des images de toute beauté, (même si on se demande où sont les cadavres) et la troisième partie, un jeu à trois assez déroutant car la psychologie des personnages peut surprendre (Il faut faire l'effort de se replacer dans le contexte d'une Amérique raciste pour en comprendre certaines subtilités) mais où l'intelligence l'emporte. Intéressant, passionnant et beau.

Les râleurs font leur beurre

Un film de Jena Bastia (1959). Avec Louis de Funes, Francis Blanche, Noël Roquevert. L'idée de base était prometteuse, le réalisateur fait ce qui peut, mais n'arrive à rien avec ce scénario débile, pas drôle et ennuyeux (Même Francis Blanche est mauvais, c'est dire !). A sauver la séquence de la berceuse.

Asphalte

Un film de Pierre Bromberger (1959) avec Françoise Arnoul, Marcel Bozuffi, Georges Rivière. Ça aurait pu être très bien, mais l'auteur a du mal a tenir 90 minutes, alors il allonge la sauce, nous afflige un début très lent, et nous bassine avec des séances de rock'n roll interminables. Dommage parce que l'histoire est intéressante, bien ficelée et plutôt bien jouée (Françoise Arnoul est craquante). L'ambiguïté du personnage joué par Arnoul est intéressante, elle a un cœur d'artichaut et elle aime tout le monde mais quand il lui faudra choisir, se sera le confort et l'argent.

Mon oncle

Un film de Jacques Tati (1958) Ce film a beau être bardé de récompenses et auréolé de gloire, j'ai lâché l'affaire au bout de 45 minutes. Tout y est insupportable, la débilité des gags, le surjeu des acteurs, et qu'est-ce qu'on se fait chier ! A sauver quelques jolis plans du vieux Saint-Maur.

La blonde et le shérif

Un film de Raoul Walsh (1958) avec Jane Mansfeld. Evidemment que Raoul Walsh a fait bien mieux ! Evidemment que les transparences, ce n'est pas bien beau ! Mais tout cela reste une comédie légère qui se déguste à façon d'un album de Lucky Luke : autrement dit, c'est n'importe quoi, mais on en redemande ! Et puis bon : Jane Mansfeld constitue quand même une attraction (dans tous les sens du terme) à elle-toute seule !.

L'Odyssée du sous-marin Nerka

Un film de Robert Wise (1958) avec Clark Gable et Burt Lancaster. On ne ressent strictement ni aucun plaisir ni aucune émotion à la vision de ce film Inintéressant, ennuyeux, sans surprise, et dans lequel les deux vedettes n'arrivent pas à s'exprimer. Etonnant ce plantage de la part du grand Robert Wise.

Femmes Demon

Un film de Richard L. Cunha (1958) . Un nanar qui se laisse regarder sans déplaisir, le réalisateur ayant fait ce qu'il pouvait avec les moyens dont il disposait. Plusieurs thèmes s'y recoupent : l'île mystérieuse, le savant fou, les nostalgiques du nazisme... Il y a pas mal de parlotes, mais quelques jolies scènes comme cette surréaliste danse des prisonnières ou la spectaculaire fuite finale. La musique signée Nicholas Carras est amusante. Ce film nous permet de découvrir la très belle Irish McCalla, (qui fut Sheena, reine de la jungle) qui était l'un des modèles préférés d'Alberto Vargas, le dessinateur des pin-up du magazine Play-Boy qui la faisait poser nue (les photos y ont d'ailleurs été publiées en 2008)

Le gaucher

Un film d'Arthur Penn (1958) Avec Paul Newman. On peut se demander s'il s'agit vraiment d'un western tellement le film est éloigné des codes du genre, mais après tout qu'importe ? Paul Newman campe ici un jeune type très primaire aux réactions quasi imprévisibles, ce qui nous change des héros habituels, droits dans leurs bottes (On est à 100 lieues des films avec John Wayne). Malgré quelques pitreries un peu lourdes, le film est passionnant et bien réalisé et bien interprété. Passionnant..

Ascenseur pour l'échafaud

Un film de Louis Malle (1958) avec Jeanne Moreau, Maurice Ronet et Lino Ventura. Un très bon thriller avant la lettre qui nous scotche sur notre fauteuil. Superbes photos de la nuit parisienne sous la pluie battante, superbe musique (Miles Davis). Il y a quand même un problème au niveau de la direction d'acteurs, le couple de petits jeunes joue mal, alors qu'à l'inverse Lino Ventura et Charles Denner qui ont des rôles secondaires jouent très bien. Malgré ses petites imperfections ce film mérite d'être considéré comme un classique !

Nazarin

Un film de Luis Buñuel (1958). Le film est assez subtil parce que Buñuel a su créer un personnage beaucoup plus complexe qu'il n'y parait. En fait Nazarin veut être le contrepoint de la religion avec son côté institutionnel (respectable) et ses dérives superstitieuses. Or en adoptant un mode vie franciscain, il ne sert à rien, malgré sa sincérité, il renforce la superstition qu'il veut combattre, il nuit aux salariés en acceptant de travailler pour un bol de soupe, il subit, se résigne, se déconsidère… Et tout cela est montré de main de maître.

Les vikings

Un film de Richard Fleischer (1958). Une leçon de cinéma, l'intrigue n'a rien de géniale, mais tout est dans la réalisation et la direction d'acteurs (même Borgnine est bon !) qui rend le film passionnant et attachant. Le final (les obsèques de Kirk Douglas) est grandiose. (Au fait avez-vous remarqué que Kirk Douglas mourrait dans quasiment tous ses films ?)

La chatte sur un toit brûlant

Un film de  Richard Brooks (1958) avec Paul Newman et Elizabeth Taylor d'après une pièce de Tennessee Williams. Une magnifique direction d'acteur, une critique féroce de certaines familles américaine (ah, cette belle fille et ses cinq mouflets insupportables !) On finit par comprendre que le thème est le mensonge, mais tout cela est bien long, trop bavard, assez pesant et peu passionnant (de plus le changement d'attitude de Paul Newman est loin d'être démontré clairement !)

Vertigo

Un film d'Alfred Hitchcok (1958) avec Kim Novak et James Stewart. Il y a sans doute quelques longueurs au début et quelques blablas, mais sinon tout est bon. Le film se compose en fait de deux parties, la première étant destinée à embrouiller le spectateur, la seconde établissant sa complicité (en ayant donc une longueur d'avance sur Stewart). Quant au vertige il est omniprésent que ce soit du générique jusqu'aux bouclettes de Kim Novak en passant par quelques mouvements de caméra subjective assez fabuleux. On notera aussi une très belle séquence onirique. La direction d'acteurs est remarquable et Kim Novak particulièrement mise en valeur. Le rôle attribué à Barbara Bel Geddes est très astucieux puisqu'il permet de permet de souffler un peu entre les moments de tension et d'en apprendre plus sur la personnalité de Stewart. Bonne musique (Bernard Herrmann). Un excellent film (mais de la à dire comme le font certains qu'il serait le meilleur de tous, faut peut-être pas exagérer non plus

A pied à cheval et en spoutnik

Un film de Jean Dreville (1958) avec Noël Noël, Dary Cawl, Francis Blanche… Le film est en deux parties la première qui se passe en France dans laquelle Darry Cawl domine nettement la distribution sans trop se forcer et la seconde qui se passe en URSS et dans l'espace où le réalisateur s'amuse avec les effets spéciaux d'apesanteur. Noël Noël est plutôt bon, mais mettre le nom de Francis Blanche en tête d'affiche est une escroquerie tellement on le voit peu (quant au chien qui interprète le rôle de Friquet, on ne saura jamais qui il était !). C'est un film souriant, qui nous fait passer un bon petit moment pourvu qu'on aime le burlesque et le grand n'importe quoi, mais qui n'évite pas les lourdeurs et les gags ratés (les emprunts russes).

Le pigeon

Un film de Mario Monicelli (1958) avec Vittorio Gassman, Marcello Mastroianni, Toto, Claudia Cardinale.Une superbe galerie de minables, tous bien campés, hâbleurs et bras cassés mais qui finissent par nous attendrir (à l'exception du "sicilien", toutefois"). Considéré comme la comédie fondatrice du comique à l'italienne, ce film sans aucun temps mort est à redécouvrir d'urgence. Il est sans doute là le vrai génie du cinéma italien, inutile d'aller le chercher chez Antonioni.

J'enterre les vivants

Un film d'Albert Band (1958) avec Richard Boone. L'intérêt de ce film repose sur son idée de départ qui est originale et intéressante. Hélas, le film accumule les casseroles, Richard Boone en plus d'afficher un faciès inquiétant est mauvais, le rôle de sa fiancée (parce que en plus Boone à une fiancée !) n'est pas clair (mais elle est mignonne), ça se traîne, et plus on avance plus c'est n'importe quoi, quant au dénouement, on y comprend strictement rien du tout.

Traquenard

Un film de Nicholas Ray (1958) avec Cyd Charisse et Robert Taylor. Il y a des films dont on aurait aimé ne dire que du bien mais c'est impossible. Trop de défauts plombent ce film : Des scènes s'ouvrent sans qu'elles ne participent à l'intrigue (le suicide de la colocataire, les menaces de l'ex de Taylor), des invraisemblances (Taylor qui sort indemne d'une mitraillade, Charisse qui ne bénéficie d'aucune protection dans le train !) des incompréhensions (le juré soudoyé) et surtout une scène finale complètement ratée (le coup de la montre est déjà limite, mais la fusillade en aveugle d'où le couple Charisse-Taylor sort sans une égratignure, faut pas pousser quand même !) Visuellement le film est superbe et si la prestation très froide de Taylor peut parfois agacer, reste que Cyd Charisse n'a jamais sans doute été aussi belle et qu'elle crève vraiment l'écran.

La soif du mal

Un film d'Orson Welles (1958) avec Orson Welles, Charlton Heston, Janet Leigh…  Une leçon de cinéma. Au 19ème siècle en Italie les compositeurs d'Opéra transcendaient des histoires souvent de peu d'intérêt pour en faire des chefs d'œuvres. Orson Welles à partir d'un scénario, certes intéressant, mais n'ayant rien d'exceptionnel réussit à en faire un monument de l'histoire du cinéma. Comme à l'Opéra où l'ouverture se doit d'être brillante, on a droit dès le démarrage à une séquence de folie qui nous scotche dans notre fauteuil. Les mouvements de caméra, les éclairages, les cadrages ne sont jamais gratuits mais au service de la progression dramatique du film. La direction d'acteur est remarquable, dominé évidement par Welles lui-même, mais Charlton Heston n'a peut-être jamais été aussi bon, quant à Janet Leigh… (et oui Welles aimait aussi les belles femmes et il la dirige superbement) Signalons aussi la présence de Marlene Dietrich et de Zsa Zsa Gabor en guest star. Quant à la fin, magnifiquement filmée utilisant tout l'espace et pataugeant dans l'eau boueuse, elle laisse une impression amère, happy end, certes, mais uniquement pour Heston et Leigh…  Welles n'était pas naïf au point de nous faire croire que la corruption s'arrêterait avec le mot fin… PS : Et quand  je pense qu'il y en a qui préfère Brice de Nice…

Comme un torrent

Un film de Vincente Minnelli (1958) avec Frank Sinatra, Dean Martin, Shirley McLaine, Arthur Kennedy. Une direction d'acteurs sans fautes, (on oublie souvent le rôle magistral de Martha Hyer), une réalisation efficace (l'avant dernière scène dans la fête foraine est assez fabuleuse) Là où ça va beaucoup moins bien, c'est au niveau du scénario, très faible et non maîtrisé, qu'est-ce qu'on a voulu nous montrer, que la vie de province aux Etats-Unis c'est pas la joie ? Tu parles d'un sujet (par ailleurs plutôt bien traité dans "Les plaisirs de l'enfer" de Mark Robson) . Si tout gravite autour du personnage de Sinatra, le reste va dans tous les sens sans jamais aboutir, et certaines situations manquent de crédibilité. Et puis il y a ce côté moral qui est traité de façon agaçante, Sinatra jouant les gros redresseurs de tort avec sa nièce qu'il ne connait à peine, c'est tout simplement ridicule, et quand il va chez son frère lui reprocher son adultère c'est n'importe quoi. Trop de questions restent sans réponses : (le changement d'attitude de la femme de Kennedy au début, l'évolution de la santé de Martin…). Le personnage de Shirley McLaine (très bien interprétée) avait-il besoin d'être à ce point caricatural (comme si une fille de mœurs légères se devait d'être forcément idiote ?). Les rapports entre Sinatra et Martha Hyer sont en revanche plutôt bien vus. On ne le dira jamais assez un scénario médiocre ou moyen ne peut aboutir à un bon film quel que soit la savoir faire des acteurs et du réalisateur.

 L'homme de l'Ouest

Un film d'Anthony Mann (1958) avec Gary Cooper. Ce western atypique n'a (presque) pas vieilli. Belle histoire d'un ancien bandit rangé (il a même au début peur de la locomotive) incarné par un Gary Cooper avare de moyens (comme d'habitude) qui rattrapé par son passé doit s'efforcer de s'en sortir. L'un des plus beau westerns de l'histoire du cinéma !

Les Mistons

Un court métrage de 15 minutes de François Truffaut (1958) avec Gérard Blain et Bernadette Lafont. C'est mignon, c'est bien fait, c'est pas con, les images sont très belles et la poitrine de Bernadette Lafont impressionnante.

A la bonne Tambouille  

Un court métrage de 15 minutes de Raymond Dastra (1958) Un quart d'heure au restaurant, c'est assez lourd mais l'arrivé d'une sémillante jeune femme, puis d'un braqueur vont nous sortir de l'ennui d'autant que le maitre d'hôtel se prenant pour un discobole fera basculer le film dans le burlesque. Ah, oui il y a aussi un sourdingue !

Teenage Caveman  

Un film de Roger Corman (1958) avec Robert Vaughn. On est pas loin du nanar. Pourtant la réalisation est correcte dans les limites des moyens dont disposait le réalisateur, si certains aspects du scénario prêtent à sourire, le film se permet le culot de poser quelques questions essentielles sur la foi : Qui a décrété la "loi" , Et pourquoi ne faut-il pas la transgresser ?, Où mène le fanatisme religieux ? : Rien que ça pour une série B c'est pas si mal. Évidemment Robert Vaughn a l'air un peu niais, il est quand même plus malin que tout le monde et invente l'arc et les flèches en regardant les branches basses des arbres se plier, mais n'a pas inventé le rasoir, il n'a pas de poils au menton. Le twist final est pas mal du tout. Une curiosité (et puis Darah Marshall est très jolie)

Le Cauchemar de Dracula

Un film de Terence Fisher (1958) avec Peter Cushing et Christopher Lee, Melissa Stribling, Michael Gough. Le scénario de Jimmy Sangster s'écarte légèrement du roman de Bram Stoker pour en codifier le genre. C'est une série B mais elle est brillante, avec une belle utilisation des couleurs, le rôle à la fois discret et très efficace de Christopher Lee, un Peter Cushing impeccable des personnages féminins fort accortes, et une musique bien dans le ton. On ne s'ennuie pas une seconde, mieux : on se régale !

Les aventuriers du Mekong

Un film de Jean Bastia (1958). On pouvait s'attendre au pire, mais finalement ce n'est pas si mal que ça, la photo est très jolie, Dominique Wilms est bien mignonne. Evidemment Jean Gaven n'a rien d'un jeune premier mais malgré l'absence de véritable surprise, c'est assez prenant et ça se laisse regarde volontiers si on est pas trop exigeant.

Le sicilien 

Un film de Pierre Chevalier (1958) avec Fernand Raynaud, Pascale Roberts. Une relative bonne surprise parce que le scénario est habile, basé sur le thème classique sur l'inversion des rôles, le film change de direction à mi-percours pour plonger dans l'absurde (la longue scène de restaurant avec Presboist ou le final complétement déjanté). Fernand Raynaud fait du Fernand Raynaud mais c'est ce qu'il sait faire le mieux, en revanche on pouvait attendre mieux de Raymond Devos qui signe là son second long métrage, Jean-Roger Caussimon est en petite forme, quant à Pascale Roberts, elle est sublimement mise ne valeur et  illumine le film. A noter aussi une excellente Judith Magre dans un bon mini rôle de femme de malfrat. Et beaucoup de sympathiques seconds rôles (Amato, Bozuffi, Descahmps). Rien de transcendant mais se regarde sans déplaisir.

La bonne tisane

Un film de Hervé Bromberger (1958) avec Bernard Blier, Estella Blain, Madeleine Robinson et Raymond Pellegrin. Ça aurait pu être très bien parce que ça commence très fort avec des répliques particulièrement cinglantes, et puis il y a l'interprétation, Robinson est étonnante dans ce rôle, Blier fabuleux comme toujours et si Estella Blain joue moyen, son charme est envoûtant, d'autant qu'elle est remarquablement photographiée. Le souci c'est que le film manque cruellement de punch et est desservi par un scénario chaotique et rempli de ficelles assez dure à avaler dont le pompon est la relation entre Blain et Pellegrin. Ce regarde néanmoins sans déplaisir avec une très jolie dernière scène d'action.

Un drôle de dimanche

Un film de Mac Allegret (1958) avec Bourvil, Danielle Darrieux, Arletty, Jean-Paul Belmondo, Roger Hanin. La direction d'acteurs est plutôt bonne, disons que les acteurs font très bien ce qu'on leur demande de faire et que si on trouve que ce qu'on leur demande est absurde et bien ce n'est pas de leur faute. Non si le film n'est pas bon c'est le que le scénario ne l'est pas et que la réalisation ne peut le sauver. Si le film était resté dans le ton de la comédie, tout ce qui est absurde n'aurait strictement aucune importance, sauf qu'ici on veut se la jouer dramatique et que ça ne fonctionne pas, les ingrédients étant du niveau d'un mauvais roman de la collection Arlequin avec tout le pénible blabla sur l'amour éternel. A noter pour les curieux les mini apparitions de Jean Lefebvre et de de Jean Carmet. Inintéressant mais peut se regarder pour les acteurs.

L'auberge du sixième bonheur

Un film de Mark Robson (1958). Un interminable mélodrame hollywoodien formaté pour émouvoir les chaumières. Scènes absurdes, mievreries et prêchi-prêcha (Bergman campe un personnage complétement improbable qui prêche la bonne parole en mangeant de la soupe ou qui calme toute seule une révolte de prisonniers ) s'enchaînent pendant 90 minutes avant de passer à la seconde partie, une longue marche sans grande surprise à travers la Chine. La réalisation est correcte mais manque de dynamisme, Bergman surjoue (elle adore pleurnicher), Robert Donat fait le mariole mais n'amuse personne, et Curd Jurgens est aussi expressif qu'une porte vitrée. Bref c'est pas terrible et le côté "religieux" aggrave encore les choses.

L'attaque des crabes géants

Un film de Roger Corman (1957). Un survival SF de série Z complètement fauché. Les hommes sont toujours rasés de près et impeccablement coiffés malgré la panique ambiante et les effets spéciaux sont risibles. Malgré l'absence de véritable tension ce petit film de 60 minutes recèle deux ou trois bonnes choses, une idée de base qui en vaut bien d'autres, des belles séances sous-marines et les tenus sexy de Paméla Duncan. C'est toujours ça !

Viking Women and the Sea Serpent

Un film de Roger Corman (1957) Honnête film d'aventures assez fauché et avec pas mal de poncifs, le point fort étant les demoiselles vikings qui sont absolument charmantes et sexys, le point faible étant la présence d'un exécrable aryen sautillant.

Les girls

Une comédie musicale de George Cukor (1957) avec Gene Kelly. Le scénario est complexe à ce point qu'on a du mal à s'y retrouver, jusqu'au moment où on se rend compte qu'il, est justement impossible de s'y retrouver puisque tout ce qui nous est raconté est basé sur le mensonge (y compris pour que la "morale" soit sauve). Les trois actrices sont merveilleuses, Kay Kendall surclassant néanmoins le lot grâce son extravagance et son charme. Gene Kelly très à l'aise. Les numéros musicaux auraient gagnés à être plus nombreux mais ceux qui nous sont offerts sont excellents, même si en la matière nous sommes loin des sommets du genre. Quant à la musique c'est du Cole Porter qui lui aussi a fait mieux, mais Cole Porter c'est toujours bon.

Mademoiselle Strip-Tease

Un film de Pierre Foucaud (1957). On se demande ce qu'on doit retenir de ce film qui n'est qu'un prétexte pour nous montrer des numéros de strip-tease., le souci c'est que le scénario est d'une rare imbécillité, la réalisation plate, le montage approximatif et les acteurs masculins (dont Philippe Nicaud) exécrables. Reste le charme de ces demoiselles, Dora Doll, la sculpturale Vera Valmont et Agnès Laurent qui joue la nunuche de service mais qui nous gratifie d'un strip-tease onirique pas mal du tout. Les autres strip-teases n'ont rien d'exceptionnels mais ne sont pas désagréables (notamment l'oriental avec Monique Vita). Quelques bonus : la tante complètement déjantée (interprétée par Simone Paris qui fut la maîtresse de Sacha Guitry), Dufliho en peintre fumiste, Moustache en pleine forme et une scène de salle de garde plutôt olé-olé. Ça peut aussi se regarder comme un "document d'époque" ou comme une publicité pour les automobiles Iseta (baptisées "pot de yaourt"). Juste dans la moyenne (mais de justesse)

La belle de Moscou

Un film de Rouben Mamoulian (1957) avec Fred Astaire et Cyd Charisse. Quelle idée d'aller faire un remake du chef d'œuvre d'Ernst Lubitsch avec un Fred Astaire, on ne peut plus ringard ! Là ou chez Lubitch tout était en finesse, on tombe ici souvent dans la lourdeur. Cole Porter, musicien génial est ici en petite forme et la chorégraphie est moyenne. Reste Cyd Charise, éblouissante de grâce et de beauté, Janis Paige complètement déjantée et Peter Lorre assez rigolo.

Ariane

Un film de Billy Wilder (1957) avec Gary Cooper, Audrey Hepburn et Maurice Chevalier. Le danger du scénario était que ça tourne à l'eau de rose façon roman de la collection Arlequin . Wilder n'évite pas le piège et tombe les deux pieds dedans (le final est de ce point de vue insupportable). Le second boulet du film est le rôle Maurice Chevalier (le rôle est mauvais, l'acteur exécrable). Il reste quoi ? Le minois d'Audrey Hepbrun pour les amateurs, la classe de Gary Cooper et puis c'est quand même une histoire d'amour entre un homme et une femme ayant 30 ans d'écart, c'est politiquement incorrect et ça fait râler les grincheux… A noter que le titre américain se traduit par "L'amour l'après-midi",  pour une fois qu'ils étaient plus explicite que nous… Ce film est une déception et la preuve que même les plus grands peuvent se planter !

Frankenstein s'est échappé

Un film de Terence Fisher (1957) avec Peter Cushing et Christopher Lee et Hazel Court. Dans ce film , contrairement au film de James Whale, on n'éprouve aucune empathie pour la créature de Frankenstein, le scénario préférant s'attarder sur le personnage du Baron, illuminé cynique remarquablement interprété par Peter Cushning. En fait seules les femmes sont sympathique dans ce film… (Superbe Hazel Court). Nous avons là une série B de prestige très bien réalisé et au rythme soutenu

Les trois font la paire

Un film de Sacha Guitry (1957) avec Michel Simon, Sophie Desmarest (dans le rôle de Titine, une prostituée assez déjantée). Ça n'a rien d'un chef d'œuvre mais c'est correctement réalisé, ça retient l'attention et c'est quelque fois amusant. Les acteurs sont bien. Bref, à voir par curiosité... et puis Guitry ce n'est jamais mauvais !

Les sentiers de la gloire

Un film de Stanley Kubrick (1957) avec Kirk Douglas. Axiome 1 : Ce n'est pas parce qu'un film a été interdit pendant des années que c'est forcément un chef d'œuvre. Axiome 2 : Ce n'est pas parce que le propos d'un film est intéressant et fort qu'il devient un chef d'œuvre. Axiome 3 : Ce n'est pas parce que c'est du Kubrick que c'est obligatoirement un chef d'œuvre. Et cela étant posée on peut enfin poser l'axiome 4 : Ce n'est pas parce qu'un film n'est pas un chef d'œuvre qu'il est forcément mauvais. Mais voyons les choses objectivement : le film a des défauts, ils sont de quatre sortes : Les erreurs de contexte (on ne rend pas la justice en France comme aux Etats-Unis, les auteurs auraient pu se renseigner). L'absence de rigueur dans la psychologie des personnages (ainsi le général Mireau, qui se présente comme un humaniste devient un quasi criminel de guerre sur la simple promesse d'une promotion). Le côté excessivement théâtral des dialogues et des situations (qui vire même à l'absurde quand Douglas cite Samuel Johnson), et appelons les choses par leur nom : le ratage de certaines scènes, le cheminement du condamné à mort accompagné du prêtre vers le poteau d'exécution, ce n'est pas bon, quant à scène finale, ce n'est plus la guerre de 14-18, c'est bienvenue chez bisousnours. Voilà des propos fort sévères, mais le film se laisse néanmoins regarder, la progression dramatique tient à peu près la route, la scène de revue dans les tranchées est splendide, Kirk Douglas joue bien et le propos sous-jacent reste fort. On va dire que c'est une bonne série B, mais pas plus.

La polka des menottes

Un film de Raoul André (1957) Quel dommage que la direction d'acteurs soit si inégale, car comme toujours en pareil cas s'en sortent ceux qui n'ont pas vraiment besoin d'être dirigés (Claude Rich, Jean Lefebvre, Sacha Pitoeff, l'étonnante Suzet Maïs…) alors que les autres vont du fade (Pascale Audret) au mauvais (Versini). Sinon le scénario signé Raymond Caillava est très inventif et séduit par son côté complétement foutraque. On remarquera la musique délirante de Gérard Calvi, le générique amusant; les trop courtes apparitions surréalistes de Pierre Dac et Francis Blanche et le final de folie.

Le Triporteur 

Un film de Jack Pinoteau (1957) avec Darry Cowl. Sympathique, c'est le mot qui vient d'abord à l'esprit. On est dans une sorte de burlesque, teinté de surréalisme et d'une certaine poésie. Evidemment le personnage de Darry Cowl est la pièce essentielle du film, les seconds rôles n'étant pas terribles (y compris Brialy) et même si Béatrice Altariba est charmante. La suite de saynètes que nous propose le film est très inégale mais on retiendra celle de la ferme et celle du bal.

Le temps des œufs durs

Un film de Norbert Carbonnaux (1957) avec Darry Cowl, Fernand Gravey, Carette, Béatrice Altabira… Ce film qui avait impressionné Jean-Luc Godard est une excellente surprise. On est tout d'abord déçu de ne pas entendre Darry Cawl faire son numéro habituel avant de s'apercevoir que le film fonctionne tout à fait autrement. Cawl interprète ici un personnage lunaire (parfois assez proche d'Harpo Marx) et poétique. Le scénario qui au passage constitue une charge contre les parvenus et les faux génies s'envole parfois dans des scènes d'un surréalisme étonnant (les clochards qui chantent "Petit Papa Noël", la scène de pose, le noyé à la piscine, le contrôle des faux billets au commissariat) voire dans le burlesque (l'improbable prison) et dans des plans étonnants (le caniveau, on l'on jette les coquilles d'œufs, les tableaux, et les bouquets de violettes). Un petite perle à redécouvrir d'urgence !

Règlement de compte à OK Corral 

Un film de John Sturges (1957) avec Kirk Douglas et Burt Lancaster. Si le film a pour atout deux énormes acteurs bien dans leurs rôles, le scénario déçoit réalisant l'exploit d'être à la fois complexe et simpliste. L'entrée en matière qui nous raconte l'amitié naissante entre Doc Hollyday et Wyatt Earp s'étire en longueur (plus de la moitié du film !). La personnalité des "méchants" n'intéresse pas le réalisateur (sauf pour Ringo, où on tombe dans la caricature, et le "grand gamin" où on tombe dans le ridicule). Les personnages féminins sont traités avec une telle misogynie que ça en devient gênant (pourtant Rhonda Fleming est bien mignonne), quant à la fusillade de fin, celle qui justifie le titre et l'histoire, elle est décevante, et même agaçante de par sa volonté de respecter tous les codes du genre. Finalement tout cela est assez moyen et la seule surprise du film  c'est que Kirk Douglas ne meure pas à la fin

3 h 10 pour Yuma

Un film de Delmer Daves (1957) avec Glenn Ford. Un western psychologique remarquablement photographié et mis en scène et brillamment interprété par un Glenn Ford impérial en méchant et par Van Heflin dont la prestation est également remarquable. Comme Zinnemann en 1952 dans le train sifflera 3 fois, Daves montre un Ouest sans héros, des personnages bien plus complexes que ce qu'on voit d'habitude (du moins en ce qui concerne les principaux protagonistes) Quelques images remarquables comme la serveuse du saloon (Felicia Farr) regardant de ses yeux amoureux le bandit charmeur. On pourra regretter la scène avec les gosses assez énervante et sans doute plus grave un dénouement bâclé alors qu'il avait tout pour être sublime. Malgré ses quelques défauts, ça reste un grand western.

L'homme qui rétrécit

Un film de Jack Arnold (1957). C'est d'abord un fabuleux film d'aventure, complètement à contre-courant de ce qui se faisait à l'époque, puisque et c'est annoncé dès le départ, le pitch n'est pas "comment va-t-il s'en sortir ?" mais "voilà ce qui m'est arrivé !"). Dans la partie centrale Carey est passif, complètement dépendant de sa femme qui va jusqu'à l'installer dans une maison de poupée, il est diminué non seulement physiquement mais blessé dans sa condition d'homme un peu macho, ce qui le rend agressif, voire odieux. Dans la troisième partie plus basée sur l'action, il s'agit s'une lutte pour la survie mais sans espoir, sans happy-end possible. Les auteurs ont alors cru bons de terminer en philosophant lourdement façon bondieuseries, une maladresse fatale empêchant le film d'accéder au chef d'œuvre. Mais ne boudons pas notre plaisir, le spectacle est saisissant, le séjour dans la cave et vraiment très bien réalisé, quant à l'attaque du gros matou, elle fait partie de ces scènes qui resteront à jamais gravées dans la mémoire des cinéphiles.

Le château de l'araignée

Un film d'Akira Kurosawa avec Toshiro Mifune (1957) Macbeth transposé au Japon, pourquoi pas ? Réalisation impeccable, des plans magnifiques (ces longs travellings accompagnant les scènes de chevauchées). Le jeu quelque peu hystérique de Toshiro Mifune est compensé par celui extrêmement calme d'Isuzu Yamada. Il y a quelques longueurs qui auraient pu être évités (la scène des deux cavaliers dans le brouillard, ou la fin où Mifuné est visé par une centaine de flèches qui se plantent presque toutes à côté), sinon c'est très bon !

Embrasse-la pour moi

 Un film de Stanley Donen (1957). Avec Cary Grant.  Une suite d'insupportables et inintéressants et ennuyeux bavardages. Les acteurs sont agaçants et Cary Grant cabotine. Même Jane Mansfield n'arrive pas à réveiller notre intérêt. Poubelle.

Le rouge est mis

Un film de Gilles Grangier (1957) avec Jean Gabin.. On va dire que c'est un bon petit polar, sans beaucoup de suspense, mais où on ne s'ennuie pas une seconde. On regrettera quelques passages obscurs, voire faibles. Côté interprètes, La toute jeune Annie Girardot passe fort bien, ce qui n'est pas le cas de Lino Ventura (on a du mal à imaginer en le voyant qu'il deviendra le grand acteur que l'on sait !) confiné dans un improbable rôle d'agité écervelé. Quant à Gabin, on dira tout ce qu'on voudra, mais il n'a aucun mal à ressortir du lot, c'est un vrai plaisir de le voir jouer !

Les plaisir de l'enfer

Un film de Mark Robson (1957) avec Lana Turner. Un long "mélodrame américain où tout s'arrange à la fin" qui "passe" plutôt bien. L'intention était louable de nous montrer les travers et les secrets des habitants d'une petite ville de province. Le film n'y va d'ailleurs pas avec le dos de la cuillère et les allusions sexuelles (étonnantes pour l'époque) y vont bon train et sont souvent intelligente. Malgré tout le film pèche par quelques bizarreries, ainsi si le monde des adultes n'est pas très net, celui des jeunes serait "plus sain" (?) et surtout pour servir de contrepoint à tous les hypocrites de la ville on nous pond deux personnages qui eux sont garantie sans tache (le nouveau prof et le toubib, ben voyons !). Pas de longueurs, mais quelques scènes inutiles, une bonne réalisation et une bonne direction d'acteurs, une musique peu discrète (Waxman). Beaucoup de bonnes choses, sympathique par moment, naïf en d'autres, ce bon film ne provoque pourtant pas l'enthousiasme.

Le Pont de la Rivière Kwai

Un film de David Lean (1957) avec Alec Guiness, William Holden. Cette superproduction de 1957 mérite assurément sa réputation. Pas tellement à cause de la prouesse technique du pont (il a réellement été construit et explosé avec un train dessus (mais Buster Keaton en avait fait de même en 1926), ni à cause de sa zizique (recyclage d'un air militaire de 1926 qui est sifflé dans le film et non chanté à cause des paroles obscènes ajouté en 1939), mais pour sa réalisation sans faille, ni temps mort et pour l'interprétation halluciné d'Alec Guiness. Le film est d'ailleurs très fort à ce sujet, puisque on est pris d'empathie pour ce personnage malgré son attitude déroutante avant de comprendre (pratiquement à la fin du film) que ce colonel admiré et respecté de ses hommes est aussi cinglé que son homologue japonais. Fallait le faire ! Et du coup que la vérité historique sur la condition des prisonniers anglais dans les camps japonais soit édulcorée, n'a que peu d'importance parce que justement la question n'est pas là ! William Holden, contrepoint positif de Guiness est très bon. Petit détail : La scène de spectacle avec les prisonniers travestis est pompée sur celle de la "Grande Illusion" mais en moins bien (parce que sans connotation érotique). Un très grand film !

Témoin à charge

Un film de Billy Wilder (1957) avec Marlène Dietrich, Charles Laughton, Tyron Power. C'est un film de procès, genre qui peut devenir gavant, mais Wilder s'en sort bien grâce à un Charles Laughton démontrant une nouvelle fois son immense talent, à une Marlène Dietrich bluffante et aussi à la présence amusante d'Elsa Lanchester en infirmière fofolle. C'est bien mené malgré les lourdeurs inhérentes au genre et l'intrigue reste passionnante jusqu'à la fin du procès. Il faut bien parler des deux twists finaux. Le premier était sans doute attendu mais sa mise en place est maladroite, quant au second, c'est carrément une catastrophe. (Wilder n'y est pour rien puisqu'il reprend le dénouement de la pièce d'A. Christie, différente de la nouvelle d'origine) Mais bon ça ne gâche pas non plus cet excellent film même si Wilder a fait beaucoup mieux.

Jesse James, le brigand bien-aimé

Un film de Nicholas Ray (1957) avec Robert Wagner. La mayonnaise ne prend jamais, la faute à beaucoup de choses : d'abord des acteurs qui sans être mauvais n'ont aucun charisme, ensuite une construction qui abuse des flash-back et casse le rythme tonitruant du début, ensuite il a trop de détails qui gênent, le gars qui sort pratiquement indemne d'une caverne dynamité, ces types qui après des heures et des heures de chevauchée sont toujours en costume impeccable et la lavallière autour du cou et puis l'épisode du tableau de Rubens, censé parait-il illustrer le puritanisme de Jessie James, mais qui arrivant comme un cheveu sur la soupe devient incompréhensible. Ce n'est pas mauvais, mais ce n'est pas terrible non plus !

Dites 33

Un film de Camillo Mastrocinque (1957) avec Toto, Vittorio de Sica, Abbe Lane. Voici une comédie italienne qui ne ressemble pas à une comédie italienne. Il ne s'agit que d'un vaudeville familial à la morale conventionnelle. De plus l'acteur German Cobos est mauvais comme ce ne devrait pas être permis. Pourtant Mastrocinque sait filmer (il n'y a qu'à voir comment il filme les artistes chantant "Questa piccolissima serenata") Il s'amuse plusieurs fois à rendre son film délirant et y parvient au moins trois fois, d'abord avec le long sketch avec Dary Cowl dans lequel ce dernier nous fait une démonstration de ce qu'il est capable de faire. Ensuite avec le final où après avoir bâclé la conclusion morale qui ne l'intéressait pas, il filme une improbable poursuite où tout le monde coure après Toto. Et puis surtout il y a la présence magique d'Abbe Lane magnifiquement mise en valeur. Finalement c'est pas mal, sauf que ce n'est pas une comédie italienne.

Le feu aux poudres

Un film d'Henri Decoin (1957) avec Raymond Pellegrin, Charles Vanel, Peter Van Eyck, Françoise Fabian. Un très honnête polar de série B. Le réalisateur ne fait rien pour nous dissimuler le véritable rôle joué par Pellegrin, on suppose que c'est volontaire. Tout cela est assez prévisible, mais l'apparition de Charles Vanel constitue un passage savoureux tandis que la présence de Françoise Fabian ajoute un peu de charme et de mystère. A noter Lino Ventura dans un petit rôle de, rien d'exceptionnel, mais une "gueule". Quant au dernier plan avec les moutons, je n'ai pas compris. Pas grandiose, ce film, mais tout à fait regardable.

Paris clandestin

Un film de Walter Kapps (1957) Film d'exploitation sorti directement dans le circuit sexy. C'est un mauvais polar bourré d'invraisemblances et de facilité de scénario, mais ça se regarde, les numéros de cabarets ne sont pas si mal même si ça fait déjà vu, l'ambiance des bistrots de Pigalle est bien reconstituée, ce n'est pas si mal joué. La moyenne parce qu'il y a Claudine Dupuis.

Une manche et la belle  

Un film d'Henri Verneuil (1957) avec Mylène Demongeot, Henri Vidal, Isa Miranda. C'est assez bien joué, Mylène Demongeot est charmante, la photo est excellente. Sur le papier l'intrigue policière est bonne du moins jusqu'à ce qui précède la conclusion, mais c'est la mise en scène qui est déficiente allant jusqu'à transformer un alibi génial en une mascarade ridicule (exception faite de la belle scène fantomatique d'Isa Miranda sur la route) . La résolution de l'affaire à la Maigret (Bon sang, mais c'est bien sûr) nous arrive comme un cheveu sur la soupe et la conclusion est aussi téléphoné que décevante. A classer dans les films pas très bons mais qui se regardent. Sur un thème très proche, le "cercle vicieux" de Max Pecas (1960) est autrement mieux ficelé.

Assassins et voleurs  

Un film de Sacha Guitry (1957) avec Jean Poiret, Michel Serrault, Magali Noël, Darry Cowl. Guitry n'est jamais mauvais, mais on sent la fatigue. L'histoire est complétement farfelue et entrecoupée d'entractes dont le rapport avec le scénario est très artificiel. Les acteurs sont très bons malgré qu'on leur fasse débiter des dialogues trop écrits. Finalement Guitry s'amuse et en profite pour distiller pour notre plus grand plaisir, ses pensées sur les femmes, le mariage, la fidélité, la justice, les convenances (sur ces deux derniers points le numéro de Darry Cowl est assez fort). Très léger mais néanmoins réjouissant. (et je ne dévoilerais pas le twist final)

A pied, à cheval et en voiture  

Un film de Maurice Delbez (1957). Avec Noël-Noël. On touche le fond dans tous les compartiments du film, réalisation et direction d'acteurs inexistantes (seul Noël-Noël et Denise Grey s'en sortent), scénario grotesque, gags lourdingues et navrants, niaiseries insupportables… bref tout pour plaire, même Darry Cowl rate son numéro, c'est dire si c'est nul ! A titre de curiosité on y voit quelques débutants (Belmondo JP Cassel et Sophie Daumier, tous très mauvais) .Lamentable !

Tous peuvent me tuer  

Un film d'Henri Decoin (1957) avec Peter Van Eyck, Pierre Mondy, Dario Moreno, François Perrier, Anouk Aimée. Une distribution de luxe pour une intrigue policière un peu tordue mais qui se regarde avec passion. Il y a en fait deux parties, la première assez courte est un film de casse, la seconde un survival à énigme. Bien que le fond soit dramatique, Decoin ne se prend pas au sérieux et ne rate pas les personnages joués par Perrier, Moreno et Blanche (il y a même une sorte de référence à l'arroseur arrosé). C'est bien filmé et bien dirigé (on remarquera deux débutants, un Brialy hésitant et un déjà très bon Marielle). La fin n'est vraiment pas terrible mais elle ne plombe pas le film non plus.

La rivière des 3 jonques  

Un film d'André Pergament (1957) avec Dominique Wilms, Howard Vernon. Voici une excellente série B qui se regarde sans aucun ennui. Le trio vedette joue convenablement et Dominique Wilms est ravissante, Lisa Bourdon nous fait une excellente méchante et le rôle d'Howard Vernon est plutôt bien vu, en revanche les seconds rôles sont un peu légers. Le scénario se tient bien est parvient même à être relativement palpitant malgré quelques déficits d'explications, La réalisation et la photographie sont très correctes, bref, une bonne surprise

Quand la femme s'en mêle

Un film d'Yves Allegret (1957) avec Edwige Feuillère, Bernard Blier, Jean Servais : Pascale Roberts, Sophie Daumier, Jean Lefebvre, Yves Deniaud, Bruno Cremer, Alain Delon, Pierre Mondy. Une bonne comédie policière sans prétention dominée par les très bonnes prestations de Jean Servais et de Bernard Blier Quelques très bonnes scènes (le salon de thé). mais d'autres franchement ridicules comme le flirt en voiture entre Delon et Daumier. On peut regretter que la fin du film soit ratée et surtout qu'elle quitte le terrain de la comédie pour prendre un ton moralisateur complétement hors de propos

Vacances explosives

Un film de Christian Stengel (1957) avec Arletty, Raymond Bussière, Marthe Mercadier. Jean Tissier… Une comédie policière farfelue qui se regarde sans déplaisir mais qui n'a rien d'extraordinaire. Arletty n'a plus la grande forme et Philippe Bouvard dans son seul rôle de composition est déjà mauvais. Mais bon, c'est mené à un train d'enfer, les dialogues ne sont pas trop mal, c'est souriant, les filles sont belles et on a même un doigt de surréalisme… que demande le peuple ?

Douze hommes en colère

Un film de Sidney Lumet (1957) avec Harry Fonda. Un fabuleux huis clos très bien réalisé et avec une direction d'acteurs impeccable. La sensation d'étouffement dans la pièce est parfaitement rendue. Deux tous petits reproches : La scène où la majorité des jurés se lève pour tourner le dos à un type qui parle n'est pas très bonne, et le retournement du dernier juré est un peu facile. Un très grand film !

Les délinquants  

Un film de Juan Fortuny (1957) avec Raymond Bussière et Ginette Leclerc. Une mise en scène paresseuse, une direction d'acteurs exécrable avec de mauvais dialogues, seule Ginette Leclerc essaie de se distinguer mais Bussière est mauvais. Quant à l'histoire, c'est une espèce de brouillon insipide écrit trop vite.

Le Temps de la colère  

Un film de Richard Fleischer (1956) avec Robert Wagner. Un grand film de guerre souffrant malheureusement de légers problèmes d'ellipses (la "prise de conscience" de Robert Wagner est tout de même bien rapide) Très sec, sans blabla patriotique, avec un "héros" qui attrape la tremblote, la notion de "courage" remise à sa vraie place, la transformation des hommes provoquée par la guerre. Malgré le peu de réalisme des scènes de violence (on ne voit qu'une seule fois du sang), ce film humaniste reste d'une efficacité redoutable.

La mort en ce jardin

Un film de Luis Buñuel (1956) avec Georges Marshall, Simone Signoret, Michel Piccoli, Charles Vanel. L'équipe technique est prestigieuse, Raymond Queneau a participé au scénario, la musique est de Paul Misraki, les acteurs sont très bons. L'histoire débute de façon plutôt banale, on se croirait presque dans un western de série B, la seconde partie est un peu plus intéressante et ce qui aurait pu être une banale aventure dans la jungle prend quand même une autre tournure avec quelques scènes typiquement buñueliennes : (l'histoire du prêtre et de ses œufs mollets, ou Signoret en robe du soir dans la jungle). Mais quelque chose ne fonctionne pas comme si nous avions un banal film d'aventures que Buñuel se serait contenté de saupoudrer. Ça reste bon, mais pour un Buñuel c'est décevant.

Cinq millions comptant

Un film d'André Berthomieu (1956) Il s'agit en fait d'un adaptation d'une opérette de Raymond Vincy (l'auteur des paroles du petit Papa Noël) et de Francis Lopez (qui a produit le film). Si la réalisation est plate , le scénario est astucieux mais fonctionne de façon bancale en raison d'une distribution aussi disparate que mal maîtrisée. Si Darry Cowl est excellent, et Ded Rysel correct, il faut bien admettre que Jane Sourza est exécrable de cabotinage et que le jeune premier Jean Bretonnière n'est pas à la hauteur (ces deux là en arrivent à gâcher le film). Coté starlettes Geneviève Kervine est fort mignonne à défaut de savoir jouer, Nadine Tallier est assez nunuche, quand à Syvia Lopez (la femme de Francis Lopez morte très jeune) , elle est fabuleuse. Ça n'a rien d'un grand film mais ça occupe les yeux et il y a quelques bons moments.

Planète interdite

Planete_interdite.jpgUn film de Fred McLeod Wilcox (1956) avec Leslie Nielsen et Anne Francis. Curieux de re(voir) ce film 55 ans après sa sortie. Curieusement, c'est sociologiquement que le film a vieilli : un équipage exclusivement masculin et exclusivement blanc serait impossible aujourd'hui et le choc de la rencontre entre Alta  (interprétée par la craquante Anne Francis) et les terriens est vraiment primaire. Reste l'aspect science-fiction qui lui n'est quasiment pas daté, ce film où on ne s'ennuie jamais mérite à juste titre d'être considéré comme un classique du cinéma de science-fiction.

Fernand Cow-boy

Un film de Guy Lefranc (1956) avec Fernand Raynaud. Une (relative) bonne surprise. C'est du grand n'importe quoi, mais c'est correctement réalisé (Lefranc est le réalisateur de Knock !) et ça retient l'attention. Les scènes de saloon avec les bagarres sont particulièrement réussies et il faut voir Nadine Tallier (la future baronne de Rothschild) nous chanter "Annie, Annie, c'est moi la reine de la prairie". Dora Doll et Noël Roquevert dans des genres bien différents ne sont pas mal non plus. Encore un film injustement oublié.

Le roi et quatre reines  

Un film de Raoul Walsh (1956) avec Clark Gable et Eleanor Parker. Ce western a un gros défaut, c'est sa nonchalance, sinon ce n'est pas mal du tout, gentiment amoral (ça change), roublard (parce que les choses ne se passent pas exactement comme on croit le deviner) de belles filles, quelques jolies scènes dont une de danse (dont on se demande d'où vient la musique, mais peu importe) et tant pis si Clark Gable cabotine à mort et joue les séducteurs irrésistibles malgré ses 55 ans.

Le faux coupable

Un film d'Alfred Hitchcock (1956) avec Henry Fonda et Vera Miles. Une histoire assez forte et somme toute assez banale d'erreur judiciaire, transcendé par un Henry Fonda à qui on demande de jouer le rôle d'un Monsieur Tout le monde complètement paumé, puis anéanti par le système policier et judicaire, puis par le décrochage de son épouse (Vera Miles).il s'agit sans doute là d'un des meilleurs rôle de Fonda. Le film est très noir, désespéré quasiment lugubre mais très beau. Nous nous serions cependant fort bien passé des quelques bondieuseries qui l'égrènent.

Les possédées

Un film de Charles Brabant (1956) avec Madeleine Robinson, Raf Vallone, Magali Noël, Danny Carrel. C'est long, bavard, excessivement théâtral et sans rythme, Madeleine Robinson est fade, Raf Valllone fait le guignol mais n'amuse personne, l'histoire piétine et se termine en nœud de boudin. A voir éventuellement pour le numéro de sensualité assez époustouflant que nous font Magali Noël et Danny Carrel, mais c'est bien le seul intérêt du film.

La traversée de Paris

Un film de Claude Autant-Lara (1956) avec Jean Gabin, Bourvil, Louis de Funès. Une traversé de Paris au sens propre puisqu'il s'agit d'aller du Jardin des Plantes jusqu'au Marais avec une valise contenant un cochon découpé, et tout cela dans le Paris de l'occupation allemande. il règne une ambiance oppressante, inquiétante. Gabin est très bon, Bourvil étonnant. le film est volontairement dérangeant y compris dans cette scène (trop ?) outrancière du café ou Gabin se livre à sa célèbre tirade "Salauds de pauvres !" et dans sa conclusion  désabusée

Le roi et moi

Un film de Walter Lang (1956) avec Deborah Kerr et Yul Brynner. Aurait pu s'appeler "Bienvenue à la sucrerie", tellement la guimauve est omniprésente, la réalisation est sans inspiration, les morceaux musicaux sont fades et ennuyeux (le comble pour une comédie musicale) à l'exception du tube "Shall We Dance ?". Yul Brynner cabotine, Deborah Kerr et sa robe ridicule fait ce qu'elle peut (pourquoi ne la voit-on jamais en plan rapproché ?) Le gars qui joue le premier ministre est ridicule. Sinon les couleurs sont splendides, les décors et les costumes aussi, mais ça ne suffit pas à faire un film. Le film contient néanmoins une perle rare, une sorte de pièce dans le film, représentation scénique de la case de l'Oncle Tom jouée à la façon du théâtre thaïlandais, qui est réellement fabuleuse.

L'homme qui en savait trop (version 56)

Un film d'Alfred Hitchcock (1956) avec James Stewart, Doris Day et Daniel Gelin. Chef d'oeuvre ! Tout est parfaitement maîtrisé, rien n'est gratuit, rien n'est laissé au hasard. Les acteurs sont superbement maîtrisé, Stewart est parfait, Doris Day étonnante. Ça démarre tout de suite et les actions s'enchaînent sans discontinuer avec leur cortège de surprise, de retournement de situations et bien sûr de suspense. On notera le rôle majeur de la musique avec l'orchestre de Bernard Herrmann s'interprétant lui même, et la chanson "Que sera sera" (qui devint un tube). Une petite curiosité : On pouvait à l'époque se moquer des femmes voilées en se demandant comme le fait Hitchcock au début du film si "elles s'alimentent en intraveineuses" sans risquer une fatwa ! O tempora o mores !

Coup de fouet en retour

Un film de John Sturges (1956) avec Richard Widmark et Donna Reed. C'est quoi d'abord ce titre " Coup de fouet en retour" qui ne peut qu'être pris qu'au figuré ? Richard Widmark joue très bien, Donna Reed est mignonne, les paysages sont jolis, et pour le reste c'est très confus, assez manichéiste, voire caricatural. En gros Widmark recherche l'inconnu responsable de la mort de cinq hommes dont son père. A la fin il apprendra que le méchant inconnu est justement son père (qui n'est donc pas mort). Et, oui, 24 ans avant L'empire contre-attaque on avait déjà droit au "Je suis ton père !" ce qui pour certains suffit à transformer un modeste western en drame cornélien. Ben non ! (et puis d'abord, je n'aime pas Corneille !)

Courte tête

Un film de Norbert Carbonnaux (1956) avec Fernand Gravey, Louis de Funès, Jean Richard, Micheline Dax, Darry Cowl. Du beau monde, un bon scénariste, des dialogues d'Audiard, un réalisateur qui a prouvé qu'il savait travailler, et pourtant ici c'est complétement raté, l'humour tombe à plat, certaines scènes sont ridicules, ça n'avance pas, c'est répétitif, c'est mal monté et le final n'a aucun panache. Reste deux trois bonnes idées de mise en scène mais tellement noyées dans le reste que ça ne sauve rien du tout.

L'invasion des profanateurs de sépultures

Un film de Don Siegel (1956)  Le titre français est stupide (on ne profane aucune sépulture). Ce film assez parano (il nous dit qu'on ne peut avoir confiance en personne) reste à ce jour l'adaptation la plus intéressante et la plus réussie du livre de Jack Finney. Il y a deux ou trois scènes assez téléphonées mais globalement, la  réalisation est très réussie, sans temps morts et c'est plutôt bien joué. Et puis Dana Wynter est charmante et la musique de Carmen Dragon très efficace. On regrettera simplement le final absurde imposé par la prod.

Baiser mortel

Un film de Gerd Oswald (1956) avec Robert Wagner. Certes, c'est pas trop mal ficelé mais on ne peut s'empêcher de penser que ça aurait pu être bien mieux. Le scénario est subtil par moment, mais incompréhensible à d'autres moments (c'est quoi cette histoire de ceinture ?) Robert Wagner est plutôt bon, les femmes assez fade, alors que le flicaillon et le père sont plutôt insupportables. Il y a du suspense, même si le soufflé redescend à la fin, la musique est exagérément appuyée. Du bon et du moins bon… quand on pense de ce qu'a fait Woody Allen avec un sujet similaire (Match Point), c'est quand même d'un autre niveau..

Bus Stop

Un film de Joshua Logan avec Marilyn Monroe (1956). C'est très mauvais (et sans Marilyn, c'eut été carrément nul) : un bellâtre particulièrement insupportable, profite d'une virée en ville où est organisé un rodéo pour se faire déniaiser. Il tombe amoureux de Marilyn et la traite à peu près comme il traite les vaches du rodéo. Marilyn pour sa part se laisse manipuler comme une chique molle et ne reproche au bellâtre que de ne pas la respecter. Après que le bellâtre se soit fait corriger, nous aurons droit à un "happy end" consternant de stupidité, où il viendra s'excuser pour sa conduite auprès de Marilyn qui du coup se laissera séduire par une future vie à ses côtés ! Il paraît que c'est une comédie romantique ? Affligeant !

Voici le temps des assassins  

Un film de Julien Duvivier (1956) avec Jean Gabin, Danièle Delorme, Gérard Blain. On est très proche du chef d'œuvre : L'ambiance des Halles, celle du restaurant sont rendues magistralement. Gabin est impérial, Delorme bluffante et superbe, les vielles sont toutes plus méchantes les unes que les autres C'est très noir mais sans manichéisme, la mère de Gabin est loin d'être épargnée dans l'affaire (une cinglée sadique qui tue ses poulets à coup de fouet !). La progression dramatique est parfaite, mi mélodrame, mi thriller avec quelques pointes d'humour. Ajoutons-y une réalisation aux petits oignons, des cadrages et une photographie sans reproches. Il y a juste un problème : la fin : certes ça devait se terminer un peu comme ça, mais cette surenchère dans le rocambolesque n'était vraiment pas de mise.

Attaque

Un film de Robert Aldrich (1956) avec Jack Palance et Lee Marvin. Assez théâtral, parfois jusqu'à l'outrance (cf la pleurnicherie du capitaine) le film est néanmoins excellent. Montrant comment une poignée d'hommes peuvent être sacrifiée par arrivisme et, incompétence (la lâcheté n'étant qu'une conséquence de ce qui précède). Palance est excellent et devient même exceptionnel dans la dernière partie. Un grand film antimilitariste. (le thème sera plus ou moins repris par Peckinpah dans Croix de fer en 1977)

Dossier secret (Mr Arkadin)

Un film d'Orson Welles (1956). Orson Welles était un génie ! Si le scénario est intéressant mais pas exceptionnel, c'est dans la façon de le traiter que le réalisateur nous donne le tournis. Au départ on ne comprend pas tout, c'est parfaitement normal, puisque c'est une enquête et le puzzle ne se met en place que tardivement et tient parfaitement la route. On reste fasciné par la beauté des plans et des cadrages, par ces scènes de pénitents ou celle du bal masqué sur le thème de Goya. La distribution est étrange : Orson Welles droit dans ses bottes et Robert Arden, le personnage principal joue les faire valoir, (on comprendra pourquoi à la fin) et c'est avec les personnages secondaires que Welles s'est amusé (Michael Redgrave en antiquaire déjanté, Katína Paxinou en maquerelle retraitée, Mischa Auer en dresseur de puces) . Et puis il y a les femmes, Suzanne Flon, Patricia Medina et surtout la resplendissante Paola Mori (qui deviendra la 3ème Mme Welles.) A noter une excellente musique signé Paul Misraki (l'auteur de Tout va très bien madame la marquise). Un très grand film !

Ce soir, les souris dansent  

Un film de Juan Fortuny (1956) avec Mick Micheyl, Howard Vernon, Dannt Carrel. Une intrigue policière pas vraiment passionnante avec Mick Micheyl qui ne sait pas jouer et habillée comme un sac de patates ainsi qu'Howard Vernon qu'on a connu mieux en forme. La réalisation est approximative. Seule Danny Carrel et la musique (pas si mal) de Mick Micheyl apportent un soupçon de charme à ce film très mineur.

Mitsou  

Un film de Jacqueline Aubry (1956) avec Danielle Delorme. Le roman de Colette avait une fin ouverte, ce qui en faisait une leçon de vie. Jacqueline Aubry a préféré une fin conventionnelle ce qui en fait un récit à l'eau de rose bien gnangnan. Si on y ajoute une mise en scène sans imagination, des scènes ratées et un kitch à peine croyable dans les scènes de music-hall, il ne reste rien. Sauf peut-être la beauté de Danielle Delorme et la gouaille d'Odette Laure. Un film oublié, on comprend pourquoi !

Rencontre à Paris  

Un film de Georges Lampin (1956) avec Robert Lamoureux. Une espèce de conte de fée moderne (dont on soulignera l'originalité du titre !) d'une naïveté agaçante mais que la présence de Robert Lamoureux et le sourire de Betsy Blair rendent regardable pourvu que l'on ne soit pas trop exigeant.

Le bigame

Un film de Luciano Emmer (1956) avec Marcello Mastroianni et Vittorio de Sica. Une histoire abracadabrante menée à 100 à l'heure et dont la distribution est dominée par un Vittorio de Sica qui nous fait un numéro de cabotinage assez époustouflant. L'histoire est amusante et plutôt bien menée puisqu'on ne sait pas qui ment. Quelques faiblesses dans l'évolution des événements et une fin un peu bâclée ne gâche pas notre plaisir, c'est une bonne comédie italienne dont on retiendra quelques empoignades assez croquignolesques .

Sept ans de réflexion  

Un film de Billy Wilder (1955) avec Marilyn Monroe. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'on reste sur notre faim avec cette fin qui arrive alors qu'on ne l'attend pas. Sinon Wilder montre une fois de plus son sens méticuleux de la mise en scène et de la direction d'acteur. Ça se savoure. Certes nous sommes en 1955 et la censure veillait, il faudra attendre 1964 et "Embrasse-moi idiot" pour que le non-dit du film devienne explicite à savoir qu'un adultère passager s'il est bien géré ne devrait pas mettre en danger la vie d'un couple. Marilyn crève l'écran, son personnage n'a rien d'une nunuche, même si elle ne semble pas avoir inventé l'eau chaude, mais elle incarne surtout une personne qui se fiche un peu des conventions sociales. Quant au concert n°2 de Rachmaninov, vous ne pourrez plus jamais l'écouter sans repenser au film .

Blanches colombes et vilains messieurs

Un film de Joseph L. Mankiewicz (1955) avec Frank Sinatra, Marlon Brando, Jean Simmons. L'affiche était prometteuse, mais voilà encore une preuve de plus que même les meilleurs peuvent se planter. Quelques bien rares morceaux chorégraphiques viennent de temps à autre nous sortir de la torpeur que provoque ce film interminable, bavard, ennuyeux, inintéressant, et osons le dire cucul la praline.

Gas-oil

Un film de Gilles Grangier (1955) avec Jean Gabin, Jeanne Moreau, Ginette Leclerc. Une trame policière bien faible et peu évidente, une action qui se traîne désespérément. On n'est pas loin de l'ennui, mais heureusement Gabin est là et la fin qui inspirera Corneau 22 ans plus tard (dans la Menace avec Montand) a quand même de la gueule. Mais globalement, c'est très moyen.

Les diaboliques

Un film de Henri-Georges Clouzot (1955) avec Vera Clouzot, Simone Signoret, Paul Meurisse. Ce film porte bien son nom et constitue l'un des sommets du cinéma français, l'intrigue est géniale et le suspense fonctionne parfaitement (même quand on connaît la clé). Les acteurs sont au top et c'est un vrai plaisir de les voir jouer. La galerie de seconds rôles est parfaitement efficace. Et puis il y a cette prise de vue géniale avec des plans d'une beauté à couper le souffle, comme l'errance finale de Vera Clouzot dans ces couloirs interminables, simplement vêtu d'une nuisette dont la transparence ajoute l'érotisme à l'angoisse. Pas de musique (sauf au début et à la fin).

La nuit du chasseur

Un film de Charles Laughton (1955) avec Robert Mitchum. D'une férocité et d'un cynisme inouï, ce film cible la bigoterie, la manipulation que les hommes d'églises peuvent exercer sur leur entourage, et la bêtise de la "foule". C'est très bien joué (y compris par le surprenant petit garçon), le suspense est entier, la réalisation soignée et la photographie privilégie les prises de vue poétiques. Bref c'est très bon et surtout c'est un OVNI dans l'histoire du cinéma puisque ce film ne ressemble à aucun autre ! Seule la sucrerie finale empêche de le ranger au titre des chefs d'œuvres.

L'homme au bras d'or

Un film d'Otto Preminger (1955) avec Frank Sinatra, Kim Novak, Eleonor Parker. Non seulement le thème est fort, mais la réalisation est impeccable, sans temps morts, sans digressions et ponctuée de scènes chocs, l'interprétation est remarquable malgré sa prévisibilité avec un Sinatra impérial, une Kim Novak superbe (quand on pense qu'elle trimbale encore aujourd'hui une réputation de mauvaise comédienne complétement injustifiée) et Eléonore Parker qui n'est pas mal non plus. Nonobstant le final que l'on peut considérer comme bâclé (à moins que ce soit un caprice des producteurs), on tenait là un chef d'œuvre.

La vie criminelle d'Archibald de la Cruz

Un film de Luis Buñuel (1955). Curieux film constituant une sorte de thriller psychanalytique et dont la richesse se révèle vraiment après sa vision complète. Une sorte de fable sur le destin, sur le petit quelque chose qui peut ou ne peut pas faire basculer une vie. Très intéressant, mais on regrettera juste la satyre militaro religieuse non pas sur son fond mais sur sa forme (plaqué là comme un cheveu sur la soupe en forme de blabla convenu entre notable)

En quatrième vitesse  

Un film de Robert Aldrich (1955). Ça commence très bien et puis plus ça avance plus ça pédale dans la semoule. Non seulement le scénario est tellement déroutant qu'il en devient incompréhensible, et inintéressant, mais l'acteur principal ne provoque aucune empathie, certains personnages secondaires sont débiles (à tel point qu'on se demande parfois si on n'est pas en pleine parodie) et le final est grotesque. Oui, mais diront les formalistes, la beauté du style, les cadrages et blablabla…. Certes, on ne va pas dire le contraire la réalisation est innovante, mais depuis quand la forme serait-elle une fin en soi ? Depuis quand la beauté formelle serait capable de masquer l'indigence du propos ? De ce pétard mouillé on ne retiendra que l'introduction, une scène de filature amusante (à défaut d'être angoissante) et la beauté sulfureuse de Maxine Cooper dans le rôle de Velda

 Mais qui a tué Harry ?

Un film d'Alfred Hitchcock (1955). L'une des rares incursions du réalisateur dans le comique policier. L'histoire est amusante, mais poussive et bavarde, de plus certains gags tombent à plat, la distribution n'est pas non plus éclatante, (Heureusement qu'il y a Shirley McLaine, adorable, et Mildred Natwick, surprenante). Se laisse néanmoins regarder sans déplaisir. (A noter la beauté des paysages d'automne !). Dans la même veine Hitchcock réalisera en 1976 un excellent "Complot de Famille," son ultime film)

Les pépées font la loi

Un film de Raoul André (1955) Avec Louis de Funès dans le rôle secondaire de "Jojo la bonne affaire" et la  jolie Dominique Wilms (la môme vert de gris). Un scénario de folie qui n'a strictement aucune importance, puisque tout est prétexte à voir évoluer trois jeunes filles et leur mère s'organiser pour récupérer leur sœur qui s'est fait enlever. On apprend que la maman est une ancienne tenancière de maison close et qu'elle a gardé de bonnes relations avec ses collègues, à tel point qu'elle les rameutera pour investir la propriété des gangsters où éclatera une bagarre générale qui est le clou du film. Ça ne marquera pas l'histoire du cinéma, mais ça se regarde avec amusement.

Razzia sur la chnouf

Un film d'Henri Decoin (1955) Avec Jean Gabin. Ce film a un problème : plus le twist final est deviné tôt plus le film perd de son intérêt, or ce twist est décelable d'entrée et ne fait que se confirmer par la suite. Sinon, il n'y a pas de véritable histoire, on y mélange tous les réseaux et toutes les drogues contre toute vraisemblance au cours d'u cheminement aussi picaresque qu'incompréhensible de Jean Gabin. Cette volonté de tout montrer en un incroyable fourre-tout nous fait demander si le film n'était pas sponsorisé par la brigade des stups (en fait la brigade mondaine à l'époque). Vu comme cela et faute de scénario solide (il est bourré d'invraisemblances), le film peut être vu pour ses aspects "documentaires"'. Gabin domine largement une distribution où les petits rôles n'ont absolument pas l'occasion de s'exprimer (Magalie Noël, Lino Ventura, Dialo) à l'exception notable de Llila Kedrova. Bref, c'est bien moyen tout ça.

Les Nuits de Montmartre

Un film de Pierre Franchi (1955) avec Jean-Marc Thibault et Geneviève Kervine. L'intrigue policière est proprement ridicule et par moment incompréhensible, la réalisation est minimaliste, certains dialogues complètement inadaptés. Bref c'est pas terrible et on n'a pour se raccrocher que le minois de Geneviève Kervine et certains numéros musicaux.

Sourire d'une nuit d'été

Un film d'Ingmar Bergman (1955). Un marivaudage superbement filmé et interprété par des actrices de rêves (notamment Harriet Andersson et Eva Dahlbeck). C'est malheureusement excessivement bavard.

Les hussards

Un film d'Alex Joffé (1955) avec Bernard Blier, Bourvil, Georges Wilson… C'est quoi cette plaisanterie ? Déjà bravo au scénariste qui a oublié que dans un village il y avait aussi des gosses et des vieillards. Ils sont où ? Et ce type qui se rend pour ensuite s'échapper ? Et cette fin où n'y comprend plus rien ? Dommage on aurait pu faire quelque chose avec cette ambiance d'époque et les états d'âmes de ces deux paumés, mais c'est long, c'est mou, ça n'avance pas, ce n'est pas intéressant. Bref c'est raté.

Le Juge Thorne fait sa loi

Un western de Jacques Tourneur (1955). Avec Joel McCrea. Du grand n'importe quoi. De bonnes intentions ne suffisent pas à faire un bon film. Et celui-ci accumule les casseroles, métrage trop court (65 mn), couleurs hideuses, McCrea mièvre, et surtout un scénario indigent et brouillon truffé d'incohérences à la pelle. A oublier.

Mam'zelle Cri-Cri

Un film d'Ernst Marischka (1955) avec Romy Schneider. Moi qui pensait tomber sur une bonne opérette viennoise, j'ai vite déchanté (c'est le cas de le dire) car difficile de faire plus nul que cette niaiserie dans laquelle les personnages sont exécrables, (y compris Romy Schneider niaise et inintéressante) le scénario d'une stupidité affligeante et la musique digne d'un cirque de sous-préfecture. Bref ça ne vaut pas un clou.

Dommage que tu sois une canaille

Un film d'Alessandro Blasetti (1955) avec Sophia Loren, Marcello Mastroianni, Vittorio de Sica. Malgré quelques longueurs (notamment la scène du commissariat, interminable) le film est assez délicieux, cynique à souhait et remarquablement bien interprété par son trio vedette. La silhouette de Sophia Loren est impressionnante.

La main au collet 

Un film d'Alfred Hitchcock (1955) : Cet Hitchcock avec Cary Grant et Grace Kelly s'avère être une déception. Sans doute la faute en incombe-t-elle à ce scénario à la fois abracadabrantesque, inconsistant et totalement dénué de suspense à ce point que quand le coupable est découvert, ça aurait pu être n'importe qui, on s'en fiche complètement.

La madone des sleepings  

Un film d'Henri Diamant-Berger (1955) avec Gisèle Pascal, Eric Von Stroheim, Jacques Jouanneau… Ce film nous raconte une histoire quasi incompréhensible dans laquelle des gens se croisent, s'espionnent, se trahissent, se courent après et se tirent dessus. Giselle Pascal avec son accent de titi parisien est aussi crédible en "Grande Dame" que Sheila en soprano colorature. Se regarde d'un œil distrait sans doute en raison de quelques seconds rôles pas trop tartes mais il faut se rendre à l'évidence, Diamant-Berger n'est pas un bon cinéaste.

Gueule d'ange

Un film de Marcel Blistene (1955) avec Maurice Ronet, Viviane Romance. Ce bon film aurait pu s'approcher du chef d'œuvre si la fin n'était pas encombrée de scènes bâclées voire pire ("Caniche" en redresseur de torts est ridicule, la chanson dans le bistrot est pitoyable, et la bagarre dans la nuit à coup de poing complétement ratée) Sinon, cette histoire de looser qui rate tout ce qu'il entreprend est plutôt bien vu et bien interprété par un Maurice Ronet en pleine forme, Et puis ce dames matures sont charmantes, Dora Doll nous fait un numéro hilarant, Vivianne Romance et Simone Paris ont une vraie classe. On passera sur quelques invraisemblances, comme Viviane Romance prenant une gravure sur les quais et l'embarquant sans que personne ne lui demande de la payer…

Les Fruits de l'été

Un film de Raymond Bernard (1955) avec Edwige Feuillère. Inintéressante et insupportable "comédie familiale" bien gnangnan qui se figure à l'aide d'un scénario débile qu'un film est là pour nous faire de la morale.

13 à table

Un film d'André Hunebelle (1955) avec Micheline Presle, Fernand Gravey, Germaine. Montero, Annie Girardot. On a très peur au début : Pur théâtre filmé, contexte grand bourgeois très pénible, première scène ratée. Et puis miracle, voilà que ça se met à fonctionner et même à délirer. L'interprétation est sans faute même si Presle se croit au théâtre (mais on pardonne tellement elle est charmante) Gravey est très bon mais c'est sans doute la prestation de Montéro qui est la plus extraordinaire. Ajoutons à cela les facéties burlesques de Mischa Auer et un majordome un peu niais, le tableau sera complet. On passe donc un bon moment même si on aurait préféré une autre fin que le morceau de sucre qu'on nous impose

Le crâneur

Un film de Dimitri Kirsanoff (1955) avec Raymond Pellegrin, Paul Frankeur et Marina Vlady. Un modeste polar plutôt bien réalisé qui vaut surtout pour l'ambiance qui y est créée, l'énigme policière n'étant pas extraordinaire. C'est pas trop mal joué même si on a connu Pellegrin en meilleure forme et si Vlady est très fade., en revanche Frankeur n'est pas mal du tout…

Interdit de séjour

Un film de Maurice de Canonge (1955) avec Paul Frankeur. Que peut-on reprocher à cette brillantissime et trépidante série B ? Peut-être la fadeur des scènes de prison, mais à part ça, je ne vois pas bien. Le film commence en fanfare et nous maintient en haleine jusqu'au final, la mise en scène est plus que correcte. Les acteurs sont très bons et très bien dirigés et Joelle Bernard est excellente à tout point de vue. Un excellent thriller palpitant et intelligent, mais aussi une réflexion sur l'inexorabilité du destin.

Désirs humains

Un film de Fritz Lang (1954) avec Glenn Ford et Gloria Grahame. Le thème sous-jacent selon lequel une femme volage devrait en même temps être manipulatrice et méchante est un peu agaçant (mais bon ,c'est du Zola). Lang s'est considérablement éloigné du roman (et aussi de Renoir) en transformant considérablement le personnage joué par Glenn Ford, il devient un homme normal dont le destin peut basculer à chaque moment, ce qui rend le film plus fort. Les plans de chemins de fer sont somptueux, l'action est mené tambour battant, on est scotché, aucun temps mort, l'interprétation est magistrale, Gloria Grahame est fabuleuse, (on remarquera au passage l'obsession de Lang pour les poitrines provocantes.)

La pensionnaire

Un film d'Alberto Latuada (1954)  avec Martine Carol et Raf Vallone. Le film est excellent même s'il souffre d'une certaine prévisibilité des événements qui s'y déroulent. La réalisation est faite de scènes courtes finissant par créer en mosaïque un portrait composite d'une société oisive et hypocrite. Quant à Martine Carol magnifiquement photographiée, elle est éclatante de beauté. Lorsqu'on comprend le rôle du maire (bien interprété par Raf Vallone) dans cette affaire, jeune idéaliste aux idées généreuses on comprend que le film ne peut se terminer que de deux façons et alors qu'on ne sait laquelle sera retenue par le réalisateur, ce dernier par un véritable coup de maître, nous bluffe en nous en offrant une troisième, magistrale et désabusée. Du grand art.

Le crime était presque parfait  

Un film d'Alfred Hitchcock (1954). Avec Grace Kelly et Ray Milland. Le film souffre des absurdités de son scénario : une reconstitution de crime avec une condamnée… le jour de son exécution ! Le coup de l'enquête annexe sur les dépenses en espèces de Milland est tiré par les cheveux. Il y a aussi la direction d'acteurs qui est bancale (chose rare chez Hitchcock) car si Mlland est parfait, Kelly impeccable et William (l'inspecteur) savoureux, Robert Cummings est pour sa part mauvais (voir limite exécrable). Nous avons donc là un film avec des défauts, de plus même si l'exercice ne fait pas peur à Hitchcock, l'adaptation d'une pièce de théâtre reste une contrainte. Il faut aussi savoir que le film a été tourné en 3 D, défi pour le réalisateur, mais comme nous voyons le film à plat… Sinon, c'est bien mené tambour battant, réalisé à la perfection avec son lot de surprises et la première partie nous accroche vraiment, cela jusqu'au crime, après force est de constater que le rythme n'est plus le même et que le dénouement est prévisible (même si son explication est astucieuse.)

Vera Cruz

Un film de Robert Aldrich (1954) avec Gary Cooper et Burt Lancaster.  Un western assez flamboyant à la mise ne scène impeccable et au scénario atypique. Dans ce film tout le monde (à l'exception des Juarezistes) est vénal, mais il nous explique aussi qu'on peut parfois être vénal sans être un infâme salopard. L'action est si bien menée qu'on en oublie les invraisemblances (la surréaliste réception des cow-boys crasseux au palais impérial). Le sourire "Dentifrice Colgate" de Burt Lancaster et ses allusions à Gégène font partie du panthéon des références cinéphiliques de western. A noter la présence de la grande actrice espagnole de cabaret Sarita Montiel.

La bête s'éveille

Un film de Joseph Losey (1954) avec Dirk Bogarde et Alexis Smith. Curieux film agréable à regarder mais qui nous laisse sur notre faim. Côté réalisation et distribution rien à dire, les trois acteurs principaux sont très bons (mention spéciale à la très jolie Alexis Smith, bien troublante), en revanche l'acteur qui tient le rôle (secondaire) de l'inspecteur de police à l'air de sortir d'une série Z. Sur le scénario la "transformation" de Bogarde paraît bâclée.  Et puis le "message" du film est véritablement ambigu, on a l'impression que Losey nous explique que sur le chemin de la rédemption des criminels, il est dommage que les femmes viennent tout gâcher ! Je ne pense pas que Losey ait voulu nous dire ça, mais c'est l'impression que le film donne ! Moyen.

Je dois tuer

Un film de Lewis Allen (1954) avec Frank Sinatra et Sterling Hayden. Du prêt à penser bien réac et bien lourdingue. Dès le début on a droit à une défense sans nuance du port d'armes et à un patriotisme exacerbé. Le casting est une catastrophe, Sterling Hayden parvient à être mauvais tellement on lui fait jouer un personnage stéréotypé, le grand père est stupide, quant au gosse, il s'agit là d'une des pires tête à claques de l'histoire du cinéma (à ce point que quand Sinatra lui flanquera une beigne, on ressentira ce geste comme une bouffé d'air frais). Le scénariste semble ignare en histoire des Etats-Unis puisqu'il nous affirme plusieurs fois qu'aucun attentat contre un président américain n'a réussi, ce qui est faux, à l'époque du film trois présidents ayant déjà été assassinés. Le scénario est simpliste sans aucun suspense mais avec des erreurs grossières (c'est quoi ces professionnels qui enferment dans une pièce pleine de tiroirs des otages sans aucune surveillance ?) et les dialogues sont débiles. Alors que sauver ? La table électrifiée qui est une bonne trouvaille, mais surtout la présence stupéfiante de Frank Sinatra en tueur psychopathe qui empêche le film de sombrer dans la nullité absolue. Difficile malgré tout de donner la moyenne.

Johnny Guitar

Un film de Nicholas Ray (1954) avec Sterling Hayden, Mercedes McCambridge et Joan Crawford.  Ce western complètement atypique est sans doute d'un des meilleurs de tous les temps. Si l'histoire est intéressante et peut se lire à la façon d'un western classique il serait vraiment dommage d'en rester là car le propos de l'auteur va très loin. Non il ne s'agit pas d'un western féministe, mais d'un western qui nous parle d'une rivalité entre femmes, d'un côté Vienna (Joan Crawford) ancienne fille de saloon (autrement dit prostituée) est une femme libre (mais passionnée) qui s'assume complètement, de l'autre Emma (Mercedes McCambridge), archétype de la vieille fille puritaine et frustrée. (On a rarement vue une telle teigne au cinéma). Est abordé aussi la problématique de la meute, toujours imbécile, lâche, hypocrite et violente et ici tout habillée de noir puisque ces messieurs reviennent tous d'un enterrement. Le noir d'Emma contraste aussi avec les tenues très colorées de Vienna : d'un côté la mort, de l'autre côté, la vie ! Les personnages masculins sont soit complexes (à l'instar de Johnny Guitar lui-même), soit bornés. Ajoutons la beauté de la mise en scène, la qualité de la direction d'acteur, quelques répliques bien pensées, une tension dramatique intelligente, une bonne musique (Victor Young) et nous tenons là un chef d'œuvre.

La comtesse aux pieds nus

Un film de Joseph L. Mankiewicz (1954) avec Ava Gardner et Humphrey Bogart. L'objectivité oblige à dire qu'on n'est pas dans le chef d'œuvre. La faute à des dialogues interminables et moyennement gérés (attention on va discuter un moment je m'assois, et je pose mon chapeau), le face à face entre les deux milliardaires étant carrément raté (une confrontation en période de stress ne peut se passer de la sorte). Ces réserves faites le film n'en reste pas moins excellent, en tordant le cou au mythe de Cendrillon avec un prince charmant complètement dérangé, Mankiewicz en profite pour se payer le portrait de quelques types qui se croient tout permis parce qu'ils ont de l'argent et c'est plutôt bien vu. La construction du film à le mérite d'éviter le mélo.  Ce film n'est pas celui ou Ava resplendit le mieux mais certains plans n'en restent pas moins assez fabuleux.

Le fantôme de la rue Morgue

Un film de Roy del Ruth (1954). Le type même du film où le meilleur côtoie le moins bon ainsi si les interprétations de Claude Dauphin et de Kurt Malden sont excellentes que dire que celle de l'acteur tenant le rôle de Georges sinon qu'on a rarement vu aussi mauvais, les rôles féminins ne sont pas terribles non plus malgré le désir évident de les érotiser. Tout cela sent le manque de moyens, de temps, de talent aussi. A sauver la poursuite sur les (faux) toits de Paris, la scène de lancer de couteaux. Quant à la fin… quand on veut s'inspirer de King-Kong, on ne remplace pas l'Empire State Building par un pommier.

Touchez pas au grisbi

Un film de Jacques Becker (1954) avec Jean Gabin. Avec le temps le film est presque devenu un documentaire sur le grand banditisme de ces années-là, la première partie est à cet égard très curieuse où toute éclipse est gommée : on se met en pyjama, on se lave les dents, on mange du pâté étalé sur des biscottes et tout ça en prenant bien son temps, afin de contraster avec le déchaînement de violence de la dernière partie. La distribution est dominée de très loin par Jean Gabin, impérial (ce n'est pourtant pas son meilleur rôle, mais quel talent), Lino Ventura dont c'était le premier film est assez transparent. On notera la présence de Jeanne Moreau dans un petit rôle, parmi d'autres jolies femmes dont Dora Doll mais aussi l'époustouflante inconnue Marilyn Buferd jouant le rôle de Betty; la maîtresse entretenue par Gabin. Un film policier sans flic, un film sur l'amitié, un film sans fautes.

Papa, Maman, la bonne et moi

Un film de Jean-Paul Le Chanois (1954) avec Robert Lamoureux. On va dire que c'est un film sympa qui doit énormément à la présence de Robert Lamoureux qui porte le film. mais les acteurs secondaires sont bien à leurs places, (Fernand Ledoux, Gaby Morlaix, Nicole Courcel) Les trois quarts du film sont très bons, la fin tire un peu vers la lourdeur et le prêchi-prêcha de Lamoureux devant la classe de son père est de trop. La réalisation est intéressante avec des plans courts, un montage nerveux et un sens de l'ellipse intéressant. Il y a aussi un petit côté social bien vu.

L'Étrange désir de monsieur Bard

Un film de Géza von Radványi (1954) avec Michel Simon, Geneviève Page, Louis de Funès. La lourdeur du film se ressent dès le début malgré un Michel Simon qui s'implique à fond dans son rôle et une idée de départ dont on aurait pu faire quelque chose. Plus le film avance, plus ça devient gavant, simpliste, caricatural et inintéressant.

La Strada  

Un film de Federico Fellini (1954) avec Guilietta Masina et Anthony Quinn. C'est très bien filmé et très bien photographié, doté d'une jolie musiquette (Nino Rota), ajoutons-y la prestation exceptionnelle de Guilietta Masina qui réussit à nous captiver et à nous émouvoir uniquement par l'expression de son visage (le souvenir d'Harpo Marx a dû passer par là). C'est déjà pas mal ! Regardons maintenant le scénario : ça commence par d'insupportables et interminables pleurnicheries, ensuite l'histoire se met en place et conserve assez longtemps son intérêt grâce au jeu de Masina, puis finit par se diluer jusqu'au final plus ou moins attendu mais finalement sans grande importance. Globalement c'est pas si mal, mais de là à parler d'une perle de l'histoire du cinéma…

La rivière sans retour

Un film d'Otto Preminger (1954) avec Marilyn Monroe et Robert Mitchum. C'est par moment cucul la praline, parfois lourd : Mitchum en macho accompli est à deux doigts de violer Marilyn, l'élimination du méchant est complètement téléphoné, la dernière scène avec les godasses abandonnées se voudrait symbolique, elle n'est que ridicule. Mais malgré ses défauts, le film est sympathique et attachant, la photo en technicolor est très belle, la musique aussi et Marilyn Monroe illumine le film de sa beauté et son talent

La joyeuse parade

Un film de Walter Lang (1954).avec Marilyn Monroe. Quel incroyable gâchis ! Le réalisateur avait à sa disposition la fabuleuse musique d'Irving Berlin, une chorégraphie de qualité et la présence de Marilyn Monroe. Mais Walter Lang ne sait que nous montrer son incompétence, l'histoire ne suscite a aucun moment l'intérêt et l'ennui n'est jamais loin au fur et à mesure que le film avance, les chorégraphies sont filmées à la paresseuse, les scènes intimistes sont souvent lourdes et ridicules, le pompon étant atteint avec les séquences impliquant le futur curé (qu'est-ce que ces exécrables bondieuseries viennent faire là-dedans ?) Côté distribution : Ethel Merman est une vraie purge, Donald O'Connor fait ce qu'il peut et Mitzi Gaynor est bien mignonne, Marilyn aussi évidemment ! (et contrairement à une légende tenace ce n'est pas son pire film, ceux qui disent ça n'ont pas vu Bus Stop !)

Sabrina

Un film de Billy Wilder (1954) avec Audrey Hepburn, Humphrey Bogart et William Holden. Quel artiste, ce Billy Wilder ! Ce qui aurait pu être une bluette digne des pires titres de la collection Arlequin devient ici une comédie romantique pétillante et savoureuse. Audrey Hepburn si souvent réduite à l'état de portemanteau est ici magnifiquement photographiée et pleine de malice. Bogart est surprenant dans un rôle complètement inhabituel, le personnage du père de Bogart et d'Holden est savoureux. Petite faiblesse au n niveau des personnages des gens de maison, mais ce n'est pas bien grave. Evidemment on n'y croit pas une seconde mais on se laisse prendre au jeu, c'est ça la magie du cinéma !

Ouragan sur le Caine

Un film d'Edward Dmytryk (1954) avec Humphrey Bogart, Fred McMurray…  Le film commence par nous infliger la présence d'un play-boy difficilement supportable d'autant qu'on l'a impliqué dans une historiette amoureuse qui n'a strictement aucun intérêt (sinon celui d'avoir une actrice au générique). La partie centrale ne vaut que par le rôle à contre-emploi joué avec un grand professionnalisme par Humphrey Bogart et dont l'apogée sera le procès final (paradoxalement le meilleur moment du film). La scène finale outre son côté absurde est idéologiquement douteuse, on nous explique en gros qu'un bon avocat peut remporter n'importe quelle cause, et que ce n'est pas bien, mais comme ici l'avocat est militaire il veut que tout le monde sache qu'il a gagné une mauvaise cause… En gros l'armée a toujours raison et on ne discute pas les ordres ! Fermez le ban ! Ajoutons à tout cela que Max Steiner, pourtant bon d'ordinaire nous a pondu ici une musiquette insupportable.

L'étrange créature du Lac noir 

Un film de Jack Arnold (1954) avec Julie Adams. Si le film fonctionne c'est d'abord parce qu'il est honnêtement réalisé mais aussi parce que l'alchimie entre Julie Adams (pourquoi n'a-t-elle pas fait une plus grande carrière ?) magnifiquement mise en valeur et le monstre amoureux, intelligemment mis en scène fonctionne à merveille. Les autres personnages, leurs querelles convenues et leur destin tracés n'étant là que pour faire de la figuration. Un film mythique du bon temps des films fantastique de l'Universal se situant dans la bonne moyenne des productions de la firme.

Fenêtre sur cour

Un film d'Alfred Hitchcock (1954) avec James Stewart et Grace Kelly. Un film largement surestimé. Je veux bien que ce soit un exercice de style mais seul le résultat compte. Hitchcock n'est pas un scénariste et il ne faudrait pas que la réalisation en cache les défauts : Il faut d'abord supporter un dialogue interminable et redondant d'une masseuse rébarbative avant que le film ne démarre. Puis cette intrigue qui conduit le film ne suscite pas grand intérêt sauf celui de se demander quel sera le twist final... et il n'y en a pas.  Grace Kelly est d'abord transformée en porte manteau, (un joli portemanteau, certes) avant de jouer les monte en l'air (quelle transformation !) "Tout ça pour ça !" a-t-on envie de dire. Côté distribution, si James Stewart est en pleine forme, ce qui n'est pas vraiment le cas des autres. Reste quelques plans amusants ou surprenants (c'est du Hitchcock quand même, mais du Hitchcock moyen) et une surprenante interogation sur la justification du voyeurisme.

Ah ! les belles bacchantes

bacchantes01.jpgUn film de Jean Loubignac (1954) Un truc de ouf ! Un policier (Louis de Funès) enquête pendant les répétitions d'une troupe de théâtre, afin de s'assurer que rien de ce qui est représenté ne soit contraire à la loi. Sur scène toutes ces dames se déshabillent à qui mieux mieux. Voici la distribution : Louis de Funès, Robert Dhéry, Colette Brosset, Raymond Bussières, Francis Blanche, Jacques Jouanneau, Jacques Legras, Michel Serrault, Gérard Calvi et les Bluebell Girls du Lido. C'est à peine du cinéma, mais qu'est ce qu'on se marre !

Brigadoon

Un film de Vincente Minnelli (1954). Non seulement c'est d'une mièvrerie à peine supportable, mais la musique de Loewe n'a rien d'extraordinaire (on a du mal à croire que ce même Loewe signera 10 ans plus tard la musique de My Fair Lady), la chorégraphie non plus et les rôles secondaires sont mauvais. A sauver à la rigueur quelques jolis décors, les vannes de Van Johnson et la scène vers la fin à New-York, autrement dit : pas grand-chose.

Mam'zelle Nitouche

Un film d'Yves Allegret (1954) avec Fernandel. Hervé qui composa la musique de cette opérette en 1883 est aujourd'hui hélas bien oublié et ce n'est pas ce film qui louche entre pantalonnade et guimauve qui permettra de le ressusciter. Dans ce film on y chante trop peu, les chorégraphies sont dignes d'un théâtre de sous-préfecture, le jeune premier est exécrable de niaiserie, et Fernandel surjoue comme d'habitude. Si certaines scènes sont amusantes, d'autres sont affligeantes et on atteint le somment de la lourdeur dans la trop longue scène de la caserne. Alors il reste quoi, le charme indéniable de Pier Angéli (elle sauve le film), les petits rôles de Michele Courdoue et de Katherine Kath, et quelques airs de l'opérette initiale. Ça ne fait pas le compte.

Ulysse

Un film de Mario Camerini (1954)  avec Kirk Douglas, Sylvana Mangano, Anthony Quinn, Rosana Podesta. C'est assez ridicule, mais au second degré, il y a quand même des trouvailles inénarrables, on nous montre qu'il suffit de piétiner du raisin pour avoir instantanément un bon pinard alcoolisé, le cyclope ne sait pas ce qu'est le vin, mais possède un pressoir à pieds avec une fontaine et des outres, on peut aussi parler de l'épisode des sirènes où un marin qui n'entends rien parce que ses oreilles sont bouchés à la cire, s'exclame soudain qu'on entend plus les sirènes (!)  Sans parler de son chien à la longévité exceptionnelle qui le reconnaît 20 ans après. Bref tout cela est lamentable, et Kirk Douglas n'arrive pas à s'imposer, Reste de cette plaisanterie dans laquelle rien n'est maîtrisé, l'étonnante présence de Sylvana Mangano qui joue sans beaucoup de conviction mais qui est bien jolie.

Les sept samouraïs

Un film d'Akira Kurosawa (1954) avec Toshiro Mifuné. Quoiqu'en disent les "puristes", la première partie du film est beaucoup trop longue, certes Kurosawa a plein de choses à nous dire, mais il oublie d'être concis. Quant à Toshiro Mifuné si quelqu'un veut bien m'expliquer qu'il ne passe pas tout son temps à cabotiner, je veux bien l'écouter. Evidemment dans le souvenir du cinéphile, ce qui reste c'est la seconde partie et ses combats incroyables, véritable symphonie de boue, de violence, de fureur qui nous scotche dans notre fauteuil… et là on peut tirer notre chapeau.

J'y suis, j'y reste

Un film de Maurice Labro (1954) avec Jane Sourza. La réalisation est peu inventive, c'est donc du théâtre filmé avec ses qualités : une bonne direction d'acteurs, dominée par la surprenante et géniale Marguerite Pierry, un bon casting de second rôle féminin (Jeanette Batti, Arlette Merry) et ses défauts : Sourza qui cabotine, le couple de restaurateur qui manie l'argot comme s'il en pleuvait : ça va bien cinq minutes, et surtout ce cardinal trop ringard, trop psychorigide (l'image du curé dont le seul travers est un doigt de gourmandise, c'est assez pénible, alors qu'un zeste d'anticléricalisme l'aurait rendu plus humain). Malgré tout ça se regarde, l'intrigue est amusante et les rebondissements sont bien amenés, à voir une fois.

Carmen Jones  

Un film d'Otto Preminger (1954) avec Harry Belafonte et Dorothy Dandridge. Il y a trop de tristes sires qui se croit autorisés à dénaturer les œuvres lyriques en n'en conservant que la musique (et en plus c'est à la mode) que c'est avec appréhension que je me suis décidé à visionner ce "Carmen Jones". Bien m'en a pris. C'est tout simplement magnifique. L'esprit de l'opéra de Bizet (et donc de la nouvelle de Mérimée) est parfaitement respectée puisqu'on nous montre une femme qui se déclare libre de faire ce qu'elle veut de son corps. Dorothy Dandridge dans le rôle Carmen y est éblouissante, c'est parfaitement réalisé, bien filmé avec des couleurs somptueuses, on ne s'y ennuie jamais. Bref c'est un chef d'œuvre. Bien sûr on peut toujours chipoter et trouver par exemple que la scène des cartes ne sert à rien (comme dans l'opéra d'ailleurs) mais non, c'est un chef d'œuvre, alors on ne chipote pas.

French cancan

Un film de Jean Renoir (1954) avec Jean Gabin, Françoise Arnoul, Maria Felix. Ce très grand film aurait sans doute été un chef d'œuvre s'il ne comportait quelques erreurs de castings : ainsi "Paulo" est mauvais (il aurait fallu un Reggiani pour ce rôle), Esposito fadasse et Clay peu supportable. Et puis le film s'approche souvent dangereusement du mélodrame ou de la guimauve, mais n'y entre jamais.(on a eu très peur quand même). On peut aussi se questionner sur cette tournée des cabarets avec le prince, elle ne sert à rien du tout, fait remplissage, mais elle a de la gueule. Sinon, Renoir quand il veut : quel artiste ! Il se sert du champ de la caméra comme d'un boite où on entre, on sort on explore le fonds, les mouvements de foules sont gérés à la perfection. Le dernier quart d'heure nous fera oublier les rares défauts du film d'abord avec ce cancan éblouissant et puis avec la "morale" du film, véritable leçon de vie qui nous explique qu'il est illusoire de chercher l'amour éternel…ce qu'Arnoul finira par comprendre, le sourire aux lèvres. Renoir revenait d'Hollywood, là-bas le film n'aurait jamais fini aussi intelligemment !

Une femme qui s'affiche

Un film de George Cukor (1954) avec Judy Hollyday et Jack Lemmon. Ce film possède deux atouts majeurs : une excellente idée de départ et l'interprétation exceptionnelle et pleine d'humour de Judy Hollyday. Le souci c'est qu'avec l'apparition de Lemmon, on voit arriver le dénouement à trois kilomètres, mais il y a pire :  pour que le happy end moraliste puisse fonctionner il faut tordre le scénario de façon absurde en transformant le personnage de brave nunuche joué jusqu'ici par Judy Hollyday par une femme qui réfléchit, qui fait des discours et qui découvre le sens de la vie. (alors qu'auparavant elle était incapable de lire correctement un prompteur... La fée clochette avait dû passer par là). Quant au personnage joué par Lemmon, son côté redresseur de tort l'empêche toute empathie. On peut se prendre à rêver de ce qu'aurait fait Billy Wilder d'un tel sujet. A voir pour Judy et pour cet étrange clin d’œil aux fétichistes du pied, puisqu'elle ne peut réfléchir qu'en ôtant ses pieds de ses chaussures

Tornade

Un film d'Allan Dwan (1954) avec Yvonne De Carlo. Une catastrophe. La distribution est intégralement catastrophique, Cornel Wilde, mauvais comme ce n'est pas permis roule des mécaniques au lieu de jouer,  (on se console avec Yvonne de Carlo qui a défaut d'être convaincante est bien jolie). Les invraisemblances pullulent, comme la maison qui a brûlé mais qui reste habitable, mais ce n'est là qu'un détail car c'est le scénario qui est absurde, Wilde cherche à tuer les tueurs mais ne cherche pas à savoir qui est le commanditaire des crimes, de plus alors qu'il tient un tueur à sa merci, il le provoque en duel (pour quoi faire ?) Certains se sont extasiés sur les images finales dans la montagne enneigée bien sûr c'est joli mais sans les traces de pas de l'équipe de tournage cela aurait été encore mieux. Bref une mauvaise série B.

Les corsaires du bois de Boulogne

Un film de Norbert Carbonaux (1954) avec Raymond Bussière, Annette Poivre. Après un générique génial, le début du film est d'une idiotie assez affligeante, le niveau s'élève au commissariat avec une prestation surprenante de De Funes, puis on a droit à quelques mouvements de foules assez bien vus. En mer, c'est le naufrage, (c'est le cas de le dire), l'hommage au burlesque tombe à l'eau (c'est encore le cas de le dire) et la fin n'a aucune importance. Quant à l'humour on ne sait pas trop où il se niche ! Un ratage en beauté !

Sur les quais

Un film d'Elia Kazan (1954) avec Marlon Brando. Ah, ça c'est bien filmé, bien photographié, bien cadré, bien mis en scène, Brando est parfait, Eva-Marie Saint est mignonne (mais sans plus, elle sera bien meilleure chez Hitchcock). C'est le scénario qui ne va pas, non seulement c'est simpliste, pour ne pas dire simplet tellement le manichéisme y est outré, la présence de Karl Malden en curé intègre est horripilante et la fin du film est grotesque. Quant à la musique, c'est pourtant du Léonard Bernstein mais son emploi est outrancier. Pourrait se retitrer "Simplet chez les dockers"

Le démon des eaux troubles

Un film de Samuel Fuller (1954) avec Richard Widmark. Guerre froide, base secrète et sous-marin, ça pouvait craindre mais Fuller s'en sort honorablement, le film se regarde bien, les images sont belles, Widmarck est très bon, Belle Darvi "amusante", c'est parfois limite nunuche mais ça passe !

Les impures

Un film de Pierre Chevalier (1954) avec Micheline Presle et Raymond Pellegrin. Franchement je me demande ce qu'on peut reprocher à ce très honorable polar ? Quelques clichés, des situations prévisibles, des facilités se scénarios ? Qu'on me site un polar qui n'en possède pas ? Il y a du suspense, des surprises, de bons dialogues, une ambiance, Raymond Pellegrin est magistral, Micheline Presle radieuse, certains second rôles surprenants (Dora Doll, le pianiste, le barman) la mise en scène est plus que correcte et la musique de Van Parys efficace. Le personnage joué par Pellegrin, un type miné par ses contractions est intéressant mais sans doute pas assez développé, peut-être aurait-il fallu 20 minutes de plus…A découvrir !

Le salaire de la peur

Un film d'Henri-Georges Clouzot (1953) avec Yves Montant, Charles Vanel, Vera Clouzot. Une ambiance si pesante qu'on croirait le film vraiment tourné en Amérique Centrale. Le pitch est simple mais bien amené, bien contextualisé la longue séquence d'introduction est à ce propos remarquable) , et bien rendu. Il n'y a aucun personnages positif dans ce film, (Vanel fait le dur mais c'est un couard, Montant est misogyne et même raciste).  La photo et les cadrages sont excellents, la direction d'acteur nous montre un Yves Montant parfois quelque peu hésitant, mais un Charles Vanel véritablement bluffant. Quant au suspense, il est distillé à la perfection. Les personnages secondaires sont très bien brossés, notamment Vera Clouzot, sublime en serveuse de troquet et Dario Moreno, son patron. Un classique incontournable.

L'homme au masque de cire

Un film d'André de Toth (1953) avec Vincent Price et Phyllis Kirk. Remercions tout d'abord le gros malin responsable de la distribution du film en France qui en changeant le titre révèle l'un des éléments de l'intrigue ! La comparaison avec le film de Curtiz est inévitable et ne joue pas en faveur de ce remake. Si de Toth a conservé des pans entiers du film de 1933 (scènes, dialogues), la trame dramatique est différente, le personnage excentrique de la journaliste jouée par Glenda Farell est remplacé par Phillis Kirk figure sans fantaisie et coincée à qui on fait dire des répliques nunuches. Le sculpteur drogué a été remplacé par un sculpteur alcoolique (?). En fait le film souffre de l'absence d'un bon personnage "positif". Le film a été tourné pour la 3D, le réalisateur a donc cherché des scènes ou l'effet 3D serait spectaculaire, le problème c'est que c'est que ces scènes n'ont rien à voir avec l'action (un bonimenteur qui joue du jokari et une scène de french-cancan - pas si mal d'ailleurs). Malgré ces handicaps, le film se regarde sans déplaisir, Vincent Price est parfait, les décors sont somptueux, une bonne série B, mais loin de valoir son modèle.

Règlements de comptes

Un film de Fritz Lang (1953) avec Glenn Ford, Gloria Grahame, Lee Marvin. Comme souvent Lang nous fait immédiatement entrer dans le film (il y a un mort dès la première minute) et ensuite l'histoire nous prend aux tripes, avec ses rebondissements, ses implications politiques et une belle galerie de portraits (Lee Marvin en salopard est très bon). On regrettera seulement que le flic incarné par Glenn Ford soit sans aucun petit défaut et qu'il soit un champion absolu de corps à corps, ainsi que la fin un peu vite expédié, mais cela reste un très grand film noir.

Niagara

Un film d'Henry Hathaway (1953) avec Marilyn Monroe et Joseph Cotten. On va dire que c'est un film décoratif, il est plutôt agréable à regarder, un magnifique technicolor dont les chutes du Niagara sont la vedette. Marilyn qui roupille sans se démaquiller est une vraie tornade sexuelle à elle toute seule. Sinon l'histoire est d'une banalité confondante (si encore elle était transcendé, mais même pas) et si la première partie laisse supposer un suspense durable, la tension se dilue dans la seconde moitié et la fin est aussi prévisible que téléphonée. Coté acteur, Joseph Cotten est complètement sous-exploité, Jean Peters est "moyenne", quant à Casey Adams, il s'avère incapable de quitter son insupportable air de grand niais.

Les rats du désert

Un film de Robert Wise (1953) avec Richard Burton et James Mason. C'est bien réalisé, intéressant et même passionnant ce qui est déjà beaucoup. Les défauts sont néanmoins nombreux : L'excellent acteur qu'est James Mason n'est pas très crédible dans le rôle du Maréchal Rommel (qui d'ailleurs n'était pas encore Maréchal au moment des faits), on a droit à des clichés complètement inutiles (la photo de la femme du capitaine) mais ce qui handicape terriblement le film c'est le rôle tenu par le poivrot, agaçant et pénible. (et disons le carrément : grotesque)

La Lune était bleue

Un film d'Otto Preminger (1953) avec David Niven et la très jolie Maggie McNamara. Une comédie (à l'origine, il s'agit d'une pièce de Broadway mise en scène par Preminger lui-même) qui mit à l'époque en rogne les puritains américains (ils ne leur en faut pas beaucoup), c'est léger, intelligent, le personnage principal est une jeune fille très délurée, c'est bien joué et remarquablement filmé. Un très bonne réussite et un excellent moment de cinéma.

Stalag 17

 Un film de Billy Wilder (1953) avec William Holden et Otto Preminger. Le problème est de comprendre ce que l'on regarde, car visionner ce film comme un drame le fera automatiquement taxer de caricatural, de manichéiste voire de bouffonnerie. Mais justement ce n'est pas un drame mais une comédie incluant, contexte oblige, des éléments dramatiques voire tragiques. Le pari était donc difficile et il est tenu en partie mais en partie seulement grâce au génie de la mise en scène de Billy Wilder. On pourra regretter qu'il pousse parfois le bouchon un peu loin, que certaines scènes s'éternisent, que les deux bouffons de service deviennent envahissants et aussi le jeu très fadasse du lieutenant. Mais ça reste néanmoins très bon avec un excellent William Holden et un surprenant Otto Preminger.

Légère et court vêtue

Un film de Jean Laviron (1953). Mal réalisé, excessivement théâtral, doté d'un scénario qui s'enlise assez vite dans la confusion et l'idiotie. On a même droit à des longueurs (dans un vaudeville, faut, le faire !). Si la très charmante Madeleine Lebeau, Jean Parédès et Louis de Funès font ce qu'ils peuvent pour essayer de sauver le film, les autres acteurs sont une véritable catastrophe.

Les Vacances de Monsieur Hulot

Un film de Jacques Tati (1953) Certes le film est en tous points supérieur au décevant "Jour de fête", les images sont belles, la bande son très travaillée, mais la plupart des gags sont lourds quand ils ne tombent pas carrément à plat.

Plus fort que le diable

Un film de John Huston (1953) avec Humphrey Bogart, Peter Lorre, Gina Lollobrigida, Jennifer Jones. Une comédie policière loufoque ou tout le monde espionne tout le monde, ou tout le monde ment, où les couples se font et se défont sans trop de problèmes, tout cela sur fond de cupidité… Pas si grave, semble nous dire Huston, puisqu'il s'agît là de la nature humaine, sauf (parce qu'il y a quand même un interdit à ne pas franchir) quand ça va jusqu'au meurtre. Un Huston peu connu et tout à fait jubilatoire.

On a volé un tram 

Un film de Luis Buñuel (1953) Un régal ! Ce film considéré comme mineur est pourtant une œuvre buñuelienne à part entière. Le scénario est complétement foutraque, mélange tout pour nous parler de tout, des escroqueries religieuses, des émeutes alimentaires, de l'inflation, de la délation, de la cruauté des gosses. Buñuel s'acharne particulièrement sur le personnage du mouchard pour notre plus grand plaisir. Outre les séquences dans le tram on appréciera le petit théâtre avec la petite scène représentant Adam et Eve avec la très belle Lilia Prado dans le rôle.

Le météore de la nuit

Un film de Jack Arnold (1953) Oh que ça commence mal, avec en guise de vaisseau alien : une boule de sapin de Noël à la ficelle bien visible ! (voir la photo ici) Mais contre toute attente cette histoire (sur un scénario de Ray Bradbury) s'avère intéressante et intelligente. La thématique prend l'exacte contre-pied de celle de la "Guerre des Mondes" sortie la même année. Ici les aliens ne sont pas méchants mais (et ils ont bien raison) n'ont aucune confiance dans les terriens. On a donc un film dénonçant ceux qui ne supportent pas "l'autre" quel qu'il soit. C'est parfois un peu maladroit, c'est fauché, mais c'est sympathique et puis Barbara Rush et sa petite robe noire dans le désert, c'est quand même quelque chose !

Mogambo

Un film de John Ford (1953) avec Clark Gable, Ava Garder, Grace Kelly. Une réalisation somptueuse, des décors naturels magnifiques, un peu d'humour, d'excellents acteurs avec nettement Ava Gardner qui illumine le film de sa beauté. Côté négatif : un montage parfois bâclé rendant certaines scènes peu compréhensibles (l'hostilité des indigènes dans la région des gorilles, la scène du confessionnal). La conclusion est ambiguë, selon son humeur et ses convictions on pourra la trouver moralisatrice (tout finit par une promesse de mariage et une réconciliation) ou machiavélique (Ava Gardner ayant très habilement manoeuvré pour éloigner Grace Kelly de Gable afin de récupérer ce dernier).  Se laisse regarder avec plaisir.

Kiss me Kate (Embrasse-moi Chérie)

Une comédie musicale de George Sydney (1953) d'après la pièce des époux Spewack mise en musique par Cole Porter. George Sydney s'en tire bien en nous faisant autre chose que du théâtre filmé alors que le sujet est justement... le théâtre ! Le film possède évidement toutes les qualités de la pièce et en premier lieu la musique magique de Cole Porter. C'est plein d'humour, de charme et de fantaisie, la chorégraphie sait être inventive. L'interprétation est plus que correcte, dominée par la prestation éblouissante d'Ann Miller, non pas que Kathryn Grayson qui à le premier rôle démérite, mais Ann Miller est simplement meilleure. Certains morceaux sont anthologiques (les deux pieds nickelés chantant et dansant " Brush Up Your Shakespeare" "). Les faiblesses du film sont aussi celles de la pièce : le rôle de Lily/Kate qui malgré une certaine force manque cruellement de psychologie et puis cette fin introduite dans la confusion et qui arrive comme un cheveu sur la soupe. On a accusé à tort l'œuvre de machisme, c'est faux, le texte de référence est quand même Shakespeare, il y a bien la scène finale mais le trait y est tellement forcé qu'on ne peut le prendre au sérieux. Cela dit Cole Porter n'a rien non plus d'un moraliste, en est pour preuve cet air hallucinant "Always True To You (In My Fashion)" chanté par Ann Miller où il est fait l'apologie du libertinage et de la vénalité (dans un film de 1953, il fallait oser !). Malgré quelques légers défauts ce film mérite une juste place au Panthéon de la comédie musicale américaine. PS : le sous-titrage français est parfois insolite.

Les orgueilleux

Un film d'Yves Allégret (1953). Avec Gérard Philippe et Michelle Morgan. Une photo superbe (Michèle Morgan est remarquablement photographiée), une interprétation magistrale de Gérard Philippe (la scène de la danse est mémorable). Mais à côté de ça nous avons une histoire qui ne décolle jamais, entrecoupée d'ellipses qui rendent le récit confus (le rôle de Rodrigo, l'épisode du portefeuille…) Par contre là où il aurait fallu couper, le film ne le fait pas : on a ainsi droit par exemple à l'intégralité de la prière au confessionnal ce qui apporte quoi ? Notons encore certaines scènes absurdes (la séquence du miroir après la tentative de viol de Rodrigo sur Morgan) et puis la fin ridicule (quoiqu'il parait qu'elle a été imposée au réalisateur). Enfin la bande son est assourdissante (on a connu Paul Misraki mieux inspiré). De bonnes choses quand même mais ça reste à peine moyen.

La piste fatale

Un film de Roy W. Baker (1953) avec Robert Ryan et Rhonda Fleming. Un western moderne puisque l'action est censé se passer à l'époque du tournage. Le scénario est tout simple, un millionnaire a été laissé pour mort dans le désert par sa femme et l'amant de celle-ci. Reste à savoir comment il va s'en sortir. Tournée à l'origine pour la 3 D c'est le désert qui est en vedette et la photographie est magnifique, l'action est simple mais efficace et Robert Ryan et très bon. (on déplorera tout de même la bagarre à la fin, assez lourdingue) Quant à Rhonda Fleming, elle est craquante. Une bonne surprise (mais est-ce si étonnant quand on sait que le réalisateur sera aussi celui du mythique Docteur Jekyll et Sister Hyde ?)

L'appât

Un film d'Anthony Mann (1953) avec James Stewart, Robert Ryan, Janet Leigh. Se laisse voir sans déplaisir. L'action est simple voire simpliste, mais la tension est présente jusqu'à la fin du film, les acteurs sont bons (mais c'est curieusement Robert Ryan qui domine la distribution, quand à Janet Leigh, elle aurait gagné à être davantage mise en valeur). L'image est superbe, mais de là dire qu'il s'agirait d'un des meilleurs westerns jamais réalisé, il ne faut pas charrier quand même d'autant que la fin est grotesque et arrive comme un cheveux sur la soupe,

La môme vert de gris

Un film de Bernard Borderie (1953) avec Eddie Constantine, Howard Vernon et Dominique Wilms. Une série B à la réalisation paresseuse (et parfois approximative), une histoire embrouillée et peu intéressante, un suspense inexistant, des bagarres ridicules, un style se voulant semi-parodique qui a du mal à passer. Seuls points positifs, les présences de la superbe Dominique Wills et d'Howard Vernon en vilain méchant. Quand à Constantine, il est à la limite du supportable.… (l'affiche est très belle)

Le voyage de la peur

Un film d'Ida Lupino (1953). La preuve qu'une série B au scénario minimaliste n'impliquant que trois personnages peut être réussie. Le personnage du serial-killer est particulièrement bon et bien rendue et un climat d'angoisse finit par s'installer (ce qui était le but du film). Un film très noir (dans tous les sens du terme).

Abbott et Castello contre Dr Jekyll et Mr Hyde  

Un film de Charles Lamont (1953) avec Abbot et Costello et Boris Karloff. C'est une parodie est c'est uniquement en tant que telle qu'il convient de noter le film. Certes il a des défauts, les clowneries de Costello ne sont pas toujours très inspirées, mais il faut bien reconnaître que le film démarre en fanfare avec la manifestation des suffragettes qui danse le cancan et se termine en bataille rangée, la longue course poursuite de la dernière partie renferme aussi son pesant de pépites (Blake Edwards s'en souviendra dans la Panthère Rose) et le plan final est un coup de génie. Karloff est très bon, je ne sais pas s'il cachetonne mais il fait très bien ce qu'on lui demande. Quant à Helen Westcott, elle est charmante dans son rôle ou elle parodie les demoiselles qui tombent amoureuse du premier venu et veut se marier dès le lendemain. Une agréable découverte et un film qui vaut bien mieux que le mépris avec lequel il est parfois cité.

La guerre des mondes

Un film de Byron Haskin (1953) Un film bancal. Le scénario signé Barre Lyndon (sic) est truffé d'invraisemblances, les deux acteurs principaux ont autant de charisme qu'une paire de bulots et ne provoque aucune empathie. Côté positif, de jolies images de destruction, et surtout ces scènes de paniques (seuls moment de réalisme) très bien faites et très bien vues, et puis il y a ce petit côté kitch des vaisseaux martiens qui est très joli. La fin est bâclée (vous me direz c'est celle du bouquin mais qu'importe, le cinéma peut toujours adapter). Mais surtout ce qui est insupportable c'est l'omniprésence de la religion, ce pasteur qui s'en va parler aux martiens, cette fin avec une overdose de prêtres, d'églises, de cloches et comme si ça ne suffisait pas le cantique sur la colline. Mais il y a encore pire quand un type explique "Les martiens peuvent conquérir la Terre en 6 jours", la vedette féminine dont on se demande ce qu'elle fabrique en ce lieu ne trouve rien de mieux que de répondre d'un air contrit : "Le temps qu'il a fallu pour la créer !", ce qui n'est rien d'autre que la thèse débile défendue par les créationnistes et les témoins de Jehovah ! Ces derniers aurait-ils financés le film ?

Les hommes préfèrent les blondes

Un film de Howard Hawks (1953) avec Marilyn Monroe et Jane Russel. Il faut supporter la première demi-heure, accumulation de nunucheries agrémentées de deux chorégraphies ridicules (celles ou Jane Russel est entouré d'un équipe olympique d'on ne sait pas trop quoi, mais qui est une véritable collection de tête sà claques.)  On est tout près de laisser tomber ce salmigondis, quand soudain l'intérêt reprend le dessus, l'intrigue devient amusante. Et on a droit en forme d'apothéose à cette surréaliste scène de tribunal ou Jane Russel vient crever l'écran avec sa perruque blonde. Des chansons inoubliables, la présence de Marilyn qui surclasse haut la main sa partenaire (qui pourtant ne démérite pas). Quant à la morale puisqu'il y en a une, elle reste confuse mais contient une certaine défense de la vénalité (voilà qui est politiquement incorrect et donc bienvenue)

Cent francs par seconde

Un film de Jean Boyer (1953) Henri Génès et Jean-Jacques Vital . Souvent foutraque, ce qui est bien, mais parfois lourdingue, ce qui est moins bien. La réalisation est hypernerveuse, proche de l'hystérie. La distribution inégale est dominée par un Philippe Lemaire qui montre qu'il sait jouer, on appréciera le casting féminin : Jeannette Batti et Geneviève Kervine sont absolument charmantes. Ça ne vole pas très haut mais on ne voit pas le temps passer.

Le bon roi Dagobert

Un film de Pierre Chevalier (1953) avec Fernandel, Qu'est-ce que ça peut être mauvais ! Tous les gags tombent à plat, Fernandel est lourd, les acteurs secondaires jouent comme des patates, c'est réalisé n'importe comment, c'est idiot et ça se traîne. S'il fallait vraiment sauver quelque chose, ce serait la petite séquence avec Darry Cowl et aussi le sourire de Pascale Roberts.

Comment épouser un millionnaire

Un film de Jean Negulesco (1953) avec Marilyn Monroe, Lauren Bacall, Betty Grable. Ça commence très mal avec un pré-générique interminable (10 minutes) aussi pompeux qu'inutile (un orchestre qui nous joue du sirop). Le sujet aurait pu donner quelque chose, mais le scénariste ne s'est pas foulé et le réalisateur encore moins : résultat : c'est attendu et inintéressant. Côté casting, si Marilyn est excellente et si Betty Grable assume, le reste de la distribution est catastrophique, Lauren Bacall en tête, particulièrement mauvaise. (la dernière grande scène du film est une catastrophe) Quant au twist final qu'on voyait arriver gros comme une maison il est lamentable.

Les chevaliers de la table ronde  

Un film de Richard Thorpe (1953) avec Mel Ferrer, Robert Taylor et Ava Gardner. Le gros problème c'est qu'on s'en tape de cette histoire que le réalisateur n'a rien fait pour rendre passionnante. On n'éprouve aucune empathie pour les personnages, Robert Taylor est monolithique, Ava Gardner sous exploitée, le méchant est grotesque, l'histoire est ringarde à souhait et comme si ça ne suffisait pas on nous impose une bondieuserie finale particulièrement pénible. Alors que sauver ? De belles images, des scènes de batailles et des duels qui ne sont pas si mal. Trente ans plus tard, John Boorman tentera de transcender tout ça en tournant Excalibur, c'est quand même autre chose !

La Blonde du Far-West (Calamity Jane)

Un film de David Butler (1953) avec Doris Day : Une excellente comédie musicale à laquelle on pourrait juste reprocher quelques guimauves, mais sinon Doris Day y est exceptionnelle. Elle partage la vedette avec Allyn Ann McLerie, (une inconnue que l'on reverra dans Le Fantôme de la rue Morgue de Roy Del Ruth, en 1954), une brune absolument sublime. Très bonne musique, beaucoup d'humour, tout cela ne se prend pas au sérieux (ce n'était pas le but de toutes façon) et une morale pas si idiote que ça : "On ne peut pas empêcher les gens de s'aimer !"

Rue de l'Estrapade  

Un film de Jacques Becker (1953) avec Louis Jourdan et Daniel Gelin. La réalisation est remarquable, c'est plein d'humour, ça ne nous laisse aucun répit et c'est monté au millimètre (on pense parfois à Billy Wilder, c'est dire !) La direction d'acteurs est impeccable. Jourdan est très bon dans un rôle léger (d'ailleurs quand vers la fin, il devient grave, ça va beaucoup moins bien). Anne Vernon est pétillante, Micheline Dax époustouflante… Gelin lui est un peu tristounet. Sur le fond c'est une très bonne comédie de mœurs, sur le couple, la jalousie et tout le tintouin. A noter la présence d'un protagoniste bisexuel (Jean Servais), rarissime à l'époque.  La fin est hélas convenue, on aurait aimé en voir un autre genre ni Jourdan, ni Gélin, mais pourquoi pas Servais ?

Minuit, quai de Bercy   

Un film de Christian Stengel (1953) avec Madeleine Robinson, Francis Blanche, Eric Von Stroheim… Cela commençait très bien avec la présentation d'une galerie de personnages pittoresques. Malheureusement l'intrique policière est extrêmement mauvaise avec des fausses pistes toutes d'un ridicule achevé. Mention spéciale au personnage joué par Stroheim : Dans la vraie vie un hurluberlu dans le genre de celui joué par Von Stroheim ne rentrerait jamais dans un cabaret, et même s'il parvenait à entrer il ne parviendrait pas à prendre la parole si longuement et dans ce silence. Et le pire c'est que le réalisateur semble avoir une certaine empathie pour ce personnage grotesque. La scène où Irène fauche les billets du masseur qui aurait dû jouer sur l'ambiguïté est tellement mal montrée qu'on comprend tout de suite que la petite dame n'est pas claire dans cette affaire. Tout cela ne tient pas debout, et s'avère très décevant malgré les bonnes prestations de Madeleine Robinson et de Francis Blanche.

La vie d'un honnête homme  

Un film de Sacha Guitry (1953) Avec Michel Simon, Marguerite Pierry. Quel dommage cette interminable et gavante scène entre les deux jumeaux au début, car sinon on tendait vers le chef d'œuvre. Après ça démarre et c'est vraiment très bien et ça devient passionnant. La double interprétation de Michel Simon est prodigieuse mais on aurait tort de passer sous silence celle, fabuleuse de Marguerite Pierry (elle est toujours fabuleuse). Il ne s'agit pas comme on peut le lire çà et là d'une critique de la bourgeoisie (On est pas dans Boudu et heureusement) mais plus simplement d'une critique de l'hypocrisie (assez gentillette d'ailleurs). Au passage Guitry s'autorise une digression intelligente sur la prostitution (fabuleuse Lana Marconi) et s'amuse à déshabiller Claude Gensac.

Au diable la vertu   

Un film de Jean Laviron (1953).avec Henri Genès, Carette, Louis de Funès. Cinématographiquement parlant c'est très médiocre : ça a été tourné en 3 semaines et ça se voit :  décors minimalistes, mise en scène paresseuse, direction d'acteurs inexistante, cabotinage de De Funès. Le casting féminin apporte un peu de fraîcheur. C'est dans le scénario farfelu que réside l'intérêt du film, car pendant une bonne heure nous assistons à un bon vaudeville assez bien huilé avant que tout cela (le scénariste ayant voulu en faire trop) ne se termine dans la confusion la plus totale. Un film bâclé !

La tournée des grands ducs  

Un film de Norbert Carbonnaux (1953). Le scénario est débile et à peine compréhensible, mais tout le monde s'en fiche, puisque ce n'est qu'un prétexte à enchaîner des numéros de music-hall et de cabaret dont la plupart sont, soyons juste d'assez bonne tenue, avec quelques chorégraphies intéressantes comprenant bien évidemment son lot de jeunes femmes les seins à l'air (mais cela n'est pas pour déplaire). En ce qui concerne les scènes d'enchaînement, Duvalex est horripilant, Bussières fatigant, De Funes et Carmet transparents, Roméo Carles mauvais mais Denise Grey pas si mal. La note on l'aura compris ne doit rien ni aux acteurs ni au scénario.

Femmes de Paris  

Un film de Jean Boyer (1953) avec Michel Simon, Henri Genès, Micheline Dax, Ray Ventura, Patachou, Robert Lamoureux. Le scénario ne vole pas bien haut mais est tout à fait sympathique, la réalisation n'a rien de géniale, mais Jean Boyer sait travailler et nous restitue un excellent travail. Michel Simon est bon sans toutefois forcer son talent, Micheline Dax nous fournit une prestation d'anthologie, les numéros musicaux valent le détour avec notamment cette incroyable numéro de femmes déguisées en chiens, mais le sommet du film est dans la très longue séquence de l'orchestre de Ray Venture qui donna d'ailleurs son titre au film et qui est un petit bijou de charme, d'inventivité et de fantaisie. Le ton est léger, on ne s'ennuie pas une seconde…une réussite.

Dortoir des grandes

Un film de Henri Decoin (1953) avec Jean Marais, Françoise Arnoul, Danny Carrel, Denise Grey, Jeanne Moreau. Les polars à énigmes sont de deux sortes, soit le spectateur peut trouver, soit cela est impossible, ici nous sommes dans le second cas de figure mais on l'ignore laissant se défiler les fausses pistes. En fait comme souvent la résolution est purement anecdotique, tout le charme du propos étant dans la façon dont l'enquête de déroule, ici c'est léger et décontracté et Decoin se permet de brocarder avec humour les bonnes manières bourgeoises que l'on est censé enseigner aux jeunes filles de bonnes familles. A noter De Funès dans le rôle d'un photographe cochon (on ne rigolait pas avec ça en 1953), Jeanne Moreau qui se fait payer pour aider la police, Danny Carrel qui bénéficie de cours particuliers très spéciaux de la part de sa prof de math et tout le dortoir qui participe à des jeux sadiques. Jean Marais est plutôt bon. On passe un bon moment même si on peut regretter la mise en scène abracadabrantesque conduisant à la révélation finale.

Le Père de Mademoiselle

Un film de Marcel L'Herbier (1953) avec Arletty. Tirée d'une pièce de théâtre, cette adaptation est particulièrement poussive et nunuche. La direction d'acteurs est défaillante, Arletty n'étant plus que l'ombre d'elle-même et agaçant son monde, quant à Suzy Carrier, non seulement elle joue mal mais elle n'a pas le physique du rôle. Les seconds rôles passent mieux à l'image de Denise Grey. Sinon, tout étant prévisible, presque rien ne fonctionne et on a hâte que finisse ce supplice.

Le feu dans la peau  

Un film de Marcel Blistene (1953) avec Raymond Pellegrin et Gisèle Pascal. Un drame paysan ou plutôt une peinture sans concession d'une certaine paysannerie. Une direction d'acteurs impeccable dominée par un Raymond Pellegrin exceptionnel. Une mise en scène remarquable, un sens de la narration très efficace., une histoire prenante dont on se doute qu'elle va mal finir mais on ne sait pas trop comment, bref, un chef d'œuvre.

La loterie du bonheur  

Un film de Jean Gehret (1953) avec Raymond Bussière, Annette Poivre, Yves Deniau. Comme il n'y a aucune direction d'acteurs, Yves Deniaud et Annette Poivre montrent leurs tlents tandis que Bussière cabotine et pour le reste ça va du correct à l'exécrable. La réalisation est d'une platitude assez rare quant au sujet il s'agit d'une fable poujadiste sur la défense des petits commerçants d'une lourdeur à peine croyable.

Dementia

Un film de John Parker (1953). Un film sans paroles, incompréhensible avec des "acteurs" peu attachants, et quelques scènes chocs pour faire underground. On ne s'accroche à rien, on se demande où est l'intérêt, on s'ennuie à mourir et on a hâte que ça finisse.

Le port de la drogue

Un film de Samuel Fuller (1953) avec Richard Widmark. Que ceux qui crient au chef d'œuvre s'achètent des lunettes et ils verront (juste une seconde) Jean Peters sortir de sa baignoire… en maillot de bain noir ! On remarquera aussi que l'agent communiste est si fort qu'il sait déceler à l'œil nu un microfilm incomplet, on ne saura jamais d'ailleurs ce qu'est devenu la partie manquante, ni ce qu'est devenu le méchant après s'être échappé de sa souricière. Ça fait désordre tout ça ! Ensuite il y a l'anticommunisme, moi je veux bien, on en pas mal à en être revenu…. mais encore faut-il que ce soit subtil, car  là c'est tellement primaire et rabâché (oui, rabâché) que c'en devient  ridicule, le communisme figure le mal absolu sans que personne ne sache dire pourquoi ? L'intrigue est très faible, mais Fuller s'en fiche ce qui l'intéresse c'est de s'attarder sur les deux personnages principaux, seulement s'il est vrai que Peters crève l'écran (quelle belle femme !), Widmark n'est pas vraiment à l'aise dans le rôle. Le film possède néanmoins quelques bons atouts : une très belle photo, la fabuleuse scène d'entrée dans le métro, un bon rythme, quelques bonnes castagnes et surtout le visage de Jean Peters. Difficile de trancher entre ce qui est bon (voire très bon) et ce qui ne l'est pas, on dira donc que c'est moyen.

Hurlements en faveur de Sade

Un prétendu film de Guy Debord (1952). Je n'aurais sans doute jamais rien écris au sujet de ce "machin" si la BNF n'avait pas eu l'idée saugrenue de le sortir de l'oubli (mars 2013). Ça se compose d'écrans totalement blancs, sur lesquels une voix off débite des aphorismes divers et des extraits du code civil, ainsi que d'écrans noirs sans aucun commentaires... et cette mauvaise plaisanterie dure 64 minutes. Inutile d'ajouter que c'est absolument irregardable. L'un des aphorismes entendu est de Debord lui-même "Il n'y a pas de film. Le cinéma est mort. Il ne peut plus y avoir de film..." Ben non, justement le cinéma n'est pas mort et 60 après les délires de Debord sur l "impossibilité du cinéma" résonnent comme ce qu'ils n'auraient jamais dû cesser d'être : une imposture !

Nous irons à Monte-Carlo

Un film de Jean Boyer (1952) avec Ray Ventura, Henri Génès et Audrey Hepburn. D'un film avec un bellâtre chanteur et un bébé piailleur, on pouvait s'attendre au pire. Et bien Non, c'est très bien, c'est mené tambour battant, on ne s'ennuie pas une seconde, on rigole et la musique de Ray Ventura (composé par Paul Misraki, qui n'est pourtant pas dans sa meilleure période) est magique. Une excellente surprise et un petit coup de cœur à Jeannette Batti (très bien dans le rôle de Marinette.)

L'Énigme du Chicago Express 

Un film de Richard Fleischer (1952) Un petit bijou de film policier. L'intrigue parait de prime abord ultra simple, puis se complique juste ce qu'il faut pour nous tenir en haleine et ne plus nous lâcher pendant tout le temps du film. Ajoutons-y les fausses pistes obligatoires (mais insoupçonnables), une interprétation tout à fait correcte notamment de la part de ces dames (la brune Marie Windsor et la blonde Jacqueline White). une réalisation sans faute menée à un ... train d'enfer. Du must !

Le quatrième Homme

Un film de Phil Karlson (1952) Kansas City Confidential puisque c'est son titre original est un excellent film noir de série B, Lee Van Cleef (26 ans à l'époque) joue un inquiétant second rôle (l'une des trois sales gueules du film, il y a aussi Jack Elam) . La première partie est vraiment très réussie, nerveuse, concise et passionnante. Après l'action se dilue un petit peu et la fin est faiblarde mais globalement c'est plutôt bon et prenant. A remarquer que le réalisateur jette un regard très critique sur la police et ses méthodes.

Le plaisir  

Un film de Max Ophuls (1952) Adapter Maupassant au cinéma n'est pas si simple. Christian-Jacque y était parvenu de bien belle manière avec l'excellent Boule de Suif en 1945 car il avait en mixant deux récits réussit à les dynamiser. Ici c'est tout autre chose, en restant très proche du texte avec l'utilisation de la voix off, Ophuls réussit plus un film d'ambiance qu'un film narratif. Alors bien sûr, il sait filmer et sa caméra donne le tournis, ça bouge, ça court (même quand ça ne se justifie pas), l'utilisation de la bande son est judicieuse, la direction d'acteurs parfois innovante, mais est-ce suffisant ? Ces histoires sont des esquisses et on a peine le temps de s'intéresser aux personnages (Un peu comme Gabin qui aurait bien voulu avec Darrieu…) Sans compter que certaines scènes qui peuvent avoir du sel quand on les lit n'apporte pas grand-chose une fois sur l'écran (le couple de vieux dans le train, ou pire l'insupportable et interminable scène dans l'église). Si la première et la troisième histoire ont une chute assez faible, Il faut malgré rendre grâce à la Maison Tellier pour son aspect subversif, voir des filles de joies, heureuses et souriantes, ça nous change du misérabilisme convenu sur le sujet.

Le train sifflera trois fois

Un film de Fred Zinnemann (1952) avec Gary Cooper, Grace Kelly, Katy Jurado. John Wayne et Howard Hawks détestaient ce film dit-on ! En fait ce western ne respecte aucun code puisqu'il faut attendre les dix dernières minutes pour voir de l'action. Avant cela Gary Cooper ne cesse de se mesurer aux lâchetés ambiantes (au pluriel car toutes ne sont pas égales). Il faut bien avouer que cette dénonciation de la "majorité silencieuse" est plutôt bien foutue, la caricature étant évité (de justesse malgré tout, la scène dans l'église étant faible). Peut-être pas un très bon western mais un excellent film.

Le démon s'éveille la nuit  

Un film de Fritz Lang (1952) avec Barbara Stanwyck, Robert Ryan, Marilyn Monroe. Idéologiquement le scénario de ce mélodrame est limite : on nous explique en gros que la place de la femme est d'être au foyer, que les pulsions extérieures doivent être réprimées et que c'est le mari qui commande.  Il a bien quelques tentatives de Marilyn pour expliquer qu'une femme doit pouvoir faire ce qu'elle veut, mais l'amour de son bellâtre la fait se taire. Autant dire qu'avec un autre que Fritz Lang, à la réalisation, ce genre de film n'intéresserait aujourd'hui plus personne. Mais c'est du Fritz Lang et la réalisation est parfaite, la direction d'acteur impeccable, avec une Barbara Stanwyck fabuleuse et un Paul Douglas qui arrive à nous évoquer Raimu dans la Femme du Boulanger. Un film qui se regarde donc sans ennui ni déplaisir (malgré les dialogues parfois peu "naturels") bien que n'étant pas du meilleur Fritz Lang.

Chantons sous la pluie

Un film de Stanley Donen et Gene Kelly (1952) avec Gene Kelly et Debbie Reynolds. C'est absolument parfait, certes le scénario est simple mais il fonctionne parfaitement sans eau de rose et sans mièvreries. Les chorégraphies atteignent les sommets du genre, Gene Kelly est fabuleux, Debbie Reynolds se débrouille très bien (même si la courte apparition magique de Cyd Charisse nous fait regretter que ce ne soit pas elle qui ait eu le rôle). Plus qu'un chef d'œuvre, un enchantement, une légende.

Chérie je me sens rajeunir

Un film d'Howard Hawks (1952) avec Cary Grant, Ginger Rodgers, Marilyn Monroe. Malgré une direction d'acteurs excellente, la présence sulfureuse de Marilyn et deux ou trois moments qui nous décrochent un sourire, l'ensemble (qui met un temps infini à démarrer) est poussif, assez puéril, manque de punch et est encombré de scènes inutiles (la virée en voiture). Quant au  happy-end, il n'a aucun intérêt.

Barbe noire, le pirate  

Un film de Raoul Walsh (1952) avec Robert Newton. Les auteurs de "Pirates des Caraïbes" aurait dû s'inspirer de cet excellent film au lieu de croire que la qualité d'un film se mesure à sa quantité d'effets spéciaux. Ici l'histoire est toutes simple mais suffisante pour nous tenir en haleine pendant 90 minutes sans temps morts. De l'action, des rebondissements, des belles images, une réalisation plus que correcte, une musique signée Victor Young, un Robert Newton excellent dans le rôle-titre, (truculent et cruel) une Linda Darnelle resplendissante (en revanche Keith Andes est peu crédible), et des bons seconds rôles haut en couleur. Un excellent film de pirates.

Ivanhoé

 Un film de Richard Thorpe (1952) avec Robert Taylor, George Sanders, Elisabeth Taylor et Joan Fontaine. Le gros défaut du film c'est Robert Taylor, monolithique et inexpressif comme ça ne devrait pas être permis, on notera aussi le rôle particulièrement ridicule du bouffon devenu écuyer. Mais les qualités l'emportent largement, la distribution féminine (Elisabeth Taylor et Joan Fontaine) est éclatante, George Sanders est très bon (il est toujours bon). Les scènes d'actions (le tournoi, la prise du château et le duel final) sont filmées de façons très intéressantes. C'est un bon film dont il impossible de repenser sans avoir en mémoire la vision du visage d'Elisabeth Taylor.

L'ange des maudits

Un film de Fritz Lang (1952) avec Marlene Dietrich, Arthur Kennedy, Mal Ferrer. C'est bien réalisé, bien photographié, la musique est bien et on remarquera avec quelle maestria Lang ouvre ses films, on est tout de suite dans le bain. L'histoire est bonne et originale et offre son lot de rebondissements. (la scène des "politiques" dans la prison est toutefois assez bouffonne) . Côté acteurs, Lang a eu l'intelligence de ne pas tricher sur l'âge de Marlène, elle avait 50 ans au moment du film et incarne très convenablement son rôle de femme mature, Mel Ferrer est très bon (et toujours d'une élégance rare), en revanche Arthur Kennedy est peu convaincant. Un western d'excellent niveau mais qui ne compte néanmoins pas parmi les chefs d'œuvre du genre.

L'affaire Cicéron

Un film de Joseph Mankiewicz (1952) avec James Mason et Danielle Darrieux. Il y a des films pour lesquels on chercherait en vain quoi leur reprocher. L'histoire est passionnante, fertile en rebondissements et ne manque pas suspense (ah, la scène de la femme de ménage avec son aspirateur !), la réalisation est impeccable, mais c'est surtout dans la direction d'acteurs que le film vole très haut. Mankiewicz a fait de Mason un personnage d'un cynisme absolu totalement fascinant (malgré le fait que ce soit un infâme salopard) d'autant que l'interprétation est magistrale. Danielle Darrieux est le pendant féminin de Mason, jouant de façon non exagérée de sa grâce et de sa beauté (par de simples mouvements de bouche, des regards…) une comtesse cynique, intrigante, dominatrice, et dont les apparitions magnifiquement photographiées illuminent le film. L'œuvre est très riche et ne se limite pas à son thème principal de l'espionnage, le jeu de pouvoir et de domination auquel se livrent Mason et Darrieux est à cet égard plutôt fabuleux. Chef d'œuvre !

Ils sont dans les vignes

Un film de Robert Vernay (1952) avec Line Renaud. A l'évidence ce film a été sponsorisé par les producteurs de vin de Bourgogne. Il pousse d'ailleurs le bouchon (c'est le cas de le dire !) un peu loin puisque le film qui n'oublie pas de dénoncer l'hypocrisie des "moralistes" ne fait pas seulement l'éloge du vin, mais celui de l'ivresse. Le film commence très mal avec des lourdeurs, des raccourcis et de la mièvrerie. On s'attend au pire, puis tout d'un coup tout s'emballe et on se surprend à suivre avec un réel plaisir cette bande d'assoiffés occupée à saboter le meeting de la ligue antialcoolique. L'interprétation est très correcte avec une plutôt bonne Line Renaud, mais c'est assurément Suzanne Dehelly en musicienne foldingue qui fait la meilleure prestation. La réalisation est correcte avec des scènes de foules très bien maîtrisées. La musique est plaisante pourvu qu'on n'ait rien contre Louloou Gasté. A noter que le film contient un très court épisode "coquin" quand le commissaire se rend à Pigalle, ça n'ajoute rien à l'histoire, c'est à peine compréhensible (coupes au montage ?) mais ça occupe les yeux. Finalement ce film s'avère jouissif et constitue une bonne surprise !

L'affaire de Trinidad

Un film de Vincent Sherman (1952) avec Rita Hayworth et Glenn Ford. Un film pendant lequel on ne s'ennuie pas une seconde et dans lequel le charme et la beauté de Rita Hayworth nous subjugue. Pourtant le film a des défauts, Glenn Ford est mal à l'aise et joue les bourrins, la censure rend ridicule certaines scènes (le mec qui ne demande qu'à sauter Hayworth mais qui lui fait préparer une chambre à part), et puis la fin à la John Ford (la cavalerie arrive toujours à temps). On n'aura pas non plus la réponse à toutes les questions (Quel emploi voulait-on proposer à Glen Ford ? Quel est cette histoire de blason ?) Mais bon, ça se laisse regarder, c'est réalisé correctement, mais on ne peut s'empêcher d'imaginer ce qu'aurait fait un Hitchcock ou un Lang d'un tel sujet ! Mais bon, on ne va pas bouder notre plaisir !

Sergil chez les filles

Un film de Jacques Daroy (1952) avec Paul Meurisse, Dario Moreno. Sur la forme : une réalisation plate au service d'un scénario policier stupide. Sur le fonds une espèce de justification arrogante des méthodes policières illégales (perquisition sans mandat, violence sur témoins, liquidation des suspects). En résumé une abomination.

Les affameurs   

Un film d'Anthony Mann (1952) avec James Stewart et Arthur Kennedy. Vraiment pas de quoi s'affoler car c'est un tout petit western. La réalisation et la photographie que tout le monde loue à juste titre, n'est pas en cause, mais le scénario est plan-plan, tous les poncifs du genre déifient les uns après les autres, on est assez proche de l'ennui et il faut attendre la dernière demi-heure pour que la tension s'installe (un tout petit peu parce qu'on sait très bien comment ça va se terminer). L'interprétation n'a rien d'exceptionnelle avec Stewart monolithique, Kennedy dont les tics nous font deviner qu'il ne va pas être bien clair, Hudson, niais et transparent et la belle Julie Adams dont le potentiel sera tellement mieux exploité dans "l'étrange créature du lac noir". L'homme de l'Ouest, c'est quand même autre chose !

Le fruit défendu

Un film d'Henri Verneuil (1952) avec Fernandel, Françoise Arnoul. Fernandel dans un rôle mélodramatique, on pouvait s'attendre au pire, mais finalement ce n'est pas mal du tout, même si ça aurait pu être bien mieux. Fernandel joue juste sans trop cabotiner (c'est presque un exploit) mais la véritable vedette du film est Françoise Arrnoul sans doute dans son meilleur rôle. On remarquera aussi la très bonne prestation de Claude Nollier dans un rôle ingrat. Sur le fond c'est assez bien vu en tant que critique de la bourgeoisie de province. Le déroulement dramatique est bien maîtrisé, le film a le mérite de ne pas sombrer dans le mélodrame et le rôle de Françoise Arnoul est intelligent. On peut néanmoins regretter quelques faiblesses comme le personnage de Boquet, très mal exploité, l'explication de fin entre la belle-mère et Armande qui s'envoient de vraies vannes mais sans être dans le ton et surtout cette conclusion à la Pagnol qui ne convaincra que les naïfs.

Casque d'or

Un film de Jacques Becker (1952) avec Simone Signoret, Clude Dauphin, Sege Reggiani, Raymond Bussière. C'est vraiment du cinéma parfaitement maîtrisé, pas un plan de trop, on va à l'essentiel sans broder, les décors et les éclairages sont magnifique, la direction d'acteurs un véritable sans faute (rendez-vous compte, Bussière qui ne cabotine pas !) avec Signoret qui crève l'écran de sa beauté et son talent. L'ambiance du récit est superbement rendu, sans une faute. Superbe musique signée Georges Van Parys. Chef d'œuvre

L'inconnu du Nord Express

Un film d'Alfred Hitchcock (1951) avec Robert Walker et Farley Granger. Balayons tout de suite l'argument selon lequel l'argument serait stupide. Il suffit de lire quelques biographies de psychopathes pour réaliser que la réalité dépasse parfois la fiction ! La prestation de Robert Walker est époustouflante (dommage qu'il n'ait pas survécu au film) et écrase la distribution dans laquelle Farley Granger est un peu en retrait sans toutefois démériter mais n'est pas toujours crédible, quant à Ruth Roman … bof ! Le match de tennis semble aussi une fausse bonne idée. Malgré ces critiques cela reste un très bon Hitchcock réalisé impeccablement avec quelques scènes choc (les lunettes, la plaque d'égout, la fin sur le manège) qui se regarde avec beaucoup de plaisir.

Mariage royal  

Un film de Stanley Donen (1951) avec Fred Astaire. Ringard ! C'est le mot qui vient immédiatement à l'esprit pour qualifier ce film. Le scénario est digne d'un mauvais roman-photo et au lieu de n'être là que comme prétexte, prend une place envahissante. Les chansonnettes sont assommantes de mièvrerie, Jane Powell est peut-être mignonne, mais à côté des partenaires habituelles d'Astaire, on est vraiment dans le second choix, on doit supporter la médiocrité de la fille de Churchill pistonnée dans le casting, quant aux numéros musicaux, si quelques-uns sont assez bons (le mauvais garçon, la rumba, le valse dans le bateau qui tangue) ils n'ont rien de mémorables (je ne cite pas la danse au plafond, exemple typique du faux exploit). A oublier !

Le dindon  

Un film de Claude Barma (1951). Sorti de la naphtaline uniquement en raison de la présence  de Louis de Funès dans un petit rôle assez mauvais. A l'origine "le dindon" est une pièce de Georges Feydeau et Feydeau n'est jamais mauvais même si certaines de ces pièces sont supérieures à d'autres. Alors qu'est ce qui ne va pas dans cette réalisation. Barma était un homme de télévision et ça se voit. Le théâtre filmé, le théâtre retransmis et le cinéma sont trois genres différents. Là on se sait plus où en est. La distribution est bonne avec du beau monde (Hirsch, Charon, Seigner), mais la réalisation néglige la gestion de l'espace (élément essentiel au théâtre), les personnages se ressemblent les uns les autres à ce point qu'on n'évite pas une certaine confusion (là aussi au théâtre c'est une faute). De plus l'image est surexposée. Feydeau méritait mieux,

Nid d'amour    

Un film de Joseph Newman (1951). Un scénario très original ou s'entrecroise les problèmes d'un couple de logeurs aux prises avec une maison délabrée, et un intriguant locataire que l'on soupçonne être un coureur de dot. C'est amusant, intéressant, intelligent, bien interprété et même gentiment amoral (chose rare à cette époque). A noter en second rôle une courte apparition de Marilyn Monroe qui n'a pas grand-chose à faire mais sa présence fait toujours plaisir. Bon film.

Le jour où la terre s'arrêta

Un film de Robert Wise (1951). Est-ce vraiment un film de science-fiction ? Voyons voir : Un extraterrestre humanoïde (et vraiment humanoïde, ce n'est pas un alien ayant adopté une enveloppe humaine), un robot en slip et un vaisseau où on met plus de temps à ouvrir une porte que n'importe où ailleurs. Quant à l'arrêt de la circulation automobile outre le fait que soit farfelu, la conservation de l'énergie cinétique et l'impossibilité de freiner aurait dû provoquer des accidents en cascades bien plus graves que les quelques tôles froissées qu'on nous montre… Bref si c'est de la SF, c'est puéril et on va mettre un zéro pointé. Seulement ce n'est pas de la SF, c'est un conte philosophique et si on le regarde comme tel, les remarques ci-dessus n'ont plus lieu d'être. On a donc une fable humaniste bien réalisée, bien interprété (même le gosse est supportable) qui montre bien ce qu'il voulait montrer : la connerie des militaires, des politiques mais aussi de beaucoup de gens… Là où le film se trompe, c'est qu'il considère que les savants seraient mieux qualifiés que quiconque pour diriger la Terre. Je crois que là aussi on n'en est revenu. Enfin relevons que si le message est pacifiste, il n'est pas humaniste, c'est "faites ce que vous voulez sur la Terre, mais venez pas nous emmerder dans l'espace…". Ce film a été surestimé mais il reste intéressant (et reste mille fois supérieur à son imbuvable remake de 2008)

Le choc des mondes

Un film de Rudolph Maté (1951). L'argument scientifique est débile, mais bon, c'est de la SF, il est possible de faire avec. Malgré une réalisation correcte et une bonne photographie, le film accumule les défauts : récit linéaire sans surprises ni tension, dialogues interminables, épisodes sentimentaux ridicules, références religieuses lourdingues, psychologie en rase-mottes des personnages, séquences bisousnours, personnages féminins sans consistances. Les rares propos intéressants concernant l'égoïsme ou le rôle de l'argent sont traités de façon trop superficielle. Quant à la fin elle peut concourir pour le plus beau final en carton pâtes de l'histoire de la SF. Alors que reste-t-il ? Quelques images cataclysmiques, c'est bien peu pour ce film plat et fade. PS : Le thème sera grosso mode repris par Emerich dans 2012 (sorti en 2009), l'argument scientifique est aussi farfelu mais on est quand même trois étages au-dessus.

Mademoiselle la Présidente 

Un film de Pietro Germi (1952) avec Silvana Pampanini. Une comédie italienne, pas si italienne que ça puisque ça se passe à Paris. En fait c'est tiré d'une pièce de Maurice Hennequin. Ça pétille comme du Faydeau ce qui n'est déjà pas mal, mais ça va encore plus loin et c'est en italien, autrement dit on a aucun répit. L'hypocrisie des tenants de la morale bourgeoise est dénoncée avec une efficacité et une férocité qui fait plaisir à voir. De plus la fantaisie est partout y compris dans les personnages secondaires farfelus, surprenants, voire même poétiques. Quand a Silvana Pampanini qui se ballade pendant la moitié du film en corset, elle illumine le film se sa beauté et son talent.  Un régal !

La chose d'un autre monde  

Un film de Christian Niby (1951). Une catastrophe ! Après une bonne introduction, le film s'enlise et devient n'importe quoi dès que ça voudrait devenir de la science-fiction. Il faut déjà se farcir une idéologie douteuse selon laquelle les scientifiques seraient tous des rêveurs inconscients, alors que les militaires eux savent prendre les bonnes décisions. On a collé sur l'intrique une petite romance d'un ridicule achevé, le rôle du journaliste (qui a emporté sa cravate dans le grand Nord) n'est là que pour le plan final débile. Si certains acteurs font ce qu'ils peuvent, d'autres exhibent leur médiocrité (à l'instar de l'exécrable Dewey Martin), certaines répliques sont ineptes, quand à la créature, les scénaristes ne se sont pas trop fatigués et nous ont concocté une sorte de monstre de Frankenstein. A sauver quelques rares idées (la pouponnière) et plans (la créature luttant contre les chiens dans le blizzard) Au final c'est raté et que Hawks ait participé à la réalisation ou non n'y change strictement rien. Les films de 1982 (Carpenter) et de 2011 sont d'un niveau nettement plus intéressant

La poison

Un film de Sacha Guitry (1951) avec Michel Simon. Un petit chef d'œuvre d'humour noir et de cynisme dans lequel tout le monde en prend pour son grade. La charge est intelligente et Michel Simon est tout simplement génial dans ce film, mais Germaine Reuver qui joue le rôle (fort ingrat) de Blandine est également assez fabuleuse. La scène du tribunal est grandiose et peut rivaliser haut la main avec celles de pas mal de films américains (pourtant grands amateurs de ce genre de choses). Les curieux auront noté la présence de De Funes parmi les petits rôles, mais ce détail ne mérité aucun commentaire particulier.

L'attaque de la malle poste  

 Un film d'Henry Hathaway (1951) avec Tyrone Power, Susan Hayward… Ce film renferme d'excellentes choses, et frappe notamment par son absence de manichéisme : à part Jack Elam (le méchant irrécupérable) les méchants ne le sont jamais complètement et les gentils ne sont que des héros que malgré eux. C'est bien cadré, l'hui-clos arrive à tenir la distance et les acteurs sont excellents. On retiendra quelques scènes cultes comme la môme qui s'en va tailler la route toute seule dans le désert entourant le relais. On regrettera tout de même quelques inepties comme ce morceau de papier qu'on empoche roulé en boule et qu'on ressort plié en quatre, ou peut-être pire, les deux bandits qui laisse le couteau à Suzan Hayward… parce qu'il est ébréché ! Et le suspense étant artificiel, la question "vont-ils survivre" ne se posant plus, elle est remplacé par "comment vont-ils s'en sortir ?" ce qui est tout de même moins intéressant. Quant à la bande son (Oh ! Susanna) ils ne se sont pas foulés ! On va donc dire que c'est bien, sans plus

Un tramway nommé désir

Un film d'Elia Kazan (1951) avec Vivien Leigh et Marlon Brando. C'est du Tennessee William, c'est donc d'abord une tragédie sociale et au cinéma un film d'acteurs. L'interprétation est fabuleuse avec une Vivien Leigh merveilleusement mise en valeur et qui crève l'écran, Brando qui s'acquitte avec brio de son rôle de beauf et des seconds rôles brillants (Kim Hunter et Karl Malden). On pourrait reprocher quelques longueurs au début, mais sinon c'est parfait. Il est curieux que la lecture du film puisse varier suivant les individus, car non il ne s'agit pas d'une belle-sœur emmerdeuse, mais d'une nana brimée à cause de sa nymphomanie et qui se réfugie dans le mensonge par besoin de reconnaissance. Au lieu de l'aide qu'elle est venue chercher, Brando par son attitude la fera se précipiter dans la folie.

On murmure dans la ville  

Un film de Joseph Mankiewicz (1951) avec Cary Grant. On a l'impression d'avoir affaire à un brouillon aussi bien au niveau du scénario que de la réalisation. Il a donc un mélange de bonnes et de moins bonnes choses. Si on peut pardonner l'incompréhensible scène d'entrée (en se disant qu'on comprendra après), il faut bien avouer que le personnage d'Ewell (d'ailleurs très mal joué par Hume Cronyn) aurait gagné à être creusé, du coup la scène de la commission d'enquête perd de sa puissance et de sa crédibilité. Le personnage du contrebassiste n'est pas non plus très intéressant. Sur le fond, il est vrai que l'attitude de Cary Grant tranche avec les clichés moraux de l'époque, mais d'un autre côté sa critique de la médecine manque singulièrement de clarté. Quelques bonnes scènes : Le train électrique, la confession de Shunderson et le final sur la musique de l'ouverture académique de Brahms et un bon Cary Grant, mais l'ensemble reste moyen.

African Queen

Un film de John Huston (1951). Après une scène d'entrée assez surprenante, on va à l'essentiel c’est-à-dire à la cohabitation de ce couple atypique formé par Humphrey Bogart, un aventurier paumé, et Katharine Hepburn., une vieille fille bigote.  Le numéro d'acteurs qu'ils fournissent est tout simplement prodigieux. Bogart nous montre qu'il savait faire autre chose que de jouer les détectives blasés et le voir ici faire des grimaces aux hippopotames a quelques chose d'infiniment réjouissant. L'histoire est sympathique (malgré la fin : genre "attention, on est au cinéma"), il y a un peu d'humour, on ne s'ennuie pas une seule seconde, les paysages sont magnifiques, la musique étonnante. Bref : un régal !

L'auberge rouge

Un film de Claude Autant-Lara (1951). Une très belle photo, des décors inquiétants, la chanson d'Yves Montant au générique… mais d'un autre côté le film souffre d'être organisé autour de Fernandel lequel ne peut s'empêcher d'en faire de trop. La direction d'acteurs est très théâtrale, il y a des longueurs pénibles (la scène du mariage) et les gags sont lourds et poussifs. En fait le scénario exploite mal l'idée de base et aurait pu faire davantage dans le cynisme. Curieusement Fernandel aurait reproché au film d'être anti clérical, alors qu'au contraire il ne l'est sans doute pas assez clairement.

Le Don d'Adèle  

Un film d'Emile Couzinet (1951) avec Marguerite Pierry. Le réalisateur échoue à faire sortir le film d'une pièce de théâtre trop lisse et trop familiale. Ainsi l'introduction est bâclée (malgré un bon gag) et la scène de cabaret brouillonne et encombrée par la prestation inutile de Robert Lamoureux (qu'on a vu mieux en forme). L'histoire se regarde néanmoins avec un certain amusement, en raison de la bonne prestation des actrices. Voir jouer Marguerite Pierry est toujours un plaisir Mais bon, ça ne casse pas trois pattes à un canard.

Messaline  

Un film de Carmine Gallone (1951) avec Maria Félix, JeanTissier, Georges Marshall. Dommage que la distribution soit si hétérogène, car si Maria Felix est très bien et très belle, si Jean Tissier est (comme d'habitude) excellent et si le comédien interprétant l'empereur Claude n'est pas mal du tout, le reste de la distribution est en deçà, y compris Marshall, très monolithique. Sinon le spectacle est assuré et certaines scènes comme les jeux du cirque ne manquent pas de panache. Hélas le film souffre aussi de la scène du "miracle" sans doute l'une des scènes les plus débiles de ce genre de cinéma, une véritable tache sur le film. On reste malgré tout bien au-dessus de la moyenne.

La rose rouge

Un film de Marcel Pagliero (1951) Ce n'est même pas un film, ce n'est même pas une mauvaise émission de télé variété, on ne sait pas trop ce que c'est, des gens s'agitent, il y a des gags idiots, il y a les Frères Jacques qui nous font des numéros navrants, Dora Doll qui ne sait pas jouer, et De Funes qu'on voit cinq minutes s'agiter de façon lamentable. On touche le fond et quand on sait que l'année d'avant Marcel Pagliero nous a offert un chef d'œuvre (Un homme marche dans la ville) on comprend encore moins !

Le traitre

Un film d'Anatole Litvak (1951) avec Oskar Werner. Un très bon film de guerre avec un scénario très original et sans concessions. Si la vision de film est très "prenante", on pourra néanmoins regretter le jeu un peu mollasson d'Oskar Werner, quelques grosses facilités de scénario et une réalisation un peu plate.

Le grand Alibi

Un film d'Alfred Hitchcock (1950). Ce film trimbale une mauvais réputation qui est sans doute exagérée. Oui il y a un flash-back menteur, Et alors ? L'intrigue n'est pas sans reproche mais reste intéressante, la réalisation est sans faille, la patte du maître étant omniprésente. Le problème vient peut-être de l'interprétation, d'un côté Jane Wyman nous offre une prestation époustouflante de talent (c'est un vrai plaisir de la voir jouer) Alastair Sim qui joue le rôle du père n'est pas mal non plus. Ces deux là jouent dans un registre léger proche de la comédie. On ne peut en dire autant de Michael Wilding guère convainquant dans son rôle dramatique, ni de Marlène Dietrich, la grosse déception de ce film. Deux jouent une comédie pendant que deux autres jouent une tragédie : absurdité ? Pas du tout, le thème du film est bien le théâtre, le vrai et celui de la vie ! Malgré quelques réserves, nous avons là du très bon Hitchcock.

Quand la ville dort

Un film de John Huston (1950) avec Streling Hayden. A partir d'un pitch qui sera maintes fois copié (un casse minutieusement préparé mais qui tourne mal) Huston nous dresse un galerie de portraits : que des voyous mais aucun manichéisme, que des personnages extrêmement complexes et même parfois attachants. Quel contraste avec le personnage antipathique, monolithique et doctrinaire du commissaire dont on se demande si les trois minutes de propagande finale en faveur de la police sont vraiment à prendre au premier degré. Réalisation, photos et direction d'acteur excellente (la palme revenant à Sterling Hayden, mais Jean Hagen est très bien ainsi que Marilyn Monroe dans un petit rôle. La musique (Miklos Rosja) efficace, Un chef d'œuvre !

Ma pomme  

Un film de Marc-Gilbert Sauvajon (1950) avec Maurice Chevalier, Sophie Desmarest, Raymond Bussière. Malgré une mise en scène très conventionnelle et des scènes attendues, la première partie se regarde plutôt bien. Chevalier n'est pas si mal, même si son personnage d'irréprochable bon samaritain finit par agacer sérieusement sans parler de son côté "bourreau des cœurs"). Sophie Desmarest éclaire superbement le film, incarnant le seul personnage fort et crédible de l'histoire (ni jalouse ni fidèle, dira-t-elle). Mais voilà qu'à mi-film le scénariste sort de son chapeau un nouveau personnage (l'hôtesse de l'air) et le film se barre en sucette mielleuse de façon lamentable

La rue sans loi

Un film de Marcel Gibaud (1950) avec Annette Poivre, Louis de Funès, Nathalie Nattier. L'idée du film était de porter au cinéma l'univers du dessinateur Dubout (qui a écrit le scénario) Pari impossible ? Et pari raté ! Pourtant ça à beau être nul, on reste jusqu'au bout, preuve que quelque chose nous accroche quand même (l'extravagance d'Annette Poivre, les cuisses de la superbe Nathalie Nattier ?)

Cyrano de Bergerac

Un film de Michael Gordon (1950). A voir uniquement pour la prestation de José Ferrer qui lui valut un Oscar. Sinon ce film n'apportera rien à ceux qui connaissent la pièce et décevra ceux qui n'ont pas vu l'œuvre de Rostand qui se résume ici à une fanfaronnade poussive. PS : La musique de Dimitri Tiomkin est absolument hilarante.

Sunset Boulevard

Un film de Billy Wilder (1950) avec William Holden, Gloria Swanson et Eric Von Stroheim. Si le film mérite à plus d'un titre d'être considéré comme un chef d'œuvre, ce qui frappe tout d'abord est la prestation magistrale de Gloria Swanson (quand on pense que l'Oscar lui est passé sous le nez !), absolument parfaite dans son rôle de star déchue, cinglée et pathétique. William Hohden cynique, caustique, désabusé et coincé dans ses contradictions est également très bon. Quant à Von Stroheim on ne comprend qu'au milieu du film son véritable rôle, celui du marionnettiste de Swanson. On notera aussi l'étonnant rôle secondaire de Betty, on croit que Wilder va en faire un personnage positif alors qu'elle n'est qu'une chipie ambitieuse. Quelques scènes fabuleuses :  l'apparition fantomatique de Buster Keaton, Swanson imitant Charlot, les musiciens qui jouent la nuit du réveillon devant une salle vide, la rencontre quasi documentaire entre Swanson et Cecil B. DeMille et puis surtout cette scène finale, magnifique, grandiose, folle, géniale ! A souligner aussi la perfection de la mise en scène et de la photographie, le sens du détail (je ne parle pas la musique, ne l'ayant pas entendu, mais sans doute est-ce le propre des bonnes BO ?)  PS : On ne saura jamais si Holden couche avec Swanson et/ou avec Betty (mais Wilder n'y est pour rien, on était en plein dans code Hays que Wilder fera imploser en 1964 avec Embrasse moi idiot.)

Eve

Un film de Joseph Mankiewicz (1950) avec Bette Davis, Anne Baxter, Georges Sanders, Celeste Holm. Brillamment mis en scène et interprété de façon magistrale, (Celeste Holm est trop craquante) ce film qui reçut un triomphe au festival de Cannes en 1950 enfonce néanmoins des portes ouvertes (pour réussir, il faut intriguer, coucher… ah bon, certains l'ignoraient donc ?) et souffre de sa longueur (2 h 15) : certaines scènes sont interminables et il y a bien une demi-heure de trop !. Sans doute surestimé, Eve n'en reste pas moins un excellent film.

Et moi j'te dis qu'elle t'a fait d'l'œil  

Un film de Maurice Gleize (1950) avec Madeleine Lebeau, Jean Paredes. L'archétype du théâtre de boulevard. Les portes s'ouvrent, se ferment, les gens rentrent et sortent, les quiproquos et les situations absurdes s'enchaînent. Côté négatif : c'est surjoué jusqu'à un point inimaginable à tel point que cela en devient parfois ridicule, la mise en scène est minimaliste et jamais l'expression "théâtre filmé" n'a été aussi bien illustrée, de plus et la plupart des traits d'humour tombent à plat. Côté positif : une certaine satyre de la morale bourgeoise (ça ne vole pas bien haut, mais bon), la présence de Madeleine Lebeau, la seule à jouer correctement et qui illumine le film de sa beauté (elle nous montre même ses fesses et ses seins quelques courts instants), Jean Parades parfois amusant et le personnage secondaire plutôt rigolo d'Anne Marie, la bonne. Très moyen  tout ça !

Show boat

Un film de George Sidney (1951) avec Ava Gardner. Le film n'est pas sans défauts : La fin en mode guimauve est celle de Broadway, mais Sidney la boursoufle là où il aurait fallu l'alléger. Joe E. Brown (le capitaine) fait tache dans la distribution en se livrant à un cabotinage pénible. Mais le gros souci reste le déficit chorégraphique, les numéros de danse sont quasiment tous assurés par le couple Marge et Gower Champion, ils sont brillants, excellents, fabuleux tout ce qu'on veut, le problème c'est que leur rôle dans l'histoire est complètement marginal. Pourtant Show-boat emporte l'adhésion, déjà grâce à la musique exceptionnelle de Jérôme Kern qui porte littéralement le film, à une histoire qui sait éviter le rose bonbon (sauf à la fin), aux costumes, au décors, à une Kathryn Grayson qui se débrouille étonnamment bien, et puis évidement à Ava Gardner, le seul vrai rôle de composition du film, rayonnante de charme et de beauté et magnifiquement photographiée. Si le film déçoit eu égard aux attentes et à sa réputation (Kiss me Kate du même George Sidney était plus réussi), il n'en reste pas moins malgré ses quelques défauts une excellente comédie musicale.

Mark Dixon détective

Un film d'Otto Preminger (1950) avec Dana Andrew et Gene Tierney. C'est un film noir, un polar sans énigme puisque le sujet c'est le détective lui-même, l'intrigue intéressante (surtout dans sa première partie) passant au second plan. La réalisation est parfaite, les plans étant particulièrement soignés et parfois audacieux. Dans Andews livre une prestation étonnante, quant à Gene Tierney elle illumine le film. Petite critique : cette fin qui fait vraiment "alternative" par rapport à celle qui aurait dû être si la logique narrative l'avait emporté devant les exigences de la production.

Knock  

Un film de Guy Lefranc (1950) avec Louis Jouvet. Bien sûr la performance de Louis Jouvet est énorme et on s'en régale. Mais qu'est-ce que c'est théâtral ! Et du théâtre phraseux où l'on débite des tirades sans fins. On saura gré au réalisateur d'avoir tenté d'en faire un objet cinématographique en y incluant de vrais plans de cinéma (comme la distribution des assiettes), mais le problème est au niveau du scénario, qui transcrit, là où il aurait pu adapter. Et c'est vraiment dommage car le propos est fort, véritable démonstration du pouvoir de manipulation de n'importe quelle propagande. Tel quel ce film raté reste regardable, parce qu'il y a Jouvet !

Born to be bad

Un film de Nicholas Ray (1950) avec Joan Fontaine, Robert Ryan, Mel Ferrer, Joan Leslie. Un véritable tour de force ! Que Joan Fontaine incarne le personnage d'une femme vénale n'est pas si grave en soi, mais qu'en plus elle soit manipulatrice, hypocrite et égoïste, tout pour plaire… et pourtant sa beauté illumine l'écran. Il n'y a par ailleurs pas grand monde de sympathique dans ce film (même pas Mel Ferrer dont le cynisme finit par agacer) mais cela participe à le rendre fascinant. Howard Hugues, propriétaire de la RKO a voulu finir le film en ajoutant un happy-end en forme de retrouvailles entre le millionnaire Curtis et Joan Leslie mais se prend les pieds dans le tapis quand on sait les raisons qui les ont fait se séparer. Ce n'est pas un film noir, mais le regard du film l'est, Noir et beau, il fallait sans doute Nicholas Ray pour réaliser cette prouesse. Images splendides, réalisation soignée, acteurs au top. Oui, on peut parler de chef d'œuvre !

Mort à L'arrivée    

Un film de Rudolph Maté (1950). Un thriller original et particulièrement bien photographié. L'introduction est géniale, certaines scènes de poursuite dans les rues encombrées de passants sont remarquables. Les "méchants" sont peu décrits ce qui est un peu dommage car cela participe à une inextricable confusion dans la seconde partie où on a énormément de mal à suivre. (Maté s'est simplement attardé sur le comportement d'un homme de main dont le rôle est assez saisissant). Cela reste un bon thriller très noir et agréable à regarder même si on se dit qu'on est passé à côté de ce qui aurait pu être un excellent film.

Borderline    

Un film de William A. Seiter (1950) avec Claire Trevor et Fred McMurray. L'intrigue policière est simpliste mais amusante. Le ton général du film lorgne du côté de la comédie policière plutôt que du côté du film noir, sauf dans sa conclusion (d'ailleurs décevante.) Si Fred McMurray reste droit dans ses bottes, Claire Trévor qui lui sert de contrepoint arrive avec ses expressions à donner de la fantaisie et de la fraîcheur à ce film qui n'a rien d'un chef d'œuvre mais qui est décidemment bien sympathique.

Rome express

Un film de Christian Stengel (1950). Une histoire à dormir debout dans un wagon lit. La multiplicité des personnages rend l'histoire peu aisée à suivre et a vrai dire on s'en fiche un peu parce à part quelques sourires féminins, on ne sait à quoi se raccrocher, jusqu’à la fin d'une niaiserie à peine croyable. Quant à l'interprétation, ça jacte et ça gesticule dans tous les sens et même Jean Tissier parvient à être mauvais.

Lady Paname

Un film d'Henri Jeanson (1950) avec Suzy Delair, Louis Jouvet, Raymond Souplex. Une amusante évocation du milieu du Music Hall dans les années 1920 dans le Faubourg Saint Martin. Dommage que ça parte un peu dans tous les sens notamment avec une intrigue policière mineure peu claire et non nécessaire, sinon c'est truculent, enjoué et intelligent. De plus le film se fiche complètement des codes moraux que Jeanson se fait un malin plaisir de ridiculiser. (L'idée du ménage à trois avec Louis Jouvet est traitée de façon géniale). Raymond Souplex montre qu'il pouvait faire autre chose que du Bourel. Quant à Suzy Delair la voir jouer est un tout simplement un émerveillement.

Comment l'esprit vient aux femmes    

Un film de Georges Cukor (1950) avec William Holden et Judy Holiday. C'est une fable, et comme toute fable elle fait dans le moralisme en n'évitant pas l'extrême naïveté du propos (et ici il faut le voir pour le croire). Ce film serait sans doute tombé dans l'oubli s'il il n'y avait pas eu Judy Holliday qui dans le rôle d'une improbable nunuche de charme, le transcende en nous livrant un numéro d'actrice époustouflant, prodigieux, extraordinaire en écrasant de son talent et de sa présence tout le reste de la distribution (La prestation de William Broderick vaut quand même son pesant de cacahuètes, alors que celle de William Holden est bien fade.)

Le passe muraille

Un film de Jean Boyer (1950) avec Bourvil et Joan Greenwood. Ou comment vider de sa substance l'une des nouvelles les plus originales de la littéraire française. Ici Dutilleul devient redresseur de tort, vole l'argent mais le rend et ses amours restent platoniques. On y a ajouté des personnages secondaires peu intéressants (pauvre Raymond Souplex) et la fin, qui n'est pas celle de la nouvelle, est mauvaise. Alors que reste-t-il de cette trahison ? Paradoxalement un film qui se regarde sans déplaisir dans lequel Bourvil est tout simplement exceptionnel et puis il y a le charme de Joan Greenwood.

La porte s'ouvre  

Un film de Joseph Mankiewicz (1950) avec Linda Darnell, Sidney Poitier, Richard Widmark. Mankiewicz se lance dans un thriller antiraciste et c'est une réussite (presque) totale, loin des discours manichéistes, il arrive à dire énormément de choses en peu de temps avec un minimum de mots, la démonstration étant essentiellement cinématographique. Si Poitier est un peu "léger", Widmark en crapule raciste est bluffant, (de même qu'Harry Bellaver en très inquiétant sourd muet). Quand à Linda Darnell elle éblouit ce film de par sa présence.

Stromboli

Un film de Robert Rosseliini (1950) avec Ingrid Bergman. Des longueurs à faire bailler des statues avec en plein milieu un quasi documentaire sur la pêche au gros dont on n'a que faire, une scène de cruauté gratuite (le lapin), une psychologie des personnages restée à l'état d'esquisse (avec le cliché du brave et irréprochable curé), des incohérences (la maison qui est intacte alors qu'elle a reçu des projections volcaniques) et pour parachever le tout une fin aussi stupide que malhonnête.

Rashomon

Un film d'Akira Kurosawa (1950) avec Toshiro Mifuné. Un chef d'œuvre se doit d'être exempt de toutes critiques. Ce n'est pas le cas de cet excellent film dans lequel Toshiro Mifuné surjoue en sautillant comme un cabri et en riant comme une chèvre. La fin du film n'est pas non plus très convaincante . Quant au thème, on n'a pas attendu Kurosawa pour dénoncer la fragilité du témoignage humain, mais il et vrai que l'illustration ici en est remarquable. La caméra parait vivante tellement elle suit l'action des personnages, l'utilisation de la musique est fabuleuse et puis cette façon de nous montrer un combat dans le quatrième récit où l'on tombe, on a peur, on se bat comme des chiffonniers. Quelles images !

La Marie du port

Un film de Marcel Carné (1950) avec Jean Gabin et Nicole Courcel. Commençons par casser la légende selon laquelle le film ne trouva pas son public, en fait il cumula à sa sortie 2,6 millions d'entrée. L'autre légende est la non-participation de Prévert, il n'apparait pas au générique pour des questions fiscales mais il était bien là. C'est très beau et filmé avec doigté et élégance, Gabin dans un rôle de vieux beau à 48 ans est parfait, mais la révélation du film est bien Nicole Courcel distillant les répliques assassines et tissant les fils de sa toile. La distribution féminine est d'ailleurs éclatante, Blanchette Brunoy est étonnante, et nous avons la surprise de voir brièvement Odette Laure en femme facile et Louise Fouquet (Madame Mouloudji) en prostituée. Le scénario est très fort (c'est du Simenon), on croit avoir affaire à une banale affaire de cœur alors que ce n'est pas vraiment ça. Il est aussi à remarquer la façon très décontractée avec laquelle Carné traite les relations hommes-femmes (quand on compare avec les films américains empêtrés dans le code Hays, il n'y a pas photo !). Le film est très cynique, surtout la fin qu'il convient de ne pas regarder distraitement. Une leçon de vie sans doute. "Je vais faire une bêtise autant que je la fasse avec toi", dira un moment Gabin à Marie, délivrant la clé du film. Chef d'œuvre !

Le furet

Un film de Raymond Leboursier (1950) avec Pierre Larquey. L'énigme policière est astucieuse mais sa résolution très confuse et bâclée en devient décevante. La direction d'acteurs est inexistante et va du plutôt bon (Pierre Larquay) au très mauvais (faut voir les inspecteurs de police) en passant par le cabotinage en roue libre (Jean Tissier). La mise en scène n'a rien d'exceptionnelle, souvent statique, les dialogues sont souvent mauvais, bref c'est pas terrible (sauf le dernier plan gratuit mais savoureux avec Jacqueline Delubac)

Un homme marche dans la ville

Un film de Marcello Pagliero  (1950) avec Ginette Leclerc. Fabuleux ! La preuve s'il en fallait qu'on peut réaliser un film d'une noirceur absolue sans virer au mélodrame lacrymal. La vile du Havre encore meurtrie en 1949 est magnifiquement photographiée et les prise de vues nocturnes sont excellentes. La direction d'acteurs est sans faute avec une Ginette Leclerc surprenante, un Yves Deniaud génial et plus vrai que nature en patron de bistrot,  un Grégoire Aslan étonnant de justesse, mais tout le monde est bon même Doral Doll, c'est dire et le réalisateur ne se prive pas de saupoudrer son œuvre d'un zeste d'humour. Quant au fond on est très proche du réalisme italien, les prolos sont montrés tels qu'ils sont, ni idéalisées, ni caricaturés ce qui n'a guère plus à certains au moment de la sortie de ce film qu'il serait grand temps de redécouvrir et de réhabiliter car il s'agit là d'un chef d'œuvre.

Quai de Grenelle

Un film de Emil-Edwin Reinert (1950). Avec Henri Vidal, Maria Mauban, Jean Tissier. Françoise Arnoul. J'ai beau cherché, je ne vois pas ce qu'on pourrait reprocher à ce film noir. Eventuellement du côté du scénario qui nous décrit un personnage peu rationnel ? Et alors ça existe, et puis il eut été rationnel on passait à côté du sujet. L'intrigue se tient très bien, les ingrédients sont riches et variés, l'interprétation est nickel, Henri Vidal est tout à fait dans le ton, Maria Mauban est fabuleuse, quant au personnage joué par Jean Tissier, c'est quasiment de l'anthologie. Les petits rôles sont excellents (Micheline Francey est adorable).  La photo est bonne, les scènes ne sont ni trop longues, ni trop courtes. Tout va bien, c'est un excellent polar développant un thème que n'aurait pas renié Woody Allen.

San Antonio

Un western de David Butler (1950) avec Errol Flynn. Très confus et poussif, ce très mauvais western ne se réveille qu'à la fin. Ça se veut léger, ce n'est que lourdingue. On a connu Erroll Flynn en meilleure forme, quant à Alexis Smith ses toilettes sont très belles.

 

1895-1949 - 1950-1967 - 1968-1977 - 1978-1989 - 1990-2002 - 2003-2016
 


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